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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Le début de quelque chose de nouveau 5 janvier 2016


1_Gwyhr-HRQsnzhmUbXfopFQA la suite de mon article sur le digital, plusieurs pistes de réflexion se sont ouvertes qui ne sont pas sans lien avec l’organisation et l’innovation, à la fois en termes de méthodes et de compétences.
En voici une synthèse que je livre à votre sagacité… tous vos commentaires, retours d’expérience et ajouts sont les bienvenus !

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    1. Soyez amis avec de bons designers et graphistes. Je parle ici d’UI et non pas d’UX : les personnes qui conçoivent les interfaces et rendent les données visibles, conviviales et compréhensibles. Il y a un gouffre de compétences entre un designer UI et un développeur informatique. Associez-vous à des profils de designers front end qui connaissent la data visualization et capables de dessiner un prototype d’écran sur un coin de nappe de restaurant, en écoutant l’utilisateur qui parle de son activité quotidienne. Les compétences en logiciel de graphisme sont importantes, mais pas moins que l’intuition et la capacité à corriger ses créations en fonction des remarques que renvoient les premiers concernés. Inversement, laissez-le graphiste et les développeurs parler ensemble, afin que le produit fini intègre la machinerie back end et l’interface front end de façon la plus intelligente possible.
    2. Pensez à ce que vous aller faire des données. Avez-vous un réel besoin de toutes ces données que vous collectez ? La tendance du Big Data peut laisser croire que la collecte est nécessaire et que le stockage a des coûts exorbitants l’est aussi… mais en avez vous besoin ? Quel usage pouvez-vous faire des données ? Devriez-vous utiliser du big data moissonné sur le web, ou récolté en interne comme par exemple vos données financières, comptables, ou de production ? Là est la vraie question. Ce n’est pas parce que tout le monde parle du Big Data que tout le monde doit faire comme Facebook.
    3. Trouvez un équilibre pour que les options que vous proposez n’entravent pas l’expérience des utilisateurs. Pensez à observer vos clients en direct (et non pas seulement leur poser des questions)… ce qui implique de vous aventurer sur la voie d’une UX bien faite. Là où on se rend compte qu’il y a de grosses différences entre les actes et les discours.
    4. Ce que les développeurs adorent, c’est l’open source. La plateforme Github permet de se familiariser avec les techniques, de collaborer avec une douzaine de millions d’autres professionnels, de trouver des API’s et de faire tester les vôtres. Vous êtes dans le métier du code, alors bon sang, faites-en du bon ! Vous devriez même offrir publiquement des récompenses à ceux qui vous signalent des failles de sécurité -et rien de tel que la communauté open source pour cela.
    5. L’internet n’existerait pas sans une infrastructure matérielle. Le logiciel est un bonus, mais il est à peine nécessaire pour que l’internet fonctionne. Faites-vous une bonne idée de la manière dont fonctionne le réseau physique, la manière dont les outils sont connectés en termes de câblage, fréquences, déperdition de données, composants d’interconnexion. Avec l’internet des objets, ce sera une compétence précieuse dans très peu de temps, vers un avenir fait d’objets interconnectés ou d’objets ayant leur propre fonction ‘stand alone‘ : le objets enchantés (voir mon post précédent sur le digital).
    6. En corrélation directe avec le point ci-dessus, plus le temps passe et plus il y aura de plateformes techniques. Potentiellement, 1 objet connecté = 1 plateforme. L’échantillon des systèmes d’exploitation aujourd’hui existants ne va faire que s’agrandir : Windows, Windows Mobile, Android, Android Wear, Mac OS, iOS, Apple Watch, Tizen, etc. pour faire fonctionner des PC, Mac, mobile, tablette, tableau de bord de voiture, montre, écran fixe, drone, imprimante 3D, tondeuse à gazon automatique, etc.  Ne vous privez pas d’essayer de nombreux outils de développement multi plateformes pour pouvoir écrire du code une fois et le réutiliser sur n’importe quelle plateforme. Essayez-en plein et conservez ceux qui vous sont vraiment utiles.
    7. Les développeurs mobiles d’aujourd’hui seront les développeurs Internet des Objets de demain. L’expérience de l’utilisateur, un usage minimal de la bande passante, la personnalisation sont (et seront) des qualités critiques pour le code informatique, pour l’ergonomie et pour le design global de l’expérience de bout en bout. Il y aura de plus en plus d’objets comme le bouton rouge de Darty (« appuyez et on vous rappelle ! ») et sur ce principe, tout ce sur quoi on peut installer une API devient de facto une plateforme de développement : voiture, aspirateur automatique, ordinateur portable, tee-shirt, etc.
    8. L’avenir est une question qui attend d’être posée. Il y aura davantage de plateformes et tout sera interconnecté. Pour les professionnels du code, attendez-vous à des innovations dans le domaine de l’écriture de code, par interface vocale par exemple et d’une façon générale par autre chose qu’un clavier, un écran et des connaissances en langage objet ou machine. Avec l’essor du code en langage naturel, c’est la machine qui traduira vos instructions. Il n’est pas impossible que dans un temps pas trop éloigné, les développeurs informatiques connaissent la même obsolescence que les développeurs photo argentique à la fin du XXe siècle. Laissez donc vos développeurs explorer, essayer, parler… et demandez-leur des notes de synthèse sur les sujets porteurs. Rémunérez-les pour poser les questions d’avenir.
    9. Les applis destinées à un usage international doivent prendre en compte la bande passante. Les applis qui fonctionnent bien en Corée du Sud, ne fonctionneront plus si bien aux Etats-Unis ou à Singapour. Comme je disais en 7), prenez en compte un usage minimal de bande passante, dès les premières ébauches en phase de conception. L’élégance du code, c’est aussi de consommer peu.

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Entrer une légende

Mobile developpers will become internet of things developpers, merging software with hardware skills, up to the reign of ‘enchanted objects’. Interface designers will be the first recruited at the launch of a new project.
Code will be tested simultaneously and run on multiple platforms… and code will be « written » in new ways (Vocal Coder, Siri ?).   That’s the beginning of something new.

 

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Mobilité à la chinoise 19 octobre 2015


chinesesmartphones-shanghaisubwayEn 2014 les utilisateurs chinois ont effectué 185 milliards de téléchargements d’applications mobiles, soit 59% du total des téléchargements dans le monde. Que ce soit sur smartphone ou tablette, ils (et elles)  installent en moyenne 90 applications par an, la moyenne mondiale étant à 28.

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Ils sont déjà 500 millions d’utilisateurs… mais ce nombre ne devrait pas cesser d’augmenter dans la mesure où le taux d’équipement est encore relativement bas. J’ai très hâte de voir ce que ça donnera lorsque 1,3 milliard de citoyens Chinois auront atteint le taux d’équipement de 74%, comme le voisin coréen…
Mais si le fabricant de hardware dominant est Samsung talonné par l’ostentatoire iPhone d’Apple, le paysage marketing change lorsqu’on parle de software. Les utilisateurs chinois en effet n’utilisent pas  les boutiques officielles des deux géants, Apple (App store) et Google (Google Play), mais des « app stores » locaux, destinés aux utilisateurs domestiques. Les deux principaux sont Baidu et Xiaomi.
Cette hyperlocalisation s’explique notamment par le strict contrôle des autorités nationales sur les accès internet vers le reste du monde.
Pour un utilisateur chinois, rien ne garantit que demain son site web favori sera encore accessible s’il est hébergé en dehors de Chine. Le site web Google par exemple n’existe pas là-bas car il est bloqué par le grand firewall ( 金盾工程). Lorsqu’on parle d’internet en Chine, il faut bien garder à l’esprit que -quoi qu’on en pense- le maintien de l’ordre civil collectif est politiquement considéré comme plus important que la liberté individuelle.
Ces distributeurs parfaitement inconnus dans le reste du monde sont donc néanmoins des poids-lourds économiques dans le secteur des applis et des smartphones… Si vous voulez développer une appli pour des internautes et smartphon-autes en Chine, vous devez prendre en compte les standards et les contraintes de cet écosystème vraiment très différent. Et bien sûr vous devez comprendre l’expérience utilisateur locale.

Tous ces téléchargements signifient que les utilisateurs Chinois passent énormément de temps à interagir avec leurs applis -et tout spécialement les jeunes. Celles de jeux sont les plus nombreuses, mais celles consacrées au commerce, au streaming vidéo et à la messagerie instantanée prennent le relais en termes de croissance.
Une jeune femme d’environ 30 ans qu’on appellera Ming (明) décrit son quotidien de cette manière :

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Samedi, 06:22   Un bip de mon téléphone me réveille. Ce n’est pas l’alarme mais un message de Sposter Mes achats sont arrivés ! Bon… très bien, je dors encore un peu et je passerai les prendre après.

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Deux heures plus tard, je descends jusqu’à la consigne Sposter en bas de chez moi, ouvre l’appli et récupère un code que je saisis au clavier de leur installation et… voilà ! La porte d’un des casiers s’ouvre et j’y trouve ma livraison. Grâce à eux, je n’ai pas à attendre le livreur et lui n’a pas besoin de connaître mes disponibilités. J’avais passé cette commande de petits objets déco via le site Jingdong (JD.com) il y a quelques jours. Ils offraient en effet 4500 yuans (620 euros) en bons d’achat pour attirer les clients vers leur service de crédit Baitiao. Tout ce que j’avais à faire c’était de dépenser cet argent et le rembourser en 30 jours à un taux d’intérêt de zéro :)

Je me suis intéressée à leur offre et j’y ai souscrit. Comme pour tous mes documents un peu officiels, j’ai scanné le contrat et ce double numérique est sur un disque dur externe, chez mes parents à la campagne. Maintenant je dépense au maximum 1600 yuans par mois et je rembourse 140 avec un taux d’intérêt de 60. C’est une somme tellement ridicule que je n’utilise plus la carte de paiement de ma banque depuis des semaines. [note de l’éditeur : sur ce sujet de la livraison à domicile en Chine, Zuhe Huang a soutenu sa thèse : Last mile delivery in China  en juillet 2015, à l’université Erasmus de Rotterdam.]

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09:00   De retour chez moi je confirme la réception des achats et leur bon état sur l’appli Jingdong. En retour ils m’offrent 20% de réduction sur ma prochaine facture. Rien ne presse, je verrai plus tard. C’est comme Amazon en Europe, vous pouvez y acheter tout et n’importe quoi… j’ai même commandé une plante une fois et elle est toujours vigoureuse dans mon salon. Quand croyez-vous qu’Amazon lancera sa filiale bancaire ?

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Midi:   Un ami m’écrit sur WeChat et demande un coup de main pour son boulot. Il voudrait développer le service Alipay dans notre ville de Chongqing, mais pour cela il a besoin de convaincre des restaurants et des bars de la ville d’accepter ce moyen de paiement.
Chez vous en occident, c’est très comparable à PayPal. J’ai dit à mon ami que ça semble une bonne idée et je me souviens que j’ai déjà vu ça au supermarché. A la caisse, les clients montrent leur écran de smartphone avec un QR code fourni par l’appli Alipay et la caissière le scanne. « Paiement accepté » dit l’automate et Alipay transfère directement l’argent de mon compte vers celui du magasin. Rendez-vous pris, je rencontrerai mon ami dans ce nouveau resto parce que je connais le patron et si les deux font affaire, ils me payeront le déjeuner !

Alors que je me prépare à sortir j’ouvre l’appli Uber pour y trouver un transport.
Chance ! Il y en a un stationné en face.

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14:00   Vingt minutes plus tard je suis au centre-ville de Chongqing, devant le restaurant. “Bip !” Voilà la facture d’Uber, seulement 7 yuan ! (0,98 euro). C’est teeellement cheap ! Ils m’ont fourni un avoir de 10 yuans la dernière fois parce que je n’avais pas trouvé de véhicule disponible. Normalement, le même voyage en taxi tourne autour de 50 yuans aller-retour, alors que c’est 16 avec Uber en plein tarif soit trois fois moins cher.  Inutile de dire que je n’utilise plus jamais le taxi.  
[note de l’éditeur : Uber en Chine fournit environ 1 million de trajets quotidiens]

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14:30   Mon ami vient d’arriver et je suis déjà attablée, en discussion avec le patron. Tous les deux s’accordent sur le fait que le paiement mobile va s’étendre au  marché de la restauration. Pour les utilisateurs ce sera un confort supplémentaire car ils n’auront plus besoin de porter du cash. Leur porte-monnaie sera leur smartphone.

Ce déjeuner d’affaires se passe bien. Mon ami a eu ce qu’il était venu chercher et le manager du restaurant a accepté d’installer le système Alipay pour un test de six mois. Mission accomplie ! Je rentre chez moi -avec Uber bien sûr.

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18:00   L’heure du dîner approche. je prendrais bien un KFC… mais il pleut à torrent dehors. Je reprends mon téléphone. Incroyable : Kentucky Fried Chicken ne livre pas à domicile. Bon peu importe, Taobao m’informe que je peux commander un menu (80 yuans) et le faire livrer chez moi pour 25 de plus. En gros il s’agit d’une entreprise de livraison qui prend votre commande et va la chercher dans le restaurant de votre choix (j’aurais pu commander Mc Do ou un traiteur italien) et ramène le tout chez vous, avec la facture du fournisseur. C’est parfait pour les flemmards qui acceptent de payer le supplément. Trente minutes plus tard j’ai signé le reçu.

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19:30   Dans la rue pour rejoindre mon club de sport, je m’arrête à l’épicerie. J’attrape une glace Magnum et… mince ! Oublié mes sous ! Je m’approche du caissier et je lui demande si je peux faire un transfert d’argent avec Alipay. Mes yeux de chien battu font leur effet, il accepte. Payé, confirmé, emporté !11820560_1647641528826401_1650673808_n

Devant le club, j’attends que mes amis arrivent. Je sais déjà qui sera là puisque le planning est en ligne et chacun peut indiquer sa présence.
Avec mes gants de boxe, c’est le seul moment de la journée où je ne peux pas utiliser mon téléphone… en tout cas parce que sa commande vocale n’est vraiment pas terrible.
Tout cela me fait penser que la gestion quotidienne de mes activités est vraiment dépendante de ce petit objet. Si un jour je le casse il faudra que j’en reprenne un dans les heures qui suivent. J’irai voir sur Jingdong quels modèles ils proposent en version durcie et résistante à l’eau. Et rose.

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Un lieu pour innover (et autres foutaises) 9 octobre 2015


L’un des défis les plus difficiles et les plus motivants dans notre métier concerne les modifications qu’on peut apporter à la culture d’une organisation.
L’ethnologue doit se retenir de répondre instinctivement que c’est impossible et qu’il vaut mieux s’attaquer au préjugé qu’un collectif de travail ne peut pas faire telle ou telle chose, ni atteindre tel ou tel résultat
Car on ne peut pas changer de culture, on peut seulement s’appuyer sur elle, quelle qu’elle soit. Ce serait sinon comme le navigateur qui cherche à traverser l’Atlantique mais, avant, il souhaiterait qu’on lui change l’océan.
Il faut donc reformuler la demande pour comprendre dans 95% des cas qu’il s’agit d’une demande pour modifier les comportements et non pas la culture.

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Un angle d’attaque pertinent consiste à proposer de changer les manières de faire et les comportements professionnels. squareWheels
Le discours ambiant déplore que telle grande entreprise ou telle PME manque d’atouts face à la concurrence, ou que tel service public manque d’efficacité… et chacun d’avancer des exemples d’organisations comparables qui font mieux, plus vite et en dépensant moins d’argent (parfois). Si vous constatez vous aussi que votre chariot a des roues carrées, c’est sans doute que vous ne fréquentez pas assez de concepteurs de chariots, ou de transporteurs qui pourraient vous prouver que des roues carrées ce n’est pas le sommet de votre art. Cette notion d’aller se frotter à son propre contexte socio-économique n’est pas nouvelle. Henry Mintzberg déjà en 1982 en parle en filigrane de son ouvrage Structure et dynamique des organisations (que vous finirez par connaître par cœur si vous me subissez en cours de fac). L’idée maîtresse est qu’il n’y a pas un unique modèle d’organisation parfait. Il y a par contre des modèles d’organisation qui correspondent à des contextes. Donc plus vous avez d’échanges avec votre milieu professionnel (votre écosystème), plus vous en retirerez de bonnes idées pour être meilleur dans votre activité.

Dans cet élan qui vise à augmenter les échanges entre une organisation et son secteur économique, une option qui a fleuri ces dernières années prend la forme d’ateliers d’innovation ouverte (open innovation); des lieux dédiés à la conception de prototypes et à l’expérimentation (les FabLab); ou la mise à disposition de ‘hangars’ câblés en très haut débit pour abriter des événements de type hackathon ou guerilla commerciale.

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Cette volonté de libérer les énergies et les initiatives est une bonne chose –si elle est soutenue au quotidien par des procédures opérationnelles non seulement qui les acceptent, mais qui les valorisent dans la durée, de façon tellement habituelle que ça devient normal pour tout le monde. Alors, et alors seulement, l’utilisation d’un lieu spécifique pourra se révéler utile pour condenser des comportements déjà présents par ailleurs.

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000149582Mais croire que l’usage d’un lieu aura une influence sur des comportements relève quasiment de la pensée magique (surtout dès que tout le monde aura regagné son site de travail habituel).
Car le hangar du hackathon, le FabLab en plein centre-ville ou l’atelier semi-artisanal d’Open Innovation ne sont pas de l’innovation, ce sont des endroits !
Le problème du « lieu pour innover » vient du fait que beaucoup d’entreprises imaginent qu’il leur faut leur Fab Lab pour pouvoir revenir sur un pied d’égalité avec la concurrence.
L’influence d’un lieu et de son aménagement ne sont pas sans effet sur les pratiques de socialisation, bien entendu, mais les pratiques de socialisation ne seront pas modifiées durablement par un événement ponctuel, en dehors du temps où l’événement se déroule et pour la seule équipe qui y prend part…
Cette tendance  à créer des lieux qui favorisent l’innovation est stérile car elle n’atteint pas les comportements métier qui permettent :
-la coordination directe,
-les processus rapides de décision,
-et les réalisations au sens large. Or ce sont ces trois éléments que cherchent à renforcer toutes les politiques de compétitivité par l’innovation.

On trouve ces éléments dans les organisations où l’innovation est gérée comme une routine, comme chez Facebook, Deloitte, Kréon ou le ministère français des Finances (si, si).
C’est de cette manière que l’organisation permet l’innovation ordinaire, plutôt que de considérer chaque nouvelle idée avec hébétude, sans savoir qu’en faire… ou en imaginant que si elle est incapable de les générer elle-même elle pourra les trouver dans un lieu spécifique comme si c’était les Objets Trouvés.
Car ce n’est pas l’événement ponctuel qui va insuffler comme par miracle une culture de l’innovation dans votre entreprise ou dans votre administration. De ce point de vue, la mise en œuvre de méthodes comme l’Agile et le Lean permettent de tailler dans le gras et recentrer les procédures et les méthodes sur le cœur de métier en supprimant le superflu.
C’est là-dedans que se loge votre capacité à être compétitifs et à innover, c’est donc là que devraient porter vos efforts. Il s’ensuivra un écoulement plus libre des initiatives dans la chaîne de décision.
Une chaîne de décision reste nécessaire, bien sûr. Ce n’est pas parce qu’une idée est nouvelle qu’elle est bonne ou immédiatement exploitable. Il faut bien parvenir à la valider d’une manière ou d’une autre. Bien souvent, une nouveauté doit être envisagée sous plusieurs angles de faisabilité technique, de pertinence financière et d’utilité réelle pour le client-utilisateur-usager. Et éventuellement, c’est à la fin de cet examen de validation que certaines idées pourront se retrouver livrées en pâture à des informaticiens au cours d’un hackathon. Mais le hackhathon n’est pas obligatoire pour innover.Hackathon 2

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Les micro-événements quotidiens et les différentes façons d’y réagir définissent la réalité d’un collectif de travail avec plus de fermeté que les discours officiels qui abordent le sujet de la culture d’entreprise, sous le contrôle du département Marketing.
J’ai souvent appris plus de choses sur les valeurs et les normes tacites de comportement en observant les pauses-café, la déco personnelle dans les bureaux et les discussions d’après réunion qu’en lisant les infos officielles publiées dans l’intranet et les « Mot du Directeur ». Ce genre d’observation permet de comprendre à quel point les valeurs officielles sont en cohérence avec les comportements quotidiens (ou pas).
Or cette cohérence n’est pas le fait des membres individuels mais des politiques internes comme celle des Ressources Humaines (qui est promu, qui ne l’est pas ?), de management (comment est valorisé le travail collectif ?) et d’attribution des budgets (en combien une ‘bonne idée’ se voit attribuer un budget crédible ?).

Ensuite s’il vous faut un lieu pour innover… vous pouvez aussi bien emmener vos équipes dans le parking au sous-sol parce que de toute façon, répétez après moi : pour innover, la culture importe plus que le lieu.
En effet, une culture est tacite dans sa plus grande partie car non matérielle. La culture c’est du symbole.
Cet ensemble de non-dits et d’évidences a été façonné patiemment, jour après jour après jour, grâce à (ou à cause de) la succession des générations de personnes qui se sont permis ou interdit des comportements en phase avec les symboles dominants.
Et le lieu n’avait pas grand chose à y voir parce que, dans la fabrique quotidienne des symboles, on trouve une imbrication très serrée de fils qui produisent les comportements habituels dans une organisation, à un moment donné de son histoire, des comportements typiques qui rendent cette organisation unique.
Et s’il vous faut un levier pour favoriser la nouveauté, le renouvellement et l’agilité collective, c’est sur les comportements que vous devez agir, sur les gestes métier du quotidien qui permettent (ou pas) :
-la coordination directe,
-les processus rapides de décision,
-et les réalisations au sens large.

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C’est ici que commence le vrai changement culturel pour permettre à votre organisation / entreprise / administration d’être en adéquation avec son contexte d’action. Car on peut bien se moquer des roues carrées et des mammouths… mais qu’est ce qui rend une organisation mammouth-esque ? Qui produit les fils du tissu social ? Ce ne sont pas ses membres individuels avec leur maigre marge de négociation ; ce sont sont les stratégies votées en Conseil d’Administration.
Si le fonctionnement quotidien ne semble pas adapté à l’écosystème, c’est probablement parce que jusque-là, la stratégie en a décidé autrement.
Mais quels efforts sont faits aujourd’hui pour préparer demain ? Quels comportements professionnels les politiques internes de l’entreprise favorisent elles ?
La réponse se décline moins en initiatives individuelles qu’en éléments qui vont les orienter et  les soutenir : budgets de Recherche et Développement, exemplarité du management, renouvellement des outils de production, programmes de formation et j’en passe.
Toutes choses qui servent à préparer l’avenir et faire en sorte que votre organisation existera encore après-demain, forte et prête à imiter des figures symboliques qui lui ressemblent.

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Pour d’autres exemples de foutaises managériales, je vous invite à lire ces articles sur la théorie des besoins de Maslow ou la théorie des deux cerveaux ou la loi des tocards.  C’est une série. Il y en aura d’autres, je le crains…
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Lectures du soir 13 mai 2013


Au fil de mes articles, il y a par-ci, par-là, des références de lectures, comme par exemple ici,  et en particulier ici ou encore sous le tag ‘lectures’ réparti dans les articles depuis 2010.
Voici une liste de références qui me sont familières, par ordre à peu près alphabétique et indifféremment en français [FR] ou en anglais [EN].    Envoyez-moi les vôtres je les publierai avec joie   :)

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C’est donc par ici  -et n’oubliez pas le guide… :

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Admirable design : « Un site consacré à toutes les formes de design, animé par des professionnels de France et d’ailleurs. »
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Journal of comparative research in anthropology and sociology (Compaso / Université de Bucarest) : « to support the exploration of the mutual constitution of social realities and forms of knowledge, by drawing attention to their multiplicity and complicity in action. »

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Cross Talk : « the journal of Defense software engineering. »

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Cahiers des sciences morales et politiques (Académie des Sciences morales et politiques) : « Par la connaissance des mœurs humaines, de leur contingence et de leur nécessité, il devient possible de trouver les formes d’organisation politique les plus favorables au bien public et à l’épanouissement de l’individu. »
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Harvard Business review (Université Harvard, USA) : « Our mission is to improve the practice of management in a changing world. »
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INSEE Références. Pour poser les théories sur des faits, et non l’inverse…

Répétez après moi : pour poser les théories sur des faits, et non l’inverse.
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 Une édition du glorieux Massachussetts Institute of Technology, depuis 1899 : MIT Technology review : « Our mission is to identify important new technologies—deciphering their practical impact and revealing how they will change our lives, since 1899. »
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 L’observateur OCDE, revue de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Économique.
…le même en anglais : The OECD Observer.

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La Revue du Travail : « Le travail est pensé comme une notion transversale au carrefour des différents courants de la sociologie. La revue est ouverte à toutes les disciplines dès lors que les auteurs traitent du travail (au sens large). »

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Revue M3, Millénaire 3 : « Société urbaine et action publique »

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Les cahiers du RETEX : édité par le Centre de Doctrine et d’Emploi des Forces de l’Armée de Terre, les cahiers présentent des synthèses sur les actions militaires passées ou en cours. Si le ‘travail d’équipe’ signifie quelque chose pour vous, vous devriez lire cela.

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Rolls Royce industry journal

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Schneier on security / Crypto-Gram newsletter : LE site sur la sécurité, au sens large. Vraiment, vraiment, une référence.
Bruce Schneier est, entres autres, responsable de la sécurité informatique pour British Telecom.

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Spiked : « independent online phenomenon dedicated to raising the horizons of humanity by waging a culture war of words against misanthropy, priggishness, prejudice, luddism, illiberalism and irrationalism in all their ancient and modern forms. »

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Stanford Social Innovation review : « written for and by social change leaders in the nonprofit, business, and government sectors who view collaboration as key to solving environmental, social, and economic justice issues. »
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Revue Terrain, ethnologie de l’Europe : « elle a pour ambition d’éclairer les aspects les plus variés, et parfois les moins connus, de la société d’aujourd’hui. »
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Citation (12) : des dinosaures dans l’espace 6 août 2012


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– Pourquoi les dinosaures ont-ils disparu de la surface de la Terre ?
– Parce qu’ils n’avaient pas de programme spatial.
(anonyme)

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– Why did the dinosaurs were erased from the surface of Earth ?
– Because they didn’t had a space program.

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2009 – 2011 : le ‘best of’ 31 janvier 2012


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Allez, parlons chiffres.
The blog est ouvert depuis octobre 2009. Le premier mois d’existence, 38 lecteurs s’étaient intéressés aux premières publications. Cool.
Êtes-vous toujours là, les « 38 premiers » ?

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Puis en 2010, la moyenne est passée à 1.200 lecteurs par mois et en 2011 vous étiez environ 4.100 visiteurs par mois. 49.679 pour l’année.
Chaque heure, 24h/24, il y a au moins cinq personnes connectées.

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C’est en voyant ces chiffres que j’ai compris pourquoi WordPress demandait si je voulais payer un abonnement Pro.
Je sais bien que la quantité ne fait pas la qualité mais dans le monde des webmasters, bon, c’est un signe positif.

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Pour autant votre comportement d’internautes pour parvenir ici est assez remarquable, car après tout ceci est un « blog », pas vrai ?
Un blog c’est quelqu’un qui écrit des trucs, des gens qui aiment bien, qui laissent des commentaires à tour de bras, d’autres qui font des liens et reçoivent des liens en retour pendant que les premiers s’abonnent pour avoir les mises à jour en temps réel pour laisser encore plus de commentaires et faire d’autres liens.
Et bé non, pas ici !

Très rares sont ceux qui trouvent que chacun de mes articles les concerne de près à chaque fois. En conséquence la proportion de lecteurs permanents est minime, tout comme le nombre de commentaires au bas des articles.

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Il faut bien dire aussi que les thèmes dont je cause ne favorisent pas l’adhésion des masses… en ce sens, The Blog ressemble davantage à une bibliothèque qu’à un salon de thé.

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Le lecteur-type est volontaire, éclairé et autonome dans sa recherche, par opposition à : il passe du temps ici parce qu’il n’a rien d’autre à faire dans la vie.

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Cela explique pourquoi les articles les plus lus ne sont pas les plus récents. Ils dépendent essentiellement de vos sujets d’intérêt lorsque vous les cherchez dans Google, Google Images ou Bing. Les moteurs de recherche sont la première source de trafic.

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Autrement dit je n’ai pas une clique d’admirateurs qui me lirait par habitude et/ou par conformisme. Tant pis pour mon narcissisme.
Non. La vérité c’est que vous venez là si, et lorsque, ça vous intéresse vraiment. Puis vous reprenez votre chemin. Tant mieux, gloire à vous.
Mais certains s’abonnent malgré tout (allez comprendre, hein ;) ) et gloire à vous aussi. Plus important : vous-vous abonnez et vous restez. Le turn over des abonnés par e-mail est de 0%. Malgré l’éclectisme et en dépit de mon total mépris pour ce qui fait -chez les autres- un bon blog. Merci.

Vous, le carré des fidèles, j’aimerais vous entendre. Qu’avez-vous à dire ? Tout le reste porte sur la quantité, mais c’est vous qui pouvez parler de la qualité.

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2009 – 2011 : les 10 articles les plus lus

Braconnage, go fast et transport furtif    (un classique celui-là, merci de ne pas me citer lorsque vous serez en garde à vue)

La Pyramide de Maslow (et autres foutaises)   (un classique aussi -mais là vous pouvez me citer)

Page Inspirations   (allez-y, choisissez l’année et laissez-vous imprégner. Je suis preneur aussi de vos références)

France Télécom et la Pyramide de Bird   (il me tient à coeur celui-là. Et je devrais songer à trouver un autre nom pour ce blog, avec ‘pyramide’ dedans)

Comment rater un entretien de recrutement   (avec l’article ci-dessous, celui-ci est le plus partagé; notamment sur LinkedIn)

14 choses dont vous avez besoin   (avec l’article ci-dessus, celui-ci est le plus partagé; notamment sur Facebook)

L’échec atomique   (laissez tomber vos actions Areva, achetez du Siemens)

Le travail, cet obscur point aveugle   (il y a un lien entre pensée magique et management, le saviez-vous ?)

Cerveau droit, cerveau gauche (et autres foutaises)   (j’en ai d’autres en réserve, des foutaises…)

La « résistance au changement »   (parce que non, « les gens » n’ont pas « peur » du changement… sauf si ça leur est directement néfaste)

Page About   (là où vous trouvez mon e-mail, en cherchant un peu)

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Citation (7) : occupez votre esprit 8 octobre 2011


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« Nous le peuple, nous avons une simple demande : l’instauration d’une commission présidentielle afin de mettre un terme à l’influence du capitalisme financier sur la prise de décision politique. »
Proclamation au campement du parc Zuccotti, New York. 17 sept. 2011.

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« Nos marchés financiers ont un rôle important à jouer. Ils sont supposés allouer le capital et gérer le risque. Mais ils n’ont pas bien réparti les capitaux et ont créé du risque.
Nous sommes en train de supporter le coût de leurs erreurs. Nous sommes en train de supporter le coût des erreurs des acteurs de la finance. Nous vivons dans un système où les pertes sont supportées par l’ensemble de la société alors que les gains sont privatisés. Ce n’est pas le capitalisme; ce n’est pas une économie de marché. C’est une économie dénaturée. »
Joseph Eugène Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001. 2 oct. 2011.

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