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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

interview à l’École de design de Nantes 4 décembre 2017


Dans le cadre de la mise en place d’une nouvelle formation « Observation des usages » j’ai été reçu à l’École de design de Nantes pour une interview sur ce sujet d’études étrange et iconoclaste…
Profitons-en pour signaler que ce module de formation continue est désormais en fonctionnement et les réservations vous sont ouvertes :

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Propos recueillis le 14 novembre 2017.
Après l’ère du tout technologique, de plus en plus d’entreprises et de collectivités reviennent aujourd’hui au début de tout produit/services : leur utilisateur. Pour cela, il convient de bien l’observer pour analyser son comportement, ses prises de décisions et actions. Pour accompagner ce changement, L’École de design met en place un nouveau module de formation continue « Mieux observer ses usagers ».
Description de cette formation avec son animateur, Yannick Primel, ethnologue et expert UX.

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Pourquoi ce retour à l’observation des usages ?

Yannick Primel :
Beaucoup de projets s’attachent à livrer un produit fini qui fonctionne parfaitement, en laissant les utilisateurs se dépêtrer avec les contraintes techniques ou les incohérences de procédure.
On constate cependant aujourd’hui que la valeur ajoutée n’est plus dans la technologie mais dans la prise en compte de l’usage, dans la manière dont on configure un produit pour faciliter son emploi. Que le produit fonctionne techniquement, c’est la moindre des choses. Mais correspond-il vraiment à l’usage précis que j’en fais, là où je l’utilise habituellement ? Pour répondre à cela, il faut revenir au fondamental : l’utilisateur. L’observer, analyser son pourquoi et son comment dans la vraie vie, c’est de là que vient l’expérience utilisateur (User eXperience).
Quelque part, c’est une forme de respect qui s’était perdue envers le client ou le citoyen.

Une manière courante de concevoir un produit ou un service est de faire appel à des représentants ou des experts qui vont parler au nom des utilisateurs, c’est ainsi qu’on croit les connaître.

Mais qui a réellement été voir l’utilisateur ? L’observation UX vise à combler ce fossé entre la croyance et la connaissance avérée.

Il faut accepter que ce qu’on va observer ne va pas forcément correspondre aux représentations qu’on avait jusque-là. Accepter de changer ce qu’on fait parfois depuis des années pour mieux coller à la réalité est un point fondamental de l’UX.
Ainsi, c’est le besoin pratique qui dicte la configuration technique à adopter et non plus l’inverse.

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Qui doit observer ses usagers ?

Yannick Primel :
Celui qui va sur le terrain !

Entreprises privées ou collectivités, les décisionnaires (dirigeants, chefs produits, responsable innovation, directeur de services…) vont influencer la stratégie globale de la structure en acceptant que l’observation devienne un prérequis indispensable.
Avec l’UX on arrête de supposer, on va vérifier.
Cet élan vers le design de services et l’UX peut être illustré notamment par les banques. Certaines ont même racheté des agences de design pour évoluer. Elles ont accepté de revoir leurs produits dans la perspective de profits durables, si j’ose dire, en tout cas fondés sur une réalité pérenne (le groupe BPCE et ING Direct par exemple). Moins figées dans leur contrat que les assurances par exemple, elles ont commencé à se questionner sur la pertinence de leurs produits par rapport à un client-type imaginaire.
Pour le service public, deux extrêmes me viennent à l’esprit : la transformation particulièrement efficace du Ministère des Finances et au contraire le drame du RSI, qui a connu une forme de suicide par l’absence totale de prise en compte des besoins utilisateurs.
L’observation directe est donc la 1ère étape de la démarche de Design Thinking. Elle constitue la phase de découverte, la pointe de son double diamant. L’observateur est celui qui va percer la réalité de ce qu’on cherche à comprendre.
C’est le pied à l’étrier pour la structure prête à opérer son changement grâce au Design Thinking.

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Comment se fait cette observation ? Quel est le terrain d’observation ?

Yannick Primel :
Sur la journée de formation, on va consacrer 1 heure à observer un lieu proche.
Le but : voir comment il est utilisé et par qui. Comment vit-on dans l’endroit ? Quelle est la symbolique projetée par ceux qui le fréquentent ? Quels sont les points de friction ?
La méthode de terrain est fiable car les critères sont rigoureux. Les ethnologues parcourent le monde depuis au moins 150 ans.

 

La collecte en particulier doit être reproductible : quelqu’un d’autre sur le même terrain rapportera des faits comparables, c’est donc loin d’être « subjectif ».

 

De manière générale, les données collectées sont d’abord qualitatives et directes parce qu’on est là pour ça. Prise de notes, photos, vidéos, tous les supports sont bons à prendre.
Si elles sont disponibles, viennent ensuite les données indirectes comme les métadonnées, statistiques de fréquentation, journal de bord des utilisateurs…
Enfin vient la phase de « raffinage » où l’on met en forme cette matière brute. Des projets différents peuvent puiser dans une même observation UX parce qu’on s’attache à décrire un contexte d’utilisation et ses permanences, ses rituels sociaux qui dictent quel objet on utilise ou à quel service on va faire appel et pourquoi ceux-là et pas d’autres.
Des adolescents observés dans leur lycée sont une source d’inspiration infinie pour les fabricants de vêtements, de chaussures comme de téléphones mobiles… et bien sûr aussi pour l’Éducation nationale.

On obtient toujours énormément d’informations. De manière générale, on trouve même toujours plus que ce qu’on est venu chercher. C’est l’expérience de la sérendipité, le « don de faire des trouvailles ».

On peut préparer ensuite les phases suivantes du Design Thinking, en constituant un parcours utilisateur et des personas solides (une personne fictive qui va représenter un groupe cible) qui sont incarnées à partir des vraies personnes dans leur vraie vie et non plus « à dire d’expert ». On constitue également une empathy map. Il s’agit de décrire les ressentis (froid, chaud, peur, nombre de décibels dans un lieu, importance du toucher, perception du temps perdu …).
Ces données émotionnelles et physiques, permettent de faire comprendre à l’équipe projet le ressenti physique d’une personne et aussi de comprendre ce qu’on va faire ressentir à quelqu’un avec la nouveauté qu’on en train de fabriquer.

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Une base pour un changement de stratégie de l’organisation ?

Yannick Primel :
Une fois sensibilisées à l’observation des usages, les entreprises/collectivités peuvent mettre en place des procédures et parcours internes pour faire évoluer les compétences et gagner un avantage concurrentiel à l’échelle opérationnelle. Cela va clairement de pair avec la méthode de Design Thinking.
Rien ne devrait être conçu, testé ou livré sans avoir été confirmé sur le terrain.
Bien sûr ce n’est pas magique ni une garantie de succès… mais c’est en revanche la garantie qu’on va éviter de faire des erreurs grossières. D’abord on évite l’effet Beurk, ensuite éventuellement on suscite l’effet Wow !

Mais partir à la rencontre des usagers n’est qu’une première étape.

Pour donner son plein potentiel, cette démarche peut être généralisée et intégrée à l’orientation stratégique de l’entreprise. On passera alors de l’UX à l’échelle d’un projet, à de l’UX « exploratoire » (l’UX Research) qui permet d’orienter les efforts d’innovation sur la base d’un constat empirique. C’est mieux que d’avancer en aveugle…
En tant que méthode, l’UX est d’ailleurs née d’un projet du fabricant de microprocesseurs Intel qui avait envoyé l’anthropologue Genevieve Bell explorer ce que les gens faisaient dans leurs cuisines en Europe, Afrique du Nord et aux États-Unis. Un bref exemple encore sur l’UX Research : après le choc du Brexit, l’entreprise Ogilvy&Mather s’est rendue compte que sa compréhension de la vie quotidienne au Royaume-Uni était largement faussée par sa propre implantation londonienne. Ogilvy a donc développé un programme pour envoyer ses chefs de projets en observations régulières dans tout le pays, afin de ne plus laisser diverger leurs croyances et la réalité du terrain.

Pour eux, cela revient à modifier radicalement leurs produits parce qu’ils acquièrent une vraie connaissance de leur public, qu’ils n’avaient pas auparavant.

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La ville d’aujourd’hui, demain 12 janvier 2017


[cet article a été publié également sur Linkedin Pulse]

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Depuis que les humains ont commencé à grouper leurs habitats au Néolithique, la tendance à l’urbanisation ne s’est jamais démentie et n’a jamais cessé de croître. Dans un passé récent, au XVIIIe siècle 0,4% de la population terrestre résidait en ville et en ce début de XXIe nous sommes plus de 50%. Les projections indiquent 65% de population citadine en 2025.

Sydney city sprawl. Urban life self-organizes around the possibilities of (social) exchange. Badly designed "smart cities" only place a burden on that basic fact.L’existence de la ville a eu une influence sur tous les domaines de la vie humaine dans la mesure où cet objet socio-géographique est rapidement devenu un centre de décision et, au sens propre, un lieu de pouvoir. Le sujet ‘urbain’ recouvre une réalité bien plus vaste que la simple construction d’un habitat dense, à commencer par l’organisation de la vie humaine, j’ai nommé : la politique.

 

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L’omniprésence du digital aujourd’hui (devenu « pervasif ») se fait sentir dans tous les domaines, comme une confirmation concrète de la quatrième révolution industrielle telle que définie par Klaus Schwab, fondateur du Forum Économique Mondial. Ce concept peut sembler grandiloquent mais il a le mérite de pouvoir envelopper notre époque faite d’automatisation extrême et d’interconnexion généralisée entre les personnes, les systèmes d’infrastructures et les objets.
La construction de l’objet ville est donc, de fait, la construction d’un objet politique au sens d’organisation de la vie collective. Ce n’est pas un hasard si le premier département de recherche en sociologie au monde fut fondé en 1892 à Chicago, spécifiquement pour comprendre la dimension humaine de la vie en ville (et en corolaire aider la prise de décision publique quant au sujet de la planification urbaine).
Certains sujets spécifiquement urbains en effet ne peuvent pas être résolus par de la tuyauterie neuve ou le recours massif aux camions-toupies… comprendre, gérer et si possible maîtriser la criminalité, la cohabitation entre communautés culturelles, la redistribution des richesses, la résilience face aux catastrophes ou encore la prise en charge des nouveaux habitants ne relèvent pas du « bureau du génie civil ».

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C’est précisément l’écueil qu’il faut éviter aujourd’hui avec la notion de « ville du futur » : les vrais problèmes à résoudre relèvent de la citoyenneté dans la ville et non de tuyauterie neuve.

Toutes les villes ont la même problématique et connaissent les mêmes sujets de réduction de la pollution, d’accès à l’énergie, de modification de la pyramide des âges, de mobilité, de divorce entre valeur foncière de l’immobilier et sa valeur économique locale, etc.
Ce sont des préoccupations mondiales et dans les discours de gestion urbaine, on en est quasiment à l’injonction morale : il faut être smart. Dans une grande mesure d’ailleurs, reconnaissons que le modèle historique arrive à ses limites et que le modèle nouveau offre un espoir de les dépasser plutôt efficacement.
Certes, mais que recouvre ce mot en termes de conséquences ?
La ville du futur est souvent décrite en termes économiques et l’amélioration supposée est hyper rationalisée : rapidité des services rendus, juste dimensionnement et juste localisation.The equivalent of a ghetto would be to deploy "smart" technologies within our cities, without taking into account the real population (not the intended population). Recruit ethnographers, proceed to deep UX field-observations !
Ce type d’urbanisme paternaliste reprend les codes techno-scientifique qui ont donné vie en France aux « grands ensembles » de HLM dans les années 1950. Posture politique qui a encore des effets sociaux et architecturaux largement négatifs 60 ans plus tard.
L’ampleur des financements d’une smart city impose des partenariats public-privé et une infatuation en termes d’approche basée sur les données… Une étude récente par Raphaël Languillon-Aussel, Nicolas Leprêtre et Benoit Granier montre bien comment les grands groupes industriels (Toshiba, Panasonic, IBM en particulier) utilisent les expérimentations grandeur nature pour améliorer leurs technologies, avec des arguments chiffrés qui mesurent l’efficacité de leur matériel pour apporter la preuve de son utilité. Cette vision de l’efficience promue par les fournisseurs ne doit pas abuser les décideurs politiques pour laisser transformer nos villes en chaîne de production robotisée.
Cela nous ramènerait à la conception technocratique d’il y a 50 ans… le risque est donc énorme de voir se reproduire une dégradation non anticipée de la qualité de la vie urbaine collective.
Car pour les habitants, l’intérêt premier est dans les nuances qui n’apparaissent pas sur un tableau Microsoft Excel : transparence des institutions, engagement civique, équité sociale.
La question posée doit explorer les bénéfices technologiques en termes de service rendu et de renforcement des capacités d’action (empowerment) des citadins eux-mêmes, de leur propre point de vue.

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Certaines villes considérées comme avant-gardistes mettent en place depuis les années 2000 un modèle qu’on appelle la smart city ; la ville intelligente ; ou encore -avec autant de modestie- la ville du futur. La vision qui préside à l’établissement de la ville du futur est faite d’interconnexion des systèmes et d’exploitation intensive de la data afin d’optimiser les services et les infrastructures. L’intérêt d’insérer du digital dans la ville permet de basculer vers une gestion à très court terme, voire au temps réel pour certains aspects de flux (circulation routière, transport public, distribution d’énergie).

Pour une supervision en temps réel des transports, voir l’exemple d’application Big Data ci-dessous qui montre la circulation des taxis à New York du 24 au 31 octobre 2011 :

 

[lien secondaire : https://vimeo.com/88147836 ]
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Avec le développement rapide du numérique, la smart city est désormais passée de la brochure marketing sexy à la réalité (parfois moins sexy).
La promesse d’efficacité à grande échelle et de précision algorithmique a séduit des métropoles partout dans le monde. Le Japon abrite 4 des principaux projets mondiaux de smart cities, dont celui de Yokohama qui porte non pas sur un unique quartier (300 à 400 foyers) mais sur 10.000 foyers. En dehors des cadres expérimentaux, Singapour s’est révélée exemplaire dans la gestion de la mobilité, Copenhague pour la dimension durable et Boston pour la participation citoyenne.

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A ce titre, il est d’une importance cruciale de comprendre que le numérique et l’usage intensif de la data doivent avant tout permettre une plus grande interactivité humaine. Mais la data n’est pas la vie… et le quantitatif est incapable de prendre en compte la variété encore plus grande du qualitatif.
Car, je le prédis, ça ne fonctionnera pas si le système porte uniquement sur l’optimisation technique et omet la socialisation.
En oubliant l’être humain dans l’équation de la ville du futur, on s’apprête à un retour de bâton magistral lorsque le « facteur humain » reviendra sans avoir été invité sous la forme de protestations, de vandalisme, de non-respect volontaire des procédures ou d’arrangements parallèles qui passeront outre tout le ‘smart’ qu’on aura bien voulu injecter dans la ‘city’.
L’absence de prise en compte des aspects socio-politiques aboutira à coup sûr à un refus d’adoption des innovations proposées et à un accroissement des inégalités  -si toutefois l’objectif initial était bien de les réduire.

Il serait donc bon de questionner le modèle de design et les méthodes utilisées avant la pose de la première pierre dans un nouveau Digital technologies can bypass classical urban planning problems, yet the design of these projects should not forget the main issue is social not technical. Real-life citizen-centric more than the abstract user-centric archetypes.quartier. Quels profils de population sont pris comme référence pour penser les innovations à venir ? Les décideurs publics pourraient cesser de valoriser systématiquement la population qu’ils souhaiteraient avoir dans la ville, et de prendre en compte sa réalité.
A ce titre, une « smart city » si elle veut assumer son rôle d’infrastructure politique doit en premier lieu se préoccuper de la population réelle… ce qui suppose une adaptation des technologies aux différents contextes locaux et non l’implantation de systèmes standardisés.
Pour réussir au-delà du minimum technique requis, les initiatives d’ « urbanisme digital » doivent prendre en compte et soutenir des besoins spécifiques et hautement variables, qui ne correspondent pas la plupart du temps avec les profils-types d’utilisateurs définis en phase initiale : riches, éduqués et dont la vie peut se faire dans 3 km². Les populations pauvres, non connectées sont par contre les grandes ignorées du processus.
Qu’en est-il du parent solo qui doit faire 50mn de transport en commun pour aller au travail et dont l’abonnement lui coûte 10% de son salaire ? Le fait que sa carte de métro soit sur son smartphone ou que son bus soit sans conducteur est bien le moindre de ses soucis.
Qu’en est-il de l’idée de rue, conçue comme un lieu de vie publique et non un lieu qui mène à des actes d’achat ?
Comment sera garanti l’anonymat de nos données ? Et pourquoi envisage-t’on de faire payer les déchets selon le poids de nos poubelles (connectées) alors que les fabricants ne sont pas contraints de produire moins d’emballages ?

Et à quels services publics n’aurons-nous pas droit si l’on ne dispose ni d’un smartphone, ni d’un ordinateur ni d’une carte bancaire ?
Et pour ceux qui ont ces équipements, sera-t’il possible de cliquer sur opt-out ?

Pour ceux qui se préoccupent de renouveller la ville d’aujourd’hui en vue de demain, ça commence au tout début du processus : dans le cerveau des concepteurs, par une collecte qualitative issue du vrai terrain et une approche bottom-up, participative, du test & learn et -soyons fous- une implication directe des citoyens via des ateliers de co-création.
(remettons-en une couche, cria alors l’ethnologue : faites des observations in situ de vraies personnes pour bien calibrer les technologies à leurs utilisateurs… car ne pas le faire produira l’équivalent digital de la cité HLM : exclusion, paupérisation et déliquescence)

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Nos existences vont donc changer effectivement mais, finalement, il est probable que l’espace public ne changera pas si radicalement.
Le thème de la ville du futur concerne moins les infrastructures que les interactions humaines avec ces infrastructures. Rome à l’époque de César ressemble beaucoup à la Rome de 2017, le système social par contre n’a plus rien à voir et il a même changé plein de fois. En 3017 il y a fort à parier que Rome ressemblera encore beaucoup à la Rome de 2017. Les espaces horizontaux serviront toujours à accueillir les activités et les parois serviront toujours à séparer les espaces horizontaux. Les façades auront toujours pour fonction de protéger de l’extérieur et les fenêtres à voir au-delà des parois.

Mais dans le système social qui se prépare, la smart city sera bavarde. Les bâtiments, les voies de circulation, les véhicules et les objets seront bavards. Certaines de ces choses inanimées auront sans doute même une relative capacité d’auto-régulation, mais les éléments-clés ne seront pas modifiés. Avec un peu de d’organisation, il sera même encore possible de se perdre en se promenant.

What are the political implications of these internet-data-automation stuff ? This is a VERY good question. Such a technical system would ease or make more difficult the birth of a dictatorship ?L’incompréhension fondamentale que nous devons éviter réside dans le fait qu’une ville est un tissu social avant d’être une plateforme technique. L’impact humain de la planification urbaine n’est pas seulement fiscal ou pratique.

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Pour pousser l’argument encore plus loin, je l’ai déjà dit et je le dirai encore : le critère ultime d’évaluation d’une technologie est sa capacité à ne pas servir une tyrannie.
Le fondement de l’État de droit repose sur la séparation des pouvoirs : comment s’assure t-on que cela descend jusqu’au niveau des bases de données ? Si demain ce sont mes empreintes digitales qui servent de titre de transport, comment pourra-t’on garantir ma liberté de circulation sous le règne d’un gouvernement autoritaire ?

Pensez-y lorsque vous serez en charge de la conception d’un nouveau « quartier connecté ».

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par-delà MOE et MOA 15 septembre 2016


Ainsi que je l’écrivais dans mes articles précédents sur la nécessité de revoir ce qui constitue une équipe projet performante, il y a un fort besoin de renouvellement du cadre intellectuel, pour permettre de modifier les façons de faire, sans perdre en qualité ni en fiabilité du processus de fabrication tout entier.

La vie quotidienne dans les organisations soulève des difficultés qui sont le plus souvent identifiées par la dichotomie SI traditionnel /vs Digital et méthodes habituelles vs/ méthodes innovantes. Les solutions sont donc à la fois définies par ce cadre de pensée, mais aussi limitées par lui.
Car si cet objectif semble louable, il y a une étape à laquelle votre organisation n’échappera pas si la réflexion est poussée jusqu’au bout : reconnaître que la distinction traditionnelle entre Maîtrise d’Ouvrage (MOA) et Maîtrise d’Oeuvre (MOE) est devenue un frein.

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Si, depuis longtemps, la MOA représente les utilisateurs et donne les ordres à la MOE qui représente les équipes de fabrication, il a fallu un peu de temps pour se rendre compte que ces grands domaines de compétences engendrent un système peu coopératif où les équipes MOA ont des objectifs MOA et les équipes MOE ont des objectifs MOE.
Ces objectifs clairement distincts sont la norme et même lorsque les projets ne se passent pas trop mal, l’existence de cette divergence est une démonstration que le collectif social travaille finalement rarement avec l’objectif commun de servir l’utilisateur.
Vous pourrez me répondre que c’est un moindre mal puisque quand même, en moyenne, ça fonctionne quand même pas si mal… et je suis un peu d’accord, sauf à dire que cette concurrence (hostilité ?) larvée ne facilite pas l’adaptation à un environnement en rapide évolution, techniquement et en termes d’usages.

Il y a de plus deux nuances à apporter :
Si votre qualité est moyenne en général, cela signifie que vous avez souvent des productions mauvaises.
Si votre qualité est excellente en général, cela signifie que vous avez souvent des productions moyennes mais rarement mauvaises.
…voilà qui remet les choses en perspective, pour toutes les fois où votre Direction Marketing affirme servir au mieux vos clients. Si votre objectif est donc de fournir des produits (ou des services) de qualité moyenne, vous pouvez cesser de me lire. Ne faites rien, ne touchez pas aux frontières.

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Mais le fait est que la bataille de frontières entre MOA et MOE est l’élément déclencheur de bien des soucis.
Les premiers ont une fâcheuse tendance à se considérer comme les donneurs d’ordres, nobles représentants des ‘métiers’ tandis que les seconds tentent de défendre la légitimité de leur propre métier tout en faisant (parfois) l’impossible pour sortir un produit qui ne connaît pas trop de défaillances. Et si la MOE en particulier (mais pas uniquement) est un entreprise sous-traitante, il faut ajouter dans l’équation l’existence d’un contrat commercial qui exclue les arrangements informels, alors que c’est précisément la coopération informelle, les petits coups de main et les arrangements inter personnels qui permettent de régler un problème imprévu.

 

En moyenne, quand un territoire est dirigé par deux rois dans leurs châteaux forts, il y a rarement la guerre si l’équilibre des forces est bien réparti (et dans ce cas les problèmes sont tus, mais pas résolus).
Mais l’histoire nous apprend que si les châteaux forts sont ‘forts’, c’est précisément parce qu’il y avait souvent la guerre… et parfois, un seuil est franchi lorsque l’un des deux protagonistes choisit de miser sur l’asymétrie d’information au détriment de l’autre.
On ne parlera plus alors de problèmes techniques de fabrication mais de problème d’organisation et cette élévation du niveau de risque est le signe quasi infaillible que la situation va très sévèrement dégénérer…
Si vous voulez vous faire peur, vous pouvez lire l’histoire lamentable du projet LOUVOIS, le procès entre l’assureur MACIF et son prestataire IGA, ou la question posée à la chambre haute du Parlement français sur les dysfonctionnement du RSI.

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Peut-être serait-il temps de renouveler le cadre intellectuel en appliquant l’idée de méthodes innovantes à la structure d’organisation ?
Mmmmh, attendez… et pourquoi pas construire un point de vue commun aux différents intervenants et au bénéfice des utilisateurs ?
C’est dans ce cadre que les équipes pourront penser des configurations techniques non seulement qui fonctionnent, mais aussi qui sont réellement utiles.
Voilà… vous êtes sur la voie pour rassembler vos anciennes MOE et MOA en une unique structure.

Et tant que vous y êtes, pourquoi ne pas renforcer sa compétence et l’appeler « Direction de l’UX » ?…

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Nous avons là le début d’un réel chantier d’organisation, dont l’objectif clair est l’amélioration de la performance collective avec, en bout de chaîne, une amélioration de la qualité du produit ou service.

Change management : what brings "resistance" to change ?Ce n’est pas en trois phrases cependant qu’on peut résumer la marche à suivre. Un ‘vrai’ chantier d’organisation est aussi un vrai risque d’échec. C’est là où l’implication du top management doit faire ses preuves, justement parce qu’il y a un risque. Contrairement aux réorganisations habituelles dont les améliorations restent finalement peu évidentes et encore moins mesurables (sauf en termes de désorganisation pour les employés de première ligne), une remise à plat de la distinction MOA-MOE est le genre de projet majeur qui va remuer profondément les valeurs du collectif de travail, les habitudes de travail, les procédures et -surtout ?- la répartition des pouvoirs dans l’organisation.

Ce ne serait pas la première fois qu’une Direction refuse un projet extrêmement prometteur parce que l’une des conséquences est de remettre en cause l’ordre établi (ce que ne font pas les réorganisations habituelles dont je parlais plus haut). Ce type de refus est donc d’abord motivé par la peur, à commencer par la peur de l’échec. Une idée intéressante à ce niveau est d’adosser ce genre de « réorg » à quelques projets pilotes qui démontrent par améliorations successives que l’objectif visé est pertinent en termes de fonctionnement opérationnel et aussi qu’on peut l’atteindre en termes de modification structurelle.

Une fois de plus, on en revient à la question : quel est votre modèle de management ?

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L’équipe projet, version 2 9 septembre 2016


La manière habituelle de fabriquer des produits s’avère de plus en plus un facteur limitant. Mais bien sûr en contrepoint, il n’y a pas de nouvelle manière bien établie et faisant l’objet d’un consensus… ce qui explique que le problème est rarement évoqué en public puisque personne n’a la réponse.
Souvent le sujet est effleuré lors de projets, par une interrogation sur la nature des compétences à rassembler pour mettre en place une configuration qui fonctionne, dans le contexte des usages actuels.   (sur ce sujet plus vaste, cf. l’article sur le SI Digital).
En guise de préambule, je voudrais développer ci-dessous cinq points qui me semblent pertinents.

1980-2014_evolution-of-the-desk

Source Best Reviews :        bestreviews.com/electronics#evolution-of-the-desk.

1. Les équipes sont transverses

Pour toutes les fois où une maîtrise d’ouvrage (MOA) et une maîtrise d’oeuvre (MOE) sont impliquées dans un projet (et pas uniquement en informatique), il faut aller voir sur le terrain pour constater que les échanges d’information sont multiples, intensifs et transverses (ha !).
La transversalité se situe à la croisée de trois domaines : Conception, Réalisation et Production.

Ces trois domaines concentrent toutes les compétences pour élucider les questions de design (conception), de faisabilité (réalisation) et de viabilité (production). Le point de blocage vient du fait que dans le processus habituel, ces éléments interviennent l’un après l’autre chronologiquement, et qu’une bonne part du temps passé sur un projet consiste à comprendre ce que les précédents intervenants ont voulu dire dans leur spécifications, pourquoi ils ont adopté tel choix technique et pourquoi ils n’ont pas anticipé telle ou telle procédure. Comme dit l’anecdote du cuisinier sur le Titanic : « Moi, ma vaisselle était propre… »

Composez une équipe projet afin que ces domaines Conception, Réalisation et Production soient abordés en même temps; et n’ayez pas peur d’y ajouter d’autres fonctions si nécessaire. Dans le domaine de la cyberdéfense par exemple, on compte pas moins de sept domaines de compétences minimum.

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2. Les équipes sont à 100%

Une affectation sur un sujet, sur 100% du temps de travail. Il y a une littérature pléthorique qui prouve l’inefficacité du travail multitâches. Pour une organisation, affecter ses employés à des projets parallèles différents est aussi dangereux que conduire et envoyer un texto en même temps.

Vous devez cesser de croire qu’un ingénieur de tests pourra résoudre cinq anomalies PHP dans la journée et proposer des idées innovantes la même journée. Vous devez cesser de croire qu’un chef de projet peut gérer 5 projets simultanément. Vous devez cesser de croire qu’un designer peut se montrer créatif sur des solutions d’écrans web alors qu’il est affecté à quatre projets différents sur 25% de son temps.

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Maintenir en bon fonctionnement un système d’information est difficile, mais réussir un projet qui implique des technologies de moins de 10 ans, pour des usages de moins de 5 ans tout en restant compatible avec le SI qui a parfois 30 ans est un tour de force lorsqu’on y est à plein temps.
N’espérez pas y parvenir avec les méthodes qui fonctionnaient bien (en moyenne) il y a quinze ans. Lorsque vos collaborateurs sont affectés à moins de 100% de leur temps à un projet… c’est presque comme si vous vouliez ne pas y arriver.

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3. Les équipes mangent des données au petit-déj

Personne n’a besoin d’être un expert en données (sauf le data scientist :) ). Mais tout le monde a besoin de prendre en compte les nouvelles données qui donnent des informations sur le travail accompli en vue d’améliorer le travail à faire.  Les équipes (de MOE) n’en peuvent plus de brûler des calories en respectant une liste de fonctionnalités requises (par la MOA), alors que si tout le monde avait travaillé ensemble dès la phase d’études, on aurait pu gagner du temps… C’est la responsabilité du management de constituer des équipes qui rassemblent toutes les compétences dont le projet a besoin et nous commençons bien à comprendre que les procédures habituelles empêchent cette mise à disposition en sacralisant la frontière entre MOA et MOE.

Voilà un autre élément qui légitime le recours à la méthode UX et l’observation directe en itérations successives :

  • votre produit minimum viable (MVP) doit générer des données, sinon ça s’appelle un prototype
  • vous devrez arbitrer entre les aspects quantitatifs (le quoi) et les aspects qualitatifs (le pourquoi)
  • vous devez mesurer des résultats, pas des fichiers de logs de sortie

Vos équipes devraient pouvoir exprimer fortement leurs différents avis, l’encadrement hiérarchique devrait être modéré et chaque décision devrait être argumentée par des faits et des données.
Une équipe de projet aujourd’hui n’est plus responsable de fournir une liste de fonctionnalités mais de justifier comment elle améliore sa contribution aux résultats de l’organisation.

4. Les équipes servent l’utilisateur

La principale amélioration stratégique pour une organisation consiste à mieux connaître ses utilisateurs / clients / usagers et à se rassembler autour d’eux. C’est l’usage qui doit décider de l’organisation interne et non l’inverse. De cette manière, les équipes connaîtront le pourquoi et seront à même de proposer des solutions techniques pertinentes.

Vous devez arrêter de questionner les utilisateurs après leur avoir livré un produit : si vous devez le faire une seule fois, faites-le avant. Une organisation centrée utilisateur observe, questionne et mesure les usages tout le temps.

Les équipes projet dignes de ce nom sont branchées en direct aux (futurs) utilisateurs et sans se limiter aux œillères imposées par un projet particulier. Et je dis bien en direct : sans intermédiaire qui parle « au nom de ». Ce sont des membres de l’équipe qui vont au contact des utilisateurs et qui remontent ces informations de première main. Si vous avez une Direction de l’UX ou un équivalent, elle devrait être capable de fournir de l’intelligence qui mettra en perspective et réutilisera cette collecte directe. La connaissance client / utilisateur / usager ne cesse jamais elle mérite donc d’être portée par une direction autonome et permanente au sein de votre organisation.

C’est ainsi que pourra s’estomper l’épaisseur des forteresses MOA et MOE : à force de partage, de travail en commun et de construction d’une compréhension partagée (et argumentée) des utilisateurs.

5. Les équipes sont diverses et parfois rouges

Quelle est la représentativité de vos équipes en comparaison de la population totale ? La culture de vos employés se reflète et influence le produit final jusqu’à avoir un impact sur la manière dont il sera perçu, une fois livré sur le marché.

Pas besoin d’aller chercher très loin pour trouver des exemples réels dans le monde d’aujourd’hui, dans vos produits, vos services et ceux de tous les autres.

La seule bonne volonté ne suffit pas ici, car il y a par exemple des législation qui empêchent de recruter sur une base de choix culturelle, d’origine géographique ou même religieuse. C’est une excellente chose dans l’absolu bien sûr, mais cela produit un cercle vicieux qui empêche aussi de corriger un manque de représentativité et qui ne fait finalement que protéger un état de fait largement insatisfaisant. C’est un sérieux problème que les directions des Ressources Humaines devraient traiter sérieusement… mais en termes de management, l’absence de réponse RH immédiate n’empêche pas de mettre en place certaines règles claires :red-team_contrarian-anticipation_equipe-rouge_anticipation-contrarienne

  • Permettre un environnement protecteur qui permette l’expression des points vue, y compris (et surtout) divergents. Acceptez aussi une remise en cause par… l’avis des utilisateurs et la réalité de leur contexte tel que les designers UX auront pu le constater.
  • Sur les sujets les plus importants, mandatez trois personnes pour établir précisément (et à 100% du temps alloué !) comment le plan pourrait échouer. On appelle ça une « Équipe Rouge » dont je suis un ardent défenseur. En termes militaires une équipe rouge prend le point de vue de l’ennemi pour trouver les points faibles d’un plan -et c’est nettement mieux d’avoir fait ce travail avant l’exécution du plan…
  • Montrez l’exemple. Acceptez la critique mais n’acceptez que des critiques constructives puisque bien construire est l’objectif. Pas de critique ad hominem, bien entendu.

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Il y a encore beaucoup à dire… mais en forme de conclusion, j’ajouterai que si tout cela vise bien à améliorer la qualité de ce que vous proposez -produit ou service-, c’est aussi un moyen pour parvenir à une autre fin : renforcer l’organisation elle-même en diminuant l’entropie, la dispersion dans des luttes intestines et l’éloignement progressif de ce qui devrait être la priorité de chacun : le service rendu à l’utilisateur.

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Le syndrome de La Femme en Rouge : un usage social des objets connectés 14 juin 2016


Ainsi que j’en parlais dans mon post sur le porté connecté, l’une des possibilités socialement intéressantes de cette technologie est de pouvoir (potentiellement) permettre d’entrer en relation avec une ou plusieurs personnes qui nous sont totalement étrangères via les objets.

Cette potentialité offerte par la technologie répond à une attente d’interaction.

En référence à Fiona Johnson dans la trilogie Matrix, je nomme cette attente d’interaction le syndrome de La Femme en Rouge et précisément le fait qu’une personne est toute proche de nous mais que les conventions sociales ne légitiment d’aucune manière le fait qu’on s’adresse à elle sans passer pour un(e) tocard(e). Il manque un prétexte, une bonne raison, une justification même floue et ambiguë.
[A l’attention de mes lectrices : pour équilibrer cette illustration et ne pas sombrer dans le sexisme, si vous avez en tête l’équivalent masculin de La Femme en Rouge je suis très preneur de vos références]

femme-en-rouge_objets-connectes_usages-UX

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Stanley Milgram a démontré dès 1967 que nous ne sommes pas si éloignés les uns des autres que de nous pourrions croire et qu’en moyenne seulement 6 niveaux de distance nous séparent de n’importe qui. J’aurais par exemple seulement besoin de 6 personnes pour pouvoir entrer en relation directe avec le président des États-Unis (ou n’importe qui d’autre). A force de répéter cette hypothèse d’ailleurs, un jour, il faudra que je me lance…

Cette théorie du petit monde a été reproduite plus récemment au sein du réseau Facebook, où il s’avère que chacun est séparé de chacun seulement par trois niveaux et demi. Au sein d’un réseau social dense et clos comme l’est Facebook (ou Linkedin, ou Tumblr), il devient encore plus simple de joindre un(e) inconnu(e) par relations interposées. Mais le simple fait d’avoir ouvert un profil sur ces réseaux sociaux fournit le prétexte à une mise en relation : parce que vous êtes inscrits sur ces réseaux, vous attendez des sollicitations (et pas toujours graveleuses, merci).

 

Joindre un inconnu sur un réseau social rend donc la prise de contact moins incongrue, dans la mesure où les deux font déjà partie du même réseau. Qu’en est-il si l’inconnu(e) est juste à proximité, sans rien ni personne pour jouer le rôle de connecteur ? Que se passe-t’il si la Femme en Rouge boit son café à la table voisine de la vôtre ? Dans ce contexte il ne s’agit plus de célébrer la relation qu’on a avec autrui même en son absence (via internet); il s’agit de célébrer exactement l’inverse : la présence d’autrui, avec qui on n’est pas encore en relation.intel_presence_syndrome-femme-en-rouge

Les recherches menées chez Intel avec des objets à double écran défrichent partiellement cette problématique, en permettant de s’adresser directement à un(e) inconnu(e) en utilisant la technologie comme entremetteur… en utilisant un prétexte non personnel pour adresser la parole, comme une image diffusée sur un écran, une ligne de texte ou autre. Cela met les deux personnes à l’abri d’une relation qui démarrerait immédiatement sur le plan personnel.

Bien sûr, si vous faites partie des gens qui peuvent lancer une conversation avec (presque) n’importe qui dans n’importe quelle situation, vous pourrez hausser les épaules devant l’idée qu’un objet puisse servir de déclencheur à la prise de contact. J’en conviens. Et si mon allégorie de La Femme en Rouge oriente le débat vers une relation interpersonnelle de séduction, ce serait une erreur de limiter le sujet à ce domaine particulier.
Que se passe-t’il si la Femme en Rouge est directrice des ressources humaines de l’entreprise où vous voulez travailler et qu’elle boit son café à la table voisine de la vôtre ?
Du reste, si vous craignez l’invention prochaine d’une machine à harceler vous pouvez être rassuré, puisque ce sont les objets qui gèreront le premier niveau d’interaction pour ne laisser émerger que les demandes appropriées telles que définies par vos soins. L’expérience de Milgram en 1967 a surtout montré que ce n’est pas l’outil qui permet la mise en relation, c’est la bienveillance de celui ou celle qui reçoit la sollicitation. Les « six degrés de séparation » sont seulement une moyenne et sur presque 270 lettres envoyées pour vérifier l’hypothèse de l’équipe de recherche, moins de 70 parvinrent à destination. La Femme en rouge ou l’Homme en Bleu (?) auront toujours la possibilité de vous ignorer superbement, et réciproquement.
En fin de compte d’ailleurs, dans le film Matrix, personne n’entre en contact avec la Femme en Rouge.

 

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Il y a cependant là une nouvelle possibilité d’usage pour les objets connectés, socialement bien plus utile qu’un podomètre ou un stupide compteur électrique soi-disant intelligent.  Je parie que celui qui trouvera un moyen technologique de favoriser la relation avec autrui dans le monde concret aura au moins autant de succès que Mark Zuckerberg et son bouton Like.
Sous quelle forme apparaîtra cette innovation reste sujet à débat : il est probable que nous ne pourrions que nous tromper en lançant des hypothèses sur la base d’exemples existants. Smartphone, montre, bague… tout ce qui entre dans le domaine du ‘porté connecté’ semble pertinent. L’essentiel de toute façon n’est pas l’objet en lui-même mais les protocoles et autres liaisons à courte distance.
Peut-être que la catégorie des objets enchantés pourrait nous orienter vers une voie prometteuse, par exemple avec l’aide des assistants virtuels en hologrammes ?

La force de cette innovation résiderait dans le fait qu’on n’est plus dans le virtuel mais dans la vraie vie.
Un Like bien placé sert de déclencheur de conversation, ou simplement le fait de savoir qui a consulté votre profil sur internet vous rend légitime à adresser la parole à cette personne… mais dans la vraie vie, dans un salon professionnel, au centre commercial ou dans la rue, on ne peut pas utiliser d’intermédiaire : entre soi et autrui, soit on adresse la parole, soit une opportunité est manquée.
C’est ce vide que pourrait combler la technologie connectée dans la mesure où elle servirait à générer du lien social là où, juste avant, il n’y avait qu’une espérance d’interaction.

Célébrons la présence !
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Synthèse sur les wearables : le porté connecté 4 avril 2016


Dans le cadre d’une (petite) recherche je me suis récemment intéressé aux motivations individuelles à utiliser les vêtements connectés; en anglais dans le texte les connected wearables.

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Mais il y a un problème de dénomination.
Comme j’en parlais dans un article récent, le mot anglais digital est synonyme de numérique, les deux peuvent être utilisés pour désigner la même réalité. C’est simplement l’habitude qui nous fait préférer l’un des deux vocables.
Ce n’est pas vrai pour le domaine des vêtements connectés par rapport au terme anglais wearables, du verbe to wear : porter sur soi (et non pas emporter avec soi, comme un téléphone). Les wearables constituent donc la catégorie d’objets que l’on porte sur soi mais pas uniquement les vêtements. Ainsi, l’utilisation du mot français ‘vêtement’ connecté est beaucoup trop restrictive pour désigner la globalité d’une pratique anthropologique universelle. La réalité que l’on veut désigner en effet concerne les vêtements mais aussi les montres, les lunettes, les harnais de sécurité, les gilets de sauvetage, les sacs à dos, les bijoux, les casques de moto, les pagnes, les chapeaux, les gilets pare-balles, les combinaisons de surf, les étiquettes d’identification des nourrissons en maternité, les aides auditives, les piercings, etc.
Si le ‘wearable’ concernait uniquement les ‘vêtements’, jamais par exemple nous n’aurions connu le glorieux concours Wearables for Good lancé par l’UNICEF.
Je propose de traduire désormais connected wearables par l’expression porté connecté, qui représente mieux « ce qu’on porte sur soi » au sens large, ce qui inclue les vêtements, sans désigner uniquement cela.

 

Une première chose qui m’a frappé est l’évidente relation du porté connecté avec le concept plus vaste du Digital.

Le porté connecté est un sous-domaine des objets connectés qui sont tous rattachés à l’infrastructure de l’internet des objets (IoT); le Big Data quant à lui est la solution de stockage et d’analyse… et au final, ce sont tous les éléments qui constituent la technologie numérique qui finissent par entrer en écho les uns avec les autres. Techniquement donc, le périmètre du porté connecté c’est le Digital.

 

 

Une seconde chose frappante est le sentiment diffus qu’il existe beaucoup de solutions techniques qui ne répondent à aucun problème… ce qui se traduit d’abord par un décalage entre l’argumentaire des vendeurs de porté connecté et la motivation à utiliser ces mêmes objets. Pour les premiers généralement, l’intérêt du produit réside dans l’étendue de ses capacités techniques… la plupart du temps extrêmement pauvre car limité à la mesure de certaines fonctions corporelles.

Mais les préoccupations des utilisateurs relèvent d’un autre ordre. Pour les objets connectés par exemple il s’agit avant tout d’économiser de l’argent (le compteur électrique). Pour la sous-catégorie des wearables cependant, les utilisateurs ne cherchent pas à s’équiper d’un système technique, mais à atteindre une série d’objectifs personnels relativement précis qui peuvent se résumer ainsi :

Motivations à l’usage du porté connecté :
Économiser de l’argent (pour uniquement les objets connectés et non le porté connecté)
Avoir l’esprit tranquille
Être à deux (plusieurs) endroits en même temps
Améliorer sa sécurité physique / son bien être

Pour ces quatre motivations d’utilisation on trouvera à chaque fois l’idée sous-jacente d’être prévenu avant l’atteinte d’un certain seuil. Ce seuil sera le plus souvent un nombre… reste à définir ce qu’il quantifie et par rapport à quoi : une somme d’argent, une distance, une probabilité, un temps écoulé, un taux de monoxyde de carbone, une densité, une vitre brisée, un nombre de pulsations cardiaques, un temps d’immobilité, le ping d’un autre objet connecté, etc.

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Mais la possibilité même de définir un seuil suppose d’avoir une base de référence pour savoir quoi mesurer. L’importance de bien définir ce que l’utilisateur attend vraiment s’avère cruciale pour établir un seuil qui déclenchera les actions utiles. Du point de vue de l’utilisateur, c’est bien là que réside l’intérêt d’un vêtement connecté ou l’articulation de plusieurs objets entre eux :

il s’agit de répondre à la question « A quoi ça me sert ? » davantage que « Qu’est-ce que ça fait ? »

En plus de devoir définir une problématique pertinente pour définir le périmètre des données à mesurer, il faut aussi se demander comment on va le faire en termes de système technique, ce qui permet d’évoquer les composants techniques d’un vêtement connecté, en termes de software et de hardware :

Exigences d’architecture :
Collecte de données
Transmission de données
Analyse, traitement de données
Restitution des données après leur traitement

L’exigence technique de restitution de données nous amène quant à elle sur les domaines de la data vizualisation et du design front-end. Il faudra bien sûr prendre en compte le contexte d’usage, car on ne présentera pas de l’information sous forme de texte à une personne en mouvement, ni sous forme sonore à quelqu’un qui évolue dans un environnement bruyant (c’est bien le minimum qu’on vous demande : connaissez vos utilisateurs !). Pour faire court, ici, les 5 sens sont  potentiellement des vecteurs d’information. A noter que dans bien des cas on peut envisager le téléphone mobile de l’utilisateur comme unité de traitement et de restitution des données.
La question se pose aussi de demander ou non à l’utilisateur une interaction pour obtenir l’information qu’il attend. objet-connectes-wearables_bijou-joaillerie_usages_objets enchantésCela crée une bifurcation majeure dans le design : en effet, en ne demandant pas d’action particulière à l’utilisateur on ouvre la voie à une catégorie d’objets bien particulière dont j’ai déjà parlé ailleurs : les objets enchantés… qui constitueront j’en suis persuadé la catégorie premium de l’internet des objets.

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En plus des critères mentionnés ci-dessus, j’ajouterais que le potentiel de développement pour l’ensemble du domaine du porté connecté (et donc de l’internet des objets) tient dans notre capacité à créer des produits qui répondent à une triple exigence :

Tendances technologiques :
Miniaturisation
Bas coût
Faible consommation d’énergie

Ces trois éléments permettront de prendre en compte de mieux en mieux les besoins fonctionnels des utilisateurs. Plus la taille des capteurs, leur coût et leur consommation d’énergie diminueront, plus on pourra envisager une inspiration et des spin-off technologiques issus du monde médical, à commencer par le patch connecté jetable comme le BioStamp de la société MC10.
Mais pour les fabricants, il faudra un effort d’imagination pour sortir des applications restreintes au seul suivi d’activité physique et au quantified self. Pour s’ouvrir à d’autres fonctionnalités et élargir le champ des usages, il faudra s’inspirer de la vie quotidienne réelle des personnes réelles pour trouver une inspiration autrement plus vaste, dont les applications seront transposées dans du porté connecté qui ne s’affiche pas comme tel. Car soyons honnêtes, à part dans un cadre professionnel, personne ne veut ressembler à un pervers équipé de Google Glass… la problématique est la même ici que pour les voitures électriques : elles exploseront leurs ventes lorsque leur spécificité sera fondue dans une apparence normale (pour y parvenir, encore une bonne raison de recruter des ethnologues !).

En se laissant aspirer par les objets habituels de la mode et de la bijouterie-joaillerie, le porté connecté gagnera en acceptabilité sociale car il signifiera quelque chose, en termes collectifs, à commencer par un habillage statutaire. Car c’est une chose de porter un bracelet FitBit, mais en termes sociaux il n’existe aucune référence pour faire ‘résonner’ le sujet ou pour se distinguer grâce à ce type d’objet. Il en ira autrement lorsque les fonctionnalités et le siglage auront du sens pour ceux qui sont autour et qui attribuent une symbolique à l’objet… exactement comme on attribue un statut différent à un pantalon Levi’s, Carhartt ou Azzaro. Tout le monde se fiche bien de connaître la composition du tissu en 90% coton et 10% élasthanne ou avec 3 circuits imprimés dans le col.

 

Enfin, en opposition totale avec l’argumentaire des vendeurs, il faut bien admettre que la propagation de la connectivité au monde des objets (vêtements inclus, donc) représente un risque majeur de sécurité, du fait de la menace d’un piratage ou plus prosaïquement d’une interruption accidentelle de la connexion. Les Américains par exemple développent leurs systèmes en se basant sur l’hypothèse d’une liaison permanente, ce qui me paraît hautement optimiste car de fait, le risque d’une perte de liaison n’est pas pris en compte… il y à là une porte grande ouverte pour faire les frais de la Loi de Murphy quelque soit le niveau de sécurité que vous prétendez avoir.

Les exemples ne manquent pas, déjà aujourd’hui alors même que les applications de masse sont tout juste émergentes. Ce risque s’applique parce qu‘il y a une connexion et tout ce qui est connecté est donc à la même enseigne : tee-shirt, voiture, sac à main Vuitton, téléphone, détecteur d’intérieur, chemise, système d’alarme, pince à cravate, moniteur de rythme cardiaque, tableau de contrôle d’une centrale nucléaire ou d’un Airbus, broche Swarovski, etc.

Je suggèrerais donc au ingénieurs, designers et fabricants d’opter pour des objets connectés utiles même hors connexion et avec la déconnexion manuelle comme fonction à part entière.

Critères fonctionnels :
Intégration
Personnalisation
Adaptatif
Anticipatif
Déconnectable

Car ce sont bien les usages et non les critères techniques qui permettent d’énoncer les fonctions du produit dans le vocabulaire de l’utilisateur et en vue de répondre à la seule question qui le préoccupe : A quoi ça me sert ?

Or comme on vient de le voir, il s’avèrera sans doute nécessaire et utile, à diverses occasions, d’utiliser un objet connecté sans sa connexion. C’est à ce moment là que votre réflexion sur le sujet pourra faire l’ultime différence entre un objet qui reste utile même déconnecté -ne serait-ce qu’en style- et un machin aussi fonctionnel qu’un caillou.

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Le début de quelque chose de nouveau 5 janvier 2016


1_Gwyhr-HRQsnzhmUbXfopFQA la suite de mon article sur le digital, plusieurs pistes de réflexion se sont ouvertes qui ne sont pas sans lien avec l’organisation et l’innovation, à la fois en termes de méthodes et de compétences.
En voici une synthèse que je livre à votre sagacité… tous vos commentaires, retours d’expérience et ajouts sont les bienvenus !

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    1. Soyez amis avec de bons designers et graphistes. Je parle ici d’UI et non pas d’UX : les personnes qui conçoivent les interfaces et rendent les données visibles, conviviales et compréhensibles. Il y a un gouffre de compétences entre un designer UI et un développeur informatique. Associez-vous à des profils de designers front end qui connaissent la data visualization et capables de dessiner un prototype d’écran sur un coin de nappe de restaurant, en écoutant l’utilisateur qui parle de son activité quotidienne. Les compétences en logiciel de graphisme sont importantes, mais pas moins que l’intuition et la capacité à corriger ses créations en fonction des remarques que renvoient les premiers concernés. Inversement, laissez-le graphiste et les développeurs parler ensemble, afin que le produit fini intègre la machinerie back end et l’interface front end de façon la plus intelligente possible.
    2. Pensez à ce que vous aller faire des données. Avez-vous un réel besoin de toutes ces données que vous collectez ? La tendance du Big Data peut laisser croire que la collecte est nécessaire et que le stockage a des coûts exorbitants l’est aussi… mais en avez vous besoin ? Quel usage pouvez-vous faire des données ? Devriez-vous utiliser du big data moissonné sur le web, ou récolté en interne comme par exemple vos données financières, comptables, ou de production ? Là est la vraie question. Ce n’est pas parce que tout le monde parle du Big Data que tout le monde doit faire comme Facebook.
    3. Trouvez un équilibre pour que les options que vous proposez n’entravent pas l’expérience des utilisateurs. Pensez à observer vos clients en direct (et non pas seulement leur poser des questions)… ce qui implique de vous aventurer sur la voie d’une UX bien faite. Là où on se rend compte qu’il y a de grosses différences entre les actes et les discours.
    4. Ce que les développeurs adorent, c’est l’open source. La plateforme Github permet de se familiariser avec les techniques, de collaborer avec une douzaine de millions d’autres professionnels, de trouver des API’s et de faire tester les vôtres. Vous êtes dans le métier du code, alors bon sang, faites-en du bon ! Vous devriez même offrir publiquement des récompenses à ceux qui vous signalent des failles de sécurité -et rien de tel que la communauté open source pour cela.
    5. L’internet n’existerait pas sans une infrastructure matérielle. Le logiciel est un bonus, mais il est à peine nécessaire pour que l’internet fonctionne. Faites-vous une bonne idée de la manière dont fonctionne le réseau physique, la manière dont les outils sont connectés en termes de câblage, fréquences, déperdition de données, composants d’interconnexion. Avec l’internet des objets, ce sera une compétence précieuse dans très peu de temps, vers un avenir fait d’objets interconnectés ou d’objets ayant leur propre fonction ‘stand alone‘ : le objets enchantés (voir mon post précédent sur le digital).
    6. En corrélation directe avec le point ci-dessus, plus le temps passe et plus il y aura de plateformes techniques. Potentiellement, 1 objet connecté = 1 plateforme. L’échantillon des systèmes d’exploitation aujourd’hui existants ne va faire que s’agrandir : Windows, Windows Mobile, Android, Android Wear, Mac OS, iOS, Apple Watch, Tizen, etc. pour faire fonctionner des PC, Mac, mobile, tablette, tableau de bord de voiture, montre, écran fixe, drone, imprimante 3D, tondeuse à gazon automatique, etc.  Ne vous privez pas d’essayer de nombreux outils de développement multi plateformes pour pouvoir écrire du code une fois et le réutiliser sur n’importe quelle plateforme. Essayez-en plein et conservez ceux qui vous sont vraiment utiles.
    7. Les développeurs mobiles d’aujourd’hui seront les développeurs Internet des Objets de demain. L’expérience de l’utilisateur, un usage minimal de la bande passante, la personnalisation sont (et seront) des qualités critiques pour le code informatique, pour l’ergonomie et pour le design global de l’expérience de bout en bout. Il y aura de plus en plus d’objets comme le bouton rouge de Darty (« appuyez et on vous rappelle ! ») et sur ce principe, tout ce sur quoi on peut installer une API devient de facto une plateforme de développement : voiture, aspirateur automatique, ordinateur portable, tee-shirt, etc.
    8. L’avenir est une question qui attend d’être posée. Il y aura davantage de plateformes et tout sera interconnecté. Pour les professionnels du code, attendez-vous à des innovations dans le domaine de l’écriture de code, par interface vocale par exemple et d’une façon générale par autre chose qu’un clavier, un écran et des connaissances en langage objet ou machine. Avec l’essor du code en langage naturel, c’est la machine qui traduira vos instructions. Il n’est pas impossible que dans un temps pas trop éloigné, les développeurs informatiques connaissent la même obsolescence que les développeurs photo argentique à la fin du XXe siècle. Laissez donc vos développeurs explorer, essayer, parler… et demandez-leur des notes de synthèse sur les sujets porteurs. Rémunérez-les pour poser les questions d’avenir.
    9. Les applis destinées à un usage international doivent prendre en compte la bande passante. Les applis qui fonctionnent bien en Corée du Sud, ne fonctionneront plus si bien aux Etats-Unis ou à Singapour. Comme je disais en 7), prenez en compte un usage minimal de bande passante, dès les premières ébauches en phase de conception. L’élégance du code, c’est aussi de consommer peu.

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Mobile developpers will become internet of things developpers, merging software with hardware skills, up to the reign of ‘enchanted objects’. Interface designers will be the first recruited at the launch of a new project.
Code will be tested simultaneously and run on multiple platforms… and code will be « written » in new ways (Vocal Coder, Siri ?).   That’s the beginning of something new.

 

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