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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Citation (24) : en tuer 11 novembre 2018


 » (…) Dans vos poitrines, battent des cœurs braves et forts d’hommes libres.

Personne ne regardera en arrière, personne ne reculera d’un pas.

Chacun n’aura qu’une pensée : en tuer, en tuer beaucoup, jusqu’à ce qu’ils en aient assez.

Et c’est pourquoi votre général vous dit : cet assaut, vous le briserez et ce sera un beau jour. (…) »

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Général Henri Gouraud commandant la IVe Armée française et la Ie Armée américaine avant la seconde bataille de la Marne, qui bloqua l’avancée de l’ennemi puis aboutit à l’armistice cinq mois plus tard, le 11/11/1918.
Après son décès en 1946, il fut enterré conformément à ses dernières volontés dans l’Ossuaire national de Navarin, parmi ses hommes tombés au combat.

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Uzbin et l’évaluation du risque 8 août 2018


Il y a 10 ans, le lundi 18 août 2008, l’armée française perdait 10 hommes et 21 autres étaient blessés dans une embuscade tendue dans la vallée d’Uzbin (Uzbeen), en Afghanistan.
C’étaient les plus grosses pertes au combat depuis la guerre d’Algérie, sans compter l’attentat de 1983 au Liban contre le poste Drakkar.

Comme pour l’attaque du pont de Verbanja, combien de Français civils s’en souviennent ?
Dix ans après l’embuscade d’Uzbin, on observera donc avec attention comment le sujet sera traité dans la presse française. S’il l’est.

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uzbeen_embuscade_2008

Dans l’esclandre le débat national qui s’en est suivi, en 2008, les décideurs politiques ont eu beau jeu de critiquer l’absence de tolérance des familles et du Peuple pour la mort de soldats.
Lorsque votre tenue de travail comporte une arme et ses munitions en effet, une hypothèse crédible est qu’on puisse ne pas revenir sain et sauf le soir. Certes. Mais c’est aller un peu vite en besogne. Encore faut-il que les décideurs politiques aient permis aux soldats de faire correctement leur travail, à commencer par leurs décisions relatives aux budgets des armées.
Ainsi, dans l’embuscade d’Uzbin, la critique pourrait aussi être inversée et, s’agissant de vies humaines, on peut même utiliser le présent pour poser une question qui reste d’actualité : l’institution militaire et ses responsables civils peuvent-ils garantir que les moyens sont disponibles pour que, si malheureusement des soldats tombent au combat, au moins ils ont pu en mettre plein les dents à l’ennemi avant de tomber ?
En termes moins crus, quels moyens sont mis en œuvre pour retarder et minimiser les pertes d’une section d’infanterie, tout en augmentant les dégâts qu’elle peut infliger à l’ennemi dans un rapport, mettons, de 1 pour 15 ?
Quelles leçons ont été tirées d’Uzbin ?

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Ici, dans cette région d’Afghanistan en 2008 il n’y avait pas de reconnaissance aérienne préalable, une dotation minimale en munitions, pas d’appui aérien disponible, pas de plan de secours. Au VIe siècle avant Jésus Christ, le général chinois Sun Tzu (孫子) nous avait pourtant prévenus dans son ouvrage L’art de la guerre : « Tout le succès d’une opération réside dans sa préparation ».
Ces seuls éléments laissent à penser que la patrouille d’Uzbin a été programmée par des responsables qui pensaient que la région était calme et que tout irait bien. Du reste, c’était ce que confirmaient les Italiens qui opéraient jusque là à cet endroit et que les Français étaient venus remplacer. Il n’y avait aucune raison de s’alarmer, même pour une patrouille dans un pays en guerre depuis trente ans.
Ça tombait bien, ça allait coûter moins cher.

L’évaluation du risque a été faite en fonction des probabilités d’échauffourées et sur la base des comptes-rendus italiens qui indiquaient que tout était paisible.
Or on n’évalue pas un risque en fonction des probabilités mais en fonction des conséquences.
« Prévoir le pire et espérer le meilleur » , comme dit l’adage. Et non pas l’inverse.
En l’occurrence, penser aux conséquences aurait permis une toute autre configuration de la patrouille à commencer par des munitions supplémentaires et des renforts sur le qui-vive.
Le risque d’une chute de météorite était improbable, mais celui d’une attaque par un ennemi supérieur en nombre n’est jamais improbable dans un contexte de guerre. Selon la qualité du renseignement, c’est même une hypothèse qui peut être vérifiée avant l’opération. Si on a les équipements. Bref.
C’était une hypothèse à envisager spontanément et non pas comme un cas marginal et peu rationnel. Ça l’est tout le temps d’ailleurs, dans tous les endroits où des soldats patrouillent en armes : au Mali, à Djibouti ou à Lyon ou Paris.

…bien plus tard, il s’est avéré que les Italiens distribuaient de l’argent aux populations locales pour qu’elles se tiennent tranquilles.
Plus tard encore, traumatisé par l’événement, le pouvoir politique national retira notre armée d’Afghanistan -une dernière insulte à nos soldats tués dans ce pays.
Donc au début du XXIe siècle, quand la France faisait la guerre l’ennemi pouvait gagner en tuant dix de ses combattants.

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La prochaine fois que vous devrez évaluer un risque, pensez à Uzbin. Pensez aux conséquences et non aux probabilités.
Et pour pouvoir pallier réellement aux conséquences, si vous devez prendre une décision d’investissement, allez-donc étudier les besoins de votre personnel en première ligne en étant avec eux sur le terrain : équipe de vente, guichetiers, équipe projet ou… section d’infanterie.
Tout le reste de l’édifice devrait être orienté vers la réponse à leurs besoins.
C’est l’intérêt d’une organisation centrée utilisateur (user centric) : ce type de management mène à se doter d’équipements (enfin) performants et d’une organisation conforme aux objectifs qu’on se fixe (qui ne sont, avant ça, que des prétentions).

Ne le faites pas et ne vous plaignez pas alors que vos équipes en soient réduites à appliquer la procédure PBM alors que les balles sifflent.
De ce point de vue, quelles leçons ont été tirées d’Uzbin ?

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Voir aussi :   https://fr.wikipedia.org/wiki/Embuscade_d’Uzbin

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Les bonnes manières, dans ta face 17 octobre 2017


On n’est pas loin de la schizophrénie culturelle.

Le déferlement récent de témoignages d’agressions sexuelles situent souvent l’action dans la zone grise qui permet à l’auteur de nier car il pourrait peut exister un doute raisonnable sur sa culpabilité (en tout cas la première fois)… souvent dans le cadre du travail, qui est pourtant l’un des environnements les plus codifiés, réglementés et contrôlés. La situation actuelle démontre qu’il existe une tolérance pour des actes qui ne relèvent pas directement du pénal. Le problème étant que « dans le doute » on en arrive à laisser advenir des comportements dont la non-dénonciation profite au coupable sans que jamais il ne soit mis devant ses responsabilités.

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Des briques de base semblent manquer dans la construction des collectifs de travail : si en effet on sait qu’il existe des agresseurs dans nos bureaux et nos usines, qui blâmer de leur impunité ?
Les Directions des Ressources Humaines peuvent bien se regarder le nombril en parlant de management libéré et de bonheur au travail, on aurait préféré qu’elles traitent le problème à la racine depuis bien longtemps, alliées aux Directions Générales et Directions Juridiques.
Par exemple, j’ai eu beau chercher avant de publier cet article, je n’ai rien trouvé chez l’ANDRH.
Pas une déclaration officielle, pas une recommandation, pas de conseil pour transposer la règle de 3 du management, pas un mot, que dalle, nada.
Pourtant, l’article 4121-1 du code du travail n’est pas fait pour les chiens, si j’ose dire.

Entre le « bonheur au travail », les Chief Happiness Officers; #MeToo et #balanceTonPorc peut-être faut-il reprendre les choses dans le bon ordre.

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Cher(e)s collègues, homme ou femme, blanc, noir ou bleu turquoise
-j’assimile sexisme et racisme, pour bien situer mon propos-
on se fréquente en entreprise pour bosser ensemble, mais parfois le fait d’être collègues ne permet pas d’aller très loin dans la confidence. Après tout, on n’est « que » collègues.
Oui… mais non. Le soutien mutuel quand ça part en vrille est le fondement de notre relation, en tant qu’êtres humains. Commencez par ne plus vous taire. Commencez par compter sur mon soutien.
Je fais partie des personnes qui peuvent vous servir d’oreille attentive. Pour commencer.
Les collègues finalement, ça sert aussi à ça.
Parlez, gueulez ou chuchotez, mais allez-y, crachez le morceau.
L’enfoiré(e) c’est l’autre et c’est l’autre qui a quelque chose à se reprocher, même ou surtout si ça s’est produit sans témoin.
Pour défendre une de ses copines, l’actrice Carrie Fisher avait déposé elle-même un paquet sur le bureau d’un type qui se sentait autorisé à coller ses collègues de près.
« Si tu touches encore une femme, je ferai un paquet plus petit avec quelque chose à toi dedans. » Le paquet de Carrie contenait une langue de bœuf. Dans un autre registre, comme dit l’éminente Françoise Héritier : « la mise à bas de la domination masculine commence par refuser le service du café. »

Rien ne justifie l’agression, la brimade ou l’insinuation à caractère sexuel ou raciste. Rien n’implique de ne pas riposter si on vous l’inflige. Rien n’implique de ne pas demander du renfort pour riposter.
Ce n’est plus open bar. Fini. Terminé.
Si besoin vous aurez ma protection physique.

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Inversement… si on se fréquente et que tu es dans le camp des enfoiré(e)s, quelque soit ton nom ou ton rang, lorsque je le saurai n’attends de moi aucune indulgence, aucune pitié ni aucune discrétion.

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Lectures du soir 3 mai 2017


 

Les 15 possessions de James Altucher 31 décembre 2016


[Un article du New York Times a attiré mon attention et depuis plusieurs mois que j’y pense, je ne peux m’empêcher d’être marqué par la description d’un contexte occidental qui nous est à tous extrêmement familier, mais en même temps qui génère un mode de vie vraiment particulier au niveau individuel. Avant-garde ou marginalité, il n’est pas question de porter un jugement sur James Altucher, par contre il est intéressant de travailler sur les facteurs qui ont pu générer sa vision si singulière de l’existence. Car  des millions d’autres personnes dans le même contexte socioculturel ne développent pas du tout ce paysage mental, cet ethnoscape (comme dirait Arjun Appadurai). Une chose est sûre cependant, l’écart de vision du monde entre l’immense majorité de la population et James Altucher nous place presque en situation d’ethnologie du proche… Je reproduis l’article d’août 2016 ici, in french. ]

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« James Altucher est probablement le plus improbable des gourous du succès. Il est environ 10 heures en ce matin ensoleillé et il emballe dans un sac tout ce qu’il possède au monde : 15 objets.

Si je meurs, mes enfants auront ce sac en héritage,” dit monsieur Altucher ironiquement, alors qu’il range son ordinateur portable, un iPad, trois pantalons chino, trois tee-shirts et un sac de james-altuchercongélation contenant 4.000 dollars en billets de deux dollars. “Les gens se souviennent bien de vous quand vous laissez des pourboires de deux dollars” dit-il, en quittant le loft d’un ami situé à East 20th Street.

Il y a quelques mois, le garçon de 48 ans a laissé expirer le bail locatif de son appartement à Cold spring, New York et il a jeté ou donné quasiment toutes ses possessions, plus de 40 sacs poubelle de linge, vaisselle, vêtements, livres, diplômes universitaires et même d’albums photos de son enfance. Depuis lors, il rebondit de locations Air B’n’B en appartements d’amis.

Ce n’est pas qu’il ait manqué de chance. Plusieurs de ses 16 livres se vendent extrêmement bien, y compris son manifeste de développement personnel écrit en 2013 “Choose Yourself”. Ses podcasts hebdomadaires “The James Altucher Show,” proposent des interviews avec des personnalités aussi diverses que Ron Paul ou Luther Campbell du groupe 2 Live Crew. Sa série quotidienne “Question of the Day,” avec Stephen Dubner est téléchargée à peu près deux millions de fois par mois.

M. Altucher est simplement quelqu’un qui met en pratique ce qu’il prêche. Ces cinq dernières années, cet ancien entrepreneur de l’internet, investisseur et conseiller en finance s’est réinventé en gourou du développement personnel et du self-help. Il prêche la survie à une époque où le rêve américain ressemble à une escroquerie qui se résume à un diplôme encadré au mur, un bureau en étage élevé et une maison avec trois chambres. Alors il s’en est séparé, un élément à la fois.

J’ai une ambition,” dit-il, “c’est de ne pas avoir d’ambition.”

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Ces 25 dernières années le revenu moyen a diminué pour les 18-35 ans, l’endettement des étudiants a explosé” commente-t’il. “Nous avons distribué trois milliards de milliards de dollars de sauvetage pour les banques et les inégalités de revenu ont augmenté comme jamais. Les gens sentent qu’ils se sont bien fait avoir.”

Le diagnostic de James Altucher n’est pas une surprise pour la classe moyenne anxieuse, pour les dépossédés, qui ont propulsé très loin les populismes de Bernie Sanders et Donald Trump. Mais alors qu’il n’y a pas pénurie de colère et de confusion sur l’effondrement supposé du Rêve Américain, ce qui fait la particularité de monsieur Altucher est la conclusion qu’il en retire.

L’université dit-il, est une perte d’argent. Bien qu’il soit lui-même diplômé de Cornell, M. Altucher affirme que le diplôme universitaire est devenu un luxe dans un monde où les enfants nés au tournant du XXIe siècle se sentent comme des esclaves de crédits qu’ils ont contracté pour financer leurs études tout en ne pouvant pas trouver de premier emploi ensuite, non pour gagner leur vie mais pour rembourser leurs dettes. Dans un livre en auto-édition publié en 2012, (40 Alternatives to College) il argumente que les jeunes adultes pourraient parcourir le monde, s’éduquer sur internet par eux-mêmes et démarrer un business avec les mêmes 200.000 dollars qui leur servent à payer la fac. (NDT : aux Etats-Unis le college est l’équivalent de notre université. Notre collège français est appelé High school)

Investir cet argent à un taux d’intérêt de 5% offrirait un meilleur bénéfice à l’échelle d’une vie, écrivait-il dans un article en 2010 intitulé N’envoyez pas vos gamins à l’université.

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james-altucherIl argumente similairement que la propriété immobilière est une confiscation au profit d’une industrie du crédit qui pèse 14 milliards de milliards de dollars. C’est une arnaque complète,” dit-il dans une interview. “Personne ne devrait mettre plus de 5 ou 10% de son patrimoine dans un seul investissement. Mais lorsque les gens achètent de l’immobilier ils perdent toute prudence. Ils mettent 50, 60 ou 70% de leur richesse dans un seul objet. C’est du patrimoine illiquide et lorsque les temps deviennent durs, vous ne pouvez pas le vendre.”

Et il pense que l’investissement en bourse est un racket. Cette vision du monde est ancrée dans des expériences personnelles qui font ressembler sa vie à des montagnes russes, des expériences qui ont profondément influencé sa vision du monde. Dans les années 1990 alors qu’il était un magicien dans la Silicon Valley, James altucher gagnait des millions avec son entreprise de design web Reset, Inc. Il avait pour clients Sony ou Miramax. Bientôt, lui et sa femme Anne (dont il divorce en 2010) aquièrent un loft de 460m² à TriBeCa, acheté 1,8 millions et rénové pour 1 million de plus. Il était assez aisé à cette époque pour aller jouer au poker à Atlantic City en hélicoptère.

Ce mode de vie prodigue ne remplissait cependant pas son vide émotionnel. “Personne ne devrait se sentir désolé pour moi. J’étais vraiment stupide, mais je pensais que j’étais pauvre. Je pensais que j’avais besoin de 100 millions pour pouvoir être heureux, alors j’ai commencé à investir dans plein d’autres entreprises qui se sont avérées aussi nulles que moi. Aucun de ces investissements n’a fonctionné.”

Alors que sa bonne fortune s’effondrait, il fut obligé de revendre son appartement avec une perte d’un million, après les attaques du 11 septembre 2001. Pour remplumer son patrimoine, il misa sur le marché boursier. Il lut plus d’une centaine de livres sur l’investissement et finit par décrocher un travail pour écrire sur le site de James Cramer, TheStreet, et plus tard pour le Financial Times. Très vite, son crédo devint sa marque de fabrique et il travailla aussi pour CNBC.

Mais la chance tourna à nouveau quand commença la crise financière de 2008. Le hedge fund qu’il dirigeait fut fermé, des start ups où il avait investi firent faillite, plus personne ne lui demanda d’écrire d’article. Les options n’étaient plus si nombreuses et il choisit alors de raconter ses déboires sur son blog personnel Altucher Confidential. J’ai juste dit ‘J’ai fait toutes les erreurs possibles et imaginables, voici comment ça s’est passé’ ” A ses amis du secteur de la finance, il ressemblait à Howard Beale, l’homme-clé de l’émission Network, celui qui s’est effondré en direct .

Au lieu de recommander les derniers fonds spéculatifs à la mode, il écrivit des articles comme 10 raisons pour ne plus jamais posséder d’actions (la première étant que vous n’êtes pas bon pour les choisir). Il avoua des pensées suicidaires. Pour le monde de la finance, c’était comme regarder un accident de train en direct,” commente M. Altucher. “Des gens à qui je n’avais pas parlé depuis le collège m’appelaient pour demander si j’allais bien. ”

Il découvrit alors que plein de gens avaient vu leurs rêves partir dans le siphon de la crise. Eux aussi cherchaient une sortie de secours. “La recherche n°1 sur Google qui amène les internautes vers mon blog c’est ‘Je veux mourir’ ”.

Mais James Altucher ne semble pas la meilleure personne vers qui chercher du réconfort. Très contrarien, livresque et avec un phrasé saccadé, ce geek maigre du New Jersey est comme un anti-Anthony Robbins, la brillante étoile du self-help et du développement personnel. Son style de gars normal s’est pourtant avéré être un avantage pour créer une communauté de followers importante sur le thème du gagner un peu-perdre un peu et de “piratages d’existence”.

Il y avait le régime de 17 heures, où l’on ne mange plus rien après cette heure ; ou encore le truc de l’alien contre l’anxiété où il prétend être un extraterrestre qui se réveille chaque matin dans un nouveau corps, dans un nouveau monde. “Je n’ai plus de soucis puisque demain j’aurai un nouveau corps. Pas d’envie, pas de souci. Seulement de nouvelles choses à explorer.”

De manière candide, en écrivant sur ses triomphes et ses échecs, M. Altucher montre à ses lecteurs “comment réussir malgré leurs défauts, pas en n’ayant aucun défaut” commente Tim Ferriss, l’auteur du célèbre livre La semaine de 4 heures . “C’est très rafraîchissant, dans un monde où tous les gourous sont positifs et affichent des sourires forcés tout en congratulant des gens qu’ils ne connaissent pas.” Mais le ton positif de M. Altucher a quand même bien aidé, malgré ses points de vue piquants sur des sujets comme l’université. “Je suis un optimiste,” dit il. “Il y a une nouvelle publiée dans les années 1960 par Richard Fariña, intitulée J’ai si souvent été en bas que ça ressemble à être en haut pour moi. Fondamentalement, je suis tombé au sol tellement de fois, maintenant je sais qu’on peut toujours rebondir et chaque fois plus rapidement.”

Cette philosophie est très clairement exposée dans son ouvrage “Choose Yourself,” qu’il a résumé pendant un repas de cette manière : “Si vous ne choisissez pas la vie que vous voulez mener, il y a de grandes chances pour que quelqu’un d’autre choisisse à votre place. Et le résultat en général n’est pas beau à voir.” Certains chapitres s’appellent Comment être moins stupide (“Je perds 20% d’intelligence lorsque j’éprouve du ressentiment”) et Les sept habitudes des gens hautement médiocres (la procrastination, écrit-il, “est votre corps criant que vous devriez vous poser pour réfléchir à ce que vous faites”).

Un élément clé du livre est la Pratique Quotidienne , qui est une suite d’exercices de bien-être appliqués au physique, à l’émotionnel, au mental et au spirituel. Il appelle cela les quatre piliers du bonheur, parce que “une chaise a besoin de quatre pieds pour être stable. ”Et il n’y a jamais eu de meilleur moment pour se choisir soi-même (NDT : Choose yourself, le titre du livre en anglais).

Pas besoin d’être Mark Zuckerberg, dit-il, pour s’affirmer comme entrepreneur. « Vous pouvez apprendre les bases du développement web, vous pouvez rejoindre Codeacademy.com, savoir l’essentiel pour démarrer en trois mois, puis vendre votre savoir-faire sur Freelancer.com, où vous trouverez des millions de jobs. Je connais des gens de 15 ans qui se font quelques milliers de dollars par mois.

Grâce à l’auto-édition vous n’avez pas non plus besoin de vous appeler Deepak Choprah pour vendre vos livres (et encore moins pour les écrire). “Tout le monde peut être expert dans un domaine. Moi par exemple : je n’ai pas été actif dans une cuisine depuis 20 ans. Je déteste le végan. Mais ça ne serait pas difficile de lire 50 livres sur le véganisme, trouver les ingrédients fondamentaux et écrire un livre intitulé Recettes végan pour les non-végan.

Lui il sait. “Choose Yourself,” qu’il a auto-édité sur Amazon s’est vendu à plus de 500.000 exemplaires et est entré dans la liste des best sellers du Wall Street Journal.

Ses fans ne jurent que par lui. L’un d’eux, a récemment écrit un essai sur Medium décrivant à quel point il l’avait inspiré pour quitter son travail frustrant et lancer son propre business NomadFly.me . “Maintenant je danse en sous-vêtements », clame-t’il. « Je n’ai plus jamais eu d’attaque de panique. »

A talk he gave at a London church last year drew about 1,000 people, and fans have organized “Choose Yourself” meetups in cities around the world. On LinkedIn, where he publishes original free essays, Mr. Altucher has more than 485,000 followers and is ranked the No. 4 “influencer,” after Bill Gates, Richard Branson and Mohamed A. El-Erian, the financier and author.

Il est le Oprah Winfrey de l’internet,” dit Kamal Ravikant, un entrepreneur qui a auto-publié son propre best seller : “Love Yourself Like Your Life Depends on It.”

Mais contrairement à la plupart des gourous, “James est dans un voyage très personnel, en permettant à ses lecteurs et auditeurs de le rencontrer et de suivre ses pérégrinations en temps réel,” dit Brian Koppelman. “Il vous raconte un projet le samedi et le dimanche il vous dira comment ça s’est fini en échec. Puis le lundi il annonce qu’il va recommencer d’une autre manière.”

M. Altucher, en fait, réfute totalement l’idée d’être un gourou. Mes conseils sont mon autobiographie. Je dis ce qui a bien fonctionné pour moi, pour que d’autres puissent choisir d’essayer à leur tour ou pas.”

Qui plus est, ce qui fonctionnait hier n’est jamais garanti de fonctionner demain.

C’est comme Mike Tyson dit-il, Tout le monde a un plan, jusqu’à ce qu’il se prenne le premier coup en pleine face.

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« Le voyageur heureux voyage léger » pourrait être la devise de James Altucher, s’il n’avait pas appris à se méfier des fausses promesses de bonheur du Rêve Américain.

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Debout dans le désert 26 août 2015


Khaleed Al-Asaad (خالد الأسعد) était l’ancien directeur du site archéologiquKhaled-Al-Assad_palmyra-syria_2015e de Palmyre, en Syrie. Il avait tenu de poste de 1963 à 2003 et était expert indépendant  et toujours actif depuis.
C’était aussi un érudit comme il y en a peu et l’un des rares à parler couramment araméen, la langue du Christ (!).
Lorsqu’on s’intéresse à l’histoire ancienne de la région il est impossible de ne pas tomber sur des recherches menées par Al-Asaad. Dans la connaissance de la culture palmyrienne, il était ce qu’Howard Carter est à l’égyptologie.

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L’existence d’un habitat permanent sur ce site est attestée depuis l’âge de Bronze et la ville devient indépendante 300 ans avant notre ère. Sa zone d’influence s’étend des rives du Nil à la Turquie.
L’importance du lieu réside dans le fait qu’il est au carrefour terrestre des principales voies de commerce de l’époque : Chine, Inde, Perse (Iran) et Europe romaine via la Méditerranée.
C’est aussi une oasis bien irriguée, ce qui n’est pas rien dans un climat désertique.
L’empire romain tente de l’envahir en -41 mais s’y casse les dents… avant de l’avaler (et l’agrandir) en utilisant l’argument du commerce (la « guerre économique » d’aujourd’hui). Au XVe siècle encore, la ville est renommée pour son commerce florissant et sa végétation abondante.
Son déclin s’amorce avec celui des routes commerciales terrestres.
A partir du XVIe siècle en effet, le bateau à voiles devient plus utile et lucratif que les caravanes de chameaux… d’autant plus pour faire du commerce avec l’Amérique récemment découverte.

Un peu plus de 600 ans plus tard, la ville moyenne de Tadmor abrite une population d’environ 90.000 personnes établies à 500 mètres des ruines de l’antique Palmyre. Le lieu est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO -qui n’est pas une organisation membre du Conseil de Sécurité de l’ONU… et c’est bien dommage.

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Depuis la première guerre du Golfe, les initiatives catastrophiques des gouvernements occidentaux ont provoqué la déstabilisation de la région et ont permis à des dizaines de groupes fanatiques -en particulier wahhabites- de se regrouper en Irak et pour l’un d’entre eux, de s’y renforcer et de se répandre dans les pays alentours, dont la Syrie.
C’est bien l’implication des États occidentaux qui a donné naissance à ces groupes extrémistes. Les États-Unis de George Bush père d’abord, en Irak, puis son fils; jusqu’à la pseudo intervention humanitaire en Libye demandée par la France de Nicolas Sarkozy. Après quoi l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Turquie ont eu beau jeu d’instrumentaliser (et de financer) ces groupes au profit de leur propre politique extérieure, sous couvert du véto russe contre une intervention de l’ONU en Syrie.

Dans ce nœud de serpents ont pu croître l’inculture, le fanatisme religieux et le fascisme politique qui ne sont pas particulièrement recommandés pour établir une organisation modeste, modérée et non belliqueuse… ce qui nous donne l’autoproclamé État Islamique, une organisation active en 2015 dans 12 pays financée par la contrebande, le vol et l’extorsion. weaponized-dronesLes campagnes d’EI sont si brutales que même Al-Qaeda, qui a commis le pire acte de terrorisme jusqu’à présent, publie des dépêches pour leur demander de se calmer. Mais malgré les atrocités qu’ils commet, l’État Islamique reste un régime fasciste de faible ampleur. Ses succès militaires incontestables se déroulent dans des pays exsangues et contre des armées affaiblies. Jamais encore l’État Islamique n’a rencontré au sol un adversaire de premier plan comme une coalition occidentale par exemple…

Loin de moi ici l’idée de militer pour une intervention armée terrestre contre ces tarés. C’est le premier avantage que procure l’usage de la terreur : la réputation de sauvagerie fait réfléchir à deux fois des adversaires qui auraient les moyens militaires de faire du dégât.
Les gouvernements concernés ne souhaitent pas exposer leurs troupes à un ennemi qui fait des clips YouTube avec la décapitation de ses prisonniers. Du reste les frappes aériennes engagées depuis quelques mois par avion ou drone coûtent déjà cher à EI. On estime que la moitié des pertes totales de combattants de l’État Islamique sont dues aux missiles occidentaux …même si on ne m’enlèvera pas l’idée qu’on aurait pu penser à la stratégie de Sun Tzu : attaquer le problème avant qu’il soit un problème, lorsque la graine n’a pas encore germé.
…et là, une mauvaise graine, il y en avait une grosse. Nous, nos gouvernements, aurions du agir en effet, mais il est désormais trop tard.

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En prenant le contrôle de la région de Tadmor le 20 mai 2015, l’État Islamique gagne le gros lot face à des opposants syriens lessivés depuis quatre ans par leur propre guerre civile.palmyra-fight
Le lieu en effet est toujours bien irrigué comme depuis 3000 ans, il est toujours un carrefour longue distance en continuité avec la zone d’influence de EI entre Irak et Syrie, il abrite des gisements de gaz et une garnison de l’armée régulière Syrienne qui abrite une très importante quantité d’armes et de munitions. Il y a aussi la cité antique de Palmyre dont la prise de contrôle attire davantage les médias internationaux que les conditions de vie imposées aux civils. Rien de tel qu’une caméra de la BBC ou de CNN pour se faire connaître dans le monde entier.
A partir de fin mai 2015, comme partout ailleurs où il sont installés, les membres de l’EI déchaînent leur inculture et leur violence sur la population locale. A leur arrivée, 250 civils sont exécutés. Pour maintenir l’ordre public on applique les quatre punitions classiques : intimider, torturer, amputer, décapiter. Parfois les quatre successivement et toujours en public.
C’est tout à fait la définition d’un terrorisme d’État, au sens où le terrorisme est une pratique qui vise à atteindre des objectifs politiques en imposant la terreur à ceux qui pourraient s’y opposer.
Face à la sauvagerie du nouveau groupe dominant, la population dans son ensemble n’a pas d’autre choix que de se soumettre : c’est un autre avantage que procure l’usage de la terreur. Et en utilisant cette même sauvagerie, EI peut aussi dominer les alliances avec les autres groupes.
C’est d’ailleurs la stratégie politique officielle de l’État Islamique, telle qu’elle apparaît dans un fascicule publié dès 2004 : Administrer la sauvagerie
(voir cette excellente analyse de Frantz Glasman : https://www.academia.edu/10032604/Vie_locale_et_concurrence_de_projets_politiques_dans_les_territoires_sous_contr%C3%B4le_de_lopposition_des_djihadistes_et_des_Kurdes_en_Syrie)

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Mais fort heureusement, l’arrivée des combattants de l’État Islamique à Palmyre ne s’est pas faite dans un total effet de surprise. Il était illusoire d’espérer protéger quoi que soit durant les combats. Les roquettes RPG n’évitent pas les œuvres d’art. Le sauvetage devait être fait avant ou pas du tout.
Les semaines qui ont précédé ont donc permis d’évacuer certains trésors de notre histoire (je parle de notre histoire à tous, les humains) et d’autres ont pu être cachés aux environs du site archéologique lui-même.
isil-smash_3233165bS’il est assez facile de déplacer une statuette ou un fragment de mosaïque, c’est beaucoup plus compliqué pour un cimetière ou un temple tout entier… le mieux à faire dans ces cas-là est soit de mettre les trésors hors de vue et/ou de les photographier à haute définition avec un scanner 3D (procédé technique assez identique à la reproduction parfaite de la grotte Chauvet en France), dans l’hypothèse où on doive les reconstruire après leur saccage -une leçon apprise après la destruction en 2001 des bouddhas de Bamyian par la même filière fanatique, en Afghanistan.
Car après les villes de Mosul, Raqqa, Nimrod et même Toubouctou, on sait ce que les fascistes religieux font aux lieux d’histoire : ils les effacent. Et ceux qui tentent de protester sont effacés avec.
C’est pourquoi le personnel de l’UNESCO et les civils qui le pouvaient se sont repliés aussi loin que possible de Palmyre.
Mais Khaleed al-Asaad a refusé de partir.
C’était chez lui, il connaissait l’endroit littéralement par cœur et toute une vie de travail était là, debout, sous la forme d’une ancienne ville de 2300 ans. Il est donc resté lui aussi debout dans le désert.
Il avait 81 ans et il est mort décapité. A l’heure où j’écris ces lignes, son corps est suspendu dans un parc de Tadmor.

On suppose qu’il a tenté la négociation pour protéger les lieux. Mais ce n’est pas simple de négocier avec des crétins et sa manœuvre n’a pas réussi.
Fait prisonnier, il a refusé de dire où étaient cachés les trésors alentours de peur de les voir détruits ou vendus. Il n’y a pas de preuve mais l’hypothèse qu’il a subi la torture est crédible. Il n’a rien dit. Il avait 81 ans.
Un tel dévouement pour protéger l’héritage de la civilisation humaine est un service rendu à chacun d’entre nous : voici ce qui mérite d’être défendu. Le courage de Khaleed al-Asaad transcende toutes les oppositions et tous les désaccords. Pendant que l’hypersensibilité névrotique de l’État Islamique s’exprime le mieux  à coups de masse sur des objets sculptés à la main, voilà un homme qui s’est jeté tout seul dans la gueule des loups pour protéger un trésor collectif.
Il n’était pas escorté par un ou deux régiments d’infanterie. Il n’avait pas d’obus dans son char et il n’avait pas d’hélicoptère d’assaut. Il était assez vieux pour savoir ce qui allait lui arriver, mais il n’a pas cédé.
Et ce n’est pas parce qu’il est mort qu’il a été vaincu, loin de là.
Des écoles et des boulevards devraient porter son nom. Son histoire devrait être racontée aux gens qui se plaignent que l’archéologie et les musées c’est un truc de vieux cons.

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unesco-parisLa contrebande d’œuvres d’art est, entres autres, une source de financement pour l’organisation criminelle de l’État Islamique. C’est un business lucratif, en tout cas à l’exportation, car pour ce qui est de leur achat ultérieur, c’est une autre affaire… Le monde de l’art est une institution patiente et  des organisations comme The Antiquities Coalition savent déployer les réseaux et les influences pour repérer une statuette de Palmyre (ou Mosul, ou Raqqa…) qui resurgira dans une ou deux décennies n’importe où dans le monde. Rien ne dit d’ailleurs que les artefacts récupérés et revendus (ou détruits) par EI soient les vrais… une partie du travail de l’UNESCO consiste à remplacer les vrais trésors par des copies, afin qu’ils soient facilement identifiables sur le marché international ou afin que les incultes croient avoir détruit les originaux. A ce titre, la destruction des pièces de musée par EI ressemble davantage à une action de communication qui cache ce qu’ils font vraiment avec tout ce qu’ils ne détruisent pas : ils le volent.
C’est un crime de guerre en soi : piller des sites de mémoire collective et c’est aussi le signe d’une bêtise sans nom, puisqu’on est tellement abruti de certitudes qu’on est incapable de comprendre que cette collectivité est aussi la nôtre. Pire : on refuse qu’elle soit nôtre. C’est ce qui les a poussés à faire exploser le temple de Baalshamin fin août 2015 (photo ci-dessous).
C’est un acte de nettoyage ethnique au sens le plus concret du terme : on s’attaque à une culture -même pas à des personnes.  Ce ne sera pas le dernier et c’est un trait saillant de tous les fascismes : ils aimeraient être seuls au monde.

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Mais l’Histoire nous apprend qu’ils n’y parviendront pas quelque soit leur capacité de nuisance par ailleurs. Lorsque l’heure de (re)penser à long terme sera venue, on pourra construire des écoles au nom de Khaleed al-Asaad.

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Perséverer 26 novembre 2014


P.E.R.S.E.V.E.R.E.R !

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Cliquez l’image pour voir d’autres inspirations visuelles… sur : yannickprimel.tumblr.com

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Citation (19) : une bonne solution 1 juillet 2014


George-S-Patton

 

« Une bonne solution appliquée vigoureusement tout de suite est meilleure que la solution parfaite appliquée dans dix minutes. »

Général de Corps d’Armée George Patton, cité dans Charles Province : The unknown Patton   1983.

 

 

 

Lectures du soir 10 juin 2014


Ambassadeur en Andorre depuis mai 2012, Zaïr Kédadouche était auparavant consul général à Liège de 2008 à 2011. C’est un habitué de l’Administration et un personnage bien aguerri au fonctionnement du « service public » français. S’il fallait d’ailleurs retenir un seul exemple de succès au mérite, ça pourrait être lui.
C’était vrai jusqu’à ce qu’il commence à fricoter avec le Ministère des Affaires Etrangères   -qui apparaît ici comme une caste puissante au sein du pouvoir national, caractérisée par son endogamie sociale et sa capacité à exclure subtilement les candidats dont la légitimité n’est pas héréditaire.

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Cette lettre au Président de la République datée du 5 mars 2014 n’en prend que plus de valeur, car il ne s’agit pas d’un petit jeune inexpérimenté qui vient pleurnicher chez le patron…

En termes de Ressources Humaines, cet épisode pose la question de savoir jusqu’où  les procédures sont faites pour attirer et retenir les candidat(e)s compétent(e)s… et à partir de quel seuil le groupe préfère retenir seulement les membres culturellement conformes, pour se perpétuer lui-même.
C’est un bon angle d’attaque pour évaluer une culture d’entreprise : par rapport aux valeurs affichées publiquement (le discours institutionnel, qui ne peut être qu’une auto-congratulation), quelles valeurs sont réellement défendues par le management et la ligne hiérarchique dans son ensemble ?
Voir Pierre Bourdieu : La distinction. Éditions de Minuit, 1979.
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(cliquez sur l’image ci-dessous ou sur ce lien pour afficher le texte complet en .pdf) Lettre de démission de l’Ambassadeur de France en Andorre

 

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Comment se planter en grand 17 mars 2014


Reconnaissons-le, il nous arrive à tous de faire des erreurs.
Errare humanum est, comme disait l’autre.

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On se plante, on se goure, on foire les choses, on se vautre… et si ça ne vous est jamais arrivé, alors c’est que vous mentez (en plus de foirer les choses sans vouloir l’admettre).
Admettez donc qu’il vous arrive de faire des erreurs et si cela vous donne des sueurs, dites-vous que ça pourrait être pire. Pensez à la bataille de Karansebeş en Roumanie, où, selon la légende, l’armée autrichienne de l’empereur Joseph II à la recherche de l’armée ottomane s’est attaquée elle-même et a perdu 10.000 hommes dans la nuit du 17 au 18 septembre 1788. .

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Dans l’absolu (et votre intégrité physique mise à part), si vous avez peur de faire des erreurs c’est que vous baignez dans un environnement social / professionnel / familial qui assimile l’échec à la faute.
Ce genre d’environnement nous inculque qu’il faut tout savoir, qu’il faut tout réussir, car se tromper c’est mal.
Faire des erreurs c’est être mauvais. Or bien entendu faire des erreurs relève du faire, pas de l’être.
L’école et le système éducatif en général sont les courroies de transmission majeures de ce genre de valeurs très contreproductives.

C’est particulièrement pernicieux car cela pousse non seulement à refuser la prise de risque, mais cela incite également à cacher nos échecs pour éviter la vindicte publique puis en plus à rejeter nos erreurs sur autrui.
Soyez attentif à votre environnement immédiat : quelle est la réaction normale face à l’échec de quelqu’un ? Moquerie ou main tendue ? Les valeurs sociales dominantes font-elles ressortir la cohésion du groupe, ou la mise à l’écart d’un membre  »fautif » ?
Notez bien que si vous recevez de l’aide après avoir fait une bourde, ça n’empêche pas de se faire sévèrement engueuler… ce qui est somme toute normal puisque par définition on ne voulait pas que ça arrive. Seulement voilà, ça arrive. Depuis l’apparition des organismes multicellulaires, la Loi de Murphy  s’applique à tout le monde et il n’y a pas de raison que vous en soyez exempt…

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Je suis fermement persuadé que notre existence est définie par certains moments particulièrement intenses qui modèlent notre personnalité profonde pour le reste de la vie. Ce sont ces moments de totale vulnérabilité qui nous définissent et c’est ce qui les rend aussi effrayants. Mais savoir se tenir fermement dans un moment où l’on est vulnérable est aussi un apprentissage. Se relever d’un échec ça s’apprend.
Et puisque ce n’est pas l’école qui nous l’apprend, bien souvent c’est la vie elle-même. La vraie vie. Celle qui oblige à être modeste. Appelons ça l’expérience du monde râpeux.   …pensez donc à l’empereur Joseph II au matin du 18 septembre 1788. Pour éviter d’avoir la même tête que lui au petit matin, vous pourriez aussi vous entraîner vraiment et vous mettre volontairement en position de faire des erreurs sur des sujets sans grand enjeu. Il ne s’agit pas ici de faire des erreurs exprès, mais d’apprendre à réagir vite et bien quand on en a fait une.
C’est au travers de ces expériences de l’échec que nous pouvons apprendre à tenir bon et à nous comporter de façon aussi honorable et constructive que possible. C’est de là que viendra notre courage de le faire encore et encore. Et encore. Et encore.

Car après tout, le problème n’est pas de tomber sept fois : c’est de se relever huit.

."Pas de risque, pas de récompense"

Bref. Que vous le vouliez ou non de toute manière, vous-vous planterez. C’est ce que vous faites juste après qui définit votre personnalité.

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    1. Reconnaissez votre responsabilité. Même si ce n’est pas réellement et entièrement votre erreur, un caractère bien trempé ne se défausse pas et peut encaisser les conséquences. C’est tout spécialement vrai lorsque vous êtes chef d’équipe, capitaine de navire ou responsable à divers titres de quelques personnes de divers statuts   -comme père ou mère par exemple.
      Votre rôle est de protéger le groupe. Si vous faites ça bien, les victimes de votre erreur finiront elles-mêmes par vous dire que ce n’est la faute de personne.   Simplement parce que vous aurez été honnête face au groupe dont vous avez la responsabilité.
    2. Ne restez pas tétanisé. La peur est un puissant inhibiteur de mouvement. La majorité des gens est paralysée par ses propres erreurs, sans pouvoir y apporter de solution ou appliquer la procédure PBM. Ca peut aussi être un moyen commode de ne rien faire, de gagner du temps pour vérifier si quelqu’un s’en rend compte… Ne soyez pas ce genre de personne. Entraînez-vous à réagir rapidement et sans vous cacher. L’essentiel une fois que la bourde est faite ce n’est pas de se planquer, c’est d’en limiter les conséquences néfastes.
    3. Acceptez qu’il y ait des rumeurs. Tout spécialement si vous avez connu des succès récents, il y aura des gens pour se féliciter de votre chute. Restez modeste et ignorez les ragots. Lorsque vous-vous serez relevé ces gens-là seront les premiers à vous lécher les bottes.
    4. Prenez les noms. Même si vous y êtes aujourd’hui jusqu’au cou, c’est seulement une question de temps avant que vous sortiez de ce bourbier.
      Vous saurez ne pas oublier qui vous a marché dessus lorsque vous étiez à terre. Comme dans les arts martiaux :  lorsqu’on vous a heurté il faut rendre le coup sous peine de perdre des points en crédibilité. Souvenez-vous, c’est la règle numéro 17. Alors, même si vous savez  »passer à autre chose » et même si vous avez assez de grandeur pour ne pas crier vengeance, vous pourrez montrer aussi quel est votre sens de la justice, lorsque vous serez revenu en situation de force. Soyez patient.
      Et pensez aussi bien entendu à noter les noms de ceux qui vous auront tendu la main. Solidarité gratuite, solidarité en attente d’un remboursement différé, service rendu pour être quittes… peu importe. Ces personnes vont ont aidé quand vous en aviez besoin. Si ce n’est pas toujours le signe d’une amitié éternelle, c’est au moins le signe d’une alliance qui mérite d’être entretenue. Remerciez. Tendez la main en retour. Soignez vos alliés.
    5. Associez cet événement à quelque chose de positif. Vous-vous souviendrez de cet échec et ça ne doit pas vous affaiblir chaque fois que vous y penserez. Quelle leçon avez-vous apprise à cette occasion ? Qu’avez-vous fait de grand pour corriger l’erreur ou pour vous relever après la chute ? C’est de cela qu’il faudra vous souvenir, pas du goût de la boue que vous aviez dans la bouche lorsque vous étiez au fond du trou.

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Vous allez survivre (probablement) et d’une manière ou d’une autre ce m*rdier finira un jour.
Respirez profondément, gardez le dos droit et… en avant. Faites face.

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Une fois que vous aurez fini de vous relever, une fois que vous aurez rendu les coups, ce sera le moment de lâcher prise. Victoire ou échec de toute manière c’est terminé. Fi-ni.
Je pense bien que vous ne faites pas autant d’efforts simplement pour perdre, mais si la défaite survient, inutile de s’y attarder. Ce n’est pas parce que c’est une défaite qu’il faut y passer plus de temps qu’une victoire.

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Dans votre modestie, gardez la tête haute. Assumez vos responsabilités de la même manière pour les succès et pour les échecs.
Puis passez à la suite. : la vie vous attend !

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Lectures du soir 1 mars 2014


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D’autres inspirations visuelles de l’auteur sont sur… yannickprimel.tumblr.com !

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NSA – IETF : round 2 26 janvier 2014


La tradition orale colporte l’idée que l’internet est une infrastructure mondiale dirigée en dernier ressort par le gouvernement des États-Unis d’Amérique.

C’est faux.

C’est faux depuis 1995, date depuis laquelle la gestion de l’infrastructure dépend exclusivement d’entreprises privées. Autrement dit, nous en sommes toujours à utiliser une infrastructure qui fonctionne avec les seules contraintes que la technique impose, même si nombre de rapaces souhaiterait pouvoir la contrôler sans restriction ‘pour le bien de tous’.
Ce principe d’ouverture technique est un bienfait en lui-même, que personne n’en doute. Il n’est nul besoin de limitation politique, morale ou religieuse ou quoi que ce soit.
Sinon, autant relancer le Minitel.

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D’ailleurs, tout récemment, nous avons pu nous rendre compte que ce principe d’ouverture technique n’empêchait en rien les Etats de couper les accès grâce au master kill switch et je suis bien certain que si cela a pu se produire en Tunisie, Libye ou Syrie, cela est aussi une possibilité technique en Chine, aux États-Unis ou en France. Les investissements croissants dans les capacités de guerre informatique laissent peu de doute là-dessus.
Ce n’est donc pas seulement une possibilité technique, c’est aussi une possibilité politique.

D’ailleurs encore plus récemment, nous avons aussi appris que l’ouverture technique permettait notamment à la National Security Agency américaine  (NSA) de se brancher sur à peu près n’importe quel câble tel que l’ACE, qui part de notre petit port breton de Penmarc’h pour descendre au fond de l’océan et connecter 23 pays jusqu’en Afrique du Sud 17.000 kilomètres plus loin (photo).  La prédominance d’acteurs américains a permis aussi à la NSA d’invoquer la sécurité nationale pour obliger les fabricants de logiciels majeurs à ajouter des ‘portes dérobées’ dans le but de pomper à peu près n’importe quelle information. Ce n’était pas un secret, mais la nouveauté c’est que nous savons maintenant à quel point l’espionnage et l’enregistrement automatisé sans objectif particulier sont massifs, indiscriminés et sans contrôle. L’internet était devenu une plateforme de surveillance mondiale, ni plus, ni moins.
Pour une large part, c’est du aux protocoles techniques de l’internet qui proposent une sécurité minimale dans la mesure où l’internet lui-même existe comme libre support à la libre circulation de l’information. La philosophie de ces normes techniques vise à favoriser la diffusion rapide de l’information, pas sa protection contre des interceptions généralisées.

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Ces protocoles n’émanent pas du gouvernement américain (comme dit la légende), ils émanent d’un groupe informel de volontaires qui travaillent ensemble pour élaborer les standards de fonctionnement de l’internet mondial; standards qui deviennent ensuite les normes techniques que les fabricants et fournisseurs de services doivent respecter pour que le Machin fonctionne quand on clique dessus.
Cette équipe internationale sans adhésion, sans budget et sans statuts s’appelle l’IETF : Internet Engineering Task Force. Il est possible qu’aucune autre équipe de bénévoles n’ait autant d’influence sur la vie quotidienne d’autant de personnes.

Bref, il n’en reste pas moins que les travaux de l’IETF ont abouti à des standards techniques relativement peu protégés.
Il y avait là une porte ouverte que les services secrets de tout bord ont franchi en rigolant. C’était le premier round   -l’âge de l’innocence.
Vainqueur : NSA.

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Mais fini de rire.
Une infrastructure peut demeurer ouverte et aussi proposer des standards élevés de sécurité. Ce sera tout l’objet des travaux de l’IETF dans les prochaines années, tel que l’a défini l’assemblée annuelle du 7 novembre 2013, qui rassemblait les 100 groupes de travail répartis dans le monde.

Un exemple frappant peut illustrer les tendances à venir : dans les documents publiés par Edward Snowden, on trouve le nombre d’interceptions perpétrées par la NSA sur des carnets d’adresses @Yahoo (444.743) que l’on peut comparer aux interceptions perpétrées sur des carnets d’adresses @Gmail (33.697). La différence entre les deux s’explique par l’utilisation par défaut d’un protocole sécurisé par Gmail, alors que Yahoo se contente de… rien du tout.
…du moins jusqu’à la décision de l’entreprise Yahoo de basculer aussi vers ce standard SSL sécurisé à partir de l’année 2014.
D’autres suivront n’en doutons pas, car le discours généralisé des acteurs de l’internet a toujours été fondé sur la confidentialité, la mise en place d’un haut niveau de sécurité qui favorise la confiance entre les parties et donc le business.
La bonne blague… alors que certains d’entre eux (dont des vendeurs d’antivirus) mettaient en place sans protester des faiblesses volontaires dans leur code informatique, pour permettre aux techniciens de l’espionnage de surveiller tout et n’importe quoi.

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Les actions de l’IETF pour rendre plus robuste le réseau internet permettront de pallier à ce genre de soumission(s). Comme j’en parlais dans un autre article : le critère d’évaluation absolu pour une technologie consiste à poser une question : à quel point un système technique favorise la possibilité d’une dictature ?
Les actions de l’IETF vont corriger ce qui était finalement une vulnérabilité majeure de l’internet dans son ensemble. L’acte de surveiller en masse va devenir plus coûteux et c’est ce qui fera la différence. En effet jusqu’à aujourd’hui c’était simple et pas cher. A partir du moment où ça devient complexe et cher, les ressources vont être déployées vers les ‘cibles’ qui comptent vraiment en termes de sécurité nationale. L’immense majorité de la population qui était espionnée sans raison va cesser de l’être, car ce sera devenu trop cher de percer les murs sans but précis.

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La question qui se pose maintenant réside dans les aspects politiques du sujet.
Quelles limites une société civile peut-elle imposer à des administrations hors de contrôle, qui sont susceptibles de contribuer à la possibilité d’un fascisme ?
Car ce n’est pas une autorité dictatoriale que nous voulons éviter, c’est sa possibilité. Mon discours est favorable au cryptage fort, au respect absolu de la confidentialité des communications et au droit à l’anonymat.
Bien entendu.
Mais bien entendu aussi, nous devons admettre que ce monde porte des vrais méchants que personne n’a intérêt à voir s’épanouir. L’intérêt de la surveillance est donc incontestable lorsqu’un soupçon est suffisamment solide pour les mettre hors d’état de nuire.
Cela ne veut pas dire qu’il faut surveiller tout le monde ‘au cas où’ simplement parce que c’est techniquement possible. Ce monde là  permet la dictature dans toutes ses nuances, du fascisme violent à la 1984 jusqu’à l’arbitraire poussé à l’absurde du Procès de Kafka. Or, c’est effectivement ce qui se passe avec les pratiques arbitraires de surveillance généralisée de la NSA… et aussi très probablement de la DGSE, du MI-6, de l’ISI et tous leurs cousins de par le monde.
A cet égard, il me semble bien que tous les gouvernements de par le monde n’ont pas été réellement scandalisés par les pratiques de la NSA. Ils en étaient jaloux.
Pour parler plus clairement, j’en veux pour preuve la loi française de programmation militaire 2014 – 2019 qui, dans son article 13 autorise précisément ce que la France a reproché aux États-Unis après le scandale PRISM : des interceptions en masse, sans contrôle et sans objectif précis. C’est la possibilité légale de surveiller l’ensemble d’une population.

Comme disait Juvénal : Quis custodiet ipsos custodes ?

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Finances personnelles (2) : les revenus passifs 14 janvier 2014


Ainsi que nous en parlions dans l’article sur les finances personnelles, à partir du moment où vous touchez des revenus votre premier objectif devrait être de constituer un socle équivalent à un an de revenu. Cette somme pourra varier selon vos besoins, mais quelle que soit votre situation votre objectif suivant sera de la reconstituer d’abord et avant toute autre dépense.

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A ce stade vous entrez dans la petite fraction de population qui possède une certaine (mais toujours relative) sécurité financière. Vous pouvez choisir de vous arrêter là et être très satisfait d’un salaire régulier adossé à un an de réserve. Nul ne vous en tiendra rigueur sauf les organismes de crédit à la consommation dont vous n’utiliserez pas les services. Mais après tout, c’est votre argent, n’est-ce pas ?  :)
Vous pouvez aussi poursuivre votre cheminement intellectuel… car si la justification d’avoir un travail est d’avoir une indépendance financière, alors si vous devez travailler pour gagner de l’argent, c’est que vous n’êtes pas indépendant.

Avec votre épargne de précaution sous le coude, vous pouvez cependant prétendre au grade supérieur : acquérir non plus de la sécurité, mais de la liberté.
C’est l’objet de cet article.

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A quoi ressemble la vie lorsque vous n’êtes pas obligé de travailler pour gagner de l’argent ? Comment gère-t’on les dépenses en nourriture, en habillement ou le re-remplissage du socle d’un an de réserve si l’embrayage de la voiture a lâché ?
Et d’abord, comment y parvient-on, à la vraie indépendance financière ?
Vous pourriez me répondre qu’en travaillant toute notre vie, il arrive un moment où l’on atteint cette situation : ça s’appelle la retraite…
Avec cet état d’esprit, vous aller rapidement faire partie de ces gens qui acceptent une vie pas terrible dans l’attente d’une retraite médiocre. D’ici là, vous prendrez vos vacances  »pour oublier les soucis » (à ce stade, sans doute pourriez-vous lire mon post sur la tolérance comme résistance à l’amour…).

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Mais l’indépendance financière ce n’est pas prendre sa retraite.

Il ne s’agit pas de prendre sa retraite, il s’agit de se donner une liberté de choix.

La liberté financière consiste à percevoir des revenus qui ne dépendent pas de votre activité. Des revenus passifs. Que vous soyez officiellement salarié, auto-entrepreneur, au chômage, en vacances, immobilisé sur un lit d’hôpital ou employé bénévole pour la Croix-Rouge, cet argent parviendra à votre compte bancaire quoi qu’il arrive. Vous n’êtes donc plus dépendant d’un employeur qui vous verse de l’argent en échange d’un travail, ce qui n’empêche pas de continuer à avoir un travail -sauf que vous n’exercez plus d’abord pour l’argent.
C’est le pouvoir de dire à voix haute : ceci ou cela ne me plaît pas et j’ai les moyens de vous dire (avec un sourire insolent au coin des lèvres) : Je m’en vais faire quelque chose qui me plaît davantage, allez-vous faire f**tre.   En anglais dans le texte, cette manière de générer de l’argent s’appelle  : Fuck-you money.

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Très probablement, vous ne serez jamais au niveau de Bill Gates qui touche douze millions d’intérêts annuels sur ses placements, pour un mode de vie qui en coûte quatre (donc chaque année, il a huit millions d’excédent). Très probablement, vous aurez besoin de travailler pour avoir un revenu actif toute votre vie. Mais rien n’empêche de vous constituer une portion de revenu passif pour être un peu plus indépendant. Pour avoir un peu plus la liberté de faire les choix de vie qui vous conviennent réellement (et donc la liberté de dire parfois ‘’Fuck you, ceci ne me plaît pas. Je m’en vais’’).

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Mais je n’ai pas encore répondu à la question : comment parvient-on à se constituer des revenus passifs ?

Il s’agit d’investir afin de créer des sources de revenu supplémentaire qui vous apporteront une rémunération sans rapport avec ce que vous faites de vos journées. Ces revenus passifs proviennent d’une certaine somme d’argent investie pour produire des intérêts : ce sont ces intérêts réguliers qui vous servent de ‘salaire’. Et ces revenus vous parviendront en plus du salaire éventuel que vous pourrez gagner avec un emploi rémunéré.

Comme j’en parlais précédemment avec les deux principes du chameau et de la cigale, vous serez mieux loti si vous êtes naturellement capable d’épargner 1000 euros plutôt que de claquer cette somme dans un nouvel écran plat haute définition. Ces mille euros si vous les placez à 5% d’intérêts annuels, vous rapporteront 50 euros par an pour le reste de votre vie. Cinquante euros ce n’est pas assez ? Et bien cumulez… c’est exactement comme cela que ça démarre la constitution d’un revenu passif. Pour toucher par exemple environ 300 euros par mois, toute votre vie, vous devrez placer une somme de 90.000 euros sur deux ou trois supports financiers qui rapportent 5% avant impôt.
L’accroissement de votre richesse a des vertus euphorisantes, vous le constaterez en comprenant que l’ensemble s’auto-alimente :
________________________salaire > épargne > investissements > revenus passifs > salaire(s).
… mais tout cela sera une conséquence de votre comportement frugal, y compris si vous êtes bénéficiaire d’un riche héritage, d’un gain de loterie ou de la revente de diamants dérobés sur une piste d’aéroport.

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Loin de moi maintenant l’idée de vous conseiller sur le choix de ces supports financiers, hormis préciser que la diversification est salvatrice car si l’une des sources se tarit, les autres continueront de vous irriguer. Comme disait ma grand-mère, il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
D’autre part, j’attire votre attention sur le fait que des revenus réguliers c’est une bonne chose, mais vous devez également prendre en compte l’aspect patrimonial. Toucher des revenus grâce à vos placements est une chose… mais toute votre  »surface financière » doit être équilibrée. Votre patrimoine tout entier doit être réparti durablement (comme dirait Warren Buffet) ce qui signifie que si vous étiez contraint de ne plus pouvoir gérer votre argent pendant cinq ans, vous devez être à peu près capable de prédire les résultats la sixième année parceque vous investissez sur des supports fiables, qui reflètent une activité digne de confiance en termes financiers.
Vos investissements doivent être diversifiés, rémunérateurs ET fiables à long terme. L’erreur des petits jeunes est de préférer la rémunération à la fiabilité et ça s’appelle de la spéculation.
Ce n’est ni fiable, ni propice à vous assurer un avenir tranquille…
Du reste, avec un patrimoine correctement diversifié ce n’est pas 5% de rendement avant impôts que vous pouvez attendre, c’est 7 ou 8%… mais par mesure de prudence, vous considérerez que chaque investissement rapportera au maximum 4%. Pas plus. Espérez le meilleur, mais préparez le pire.

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La  »sagesse » populaire actuelle, issue d’une éducation financière médiocre, consiste à reproduire le modèle dominant, à savoir majoritairement devenir propriétaire de sa résidence principale. C’est maintenant à vous de faire vos comptes, au sens propre. De combien d’argent avez-vous besoin réellement par an, pour assurer le minimum vital ? Au lieu d’une stupide maison à 250.000 euros qui vous coûtera de l’argent, combien vous rapportera cette somme si vous l’investissez à 5% par an ?
Et voilà, c’est fait : à partir du moment où vos revenus passifs garantissent que vous ne passerez jamais sous le seuil de pauvreté, vous êtes financièrement indépendant(e). Vous pouvez travailler pour l’argent de poche et dire fuck you quand on vous marche sur les pieds trop longtemps.
… ce qui me ramène à mon propos de départ sur la médiocrité des enseignements économiques fondamentaux, car ce n’est pas à 30 ou 40 ans qu’on doit apprendre cela, c’est avant le baccalauréat.

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Pour le dire autrement (encore !), toute cette histoire de revenus passifs permet une chose : être en position de force. Vous aurez la force de refuser tout autant que vous aurez la force d’assumer vos choix de vie. C’est l’illustration que l’indépendance financière est un outil d’émancipation et de libération au niveau individuel, face aux multiples contraintes sociales et économiques qui s’exercent sur nous au quotidien (à commencer par vous libérer de la dépendance au modèle consumériste). A bien y réfléchir d’ailleurs, toutes les positions de force sont bonnes à acquérir à l’échelle individuelle -car chacune nous libère.
Sujet de thèse de doctorat en vue du prix Nobel d’Économie : combien de temps survivrait la civilisation mondiale actuelle si le principe du revenu passif était enseigné au lycée, avec comme philosophie sous-jacente l’émancipation de l’individu ?

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Nous verrons cependant la semaine prochaine  que quand on n’est pas à cent euros près, il est très facile de donner des conseils stupides aux personnes qui sont à dix euros près…

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Citation (17) : Cessez le feu 11 novembre 2013


USMC general James N. Mattis : 21st century version of the Monroe doctrine.
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« Je viens en paix.
Je n’ai pas apporté l’artillerie et j’ai renvoyé les chars.
Mais je vous en conjure, avec des larmes dans les yeux : ne tentez pas de me baiser, ou je vous tuerai  tous. »
Général de Corps d’Armée James N. Mattis, 1e Division de Marines (USMC).
Ouverture des négociations avec les responsables irakiens de Fallujah, printemps 2004.

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 »
I come in peace.
I didn’t bring artillery and i sent back the tanks.
But i’m pleading with you, with tears in my eyes : if you fuck with me, i’ll kill you all. »
General James N. Mattis, 1st Marine Division (USMC).
Opening the negociations with iraqi leaders of Fallujah, spring 2004.

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Si c’est secret, ne l’écrivez pas. Pas du tout. 11 juin 2013


 

Un nouvel exemple de suicide par PowerPoint : les 5 pages rendues publiques de la présentation du dispositif Prism, mis en place depuis 2007 par la National Security Agency américaine. Pour une agence dont le coeur de métier est la confidentialité et le renseignement, l’affaire est cocasse.
D’autant plus que pour un programme de datamining à 20 millions de dollars par an, son efficacité à défendre les intérêts de la nation américaine reste à prouver puisqu’il n’a permis d’éviter ni l’attaque contre l’ambassade américaine de Benghazi, ni l’attaque du marathon de Boston (ni d’ailleurs les fusillades de Virginia Tech, Columbine, Newton ou Sandy Hook entres autres).

Ma question serait donc : à quoi sert Prism ? Serait-ce un rite de soumission du même genre que La blague des contrôles de sûreté aux aéroports ? Voilà un indice pour expliquer les motivations de celui qui a révélé toute l’affaire. Il l’a fait par conviction, par refus de se soumettre.

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Si toutefois quelqu’un peut récupérer les 36 autres pages du document original, je suis preneur…

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Citation (13) : code de conduite 8 mai 2013


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« Soyez polis, soyez professionnels, mais ayez un plan pour tuer tous ceux que vous rencontrez. »
Général de Corps d’Armée James N. Mattis, 1e Division de Marines (USMC).
Discours à ses troupes avant la seconde guerre d’Irak, mars 2003.
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 »Be polite, be professional, but have a plan to kill everybody you meet. »
General James N. Mattis, 1st Marine Division (USMC).
Adress to his troops before the secondth Iraq war, march 2003.

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Braquage à la Belge 6 mars 2013


Vers 19h47 le lundi 18 février 2013, un fourgon Mercedes et une voiture Audi noirs sortent d’une zone de chantier, traversent la double clôture et s’introduisent sur les pistes de l’aéroport Zaventem de Bruxelles.
Le grillage de clôture a été préalablement découpé.On 18th february 2013, eight men stole 120 parcels of diamonds in the cargo of a Fokker 100 airplane. The time-window was of 20 minutes before take off and the non violent assault lasted less than 3 minutes. Total gain : 50M euros.   Well done, folks...
Les véhicules équipés de gyrophares bleus se dirigent vers la porte A et vers un avion Fokker 100 de la compagnie Helvetic qui relie Bruxelles à Zurich (vol LX789), qui a terminé son embarquement.
L’envol est prévu à 20h05 et les pilotes attendent l’autorisation de rouler pour rejoindre la piste d’envol.
Cet intervalle de temps permet d’embarquer en soute quelques colis supplémentaires qui, pour des raisons de sécurité, n’ont pas transité avec les bagages ‘normaux’.
Huit hommes cagoulés descendent des véhicules vêtus d’uniformes sombres et de fusils mitrailleurs. Ils menacent le poste de pilotage et le personnel de la société Brink’s, qui vient de décharger 120 paquets d’un camion de transport de fonds pour les monter dans la soute de l’avion.

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Dans les paquets, des diamants bruts en provenance d’Anvers.
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En moins de trois minutes (deux minutes cinquante selon la meilleure estimation), la soute de l’avion est réouverte, les 120 paquets sont volés, placés dans le fourgon Mercedes et les bandits repartent d’où ils sont venus.
Il n’y a pas eu de violence, ni d’usage des armes. Les 29 passagers à bord de l’avion ainsi que les deux membres d’équipage ne se sont rendu compte de rien… sauf lorsqu’on leur a demandé de débarquer pour attendre l’avion suivant…
Le fourgon est retrouvé peu après aux abords de l’aéroport, en feu.

Le butin est largement sous-estimé   estimé à une somme de 62 millions d’euros. Beau boulot, les gars.

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''The Target''.   The interception of diamonds between Antwerp and Zurich demands high precision work. By strict organizational terms, how could this be achieved ? That's a funny guesswork. And rather educational, also.
Les commentaires des experts, après coup, ont affirmé de probables complicités internes au personnel de l’aéroport pour pouvoir faire coïncider l’attaque avec les 15 minutes pendant lesquelles l’avion est au sol, chargé mais pas encore en route vers la piste de départ.
Ces 15 minutes là en effet étaient le seul et unique point faible du dispositif d’acheminement des diamants, entre Anvers et Zurich.

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Loin de moi l’idée de jouer les devins, mais je voudrais vous proposer comme amusement (?) d’évaluer ce braquage en termes strictement organisationnels.

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La source de tout le scénario d’action bien entendu est l’information d’origine : avoir connaissance que, depuis Anvers, des diamants vont rouler jusqu’à Bruxelles pour être amenés à cet aéroport, ce jour-là, à cette heure-là et dans cet avion précis pour finir leur course quelque part à Zurich.
Je ne me hasarderai pas à tenter de trouver d’où cette information a pu provenir, ni même s’il y a eu des complicités internes à la Brink’s, au diamantaire ou à l’aéroport. Dans la culture du grand banditisme, j’imagine que les circuits majeurs des marchandises de valeur sont assez bien connus, en particulier de et vers Anvers, capitale du diamant, qui reçoit et expédie par jour pour plus de 200 millions en diamants.
Les principaux flux de richesse dans le monde sont assez similaires à la course inaltérable des cigognes en migration : pas si discrets, pas si secrets et, à l’évidence, pas si inviolables. La culture du grand banditisme qui gravite autour de ces flux ressemble à un plombier qui est capable de vous dire quels chantiers majeurs sont en cours en ce moment dans sa ville et où on s’approvisionne… Bref, l’information est disponible, admettons.
A partir de ce moment il s’agit de la vérifier.
Doucement, par petits bouts et par recoupements successifs.

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La phase de reconnaissance s’étend sur une zone de Anvers à Zurich via Bruxelles.
L’équipe doit être constituée dès le départ en plusieurs groupes et une division du travail doit-être faite : chacun prend ses renseignements sur une portion du trajet. Observer le dépôt de la Brink’s à Anvers, suivre plusieurs fois les camions blindés sur leur trajet, identifier leurs itinéraires. Observer l’aéroport de Bruxelles, celui de Zurich, les avions de la compagnie Helvetic, dehors et dedans, etc.
Puis le puzzle s’assemble.

S’engage alors une analyse de situation assez classique en management de projet et notamment en gestion des risques (risk management).
La méthode consiste à identifier en interne les forces (Strengths), les faiblesses (Weaknesses) et en externe les opportunités (Opportunities) et les menaces (Threats).
En anglais dans le texte : SWOT.
Le SWOT est une méthode aussi bien qu’un outil qui permet de prendre des décisions éclairées par rapport à un objectif donné, en fonction d’un contexte.
Cela ne garantit jamais (jamais !) que vous prendrez la meilleure décision ou que vous n’allez pas faire d’erreur (relisez le Administrative Behavior d’Herbert Simon) , mais au moins vous y verrez un peu plus clair.

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Pour l’exercice qui nous concerne, une première analyse SWOT permet de reconnaître un domaine majeur qui rassemble des Opportunités et des Menaces liées à l’itinéraire de « la cible », en termes de logistique :

  • Le lieu de départ (Anvers, tel endroit à telle heure, dans tel camion)
  • les itinéraires (telles routes jusqu’à l’aéroport de Bruxelles, dans tel avion qui partira de tel endroit)
  • les horaires de passage du camion à des points précis du trajet, vitesse moyenne, vitesse de pointe
  • les lieux d’arrêt sur le trajet (carburant, péages, embouteillages prévisibles, etc.), la durée de ces arrêts
  • le lieu d’arrivée, l’heure d’arrivée (Zurich, tel endroit à l’aéroport après l’arrivée du vol LX789 à 21h15, dans tel camion, par telle route, vers telle adresse)
    [non exhaustif]

Une deuxième analyse rassemble des Opportunités et des Menaces liées à  l’itinéraire de « la cible » en termes de procédure : Qu’est-ce qui accompagne « la cible » sur son chemin ? On connaît le trajet, mais comment se déroule-t’il ?

  • Quelles sont les mesures de sécurité permanentes qui vont former une bulle (soi-disant) étanche autour des 120 paquets de diamants ? Comment réagit un équipage de fourgon blindé lorsqu’on l’attaque ? Quel est l’armement à bord ?
  • Sur les différentes portions du trajet, quelles sont les mesures de sécurité supplémentaires (escorte routière, dispositifs d’alarme, délai d’acheminement des renforts) ?
  • Les camions de la Brink’s qui relient Bruxelles et Anvers sont ils toujours les mêmes (plaques d’immatriculation) ? Et à Zurich ? Quels points faibles structurels sur ces engins ?
  • Après l’attaque, quelles mesures de sécurité seront prises pour « nous » intercepter ?
    [non exhaustif]

Before the robbery at Brussels airport, there must have been a serious risk-management analysis... a common method in project management called SWOT.
C’est seulement à ce moment là qu’il est possible d’identifier les points forts de l’adversaire qu’il faudra éviter et les points faibles que l’on pourra exploiter pour atteindre « la cible ».
Après cela, le lieu et le moment de l’attaque sont identifiés.

De ce point de vue, arraisonner l’avion lui-même est hors de question lorsqu’il est en vol sans escale entre Bruxelles et Zurich (les pointillés sur la carte ci-dessous). Reste donc deux options : une attaque entre Anvers et l’aéroport de Bruxelles, ou une attaque entre l’aéroport de Zurich et le destinataire final (dont on ne connaît pas l’identité à ce jour).
L’équipe a donc reconnu minutieusement les zones d’intervention possibles, l’une en Suisse, l’autre en Belgique et c’est cette dernière qui sera finalement retenue. On notera aussi que si le commando comprenait huit personnes sur les pistes de l’aéroport, rien ne dit que l’équipe était complète.

Dans tous les cas néanmoins, il aura fallu recruter des compétences dont :

  • des acteurs en qui on a confiance, entièrement confiance et complètement confiance
  • des acteurs multilingues en français, allemand et néerlandais (et probablement anglais)
  • connaissance des armes et plus globalement des Procédures Opérationnelles Standard du métier
  • expérience de la conduite sportive et des véhicules
  • capacité à travailler en équipe (reformer une équipe qui a déjà fait ses preuves ailleurs ?)
  • patience, discrétion, maîtrise de soi dans les situations critiques
  • discipline et capacités d’improvisation

Ces critères minimaux laissent penser à des profils expérimentés de plus de trente-cinq ans.  Probablement masculins et à la peau claire.

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Cela nous amène aussi à parler des Forces et des Faiblesses propres à l’équipe elle-même, l’organisation qui fait l’analyse -que ce soit une équipe de braconniers, la Croix Rouge ou une entreprise d’exploration minière.
Or, comme le savent ceux qui subissent mes cours de fac, une organisation est la synthèse d’éléments financiers, technologiques et humains. Ce sont ces trois domaines que doit couvrir une analyse des Forces et des Faiblesses. Quelles sont en toute sincérité nos Forces et nos Faiblesses à nous, pour l’atteinte de cet objectif ?
Cette étape d’analyse interne est sans doute la plus délicate, car elle suppose un regard sans complaisance sur soi-même ainsi qu’une relative bonne connaissance des organisations qui nous sont comparables -que ce soit une autre équipe de braconniers, Médecins du Monde ou une autre entreprise d’exploration minière. En quoi eux sont-ils bons ou mauvais, sur la même activité que nous et en quoi cela nous apprend-il quelque chose sur nous mêmes ?   C’est le benchmarking appliqué au vol de diamants .   Après cela, le mode opératoire de l’attaque est identifié et… y’à plus qu’à…

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Nos Forces et nos Faiblesses, mises en rapport avec les Opportunités et les Menaces, permettent-elles d’atteindre l’objectif et si oui, comment ?
Si non, peut-on s’améliorer ou doit-on modifier notre objectif ?Mapping the field... where are the weak points, in order to get ''The Target'' ?

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…ainsi donc le lieu, l’heure et le modus operandi sont fixés.
A 20 heures en Belgique, en février, signifie que la nuit est tombée. Camouflage.
Ce jour-là le temps est froid et sec et il sera plus facile de conduire dans ces conditions. Au moins six routes principales permettent autant d’itinéraires de sortie depuis l’aéroport de Zaventem et en roulant à 60km/h on est à trente kilomètres en une demi-heure.
Le travail de reconnaissance a permis de choisir le chantier de construction (non surveillé) pour dissimuler les véhicules (volés) aux abords immédiats des pistes de l’aéroport (non surveillées).
On s’habille, on s’approvisionne en munitions, on patiente et on contrôle cette boule à l’estomac…
Après environ trois minutes d’action pure, retour au point de départ, le chantier. On se débarrasse de ses vêtements et on brûle tout dans le camion pour empêcher les analyses ADN. Autres vêtements.
Que ce serait-il passé s’il s’était agit non pas de voleurs mais de vrais méchants ennemis décidés à faire exploser une petite dizaine d’avions à coups de lance-roquettes ?… Je l’ai déjà dit et je le redirai : les mesures de sécurité antiterroristes dans les aéroports ne servent à rien.

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Bref. Huit personnes, leur armement et 120 petits paquets ne tiennent pas dans le véhicule qui reste. Cela laisse supposer soit une dispersion à pieds, soit l’usage d’un autre véhicule en réserve -au moins un-.
La question est : pour aller où ?
En ce qui me concerne, j’aurais choisi de faire un bras d’honneur encore plus gros et je serais entré dans l’aéroport pour un vol long courrier. Sans arme, sans violence et sans haine… de toute manière, aucun détecteur au monde ne repérera les diamants que vous avez sagement glissé dans la poche de votre veston.

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Ou 15 sachets dans votre petit sac à dos, si huit personnes se les répartissent individuellement. Puis chacun rejoint un point de ralliement pour se faire payer par le commanditaire.
Il peut même récupérer les armes, elles n’ont pas servi et les voitures, elles sont comme neuves.

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La blague des contrôles de sûreté (3) 23 janvier 2012


Les articles précédents ont montré que d’un point de vue opérationnel, les contrôles de sûreté dans les aéroports n’empêcheraient pas des personnes mal intentionnées d’accéder relativement facilement à la zone sensible. Ces nouveaux contrôles mis en place après le 11 septembre 2001 ne sont pas meilleurs que ceux d’avant le 11 septembre et n’empêcheraient pas de nouvelles attaques. De mon point de vue très personnel d’ailleurs, ce n’est même pas leur but, point final.
Nous avons parlé aussi du fait que l’organisation actuelle de la sûreté aérienne a deux conséquences fâcheuses : aucun acteur ne porte la responsabilité de l’efficacité de l’ensemble; et toutes ces procédures servent d’abord à rassurer la communauté sur son ordre interne (par opposition à : servent à prévenir une nouvelle attaque terroriste).

Là-dessus, vous pourrez me répondre que nous -les civils- n’avons eu à subir aucune attaque en France depuis des lustres et les USA aucune non plus depuis 2001. N’est-ce pas la preuve de l’efficacité de nos mesures de sûreté ?

Hélas. Je crains que lorsqu’un groupe bien organisé et techniquement compétent voudra commettre un acte de terreur, il pourra non seulement le faire mais aussi choisir la date et le lieu.
Et devinez quoi, la cible (ou le vecteur) ne sera probablement pas un avion.

Comme je l’écrivais dans le premier article, nous sommes tellement persuadés de pouvoir « gagner la guerre d’avant » que toutes nos mesures de sûreté aéroportuaires concernent des modes d’action qui ont déjà été utilisés. Dans un certain sens ce n’est pas si étonnant puisque, selon moi, la finalité des contrôles est moins de prévenir la prochaine agression que d’affirmer la capacité de l’État à faire régner l’ordre.

Mais les actes de terreur qui réussissent sont ceux qui prennent l’ennemi par surprise… or chacun sait que nous sommes prêts à subir une attaque aéroportée. Cette cible là est durcie : les passagers sont prêts à riposter et nous avons même blindé les portes qui abritent le pilote. Dites-moi donc quel serait l’intérêt d’une attaque qui implique des avions pour la énième fois ?
Et quelles ont été les dernières attaques majeures qui ont réussi ? Une boîte de nuit à Bali en 2002; des trains de banlieue à Madrid en 2004; le métro de Londres en 2005; une gare, deux hôtels, une place publique et un hôpital à Bombay en 2008.

C’est bien l’intérêt de la pensée latérale : vous innovez là où personne ne vous attend et du même coup votre cible est molle, ce qui réduit les efforts à fournir et les risques d’échec.

C’est assez comique en effet de parler de sûreté dans un aéroport, avec des personnes en charge des contrôles (faites-le en privé, si vous ne voulez pas être escorté fermement vers le parking).
Quelque soit votre argument gentiment critique vous obtenez invariablement la même réponse : « C’est pour la sécurité, c’est comme ça. » Même avec l’argument de la carte d’embarquement qui pourrait être fausse, l’aveuglement est complet : « Si les cartes ne sont pas vérifiées, c’est que c’est inutile. »
A ce niveau, il faut non seulement avoir une absence totale d’esprit critique mais aussi une foi inébranlable en une Entité Supérieurement Omnipotente et Bienveillante. Mais la réflexion s’arrête bel et bien aux détecteurs de métaux. On protège l’avion (très moyennement) et c’est tout.
Mais ce n’est pas l’avion qu’il faut protéger, c’est la population ! Car même si un élément hostile ne peut pas embarquer dans l’avion avec une mallette de C4, pourquoi ne pas la déposer en douce dans la file où 200 passagers attendent d’enregistrer leurs bagages ? Qu’est-ce qui empêche cela, la chance ?
Comme on voit, le rapport n’est plus du tout évident entre les contrôles à l’embarquement et la sûreté des personnes. Là encore, l’ethnologue pourrait vous parler de choses de son domaine comme la pensée magique : agir sur une chose en pensant que ça aura de l’effet sur une autre… alors que les deux sont totalement distinctes et décorélées.

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An average of one major attack against civilians is avoided every two months. Thanks to an effective organization of skilled investigators, not airport controls or full-body scans where you appear wholly naked.Mais d’autres mesures de protection sont à l’œuvre cela dit, des qui ne sont pas une Grande Gesticulation. En ce sens, si nous n’avons pas eu à subir d’attaque majeure depuis un certain temps ce n’est pas grâce à l’infrastructure de sûreté dans les aéroports (ni au plan Vigipirate) -non, c’est grâce au travail en amont. A titre d’exemple, on estime que six attaques majeures contre des civils sont déjouées par an en France, sur le territoire de métropole. Une tous les deux mois.
Ces projets meurtriers ne sont pas déjoués par des gadgets, ni des chiens, ni des sous-traitants en uniforme, mais par un long et méticuleux travail d’enquête policière mené par des personnes compétentes et invisibles de la population. Il y a aussi d’intenses échanges d’information, du travail de renseignement de terrain, un traque patiente des flux financiers, une coopération entre services et gouvernements ainsi qu’une large capacité d’initiative des acteurs de première ligne. Aux États-Unis en 2001 tout cela fonctionnait très bien jusqu’à l’irruption du pouvoir politique qui a donné ses ordres, des ordres différents de ce que les personnels de terrain avaient bien identifié comme une menace réelle. L’organisation finement agencée qui fonctionnait si bien a éclaté, ce qui a permis à 19 types d’en tuer environ 3.000.

Imaginatif, expérimenté et incessant. C’est le travail classique d’enquête policière qui constitue la vraie sûreté et non pas un rite de soumission qui s’adresse bien davantage aux citoyens qu’aux potentiels ennemis déjà prêts à frapper. Car dans le meilleur des cas, la forte visibilité des contrôles aéroportuaires vous montrera où ne pas frapper. Par un pur hasard qui sait, vous pourriez bien vous faire attraper !
(pfff, parfois j’ai l’impression de me répéter. Voyez le post intitulé Massive Attaque)
Le choix d’une cible molle est absolument critique pour le succès de l’opération et il suffit pour cela d’élire l’endroit où il y a le moins d’uniformes. Hmmm, attendez, un TGV rempli de familles qui partent en vacances peut-être ? Ou un ferry de croisière ? Ou un événement populaire de grande ampleur ? Vous y arriverez sans difficulté si vous n’êtes pas déjà surveillé, votre téléphone sur écoute et un émetteur GPS sous le châssis de votre fourgon de location.

C’est uniquement ce genre de choses qui nous épargne une attaque majeure tous les deux mois, grâces en soient rendues au personnel des services d’enquête et à leur organisation finement agencée.
A ce titre il y a une grande convergence entre les méthodes antiterroristes et celles de lutte contre le grand banditisme. Je n’assimile pas l’un à l’autre bien entendu, mais je constate qu’ils s’appréhendent de la même manière : à partir d’indices, de renseignements de première main et avec l’expérience d’enquêtes passés.

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Autant s’en donner les moyens, donc.


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La blague des contrôles de sûreté (2) 13 janvier 2012


Ainsi que nous en avons parlé dans l’article précédent, les contrôles aux aéroports consistent avant tout en une demonstration symbolique du pouvoir de l’État, qui se traduit par une succession de contrôles extrêmement invasifs et occasionnellement humiliants. On pourrait supposer néanmoins que l’autorité publique utilise un « vecteur » pour s’affirmer et que ce vecteur est techniquement valide.
Or la validité technique des contrôles est discutable, notamment si on s’intéresse aux cartes d’embarquement qui ne sont pas l’objet de vérifications rigoureuses. Qui plus est, les dernières attaques n’ont été déjouées par aucun de ces contrôles. De fait, on peut raisonnablement se poser des questions sur leur efficacité.
Sans doute faut-il inverser la proposition et dire que les contrôles à l’embarquement servent d’abord à affirmer le pouvoir de l’État.
L’objectif premier du dispositif, dans tous les aéroports de tous les pays, ne serait donc pas d’empêcher le prochain détournement d’avion ?

Une analyse de l’organisation des contrôles ne donnerait pas une vision assez large, car elle serait limitée à un aéroport ou à une autorité de supervision. Or, quelle que soit le lieu ou l’institution responsable des contrôles on parvient au même constat : la dilution des responsabilités est telle qu’on ne trouve aucun acteur qui soit garant de l’efficacité objective des procédures dans leur finalité antiterroriste. Tous les acteurs à l’inverse participent à la mise en scène de la Grande Gesticulation et se soumettent donc de fait au pouvoir symbolique de l’État.
Les employés eux-mêmes, ceux qui vous contrôlent physiquement, ne semblent pas particulièrement équipés pour atteindre un niveau d’appropriation métier qui permettrait de l’initiative et l’expression des compétences. Ce n’est pas ce qui leur est demandé d’ailleurs, « on » leur demande de respecter les procédures, point final.
Pour un point de vue complémentaire sur ce sujet, voir le taux de turn over dans la profession.

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En France, si une autre attaque majeure se produit les autorités de l’aviation civile pourront faire porter le chapeau aux entreprises sous-traitantes qui contrôlent les passagers.
Les sous-traitants eux, auront beau jeu d’incriminer les procédures applicables, qui sont respectées aveuglément et qui sont édictées par la DGAC sous recommandation de l’OACI dans le cadre de la convention de Chicago.
En dernier recours, le ministère de l’intérieur sortira l’argument imparable : tout le monde a fait son boulot, mais le risque zéro n’existe pas.

Aux États-Unis, c’est la Transport Safety Association (TSA) qui prend en charge les contrôles dans les aéroports et on retrouve absolument la même prédominance de symbolisme par rapport à une dissuasion réelle, à ceci près que la démonstration de force est encore plus totale pour obtenir la soumission inconditionnelle des passagers (« No jokes » !). Compte tenu de la violence de l’attaque du 11 septembre 2001 sur ce pays, on comprend à quel point l’État a besoin ici de montrer son poitrail musclé à ses propres citoyens. L’existence d’une autorité centrale pourrait faire penser qu’il y a un responsable et donc une responsabilité à engager. Mais c’est dans l’application rigoriste des procédures que réside la responsabilité de la TSA et non dans l’évaluation de la pertinence des procédures appliquées. Dans son élan d’autosatisfaction, la TSA a publié son ‘best of’ des meilleures prises réalisées en 2011, où en n°1 apparaît l’interception du démineur professionnel Trey Scott Atwater, le 31 décembre 2011, qui portait des pains d’explosif C4 dans son bagage à main afin de les montrer à sa famille. Une prise extrêmement dangereuse comme on voit et qui était sur son vol retour c’est à dire qu’il avait pu faire l’aller avec les mêmes explosifs sur lui.

En parallèle, la visibilité flagrante des contrôles aéroportuaires est aussi une conséquence de la volonté de montrer que quelque chose est fait. Et une chose est sûre, c’est qu’on ne peut pas les rater. On peut les tromper… mais pas les rater.
Rassurer la population est un objectif louable sauf que ça dure depuis plus de dix ans. L’argument ne tiendrait pas si on n’y accolait pas le symbolisme d’une communauté qui veut se prouver qu’elle a les moyens de garder la maîtrise d’elle-même, même si un acteur extérieur vient lui faire exploser ses symboles architecturaux (des symboles, encore !).

Sur une aussi longue période on peut légitimement demander qui veut se rassurer de quoi. C’est comme si les gouvernements criaient : « Voyez ! Nous mettons absolument tout en œuvre pour votre sûreté ! Si quelque chose de terrible se produit, ce sera au-delà de ce qu’il était possible d’envisager.»

La question que l’on n’entend jamais est : ce que vous avez fait, techniquement, était-il efficace ? En cherchant une réponse à cette question nous pourrions décrire une très longue série de fusibles humains et un très longue série de procédures de contrôles bien visibles pour que personne ne puisse accuser l’État de n’avoir rien fait face à la menace.
Mais alors qu’il tentait d’allumer sa chaussure (photo), Richard Reid a été intercepté par son voisin de cabine et une hôtesse, pas par un agent de sûreté, pas par une procédure ingénieuse, ni un chien renifleur, ni un sky marshall.
Comme on l’a déjà vu, la mesure de sûreté la plus efficace est l’accord tacite entre les personnes à bord d’un appareil, passagers et équipage. Un accord qui sous-entend une riposte en cas de comportement visiblement contraire aux règles qui font que l’avion ira d’un point A à un point B sans encombre fâcheux.

Dans leur souci de rassurer les populations, les États ont mis en place des contrôles invasifs auxquels les citoyens doivent se soumettre. Cette soumission est obtenue (extorquée ?) par un rituel rigide et non négociable. Chacun est soumis à une écrasante démonstration d’autorité et une débauche d’uniformes et, qui plus est, cela se passe en public pour assurer un autocontrôle de la population par elle-même.

S’il existe quelque part un état chimiquement pur du biopouvoir tel que l’a décrit Michel Foucault, c’est dans un aéroport international du début du XXIe siècle. Car si chacun a le sentiment qu’il est contrôlé individuellement, en réalité, c’est la foule qui l’est. Les contrôles de sûreté sont un acte de maintien de l’ordre public et non une mesure de prévention antiterroriste.

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La blague des contrôles de sûreté (1) 3 janvier 2012


Alors que je me rendais dans un autre pays d’Europe en ces temps de Noël, je passais trois heures dans deux avions différents et trois aéroports : celui de départ, celui de transit et celui d’arrivée. A peu de choses près tout se passa très bien. Le pire fût le transit à Roissy-Charles de Gaulle, qui est comme chacun sait un endroit sale, inamical et dysfonctionnel… mais nous en avons déjà parlé ailleurs.

Bref.
Mon temps de trajet me permit d’observer la grande gesticulation de la sûreté aérienne et j’en tirais quelques observations que je vous livre maintenant.
Pour la clarté de mon propos, on notera que la sécurité concerne les actes involontaires (comme se trouver sur la piste d’un avion qui décolle alors que vous êtes en train d’atterrir), contrairement à la sûreté qui concerne les actes volontaires (comme de jeter un avion sur une ville pour tuer tout le monde).
C’est l’acte volontaire d’attaque contre des civils qui nous intéressera ici et non un ennemi en particulier. Car à ce stade les motivations de l’assaillant qu’elles soient religieuses, territoriales ou littéraires, bon, on s’en fout.

Cela suppose que les méchants soient parvenus à embarquer à bord et c’est ce que tous les contrôles préalables sont censés éviter. Du moins c’est ce que promet le marketing de la sûreté aéroportuaire. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : du marketing.
C’est un effort de persuasion pour montrer que le voyage sera paisible. Mais au-delà de ce rassurant message et bien plus qu’une simple contrainte technique, la mise en scène qui entoure les mesures de sûreté met aussi en relief une énorme charge symbolique.
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L’ethnologue pourra ainsi vous parler du contrôle des passagers comme un rite où les membres de la communauté voient leur appartenance au groupe confirmée par une autorité supérieure et indiscutée.
Du point de vue du passager, le rite du contrôle à l’embarquement permet de s’affirmer dans un statut légitime  -par opposition à être rejeté dans la catégorie des assassins de masse.
Du point de vue organisationnel, la répétitivité et le formalisme sont des données de base pour tout type de rite, religieux ou autre, et dans un aéroport cela se traduit par la hiérarchisation des catégories d’acteurs (uniformes), la neutralisation des interactions individuelles directes (machines, procédures) et le déroulement public du rite.
De cette manière, si vous voulez prendre place à bord d’un avion de ligne, vous devez accepter le rite du contrôle, en silence, car c’est aussi un rituel de soumission à l’autorité. Concernant la sûreté à strictement parler, la pertinence des vérifications et ce qui est vérifié n’est pas de votre ressort.

Du point de vue de l’autorité, le rite du contrôle à l’embarquement permet de s’affirmer comme seul dépositaire du pouvoir d’imposer l’ordre public -par opposition à laisser imposer un autre ordre par un groupe extérieur.  L’État exhibe ainsi son monopole et vous impose de vous soumettre comme signe d’acceptation (relisez Max Weber).
Tout cela explique pourquoi vous êtes contraint d’accepter de jeter votre gobelet de café encore à moitié plein, retirer votre ceinture, vos chaussures et présenter votre ordinateur portable / rasoir électrique / trousse de maquillage aux agents de contrôle.
Je ne sais pas pour vous, mais ma notion de sûreté n’inclue pas d’être exhibé en public en chaussettes en retenant mon pantalon d’une main pendant que quelqu’un me tâte l’intérieur des cuisses. Et éventuellement avec les enfants qui regardent.
Par contre, faire tout cela confirme que je me soumets.
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Mais bizarrement la seule chose réellement indispensable lors d’un voyage en avion c’est votre carte d’embarquement et c’est justement la chose dont personne ne vérifie l’authenticité. Présentez-vous au détecteur de métal vêtu sobrement, récupérez vos sobres affaires de l’autre côté du point de contrôle… et personne n’aura remarqué que vous aviez en main une carte d’embarquement correctement scannée et tripotée sous Microsoft Paint.
Et hop, vous avez accès à la zone protégée. C’te blague !
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Avant le 11 septembre 2001, l’avion était une cible molle. C’était simple et efficace de s’y attaquer.
Depuis, détourner un avion est devenu une chose qui demande des efforts sans grande garantie de succès. Mais si la cible ‘avion’ est aujourd’hui une cible dure ce n’est en aucun cas lié à la débauche d’agents de contrôle sous-payés, de procédures stupides, de gadgets à 800.000 euros et d’un impératif de soumission.
Rien de tout cela n’empêchera des assaillants d’intelligence moyenne de passer les barrières, y compris avec les options alternatives de se faire embaucher comme agent de contrôle, d’en corrompre un ou d’exercer un chantage sur un pilote.

Après le funeste mardi, un unique changement a considérablement compliqué la prise de contrôle illicite d’un avion : des passagers déterminés à ne pas se laisser faire.

C’est ce qui me fait dire qu’il n’y aura plus de détournement d’avion au sens classique avant longtemps, parce que même des pirates ‘bien’ intentionnés savent désormais quelle sera la réaction des passagers en cas de détournement : la révolte manu militari.
Car nous faisons tous la même chose en prenant l’avion : nous pensons au vol United Airlines 93 en espérant que tout se passe bien. Quelle que soit l’infantilisation à laquelle nous devons nous soumettre avant le décollage, lorsque les portes de l’appareil sont refermées chacun sait que les personnes à bord constituent à la fois la première et la dernière ligne de défense. A ce moment là, l’autorité ci-avant mentionnée pourra dire comme le cuisinier du Titanic : « Moi, ma vaisselle était propre et rangée. »
Et, de fait, les dernières tentatives de faire exploser un avion en vol ont été physiquement arrêtées par les passagers et l’équipage, pas par les contrôles en amont. Par contre, depuis, les contrôles en amont vérifient vos chaussures, des fois que vous seriez assez idiot pour reproduire le même schéma tactique. C’est d’une pauvreté d’esprit à pleurer.

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Lorsque quelqu’un se sera fait exploser avec une charge de pentaerythritol trinitrate (PETN) insérée dans l’anus, devrons-nous tous subir une coloscopie avant d’embarquer ?
Enlevez votre culotte s’il vous plaît, ceci est un contrôle de routine.
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La sûreté aérienne depuis le 12 septembre 2001 est comme l’armée française en 1939 : symboliquement vindicative et prête à gagner la guerre d’avant.
En progressant toujours avec un temps de retard, comment empêcherons nous l’attaque suivante ?

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