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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

La naissance du masque 21 avril 2020


Dans la continuité de la pandémie de covid-19 et ses effets inattendus, ouvrons le chapitre « comment naissent les styles ». C’est une nouvelle branche de l’industrie textile qui apparaît en temps réel : Le Masque.

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Si nous avions eu une réelle politique de santé préventive, les capacités de test du covid-19 auraient été suffisantes pour identifier et tester tous les malades puis les isoler un par un et nous n’aurions pas connu d’épisode de confinement général.
-répétons ici que le confinement général n’est pas et n’a jamais été une solution sanitaire, c’est une solution politique qui démontre une absence de recours sanitaire-

Si le volume de masques sanitaires avait été suffisant, par milliards à l’échelle d’un pays comme la France, nous en aurions tous été systématiquement équipés et son port aurait été rendu systématique dans l’espace public, notamment en milieu intérieur.
Mais même cela, nous n’en étions pas suffisamment équipés au printemps 2020. Le masque standard (jetable) s’avéra être une denrée rare et les stocks disponibles furent légitimement réquisitionnés en premier lieu au profit des travailleurs de la santé ou plus généralement vers les métiers en contact avec le public.

Pour le reste de la population, restait le recours à l’improvisation pour se faire son masque à base de tissu (réutilisable) déjà présent chez soi. L’activité devint presque un hobby en matière de détournement d’usage, certains retaillant des écharpes, d’autres des soutien-gorges, d’autres des foulards ou des manches de pull.
-et on se se serait bien moqué de celui qui nous aurait dit qu’il y aurait bientôt des gens qui porteraient en public des bonnets de soutien-gorge sur le visage pour se protéger d’un virus-

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La tendance s’associe à celle du Do It Yourself.
Avec plus ou moins de succès, les avant-gardistes du DIY s’investirent donc pour créer leur masque personnel artisanal dont les effets sanitaires ne sont pas parfaitement garantis c’est le moins qu’on puisse dire… mais pour lequel on peut convenir qu’il vaut sans doute mieux quelque chose plutôt que rien. De fait, le virus est assez petit pour passer les mailles du tissu mais il n’en reste pas moins que le tissu peut stopper les micro-projections qui portent le virus.
Car, redisons-le, un virus ne « circule » pas, ce sont les gens qui le transportent avec eux et contaminent autrui. Porter un masque sert donc d’abord à protéger les autres de tout ce qui peut sortir de notre bouche ou de notre nez. Avec ça et des mains propres, la contamination chute drastiquement et c’est tout ce qui importe.

Mais l’individualisation a d’autres qualités. Elle permet de domestiquer un objet qui est habituellement associé à un environnement dangereux. On ne fait pas que décorer un bout de tissu, on le rend familier. On diminue la charge symbolique d’un artefact qui signale des conditions d’existence inquiétantes pour une durée qui reste inconnue, dans un monde bien incertain.
L’individualisation esthétique des couvre-visages permet un processus mental prophylactique. Réfléchir à la couleur ou à la matière ou à la manière dont on va vivre avec permet de se projeter dans ce nouveau monde,  avec des attributs culturels qui nous appartiennent.

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En renfort à ce besoin profond de familiarisation, les professionnels de l’industrie vestimentaire  permettent d’ajouter une vraie qualité de coupe, de logotypage, d’inserts pour filtre FFP2 ou 3 et autres élastiques tressés ou indéchirables.
Si une large part de la population reste encore dubitative, lorsque la pression sociale sera assez forte pour vous faire sentir mal à l’aise sans cet artifice en public, vous y viendrez aussi (sans compter l’amende pécuniaire lorsque c’est réglementairement obligatoire). Et les marchands vous fourniront alors de quoi vous équiper avec un foisonnement de personnalisations possibles, exactement comme nos tee-shirts ou nos chaussettes.

Progressivement donc, Le Masque devient un effet personnel à part entière. Seul l’avenir pourra dire si un vaccin fera disparaître cette tendance vestimentaire en même temps que la menace.

Et c’est très, très horripilant de se dire qu’il faudra attendre un vaccin pour mettre un terme à la menace de reconfinement local puisque nous n’avons pas de solution intermédiaire satisfaisante.
Il faut qu’un « cluster » soit identifié pour lancer un campagne de tests massive sans possibilité d’agir de manière plus diffuse, avant que le mal ne soit installé quelque part.
Pourquoi la médecine du travail n’est-elle pas équipée abondamment de tests de dépistage du Covid-19, ou la médecine scolaire, ou les pharmaciens, les cabinets médicaux et d’infirmiers ?
Quand aurons-nous une politique de santé préventive ?
Mais d’ici-là…

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Would we have had sufficient numbers of individual tests the general lockdowns wouldn’t even exist. Would we have had enough facemasks to protect whole populations against covid-19, we would all carry them without thinking twice. But there aren’t. The social pressure will constraint everyone to carry « something » akin to a sanitary mask. But a mask is not just a neutral artefact, it’s a personal symbol, it needs to be familiarized because we need to lower its threatening charge, as it represents a new and somewhat hostile environnement. The Mask is becoming a new branch of the garment industry, maybe even to outlast the delivery of a vaccine.
Because it seems that we will never have sufficient numbers of individual tests either.

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Travailler sur les insights ethnologiques en temps de pandémie 18 mars 2020


[English version – version anglaise : https://www.linkedin.com/pulse/working-ethnographic-insights-times-pandemic-yannick-primel ]  

De nombreux spécialistes en sciences humaines peuvent contribuer utilement, face à la pandémie de covid-19.

Si vous n’avez pas déjà des compétences immédiatement utilisables pour être embarqué(e) dans la gestion officielle de la crise, vous pouvez fournir la sensibilité culturelle pour aider à mieux adapter les politiques publiques aux contextes sociaux.

Il est aussi possible d’informer les décideurs à tous les niveaux en contribuant au débat sur la perception et l’état d’esprit local des populations; ou montrer les limites et les conséquences indésirables de mesures de santé publique qui seraient appliquées sans se préoccuper de leur acceptabilité sociale; voire parler haut et fort contre l’abus des stéréotypes culturels comme une soi-disant explication aux comportements, tout spécialement pour éviter l’ostracisation.

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Les sciences sociales en général et l’ethnologie en particulier peuvent apporter un ensemble d’expertises uniques afin d’informer les décideurs et renforcer le débat public :

– S’assurer que les interventions de santé publique sont localement pertinentes, du point de vue des populations locales : comment développer l’observance et la confiance envers les mesures officielles ? Cela implique de ne pas demeurer au niveau national mais à descendre vers la granularité du quartier dans une ville ou de l’aile d’un bâtiment dans un hôpital.

– Améliorer ou soulager la sur-réaction médiatique; la peur du geste médical; la peur d’une implication de la police ou de l’Armée; la peur des revers économiques; les conflits entre la représentation mentale médicale ou populaire de la maladie.

– Appliquer une analyse rigoureuse et un esprit critique sur les politiques publiques dans le but de les améliorer, comme retour d’expérience.

Focus sur l’après-crise :

– Conséquences collectives sur les représentations, en lien avec les solidarités ‘horizontales’, la notion de santé familiale, les pratiques d’hygiène quotidienne, les croyances.

– Combattre l’ostracisation et les effets contre-productifs des politiques de ‘reconstruction’ et redressement économique.

-Améliorer la guérison sociale et l’adaptation des politiques publiques vis-à-vis des survivants, des patients encore traités ou des populations autrement affectées (personnes n’ayant pas été malades, familles, voisinages, personnes sans emploi suite à la pandémie).

-Fournir des descriptions épaisses décrivant la manière dont les représentations ont été modifiées (ou pas) suite à la crise. Quel genre de modifications ? Pour quelles conséquences envisageables ?

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…et maintenant remontez vos manches. Et lavez-vous les mains.

#épidémie #pandémie #coronavirus #covid-19 #crise #santé #ethnologie #gestiondecrise #politiquepublique

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La maladie honteuse des données personnelles 19 novembre 2018


Les vols de données personnelles sont devenus communs et on s’étonne à peine de les voir défiler dans la presse.
Chaque semaine, des voleurs entrent dans les réseaux et remplissent leurs poches d’informations sur la vie des gens, parfois par millions.
La plupart du temps les informations dérobées permettent de commettre des fraudes très efficaces.

Le piratage de l’IRS américain en 2015  a ainsi alimenté pour des années le marché de la contrebande des fausses identités et des justificatifs d’impôts tout en pourrissant la vie des personnes volées pour au moins autant de temps.
D’autres motivations peuvent amener les pirates à attaquer une cible particulière, pour des motifs de vengeance ou de chantage.
Enfin, sans intention de nuire, une cause majeure des fuites de données provient des erreurs humaines. Absence de mise à jour d’un système, oubli dans une configuration technique, réutilisation d’un mot de passe corrompu… toutes ces choses qui confirment qu’en matière de sécurité informatique la première faille de sécurité se trouve « entre la chaise et la clavier » : l’utilisateur ou l’opérateur lui-même.

 

A chaque fois, il s’agit d’informations sur nous, de l’information que nous donnons pour pouvoir utiliser un service, comme nos vrais noms, prénoms, numéro de carte bancaire, sécurité sociale, téléphone, date de naissance, empreinte digitale des enfants pour qu’ils puissent déjeuner à la cantine, ou autre.
Et à chaque fois ceux qui réclament ces informations assurent qu’ils les garderont secrètes et inaccessibles au reste du monde.
Et à chaque fois, ils ne le font pas.
De ce point de vue, l’expression « vol de données » est commode car elle est neutre, en termes de responsabilité. Une entreprise ou une administration « victime de vol de données » se fait passer pour la victime… alors qu’elle avait la responsabilité de garder ces choses secrètes et ne l’a pas fait.

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Les intrusions délictuelles ont connu un pic dans les années 2014-2015, avec par exemple l’entreprise Orange qui fut attaquée deux fois de suite pour un vol qui concernait plus de deux millions de personnes… dont peut-être vous si vous étiez abonné Orange à l’époque.
Depuis, les grandes organisations ont donc largement eu le temps de comprendre que les données personnelles sont fort recherchées et donc que plus elles en hébergent, plus elles sont susceptibles d’être seront attaquées.
Mais depuis, l’épidémie n’a jamais vraiment cessé. Le pic de 2014-2015 est devenu une norme, voire un minimum dans les années fastes.
Car oui, on en a vu d’autres !
Facebook est devenu un gros pourvoyeur de failles de sécurité mais aussi la plupart des opérateurs de réseau, les banques, sans compter toutes les effractions d’entreprises ou d’administrations dont on n’entendra jamais parler pour des raisons plus ou moins avouables.

Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD)  va probablement provoquer plus de divulgations d’intrusions, puisqu’il oblige légalement à informer le public qu’un vol a eu lieu, au plus tard dans les 72h après qu’il a été constaté. On peut donc s’attendre à en voir encore davantage dans la presse… pas parce qu’il y a davantage d’attaques, mais parce que les organisations sont contraintes de ne plus le passer sous silence.
Inversement, je serais curieux de voir combien retarderont le plus possible la « découverte » d’intrusions pour retarder le moment où il faudra étaler son linge sale sur la place publique…

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Les fournisseurs d’accès, les réseaux sociaux, les administrations  et beaucoup d’autres (trop !) enregistrent scrupuleusement à qui nous parlons, à qui nous écrivons, ce que nous likons et avec qui nous échangeons des documents. Les vendeurs enregistrent nos habitudes d’achat, les opérateurs enregistrent les lieux et les heures où nous allons et ce que nous regardons sur internet. Ils savent très bien en déduire nos espoirs, nos peurs, nos fantasmes et nos secrets.
La géolocalisation révèle où nous habitons, où nous travaillons, quels sont nos itinéraires habituels.
En associant les données localisées à l’échelle d’une ville, il est possible de prouver avec qui nous étions dans le bus, au supermarché et avec qui nous avons passé la nuit.

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Parce que différentes organisations se positionnent comme acheteurs et revendeurs de nos informations (les data brokers), tous ceux qui peuvent collecter des données sont susceptibles de gagner de l’argent en les revendant.
Et le secteur est dynamique, c’est le moins qu’on puisse dire.
D’un côté sur le marché légal, une adresse e-mail valide vaut environ 0,5 centimes d’euros. Une « fiche client » provenant des bases de données de Facebook est estimée à 100 euros (ce qui participe à sa valeur en bourse, vu le nombre revendiqué de 2,27 milliards d’utilisateurs actifs).
De l’autre côté, sur le marché noir, le raccourci habituel est de demander 100 dollars pour 100.000 contacts. Donc d’un côté comme de l’autre, plus ils peuvent en avoir, plus ils en demandent.

Mais sur le marché officiel ou clandestin, une chose est sûre : une fois que nous avons donné nos informations elles ne sont plus à nous même si elles parlent de nous.  Les données enregistrées, stockées sont ensuite diffusées on-ne-sait-où, elles sont analysées par on-ne-sait-qui et pour on-ne-sait quel-but, vendues et achetées pour des motifs de marketing ou autre raison de persuasion et d’influence. Et beaucoup de monde gagne beaucoup d’argent avec.

« Tout enregistrer et le stocker indéfiniment » est donc un business model qui fonctionne.
Pour renforcer cette idée, on pourrait même dire que le travail qui consisterait à identifier ce qui ne mérite pas d’être enregistré est si difficile qu’il n’existe pas. D’ailleurs, ce qui semble inutile aujourd’hui pourrait être très utile demain. Du coup si on l’a enregistré aussi, on pourra le monnayer à ce moment-là.
Il suffit d’enregistrer, stocker et attendre.

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La collecte de données personnelles est cependant dangereuse parce que ce sont des données… personnelles.

Enregistrer tout cela est dangereux parce que ça déclenche les convoitises et ça rend difficile une protection efficace.
Entre 2013 et 2014, Yahoo! a reconnu deux ans plus tard s’être fait voler 1,5 milliard de fiches clients.
Enregistrer les données personnelles est dangereux parce que vous savez que vous allez subir des effractions. Des entreprises vont vous attaquer, des pirates, des États ou des employés très en colère et vous ne pourrez pas tous les arrêter, c’est une certitude.
Or si dans le vrai monde le défenseur a toujours un avantage tactique (même relatif), dans le domaine de la cyber sécurité c’est l’attaquant qui a l’avantage.

Enregistrer tout cela est dangereux aussi car les dégâts d’une intrusion réussie sont dévastateurs.
La protection a été percée, la presse va parler du vol, la réputation va souffrir, la valeur boursière va baisser et cela peut dégénérer jusqu’au procès et à une condamnation ferme… et, surtout, de vrais gens vont se retrouver en difficulté à cause de la fuite.

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Mais si les données personnelles sont si dangereuses, pourquoi donc les enregistrer ?

La première raison est que c’est une maladie de compulsion… il n’y a pas de raison particulière, sauf qu’on ne peut pas s’en empêcher.
Par appât du gain, tout le monde enregistre tout, tout le temps. Les organisations ne peuvent plus s’empêcher de tout enregistrer, comme une espèce de trouble compulsif embarrassant mais très répandu.

Des masses de données vont donc demeurer là pendant des années, personne ne se préoccupera de savoir si elles sont encore à jour ou pertinentes. Si quelque part quelqu’un sait que vous avez eu un cancer en 2005, qui se soucie de mettre à jour l’information de votre parfaite guérison ? Quel malus allez-vous subir si votre mutuelle santé établit ses tarifs sur ce genre d’information erronée ? Et qui possède ce commentaire graveleux que vous aviez posté avec vos noms et prénoms dans un obscur forum de discussion il y a 10 ans ?

 

La compulsion à enregistrer des données personnelles est une maladie honteuse, mais puisque tout le monde est contaminé il n’y a pas de raison de changer de comportement.
Cette incapacité collective vient du fait que l’architecture technique est conçue dans cet objectif et elle fonctionne sans aide, en faisant exactement ce qu’on lui demande. S’il vous fallait un exemple que le design ce n’est pas que de la cosmétique, il est là.
Obligation de « Créer un compte », obligation de saisir une adresse postale, obligation de donner son vrai nom et prénom, numéro de carte bancaire sauvegardé automatiquement après un paiement, etc.
La règle par défaut est l’enregistrement à l’échelle industrielle, jusqu’à l’overdose si nécessaire.

La Révolution arrivera le jour où nous serons payés pour enregistrer nos données personnelles  -ou rémunérés d’une manière ou d’une autre. Je suis bien certain que si la data devenait coûteuse à acquérir, on nous en demanderait soudainement beaucoup moins. Car il existe des cas ou, quoi qu’on en pense, la collecte de ces informations est nécessaire. Par exemple laisser sa mutuelle santé lire nos statistiques d’activité physique pour obtenir une ristourne parce qu’on est raisonnablement « sportif ».
Alors, quand c’est nécessaire, votre organisation devrait envoyer du lourd pour protéger ces données qui ne lui appartiennent pas : cryptographie forte, tokens anonymisés, double ou triple pare-feu, blockchain et j’en passe.

It’s the data, stupid ! All hard and software should (and will) allow portability of data, as it is produced in your organization.

 

 

Une seconde raison est la mode du Big Data.
Les entreprises et les gouvernements sont en pleine période d’envoûtement, subjugués par les promesses d’un monde meilleur (et de profits plus gros) grâce à la data.
Bien des travaux sont pourtant publiés sur le fait que plus de data n’est pas nécessaire, à commencer par les ethnologues qui démontrent jour après jour que le quantitatif sans qualitatif est une fumisterie sans nom. Coûteuse et socialement régressive.

 

Une troisième raison est que la plupart beaucoup de soi-disant responsables minimisent encore les risques.
Ils n’ont toujours pas compris à quel point une brèche de sécurité peut les mettre à genoux (sans parler du jour où une intrusion réussie permettra un vol et aussi le vandalisme des bases de données).
L’excès de confiance ici est un péché mortel et il convient d’éviter de croire qu’on est bien protégé. C’est d’ailleurs le premier signe d’une mauvaise sécurité : lorsque vous êtes sûr d’être bien abrité… demandez à Murphy.

La plupart n’ont pas encore compris que la meilleure protection consiste à supprimer les données personnelles.

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Car les effets de mode se périment et les comportements stupides apportent rarement la longévité.
La tendance actuelle du privacy by design prend le contrepied des arguments habituels sur le sujet.

Dans tous les domaines, il est possible de fournir un service de qualité sans nuire à la vie privée des utilisateurs et sans finir par mourir d’obésité informationnelle.

 

De fait, vous n’avez pas besoin d’enregistrer l’adresse postale d’un client ! Qu’il vous la donne en vue de recevoir son colis est une chose, que vous la gardiez au chaud dans vos bases de données pour une durée indéfinie en est une autre.
Des choix techniques, des choix de design peuvent être faits pour éradiquer la maladie honteuse.


L’assistant Snips est un petit nouveau sur le marché en plein essor de l’intelligence artificielle vocale, qui a la particularité de fonctionner sans transmission à distance. Le logiciel est dans l’objet et vos discussions avec l’objet ne finissent pas sur des serveurs en Inde ou en Arizona.  On se demandera d’ailleurs utilement pourquoi les Alexa ou Siri nous imposent de transmettre nos conversations sur internet pour les enregistrer, alors qu’il est possible de ne pas le faire pour une qualité service équivalente.

Des moteurs de recherche comme Qwant ou DuckDuckGo fournissent des résultats comparables à Google mais ils n’analysent pas, eux, quel est l’historique de vos dernières consultations soi-disant « pour vous offrir une meilleure expérience de navigation ».

 

Les pratiques industrielles courantes dans le fonctionnement d’internet ont transformé internet en plateforme de surveillance, ce n’est pas la NSA qui me contredira.

Raisonnablement, on doit reconnaître que certaines données n’ont même pas besoin d’être demandées, d’autres n’ont pas besoin d’être enregistrées et celles qui doivent l’être devraient être stockées dans des bases différentes, verrouillés par plusieurs niveaux d’accréditations, qui rendent la cible « dure » et qui imposent énormément d’efforts à l’attaquant pour réunir des données cohérentes et monnayables sur le marché noir.

 

Mais il semble d’ores et déjà que si les internautes peuvent utiliser à qualité équivalente des outils conçus pour la discrétion (privacy by design), l’argument commercial fera son petit effet.
Parce que les scandales à répétition nous ont appris à nous, les internautes, que les entreprises ne savent pas protéger nos données et même celles qui savent ont une capacité de défense limitée, quoi qu’elles en disent.
Les entreprises qui peuvent nous protéger sont celles qui en demandent le moins possible, voire pas du tout.
Et s’il est vrai que la data est une matière première qui prend de la valeur quand elle a été raffinée, on pourrait aussi bien la considérer comme une matière inflammable qu’il convient de ne pas avoir en trop grandes quantités pour éviter les retours de flamme…

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Citation (24) : en tuer 11 novembre 2018


 » (…) Dans vos poitrines, battent des cœurs braves et forts d’hommes libres.

Personne ne regardera en arrière, personne ne reculera d’un pas.

Chacun n’aura qu’une pensée : en tuer, en tuer beaucoup, jusqu’à ce qu’ils en aient assez.

Et c’est pourquoi votre général vous dit : cet assaut, vous le briserez et ce sera un beau jour. (…) »

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Général Henri Gouraud commandant la IVe Armée française et la Ie Armée américaine avant la seconde bataille de la Marne, qui bloqua l’avancée de l’ennemi puis aboutit à l’armistice cinq mois plus tard, le 11/11/1918.
Après son décès en 1946, il fut enterré conformément à ses dernières volontés dans l’Ossuaire national de Navarin, parmi ses hommes tombés au combat.

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Uzbin et l’évaluation du risque 8 août 2018


Il y a 10 ans, le lundi 18 août 2008, l’armée française perdait 10 hommes et 21 autres étaient blessés dans une embuscade tendue dans la vallée d’Uzbin (Uzbeen), en Afghanistan.
C’étaient les plus grosses pertes au combat depuis la guerre d’Algérie, sans compter l’attentat de 1983 au Liban contre le poste Drakkar.

Comme pour l’attaque du pont de Verbanja, combien de Français civils s’en souviennent ?
Dix ans après l’embuscade d’Uzbin, on observera donc avec attention comment le sujet sera traité dans la presse française. S’il l’est.

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uzbeen_embuscade_2008

Dans l’esclandre le débat national qui s’en est suivi, en 2008, les décideurs politiques ont eu beau jeu de critiquer l’absence de tolérance des familles et du Peuple pour la mort de soldats.
Lorsque votre tenue de travail comporte une arme et ses munitions en effet, une hypothèse crédible est qu’on puisse ne pas revenir sain et sauf le soir. Certes. Mais c’est aller un peu vite en besogne. Encore faut-il que les décideurs politiques aient permis aux soldats de faire correctement leur travail, à commencer par leurs décisions relatives aux budgets des armées.
Ainsi, dans l’embuscade d’Uzbin, la critique pourrait aussi être inversée et, s’agissant de vies humaines, on peut même utiliser le présent pour poser une question qui reste d’actualité : l’institution militaire et ses responsables civils peuvent-ils garantir que les moyens sont disponibles pour que, si malheureusement des soldats tombent au combat, au moins ils ont pu en mettre plein les dents à l’ennemi avant de tomber ?
En termes moins crus, quels moyens sont mis en œuvre pour retarder et minimiser les pertes d’une section d’infanterie, tout en augmentant les dégâts qu’elle peut infliger à l’ennemi dans un rapport, mettons, de 1 pour 15 ?
Quelles leçons ont été tirées d’Uzbin ?

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Ici, dans cette région d’Afghanistan en 2008 il n’y avait pas de reconnaissance aérienne préalable, une dotation minimale en munitions, pas d’appui aérien disponible, pas de plan de secours. Au VIe siècle avant Jésus Christ, le général chinois Sun Tzu (孫子) nous avait pourtant prévenus dans son ouvrage L’art de la guerre : « Tout le succès d’une opération réside dans sa préparation ».
Ces seuls éléments laissent à penser que la patrouille d’Uzbin a été programmée par des responsables qui pensaient que la région était calme et que tout irait bien. Du reste, c’était ce que confirmaient les Italiens qui opéraient jusque là à cet endroit et que les Français étaient venus remplacer. Il n’y avait aucune raison de s’alarmer, même pour une patrouille dans un pays en guerre depuis trente ans.
Ça tombait bien, ça allait coûter moins cher.

L’évaluation du risque a été faite en fonction des probabilités d’échauffourées et sur la base des comptes-rendus italiens qui indiquaient que tout était paisible.
Or on n’évalue pas un risque en fonction des probabilités mais en fonction des conséquences.
« Prévoir le pire et espérer le meilleur » , comme dit l’adage. Et non pas l’inverse.
En l’occurrence, penser aux conséquences aurait permis une toute autre configuration de la patrouille à commencer par des munitions supplémentaires et des renforts sur le qui-vive.
Le risque d’une chute de météorite était improbable, mais celui d’une attaque par un ennemi supérieur en nombre n’est jamais improbable dans un contexte de guerre. Selon la qualité du renseignement, c’est même une hypothèse qui peut être vérifiée avant l’opération. Si on a les équipements. Bref.
C’était une hypothèse à envisager spontanément et non pas comme un cas marginal et peu rationnel. Ça l’est tout le temps d’ailleurs, dans tous les endroits où des soldats patrouillent en armes : au Mali, à Djibouti ou à Lyon ou Paris.

…bien plus tard, il s’est avéré que les Italiens distribuaient de l’argent aux populations locales pour qu’elles se tiennent tranquilles.
Plus tard encore, traumatisé par l’événement, le pouvoir politique national retira notre armée d’Afghanistan -une dernière insulte à nos soldats tués dans ce pays.
Donc au début du XXIe siècle, quand la France faisait la guerre l’ennemi pouvait gagner en tuant dix de ses combattants.

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La prochaine fois que vous devrez évaluer un risque, pensez à Uzbin. Pensez aux conséquences et non aux probabilités.
Et pour pouvoir pallier réellement aux conséquences, si vous devez prendre une décision d’investissement, allez-donc étudier les besoins de votre personnel en première ligne en étant avec eux sur le terrain : équipe de vente, guichetiers, équipe projet ou… section d’infanterie.
Tout le reste de l’édifice devrait être orienté vers la réponse à leurs besoins.
C’est l’intérêt d’une organisation centrée utilisateur (user centric) : ce type de management mène à se doter d’équipements (enfin) performants et d’une organisation conforme aux objectifs qu’on se fixe (qui ne sont, avant ça, que des prétentions).

Ne le faites pas et ne vous plaignez pas alors que vos équipes en soient réduites à appliquer la procédure PBM alors que les balles sifflent.
De ce point de vue, quelles leçons ont été tirées d’Uzbin ?

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Voir aussi :   https://fr.wikipedia.org/wiki/Embuscade_d’Uzbin

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Des objets à commander 9 avril 2018


Les modèles de conception appliqués au digital ont permis l’essor de méthodes collaboratives qui nous éloignent toujours un peu plus de la théorie du One best way de Fayol, Taylor et Ford.
Du reste, s’il y a bien une leçon à retenir des travaux de recherche en organisation c’est que le one best way n’existe pas. Il n’y a pas un modèle d’organisation meilleur que tous les autres : il n’y a que des modèles d’organisation adaptés à leur contexte.
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De ce point de vue, l’ingénieur en chef enfermé dans son Bureau des Études se révèle être de plus en plus une vue de l’esprit. Il n’est pas seul, il ne peut pas travailler seul, il ne peut que négocier ses contraintes avec les contraintes des autres parties-prenantes d’un projet à commencer par les utilisateurs et leur contexte d’usage. L’intérêt des méthodes collaboratives -et en premier lieu du design thinking- est que la prise en compte du contexte fait partie de la méthode. Ce n’est jamais une garantie de succès, mais c’est très certainement la garantie que vous éviterez de faire des erreurs grossières par manque de prise en compte de la réalité dans laquelle votre projet va se déployer.

Les configurations techniques sont désormais assumées comme des constructions collectives . C’est un mouvement qui concerne les ‘artefacts’ au sens large : ça a commencé par les objets matériels mais les services et les décisions politiques sont aussi concernés. Avoir le grade ou le statut n’est plus suffisant pour être légitime à décider, il faut aussi avoir le consensus et ce consensus se crée par la prise en compte du contexte.

Les implications sont vastes et je limiterai ici mon propos au monde matériel, celui de l’interconnexion généralisée dans l’internet des objets (IoT).
Une gamme d’objets étonnamment vaste est maintenant connectée à l’internet, des vêtements aux montres en passant par les éléments de mobilier, les machines-outils, les jouets, les chaînes logistiques ou les voitures… ou même des smart villes. Ces bidules sont de toutes formes et de toutes couleurs –certains n’ont même pas d’écran de commande et c’est bien l’enjeu de l’IoT : ce sont les objets qui communiquent entre eux et qui s’informent les uns les autres de leur état réciproque pour s’adapter à la situation, sans avoir besoin d’un homo sapiens pour interagir en permanence. L’intervention humaine lorsqu’elle se produit est seulement ponctuelle alors que les objets ont une communication permanente.
Le fonctionnement des ‘couches basses’ fait appel à des algorithmes, des liaisons RFID, des capteurs d’usure installés sur les freins des trains ou un lecteur d’empreintes digitales sur la porte de chez vous… à ce stade, l’humain sur son tableau de contrôle ne voit qu’une partie de la réalité du système, un abrégé, la synthèse de multiples étapes qui se déroulent entre machines, hors de vue et hors de portée.

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Où est le besoin d’une construction collective ici, puisque précisément les objets fonctionnent en autonomie ?

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Ce fonctionnement automatisé pose une première question pour l’observateur du système (le technicien superviseur par exemple ou le/la chef de famille), comment sait-il si les objets sont en train de se causer dans une usine, ou un domicile ?
Comment puis-je savoir que mon Google Home ou Microsoft Alexa est en train d’écouter les différentes voix qui se parlent dans ma cuisine et transmet quelque chose aux serveurs Google ? Comment savoir que mon compteur de gaz est en train de transmettre des données à mon fournisseur d’énergie, et quelles données ? Comment savoir que le bus n°56 est effectivement en train de transmettre sa position GPS exacte au centre de supervision ?
Il y a un premier besoin de design d’interface au niveau des transmetteurs pour matérialiser la transparence du système technique envers l’environnement humain. Lorsque les machines se parlent, a minima, elles doivent le signaler en temps réel. Sur l’objet connecté lui-même cette fonction se double par l’enregistrement de logs qui stockent l’ensemble des données brutes de ce qui est transmis et reçu -et en provenance et à destination de qui.
A mon humble avis, elles devraient être accessibles au moins en lecture seule par l’utilisateur. Après tout, ce sont ses données à lui.

Car je l’ai déjà dit et je le redirai : la limite ultime d’une technologie réside dans sa capacité à faciliter ou permettre l’existence d’une dictature. Les enjeux de transparence dans l’IoT n’ont rien d’une option cosmétique, ils servent à tracer cette limite.
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… avec cet argument en tête, je vous invite à relire le rapport du député Vilani Donner un sens à l’intelligence artificielle.
Page 35 :  « L’État doit également organiser l’ouverture au cas par cas de certaines données détenues par des entités privées, et favoriser sans attendre les pratiques de fouille de texte et de données. »
Une phrase comme celle-là devrait tous nous réveiller la nuit, parce qu’elle n’est associée à aucune possibilité de contrôler ce qui est fouillé par l’État et encore moins de débrayer le système ou de refuser d’y participer.
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Le second besoin en termes d’interface pour l’utilisateur du système est la qualité explicative du système décisionnel : comment l’opérateur peut-il comprendre la logique qui mène à un certain résultat ? Les interfaces spécifiques de l’IoT sont à peu près comparables à des télécommandes, mais évolutives en fonction des situations, grâce aux algorithmes et peut-être un jour grâce à de l’intelligence artificielle.
A partir de quel seuil apparaît par exemple une alerte orange ? Lorsqu’il faut agir immédiatement pour éviter une explosion ou lorsqu’il faut commander une soupape de rechange qui arrivera dans trois jours ?
Quels types d’action sont demandés à l’opérateur humain et pourquoi ?
Le système technique lui-même doit pouvoir s’expliquer et justifier de son fonctionnement : il devient un acteur à part entière du système relationnel… relisez la théorie de l’Acteur-Réseau.

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Les objets à commander dans l’IoT peuvent être répartis dans le monde entier, par milliers, mais le panneau de supervision est juste là, dans votre smartphone personnel ou sur votre ordinateur professionnel (ou l’inverse)… et bientôt en réalité virtuelle ou augmentée.
L’interaction des humains avec le système technique nécessite à ce titre davantage de prise en compte des utilisateurs puisqu’il faut intégrer dans l’interface l’absence d’objet, l’absence d’indice direct qui permettrait d’interpréter ce qui est affiché.
Les designers vont collaborer avec les ingénieurs et les concepteurs produit pour leur faire comprendre que tout ce qu’ils sont en train de faire devra être utile à l’utilisateur avec une certitude absolue, par exemple pour ouvrir la porte d’entrée de son domicile, ou interpréter correctement le niveau d’usure du système de freinage d’un train.
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Industry 4.0 concept .Man hand holding tablet with Augmented reaLes applis de supervision de l’IoT ne sont pas soumises aux mêmes objectifs que les applis habituelles pour le grand public. On cherchera à faciliter la prise de décision grâce à quelques écrans qui synthétisent l’état d’un système complexe et ce domaine est plus proche de la maintenance industrielle que du loisir interactif.

Vous pouvez passer des heures sur Instagram en supportant quelques boutons mal faits, mais si vous devez piloter à distance des machines de 500 kilos ou confirmer que le gaz est bien éteint chez vous, le niveau d’exigence dépasse le sens commun… sans parler de l’opérateur d’une escadrille de drones autonomes en opération au-dessus d’une grande métropole.

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Les critères UI de base restent pourtant bien les mêmes (utilisabilité, simplicité, découvrabilité) que pour n’importe quel design d’interface, mais les conséquences de l’usage pourront être constatées dans le vrai monde avec une porte qui se déverrouille pour laisser entrer les enfants après l’école ou un train qui s’arrête au bon endroit –ou pas.

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Avec ces conséquences immédiates et très concrètes, la prise en compte de l’utilisateur réel, dans son contexte d’usage devient encore plus cruciale pour éviter les contresens, les erreurs de manipulation et, potentiellement, les catastrophes à grande échelle « simplement » parce qu’une interface ou un algorithme de prise de décision était mal conçu.
Somme toute, si vous êtes déjà dans le domaine du design UX et de la conception système, le travail appliqué à l’IoT est très comparable à ce que vous connaissez déjà…  les aléas, eux, se paieront cash et ne seront pas cantonnés au périmètre du digital (illustration ci-dessous). Dans l’IoT, le mauvais design d’interface et des architectures d’information mal exécutées provoqueront davantage que de la frustration, de l’énervement et des migraines de l’utilisateur. Puisque la prétention de l’IoT est d’activer des liens entre le digital et le monde réel, dans les cas les plus extrêmes une mauvaise conception du côté du digital coutera de vraies vies dans le monde réel.

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Les bonnes manières, dans ta face 17 octobre 2017


On n’est pas loin de la schizophrénie culturelle.

Le déferlement récent de témoignages d’agressions sexuelles situent souvent l’action dans la zone grise qui permet à l’auteur de nier car il pourrait peut exister un doute raisonnable sur sa culpabilité (en tout cas la première fois)… souvent dans le cadre du travail, qui est pourtant l’un des environnements les plus codifiés, réglementés et contrôlés. La situation actuelle démontre qu’il existe une tolérance pour des actes qui ne relèvent pas directement du pénal. Le problème étant que « dans le doute » on en arrive à laisser advenir des comportements dont la non-dénonciation profite au coupable sans que jamais il ne soit mis devant ses responsabilités.

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Des briques de base semblent manquer dans la construction des collectifs de travail : si en effet on sait qu’il existe des agresseurs dans nos bureaux et nos usines, qui blâmer de leur impunité ?
Les Directions des Ressources Humaines peuvent bien se regarder le nombril en parlant de management libéré et de bonheur au travail, on aurait préféré qu’elles traitent le problème à la racine depuis bien longtemps, alliées aux Directions Générales et Directions Juridiques.
Par exemple, j’ai eu beau chercher avant de publier cet article, je n’ai rien trouvé chez l’ANDRH.
Pas une déclaration officielle, pas une recommandation, pas de conseil pour transposer la règle de 3 du management, pas un mot, que dalle, nada.
Pourtant, l’article 4121-1 du code du travail n’est pas fait pour les chiens, si j’ose dire.

Entre le « bonheur au travail », les Chief Happiness Officers; #MeToo et #balanceTonPorc peut-être faut-il reprendre les choses dans le bon ordre.

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Cher(e)s collègues, homme ou femme, blanc, noir ou bleu turquoise
-j’assimile sexisme et racisme, pour bien situer mon propos-
on se fréquente en entreprise pour bosser ensemble, mais parfois le fait d’être collègues ne permet pas d’aller très loin dans la confidence. Après tout, on n’est « que » collègues.
Oui… mais non. Le soutien mutuel quand ça part en vrille est le fondement de notre relation, en tant qu’êtres humains. Commencez par ne plus vous taire. Commencez par compter sur mon soutien.
Je fais partie des personnes qui peuvent vous servir d’oreille attentive. Pour commencer.
Les collègues finalement, ça sert aussi à ça.
Parlez, gueulez ou chuchotez, mais allez-y, crachez le morceau.
L’enfoiré(e) c’est l’autre et c’est l’autre qui a quelque chose à se reprocher, même ou surtout si ça s’est produit sans témoin.
Pour défendre une de ses copines, l’actrice Carrie Fisher avait déposé elle-même un paquet sur le bureau d’un type qui se sentait autorisé à coller ses collègues de près.
« Si tu touches encore une femme, je ferai un paquet plus petit avec quelque chose à toi dedans. » Le paquet de Carrie contenait une langue de bœuf. Dans un autre registre, comme dit l’éminente Françoise Héritier : « la mise à bas de la domination masculine commence par refuser le service du café. »

Rien ne justifie l’agression, la brimade ou l’insinuation à caractère sexuel ou raciste. Rien n’implique de ne pas riposter si on vous l’inflige. Rien n’implique de ne pas demander du renfort pour riposter.
Ce n’est plus open bar. Fini. Terminé.
Si besoin vous aurez ma protection physique.

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Inversement… si on se fréquente et que tu es dans le camp des enfoiré(e)s, quelque soit ton nom ou ton rang, lorsque je le saurai n’attends de moi aucune indulgence, aucune pitié ni aucune discrétion.

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Synthèse sur les wearables : le porté connecté 4 avril 2016


Dans le cadre d’une (petite) recherche je me suis récemment intéressé aux motivations individuelles à utiliser les vêtements connectés; en anglais dans le texte les connected wearables.

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Mais il y a un problème de dénomination.
Comme j’en parlais dans un article récent, le mot anglais digital est synonyme de numérique, les deux peuvent être utilisés pour désigner la même réalité. C’est simplement l’habitude qui nous fait préférer l’un des deux vocables.
Ce n’est pas vrai pour le domaine des vêtements connectés par rapport au terme anglais wearables, du verbe to wear : porter sur soi (et non pas emporter avec soi, comme un téléphone). Les wearables constituent donc la catégorie d’objets que l’on porte sur soi mais pas uniquement les vêtements. Ainsi, l’utilisation du mot français ‘vêtement’ connecté est beaucoup trop restrictive pour désigner la globalité d’une pratique anthropologique universelle. La réalité que l’on veut désigner en effet concerne les vêtements mais aussi les montres, les lunettes, les harnais de sécurité, les gilets de sauvetage, les sacs à dos, les bijoux, les casques de moto, les pagnes, les chapeaux, les gilets pare-balles, les combinaisons de surf, les étiquettes d’identification des nourrissons en maternité, les aides auditives, les piercings, etc.
Si le ‘wearable’ concernait uniquement les ‘vêtements’, jamais par exemple nous n’aurions connu le glorieux concours Wearables for Good lancé par l’UNICEF.
Je propose de traduire désormais connected wearables par l’expression porté connecté, qui représente mieux « ce qu’on porte sur soi » au sens large, ce qui inclue les vêtements, sans désigner uniquement cela.

 

Une première chose qui m’a frappé est l’évidente relation du porté connecté avec le concept plus vaste du Digital.

Le porté connecté est un sous-domaine des objets connectés qui sont tous rattachés à l’infrastructure de l’internet des objets (IoT); le Big Data quant à lui est la solution de stockage et d’analyse… et au final, ce sont tous les éléments qui constituent la technologie numérique qui finissent par entrer en écho les uns avec les autres. Techniquement donc, le périmètre du porté connecté c’est le Digital.

 

 

Une seconde chose frappante est le sentiment diffus qu’il existe beaucoup de solutions techniques qui ne répondent à aucun problème… ce qui se traduit d’abord par un décalage entre l’argumentaire des vendeurs de porté connecté et la motivation à utiliser ces mêmes objets. Pour les premiers généralement, l’intérêt du produit réside dans l’étendue de ses capacités techniques… la plupart du temps extrêmement pauvre car limité à la mesure de certaines fonctions corporelles.

Mais les préoccupations des utilisateurs relèvent d’un autre ordre. Pour les objets connectés par exemple il s’agit avant tout d’économiser de l’argent (le compteur électrique). Pour la sous-catégorie des wearables cependant, les utilisateurs ne cherchent pas à s’équiper d’un système technique, mais à atteindre une série d’objectifs personnels relativement précis qui peuvent se résumer ainsi :

Motivations à l’usage du porté connecté :
Économiser de l’argent (pour uniquement les objets connectés et non le porté connecté)
Avoir l’esprit tranquille
Être à deux (plusieurs) endroits en même temps
Améliorer sa sécurité physique / son bien être

Pour ces quatre motivations d’utilisation on trouvera à chaque fois l’idée sous-jacente d’être prévenu avant l’atteinte d’un certain seuil. Ce seuil sera le plus souvent un nombre… reste à définir ce qu’il quantifie et par rapport à quoi : une somme d’argent, une distance, une probabilité, un temps écoulé, un taux de monoxyde de carbone, une densité, une vitre brisée, un nombre de pulsations cardiaques, un temps d’immobilité, le ping d’un autre objet connecté, etc.

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Mais la possibilité même de définir un seuil suppose d’avoir une base de référence pour savoir quoi mesurer. L’importance de bien définir ce que l’utilisateur attend vraiment s’avère cruciale pour établir un seuil qui déclenchera les actions utiles. Du point de vue de l’utilisateur, c’est bien là que réside l’intérêt d’un vêtement connecté ou l’articulation de plusieurs objets entre eux :

il s’agit de répondre à la question « A quoi ça me sert ? » davantage que « Qu’est-ce que ça fait ? »

En plus de devoir définir une problématique pertinente pour définir le périmètre des données à mesurer, il faut aussi se demander comment on va le faire en termes de système technique, ce qui permet d’évoquer les composants techniques d’un vêtement connecté, en termes de software et de hardware :

Exigences d’architecture :
Collecte de données
Transmission de données
Analyse, traitement de données
Restitution des données après leur traitement

L’exigence technique de restitution de données nous amène quant à elle sur les domaines de la data vizualisation et du design front-end. Il faudra bien sûr prendre en compte le contexte d’usage, car on ne présentera pas de l’information sous forme de texte à une personne en mouvement, ni sous forme sonore à quelqu’un qui évolue dans un environnement bruyant (c’est bien le minimum qu’on vous demande : connaissez vos utilisateurs !). Pour faire court, ici, les 5 sens sont  potentiellement des vecteurs d’information. A noter que dans bien des cas on peut envisager le téléphone mobile de l’utilisateur comme unité de traitement et de restitution des données.
La question se pose aussi de demander ou non à l’utilisateur une interaction pour obtenir l’information qu’il attend. objet-connectes-wearables_bijou-joaillerie_usages_objets enchantésCela crée une bifurcation majeure dans le design : en effet, en ne demandant pas d’action particulière à l’utilisateur on ouvre la voie à une catégorie d’objets bien particulière dont j’ai déjà parlé ailleurs : les objets enchantés… qui constitueront j’en suis persuadé la catégorie premium de l’internet des objets.

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En plus des critères mentionnés ci-dessus, j’ajouterais que le potentiel de développement pour l’ensemble du domaine du porté connecté (et donc de l’internet des objets) tient dans notre capacité à créer des produits qui répondent à une triple exigence :

Tendances technologiques :
Miniaturisation
Bas coût
Faible consommation d’énergie

Ces trois éléments permettront de prendre en compte de mieux en mieux les besoins fonctionnels des utilisateurs. Plus la taille des capteurs, leur coût et leur consommation d’énergie diminueront, plus on pourra envisager une inspiration et des spin-off technologiques issus du monde médical, à commencer par le patch connecté jetable comme le BioStamp de la société MC10.
Mais pour les fabricants, il faudra un effort d’imagination pour sortir des applications restreintes au seul suivi d’activité physique et au quantified self. Pour s’ouvrir à d’autres fonctionnalités et élargir le champ des usages, il faudra s’inspirer de la vie quotidienne réelle des personnes réelles pour trouver une inspiration autrement plus vaste, dont les applications seront transposées dans du porté connecté qui ne s’affiche pas comme tel. Car soyons honnêtes, à part dans un cadre professionnel, personne ne veut ressembler à un pervers équipé de Google Glass… la problématique est la même ici que pour les voitures électriques : elles exploseront leurs ventes lorsque leur spécificité sera fondue dans une apparence normale (pour y parvenir, encore une bonne raison de recruter des ethnologues !).

En se laissant aspirer par les objets habituels de la mode et de la bijouterie-joaillerie, le porté connecté gagnera en acceptabilité sociale car il signifiera quelque chose, en termes collectifs, à commencer par un habillage statutaire. Car c’est une chose de porter un bracelet FitBit, mais en termes sociaux il n’existe aucune référence pour faire ‘résonner’ le sujet ou pour se distinguer grâce à ce type d’objet. Il en ira autrement lorsque les fonctionnalités et le siglage auront du sens pour ceux qui sont autour et qui attribuent une symbolique à l’objet… exactement comme on attribue un statut différent à un pantalon Levi’s, Carhartt ou Azzaro. Tout le monde se fiche bien de connaître la composition du tissu en 90% coton et 10% élasthanne ou avec 3 circuits imprimés dans le col.

 

Enfin, en opposition totale avec l’argumentaire des vendeurs, il faut bien admettre que la propagation de la connectivité au monde des objets (vêtements inclus, donc) représente un risque majeur de sécurité, du fait de la menace d’un piratage ou plus prosaïquement d’une interruption accidentelle de la connexion. Les Américains par exemple développent leurs systèmes en se basant sur l’hypothèse d’une liaison permanente, ce qui me paraît hautement optimiste car de fait, le risque d’une perte de liaison n’est pas pris en compte… il y à là une porte grande ouverte pour faire les frais de la Loi de Murphy quelque soit le niveau de sécurité que vous prétendez avoir.

Les exemples ne manquent pas, déjà aujourd’hui alors même que les applications de masse sont tout juste émergentes. Ce risque s’applique parce qu‘il y a une connexion et tout ce qui est connecté est donc à la même enseigne : tee-shirt, voiture, sac à main Vuitton, téléphone, détecteur d’intérieur, chemise, système d’alarme, pince à cravate, moniteur de rythme cardiaque, tableau de contrôle d’une centrale nucléaire ou d’un Airbus, broche Swarovski, etc.

Je suggèrerais donc au ingénieurs, designers et fabricants d’opter pour des objets connectés utiles même hors connexion et avec la déconnexion manuelle comme fonction à part entière.

Critères fonctionnels :
Intégration
Personnalisation
Adaptatif
Anticipatif
Déconnectable

Car ce sont bien les usages et non les critères techniques qui permettent d’énoncer les fonctions du produit dans le vocabulaire de l’utilisateur et en vue de répondre à la seule question qui le préoccupe : A quoi ça me sert ?

Or comme on vient de le voir, il s’avèrera sans doute nécessaire et utile, à diverses occasions, d’utiliser un objet connecté sans sa connexion. C’est à ce moment là que votre réflexion sur le sujet pourra faire l’ultime différence entre un objet qui reste utile même déconnecté -ne serait-ce qu’en style- et un machin aussi fonctionnel qu’un caillou.

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la tortueuse route européenne 18 septembre 2015


D’une manière générale je suis favorable à l’ouverture sur le monde.
Du fait que le monde n’est pas une menace, j’aurais tendance à penser que celles et ceux qui partent de chez eux peuvent bien aller où ils veulent. Dans cette optique et à supposer que personne ne fait de mal à personne, je pense que les obstacles que les voyageurs rencontrent sur leur route sont des obstacles qu’il faut lever. Mais il faut prendre en compte certaines organisations puissantes qui, elles, considèrent le reste du monde comme une menace. C’est pour cette raison qu’il existe des passeports, des frontières et un droit d’asile : parce qu’en dehors de certains cas bien précis, tout le monde considère comme normal qu’un État ait des frontières fermées.
L’État, ce « dragon aux milles écailles » comme disait Nietzsche.

L’exode de civils venus du Moyen-Orient qui viennent chercher refuge en Europe suppose d’ouvrir les frontières de nos États d’Europe par conviction. Parce que nous sommes certains que c’est une bonne chose.
Cette conviction n’est cependant pas moins importante que la conviction qui affirme la liberté de parole… donc de laisser tous les avis s’exprimer sur ce sujet de la crise des migrants-réfugiés-déplacés.
Notre société européenne est fondée sur le droit à s’exprimer sans être inquiété. Refuser le débat ou même ne pas comprendre qu’une situation aussi critique mérite un débat serait considérer la population européenne comme une imbécile dont les souhaits divers et les préoccupations variées peuvent être ignorés.

Parce que ces dernières semaines, le débat a été étouffé par le cri de ceux qui sont persuadés que tout le monde pense et ressent la même chose, à savoir : de la pitié. Ce n’est même plus un impératif moral, c’est un impératif émotionnel : tout le monde doit ressentir la même chose à ce sujet.
Mais ce n’est pas le cas. Nous sommes 500 millions d’Européens dans 28 pays… j’aurais tendance à dire qu’heureusement il y a des divergences de points de vue ! Il est nécessaire d’entendre les arguments contradictoires. Ce n’est pas diaboliser les réfugiés que de suggérer qu’éventuellement, dans tel ou tel domaine, leur présence pourrait poser problème.
Alors allons-y bon sang, débattons !

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Pour commencer, il est bon de rappeler que les pays d’Europe sont signataires depuis 1951 de la Convention de Genève sur l’accueil des réfugiés -et en particulier son article 14 : Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. C’est notre fierté d’Européens d’avoir signé cette Convention… qui n’est pas que déclarative. Elle est légalement contraignante et en tant que membres signataires nous n’avons pas le choix de les accueillir ou non, quoi qu’en dise le président de la Hongrie. C’est une obligation que nous-nous sommes faits à nous-mêmes il y a maintenant 64 ans, par conviction, parce qu’on aurait aimé que d’autres le TqfDnr5tTVxDuDGhzj5Qy9dAawIfassent pour nous. Et si ça doit se reproduire pour nous -si nous étions amenés à chercher refuge ailleurs, on aimerait bien que des portes s’ouvrent.

Nous, Européens, nous connaissons la situation pour l’avoir vécue, notamment en France en 1940 où nous étions 10 millions sur les routes. Nous savons que l’exil ça demande du courage, que ça force le respect. Aucun acteur du débat ne devrait être autorisé à diaboliser les victimes de cette situation. Ne serait-ce qu’en mémoire de l’héroïsme de Khaleed Al-Assad.
Et le fait qu’il y ait parmi eux des musulmans, dont le seul fait qu’ils sont croyants est très intimidant pour beaucoup, devrait pousser l’Europe à renforcer et à réaffirmer la laïcité de l’Union en insistant sur le fait qu’en Europe on s’interdit et on interdit la discrimination religieuse, raciale ou sexuelle. On ne traite pas mieux ou moins bien les chrétiens que les musulmans, les juifs, les chevaliers Jedi ou les animistes. Pas plus qu’on ne fait de différence entre les roux, les blonds, les femmes, les hommes, les Bretons, les Suédois, les Marocains ou les Syriens.
On fait ça par conviction, parce que nous sommes (plus ou moins) 500 millions à penser que ça nous permet de construire une Union viable à long terme. Et nous avons de l’expérience dans ce domaine parce que nous avons essayé d’autres options qui ont très mal tourné, en particulier au siècle dernier.
Plutôt que de les traiter en suspects, nous devrions donc au contraire célébrer leur inflexible volonté de demeurer libres face au chaos, même au prix d’un éclatement de leurs familles ou/et de leur mise en danger de mort. Nous avons été dans leurs chaussures.
[Ciquez sur ce lien pour voir quel trajet elles font, leurs chaussures : une carte Google Maps du Comité International de la Croix rouge]

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Il n’aura échappé à personne que nos gouvernements ont raté quelque chose, car le monde n’a pas connu un tel exode sur une aussi longue distance depuis la seconde Guerre Mondiale et une telle situation de crise ne sort pas du sol du jour au lendemain…  Il y a là un manque de vision stratégique affligeant parce qu’on se rend compte un peu dans la précipitation que personne n’a vu le coup venir. Personne n’est prêt. Et pourtant qui sème le vent récolte la tempête, c’était prévisible.
Depuis l’intervention « humanitaire » en Libye initiée par David Cameron et Nicolas Sarkozy, un tiers (!) de la population de ce pays a fui. L’Irak et l’Afghanistan depuis l’époque de George Bush sont une hémorragie continue, qui déversent leur population sur des voies d’évacuation qui mènent en Syrie, dont 4 millions d’habitants (!) ont également fui ailleurs. Le Liban héberge aujourd’hui un nombre de réfugiés irakiens et syriens qui correspond à 25% de sa population totale (!). La Jordanie et la Turquie sont à saturation elles aussi, non pas sous le fallacieux critère de la « culture » mais simplement de la logistique.

En regardant une carte de la région, on peut se demander pourquoi des pays comme l’Arabie Saoudite, le Koweït, Israël, Bahreïn, l’Égypte ou les Émirats Arabes Unis n’accueillent personne. Plus tard il y aura des comptes à rendre…

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Et en parallèle il n’aura échappé à personne qu’au sein de l’Europe, le comportement des Allemands dépasse le simple mérite, on s’approche de la conduite glorieuse. Mais il n’y a pas que de l’altruisme là-dedans.
Les États ne font pas dans l’altruisme.
L’Allemagne a un surplus budgétaire, un surplus d’immobilier et un taux de fécondité négatif (200.000 décès de plus que de naissances par an, pour être exact) et… voilà 800.000 nouveaux arrivants pour cette année et un demi-million d’autres prévus d’être accueillis les années qui suivront. L’Allemagne prépare sa main d’œuvre pour les trente prochaines années.

Inversement, le Royaume-Uni manque d’argent, d’immobilier et connaît un fort taux de fécondité, trois facteurs qui n’incitent à accroitre les problèmes en se surchargeant d’une population supplémentaire, aussi méritante soit elle. C’est aussi la situation de la France, et chacun de ces pays se propose d’accueillir moins de 30.000 personnes réfugiées de guerre (ou le nom qu’on voudra leur donner).europe-regions_purchase power_2013
Dans le débat dont nous avons besoin, qui connaît les chiffres structurants pour expliquer l’allergie hongroise à laisser passer des réfugiés, alors même qu’ils ne s’arrêtent pas ? Qu’en est-il pour le Danemark qui ne souhaite recevoir personne ?
La réalité socio-économique européenne recèle de grandes différences entre pays membres et même entre régions. C’est ce niveau de détail qu’il faut atteindre pour obtenir des arguments solides. Un premier axe d’analyse serait de comparer les refus avec le niveau de vie local.

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Pour parler crûment, je pense -mais ce n’est que mon avis- que si certains européens rejettent brutalement l’idée d’accueillir ces réfugiés c’est moins à cause de la couleur de leur peau que par crainte de leur pauvreté. Et ce sujet là aussi doit être abordé. La peur de la pauvreté des populations ex-soviétiques est le tabou majeur qu’on a connu à la réunification allemande en 1990 et c’est encore très certainement l’argument caché aujourd’hui.
Pour autant, il existe une bonne douzaine d’études sérieuses qui démontrent que ces réfugiés auront un effet positif, à commencer par le fait qu’ils arrivent chez nous avec déjà un très bon niveau d’éducation qui sont autant de milliards que nous n’aurons pas à dépenser.
L’argument qui en fait des chasseurs d’aides sociales est fantasmatique : ces personnes qui arrivent sont en bonne santé et ont des ambitions de professeur, infirmier, médecin, ingénieur ou architecte. Il faut bien comprendre que la plupart d’entre eux font partie de la classe aisée. Ce sont les plus riches qui peuvent éviter de pourrir en camp en payant 2.000 dollars par tête. Beaucoup sont plus diplômés que la moyenne de notre propre population.
Par fierté l’immense majorité d’entre-eux voudra se reconstruire sans les aides publiques auxquelles ils auraient droit (et en tant que non-nationaux ils n’ont pas le droit à grand chose) et aussi ils payeront au moins la TVA, voire même l’impôt.

Ces personnes veulent tellement parvenir jusqu’ici à tel point qu’ils traversent des déserts, naviguent à vue en pleine mer en se vomissant les uns sur les autres et… comment récompensons-nous ce remarquable intérêt qu’ils nous portent ? C’est toute la question, en effet.

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Parce qu’ils ne sont pas arrivés par un vol régulier à un terminal de Roissy ou d’Athènes devons-nous les dire criminels ? Ou, pour la même raison, devons-nous les tenir par la main en leur expliquant qu’ici, ce n’est pas comme chez eux et que nous allons leur apprendre à vivre ? Je pense qu’ils n’ont pas besoin d’être punis, ni chaperonnés.

Inutile de les prendre en pitié. Ils méritent notre admiration. Ils sont précisément le genre de population dont l’Europe a besoin. Et tout cela n’empêche pas d’établir des contrôles aux frontières, d’enregistrer les empreintes digitales dans la base de données Eurodac et de se permettre de vérifier les récits individuels avant d’accorder officiellement l’asile. Tout cela relève du bon ordre civil et la gestion normale d’une situation complexe.
En effet, compte tenu des routes terrestres utilisées aujourd’hui, ce serait très peu étonnant de trouver un nombre important de citoyens Serbes, Albanais ou Roumains discrètement mêlés au cortège des vrais réfugiés de guerre.
Mais peu importe les aléas, nous avons les moyens de gérer la situation. Rien ne vient contredire le fait que ces réfugiés sont un antidote à notre mesquinerie et à notre travers qui consiste à penser que l’Europe la France est le nombril du monde. Je m’adresse là en particulier aux représentants élus qui utilisent la politique extérieure pour gérer la politique intérieure.
Souvenez-vous : qui sème le vent récolte la tempête. Ouvrez-nous plutôt un collège portant le nom de Khaleed Al-Assad, faites preuve de conviction, pour une fois.

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Ouvrons nos frontières de manière raisonnée pour leur permettre de tenter leur chance totalement et sans réserve, nous sommes riches et ils nous enrichirons encore davantage, à tous les sens du terme.
Si nous faisons ça nous pourrons gérer les flux de population nous-mêmes et le business des trafiquants s’arrêtera, les noyades en masse s’arrêteront et, plus important, nous jouerons le rôle qui est le nôtre pour permettre à ces gens de réaliser leurs vies, à nos côtés et éventuellement jusqu’à ce qu’ils décident de partir.
Et ceci en l’occurrence est notre devise à nous, Européens : In varietate concordia. Unis dans la diversité.

Nous avons besoin de davantage d’Europe, pas moins.
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Debout dans le désert 26 août 2015


Khaleed Al-Asaad (خالد الأسعد) était l’ancien directeur du site archéologiquKhaled-Al-Assad_palmyra-syria_2015e de Palmyre, en Syrie. Il avait tenu de poste de 1963 à 2003 et était expert indépendant  et toujours actif depuis.
C’était aussi un érudit comme il y en a peu et l’un des rares à parler couramment araméen, la langue du Christ (!).
Lorsqu’on s’intéresse à l’histoire ancienne de la région il est impossible de ne pas tomber sur des recherches menées par Al-Asaad. Dans la connaissance de la culture palmyrienne, il était ce qu’Howard Carter est à l’égyptologie.

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L’existence d’un habitat permanent sur ce site est attestée depuis l’âge de Bronze et la ville devient indépendante 300 ans avant notre ère. Sa zone d’influence s’étend des rives du Nil à la Turquie.
L’importance du lieu réside dans le fait qu’il est au carrefour terrestre des principales voies de commerce de l’époque : Chine, Inde, Perse (Iran) et Europe romaine via la Méditerranée.
C’est aussi une oasis bien irriguée, ce qui n’est pas rien dans un climat désertique.
L’empire romain tente de l’envahir en -41 mais s’y casse les dents… avant de l’avaler (et l’agrandir) en utilisant l’argument du commerce (la « guerre économique » d’aujourd’hui). Au XVe siècle encore, la ville est renommée pour son commerce florissant et sa végétation abondante.
Son déclin s’amorce avec celui des routes commerciales terrestres.
A partir du XVIe siècle en effet, le bateau à voiles devient plus utile et lucratif que les caravanes de chameaux… d’autant plus pour faire du commerce avec l’Amérique récemment découverte.

Un peu plus de 600 ans plus tard, la ville moyenne de Tadmor abrite une population d’environ 90.000 personnes établies à 500 mètres des ruines de l’antique Palmyre. Le lieu est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO -qui n’est pas une organisation membre du Conseil de Sécurité de l’ONU… et c’est bien dommage.

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Depuis la première guerre du Golfe, les initiatives catastrophiques des gouvernements occidentaux ont provoqué la déstabilisation de la région et ont permis à des dizaines de groupes fanatiques -en particulier wahhabites- de se regrouper en Irak et pour l’un d’entre eux, de s’y renforcer et de se répandre dans les pays alentours, dont la Syrie.
C’est bien l’implication des États occidentaux qui a donné naissance à ces groupes extrémistes. Les États-Unis de George Bush père d’abord, en Irak, puis son fils; jusqu’à la pseudo intervention humanitaire en Libye demandée par la France de Nicolas Sarkozy. Après quoi l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Turquie ont eu beau jeu d’instrumentaliser (et de financer) ces groupes au profit de leur propre politique extérieure, sous couvert du véto russe contre une intervention de l’ONU en Syrie.

Dans ce nœud de serpents ont pu croître l’inculture, le fanatisme religieux et le fascisme politique qui ne sont pas particulièrement recommandés pour établir une organisation modeste, modérée et non belliqueuse… ce qui nous donne l’autoproclamé État Islamique, une organisation active en 2015 dans 12 pays financée par la contrebande, le vol et l’extorsion. weaponized-dronesLes campagnes d’EI sont si brutales que même Al-Qaeda, qui a commis le pire acte de terrorisme jusqu’à présent, publie des dépêches pour leur demander de se calmer. Mais malgré les atrocités qu’ils commet, l’État Islamique reste un régime fasciste de faible ampleur. Ses succès militaires incontestables se déroulent dans des pays exsangues et contre des armées affaiblies. Jamais encore l’État Islamique n’a rencontré au sol un adversaire de premier plan comme une coalition occidentale par exemple…

Loin de moi ici l’idée de militer pour une intervention armée terrestre contre ces tarés. C’est le premier avantage que procure l’usage de la terreur : la réputation de sauvagerie fait réfléchir à deux fois des adversaires qui auraient les moyens militaires de faire du dégât.
Les gouvernements concernés ne souhaitent pas exposer leurs troupes à un ennemi qui fait des clips YouTube avec la décapitation de ses prisonniers. Du reste les frappes aériennes engagées depuis quelques mois par avion ou drone coûtent déjà cher à EI. On estime que la moitié des pertes totales de combattants de l’État Islamique sont dues aux missiles occidentaux …même si on ne m’enlèvera pas l’idée qu’on aurait pu penser à la stratégie de Sun Tzu : attaquer le problème avant qu’il soit un problème, lorsque la graine n’a pas encore germé.
…et là, une mauvaise graine, il y en avait une grosse. Nous, nos gouvernements, aurions du agir en effet, mais il est désormais trop tard.

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En prenant le contrôle de la région de Tadmor le 20 mai 2015, l’État Islamique gagne le gros lot face à des opposants syriens lessivés depuis quatre ans par leur propre guerre civile.palmyra-fight
Le lieu en effet est toujours bien irrigué comme depuis 3000 ans, il est toujours un carrefour longue distance en continuité avec la zone d’influence de EI entre Irak et Syrie, il abrite des gisements de gaz et une garnison de l’armée régulière Syrienne qui abrite une très importante quantité d’armes et de munitions. Il y a aussi la cité antique de Palmyre dont la prise de contrôle attire davantage les médias internationaux que les conditions de vie imposées aux civils. Rien de tel qu’une caméra de la BBC ou de CNN pour se faire connaître dans le monde entier.
A partir de fin mai 2015, comme partout ailleurs où il sont installés, les membres de l’EI déchaînent leur inculture et leur violence sur la population locale. A leur arrivée, 250 civils sont exécutés. Pour maintenir l’ordre public on applique les quatre punitions classiques : intimider, torturer, amputer, décapiter. Parfois les quatre successivement et toujours en public.
C’est tout à fait la définition d’un terrorisme d’État, au sens où le terrorisme est une pratique qui vise à atteindre des objectifs politiques en imposant la terreur à ceux qui pourraient s’y opposer.
Face à la sauvagerie du nouveau groupe dominant, la population dans son ensemble n’a pas d’autre choix que de se soumettre : c’est un autre avantage que procure l’usage de la terreur. Et en utilisant cette même sauvagerie, EI peut aussi dominer les alliances avec les autres groupes.
C’est d’ailleurs la stratégie politique officielle de l’État Islamique, telle qu’elle apparaît dans un fascicule publié dès 2004 : Administrer la sauvagerie
(voir cette excellente analyse de Frantz Glasman : https://www.academia.edu/10032604/Vie_locale_et_concurrence_de_projets_politiques_dans_les_territoires_sous_contr%C3%B4le_de_lopposition_des_djihadistes_et_des_Kurdes_en_Syrie)

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Mais fort heureusement, l’arrivée des combattants de l’État Islamique à Palmyre ne s’est pas faite dans un total effet de surprise. Il était illusoire d’espérer protéger quoi que soit durant les combats. Les roquettes RPG n’évitent pas les œuvres d’art. Le sauvetage devait être fait avant ou pas du tout.
Les semaines qui ont précédé ont donc permis d’évacuer certains trésors de notre histoire (je parle de notre histoire à tous, les humains) et d’autres ont pu être cachés aux environs du site archéologique lui-même.
isil-smash_3233165bS’il est assez facile de déplacer une statuette ou un fragment de mosaïque, c’est beaucoup plus compliqué pour un cimetière ou un temple tout entier… le mieux à faire dans ces cas-là est soit de mettre les trésors hors de vue et/ou de les photographier à haute définition avec un scanner 3D (procédé technique assez identique à la reproduction parfaite de la grotte Chauvet en France), dans l’hypothèse où on doive les reconstruire après leur saccage -une leçon apprise après la destruction en 2001 des bouddhas de Bamyian par la même filière fanatique, en Afghanistan.
Car après les villes de Mosul, Raqqa, Nimrod et même Toubouctou, on sait ce que les fascistes religieux font aux lieux d’histoire : ils les effacent. Et ceux qui tentent de protester sont effacés avec.
C’est pourquoi le personnel de l’UNESCO et les civils qui le pouvaient se sont repliés aussi loin que possible de Palmyre.
Mais Khaleed al-Asaad a refusé de partir.
C’était chez lui, il connaissait l’endroit littéralement par cœur et toute une vie de travail était là, debout, sous la forme d’une ancienne ville de 2300 ans. Il est donc resté lui aussi debout dans le désert.
Il avait 81 ans et il est mort décapité. A l’heure où j’écris ces lignes, son corps est suspendu dans un parc de Tadmor.

On suppose qu’il a tenté la négociation pour protéger les lieux. Mais ce n’est pas simple de négocier avec des crétins et sa manœuvre n’a pas réussi.
Fait prisonnier, il a refusé de dire où étaient cachés les trésors alentours de peur de les voir détruits ou vendus. Il n’y a pas de preuve mais l’hypothèse qu’il a subi la torture est crédible. Il n’a rien dit. Il avait 81 ans.
Un tel dévouement pour protéger l’héritage de la civilisation humaine est un service rendu à chacun d’entre nous : voici ce qui mérite d’être défendu. Le courage de Khaleed al-Asaad transcende toutes les oppositions et tous les désaccords. Pendant que l’hypersensibilité névrotique de l’État Islamique s’exprime le mieux  à coups de masse sur des objets sculptés à la main, voilà un homme qui s’est jeté tout seul dans la gueule des loups pour protéger un trésor collectif.
Il n’était pas escorté par un ou deux régiments d’infanterie. Il n’avait pas d’obus dans son char et il n’avait pas d’hélicoptère d’assaut. Il était assez vieux pour savoir ce qui allait lui arriver, mais il n’a pas cédé.
Et ce n’est pas parce qu’il est mort qu’il a été vaincu, loin de là.
Des écoles et des boulevards devraient porter son nom. Son histoire devrait être racontée aux gens qui se plaignent que l’archéologie et les musées c’est un truc de vieux cons.

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unesco-parisLa contrebande d’œuvres d’art est, entres autres, une source de financement pour l’organisation criminelle de l’État Islamique. C’est un business lucratif, en tout cas à l’exportation, car pour ce qui est de leur achat ultérieur, c’est une autre affaire… Le monde de l’art est une institution patiente et  des organisations comme The Antiquities Coalition savent déployer les réseaux et les influences pour repérer une statuette de Palmyre (ou Mosul, ou Raqqa…) qui resurgira dans une ou deux décennies n’importe où dans le monde. Rien ne dit d’ailleurs que les artefacts récupérés et revendus (ou détruits) par EI soient les vrais… une partie du travail de l’UNESCO consiste à remplacer les vrais trésors par des copies, afin qu’ils soient facilement identifiables sur le marché international ou afin que les incultes croient avoir détruit les originaux. A ce titre, la destruction des pièces de musée par EI ressemble davantage à une action de communication qui cache ce qu’ils font vraiment avec tout ce qu’ils ne détruisent pas : ils le volent.
C’est un crime de guerre en soi : piller des sites de mémoire collective et c’est aussi le signe d’une bêtise sans nom, puisqu’on est tellement abruti de certitudes qu’on est incapable de comprendre que cette collectivité est aussi la nôtre. Pire : on refuse qu’elle soit nôtre. C’est ce qui les a poussés à faire exploser le temple de Baalshamin fin août 2015 (photo ci-dessous).
C’est un acte de nettoyage ethnique au sens le plus concret du terme : on s’attaque à une culture -même pas à des personnes.  Ce ne sera pas le dernier et c’est un trait saillant de tous les fascismes : ils aimeraient être seuls au monde.

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Mais l’Histoire nous apprend qu’ils n’y parviendront pas quelque soit leur capacité de nuisance par ailleurs. Lorsque l’heure de (re)penser à long terme sera venue, on pourra construire des écoles au nom de Khaleed al-Asaad.

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L’éclipse scolaire 18 mars 2015


Une fois n’est pas coutume, je parlerai dans cet article d’un sujet d’actualité : la conjonction de phénomènes célestes du 20 mars 2015.
En ce vendredi, nous avons eu droit à quatre phénomènes majeurs, chacun plutôt rare et indépendant mais qui se sont déroulés simultanément ce jour-là : une superlune, une marée centennale, une équinoxe et une éclipse solaire.

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La première,  la superlune, est le passage de la Lune au périgée de son elliptique par rapport à la Terre (la plus courte distance qu’il puisse y avoir entre les deux astres), avec pour effet de faire paraître notre satellite 20% plus gros et lumineux qu’il l’est habituellement.
Cette proximité de la Lune a aussi pour effet d’accroître le déplacement des masses d’eau par effet d’attraction, dans une telle proportion que ça se produit une fois par siècle. C’est toujours la Lune qui provoque le phénomène des marées mais pour faire court, grâce à la proximité de notre satellite les grandes marées auront été de très, très grandes marées ce 21 mars (un jour de décalage par effet d’inertie des océans).
La troisième, l’équinoxe, est liée à l’axe de rotation de la Terre, perpendiculaire aux rayons du Soleil ce jour précis, la durée du jour y est égale à celle de la nuit.
La dernière, l’éclipse, -le cœur de cet article- est le passage de la Lune, vers 10h30 le 20/03/2015 entre la Terre et le Soleil, avec un obscurcissement partiel jusqu’à 84% en France.

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C’est ce qu’il y a de bien avec les phénomènes célestes de ce type : ils sont parfaitement prévisibles.
Les marées sont calculées à la minute de temps et au centimètre de hauteur près plusieurs années à l’avance, la position des astres est tout aussi prévisible, tout comme la survenue d’occultations partielles ou totales qu’on appelle les éclipses.
Celles-ci sont tellement bien calculables qu’on peut prévoir à quelques kilomètres près de combien sera l’obscurcissement par rapport au plein jour, pour un lieu donné.
Ce 20 mars 2015 par exemple, on sait que la pénombre était de 84% dans la ville de Brest contre 79% à Paris ou 63% à Nice et 100% dans les îles Féroé en Atlantique Nord.

Rien de tout cela n’est nouveau. C’est écrit et prévu dans les calendriers astronomiques depuis des années.
En utilisant les mêmes calculs astronomiques, On peut aussi prédire avec certitude que ce phénomène d’éclipse se reproduira avec un obscurcissement de seulement 20% en France le 21 juin 2021.
La prochaine fois que la Lune sera aussi proche de la Terre ce sera le 20 février 2033.
astronomie-univers-systeme-solaireEt la prochaine fois qu’il y aura une éclipse au moment de l’équinoxe de printemps ce sera en 2053.
On aurait pu considérer ce 20 mars 2015 comme une fête de la connaissance du monde, pour qu’on puisse savourer ces phénomènes massifs, les admirer et mieux les comprendre.
Mais non.
Les médias nous ont saturés d’informations alarmistes sur les risques médicaux et sur -horreur !- le risque de « perturbations dans le réseau électrique ».
Quelques niveaux technologiques supplémentaires mis à part, ce sont les mêmes arguments qui ressortent depuis le temps où les foules se terraient ou s’agglutinaient en processions superstitieuses ou festives face aux « signes divins », selon le sens Divin que chacun voulait bien donner aux Signes. Dans ce débat, c’est la notion d’éducation elle-même qui s’est… éclipsée.
(Ah, la marteau de Thor ! L’éclair de Zeus ! Le courroux de Taranis ! La colère de Dieu le Père !)

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Ce genre de discours est utile à l’ethnologue pour repérer le domaine des croyances contemporaines (voir : http://lhomme.revues.org/2636), mais d’un point de vue opérationnel c’est le genre d’aveuglement qu’on aimerait ne pas voir surgir dans un moment où la méthode scientifique et la rationalité des arguments sont en jeu.
Car il s’agissait bien d’une opportunité de célébrer notre présence dans l’univers et l’univers lui-même tel qu’il est. Car ce simple état de fait ne va pas de soi.

superstition

Il en a fallu des esprits brillants pour penser l’héliocentrisme, pour aller contre la pensée dominante et affirmer des faits, plutôt qu’obéir à des esprits bornés et bouffis de fanatisme. En 1616 l’Église catholique promulguait une loi pour interdire à Copernic d’affirmer que c’était bien le Soleil qui était le centre de l’univers. En 1633 après avoir été obligé de renier cette idée sous peine de torture, Galilée marmonna sa célèbre phrase Eppur si muove ! …Et même si vous ne voulez pas le comprendre, la Terre tourne quand même autour du Soleil, je vous l’affirme, bande de crétins !
L’univers tel que nous le connaissons n’est pas un savoir qui a toujours existé, il est le fruit de recherches, de détermination, de persévérance, d’hypothèses, d’essais, de luttes d’influence, d’expérimentations, de corrections… jusqu’à ce qu’on puisse envisager aujourd’hui de s’installer sur Mars.
Voilà ce qu’on aurait pu célébrer ce jour de printemps 2015 : la recherche du vrai, la curiosité de connaître le monde et la joie de comprendre comment tout cela fonctionne.

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Mais contre l’avis de multiples laboratoires d’astronomie, les institutions scolaires dans toute l’Europe ont préféré écouter des informations tellement alarmistes qu’elles s’approchaient de la paranoïa pathologique. Pour des gens qui se gargarisent de travailler dur pour le bien des enfants, pour leur ouverture d’esprit et pour développer leur capacité à être des citoyens éclairés, c’est juste honteux.
L’Éducation Nationale a choisi de confiner les élèves pour éviter que leurs yeux s’abiment en regardant l’éclipse (ou que leurs cerveaux prennent feu à force d’exposition aux infrarouges et aux ultraviolets du rayonnement diurne).
Les rectorats et autres ministères ont affirmé qu’ils laissaient chaque école apprécier les risques et permettre, ou non, aux élèves de regarder le ciel en ce matin du 20 mars. Cette pseudo-liberté locale était en réalité une mise en garde : cher Directeur, s’il se passe un truc, c’est vous qui irez en prison et sûrement pas nous.
Notez bien qu’il y a eu certains professeurs et certains établissements qui auront vu le coup venir et qui auront pris l’initiative de s’équiper seuls.
Mais dans une large proportion personne n’avait rien anticipé et comme à très juste titre aucun(e) directeur(trice) d’école ne souhaite de procès pour avoir rendu un enfant aveugle, aucune école ou presque n’a dérogé à la règle qui veut que lorsqu’on a un doute, autant se replier derrière la peur et l’ignorance.

L’institution scolaire a donc raté une belle occasion de faire œuvre d’éducation en ce jour du printemps de l’an de grâce 2015.
Car en effet, ce n’est pas le lundi précédent que le monde a appris la survenue de gestion-projet-pour-nuls_portny-sagel’éclipse. Elle est connue depuis des années.
Déjà les commentateurs (les mêmes, et déjà alarmistes) mentionnaient l’éclipse de 2015 lors de celle de 1999.
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L’Éducation Nationale vient de montrer qu’elle n’avait pas la capacité de s’organiser pour un événement connu 16 ans à l’avance.
A ce titre, c’était facile de céder aux arguments médicaux pour justifier l’interdiction de sortir en extérieur au moment de l’éclipse. La réalité c’est surtout que personne n’était prêt.
Mais quelle peut donc être la performance moyenne d’une organisation qui s’avère incapable de monter un projet relativement simple, seize ans à l’avance ?
Personne n’a pris le temps de saisir l’ampleur de l’événement de 2015 pour planifier une ou deux heures « spéciales » un vendredi matin. Pour une institution en charge de l’éducation d’un pays entier, l’affaire est cocasse.
Personne n’a pris l’initiative de mettre en place un projet à part entière pour affirmer une vision du monde ouverte, curieuse et pragmatique.
Personne n’a tenté de chiffrer le coût de production d’environ 13 millions de paires de lunettes jetables pour chaque élève (10, 15 centimes pièce ?).
Personne n’a pensé que ce serait intéressant d’étudier cette conjonction de phénomènes en les voyant se produire pour de vrai. Au lieu de cela, l’institution a réalisé 10 jours avant qu’il « y avait un risque » et que, en conséquence, il ne fallait pas s’exposer au danger.
Allez, sérieusement les gars, vous pensez vraiment que nos enfants sont assez stupides pour regarder le soleil en face jusqu’à s’en rendre aveugles ?  Dans ce cas, pourquoi les élèves de la maternelle à la terminale ont ils le droit de sortir en plein soleil tous les autres jours ? !

La meilleure conclusion qu’on puisse en tirer, c’est que rien n’avait été planifié, préparé ou organisé pour tirer le meilleur parti d’une situation dont la valeur pédagogique était exceptionnelle.
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Rien n’était prêt matériellement (les protections oculaires ou la possibilité de déroger deux heures à l’emploi du temps réglementaire) mais surtout personne n’était mentalement prêt à déroger à la routine.
Et, certes, ce n’est pas dix jours avant qu’on peut commander sur le pouce 13 millions de lunettes jetables dont il faut garantir la qualité.
…mais bon sang, vous aviez 16 ans pour vous préparer !

 

Comme j’en parlais dans l’article sur l’école du futur, les institutions scolaires devraient se concentrer là où elle peuvent avoir une réelle valeur ajoutée sociale, collective.
Et quelle meilleure valeur ajoutée que de pouvoir faire prendre conscience à la jeunesse d’un pays que l’univers ne nous fait pas peur parce qu’on comprend son fonctionnement ? Au lieu de cela nous avons perpétué la crédulité, la superstition et l’ignorance. Parce que bien sûr maintenant, c’est toute une génération d’élèves qui va perpétuer la croyance qu’une éclipse il faut en avoir peur parce que « c’est dangereux ».
Face à quatre phénomènes astronomiques concomitants, l’institution aurait pu faire appel quasiment à toutes les matières enseignées selon l’âge des élèves, du primaire au lycée. Ça aurait pu être un événement collectif dont les enfants scolarisés se seraient souvenus longtemps. Une « fête de la science » en extérieur !
C’est raté pour cette fois. Rendez-vous en 2053 (ce sera un jeudi) pour la superposition d’une éclipse et d’une équinoxe… 38 ans pour s’y préparer ça devrait suffire, non ?
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Sinon, il y a deux équinoxes et environ six épisodes de superlune chaque année. Voilà qui laisse le temps de faire quelques essais.
Pour l’éclipse de 2021 c’est déjà trop tard, ce sera un dimanche.

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Citation (19) : une bonne solution 1 juillet 2014


George-S-Patton

 

« Une bonne solution appliquée vigoureusement tout de suite est meilleure que la solution parfaite appliquée dans dix minutes. »

Général de Corps d’Armée George Patton, cité dans Charles Province : The unknown Patton   1983.

 

 

 

Lectures du soir 1 mars 2014


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D’autres inspirations visuelles de l’auteur sont sur… yannickprimel.tumblr.com !

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NSA – IETF : round 2 26 janvier 2014


La tradition orale colporte l’idée que l’internet est une infrastructure mondiale dirigée en dernier ressort par le gouvernement des États-Unis d’Amérique.

C’est faux.

C’est faux depuis 1995, date depuis laquelle la gestion de l’infrastructure dépend exclusivement d’entreprises privées. Autrement dit, nous en sommes toujours à utiliser une infrastructure qui fonctionne avec les seules contraintes que la technique impose, même si nombre de rapaces souhaiterait pouvoir la contrôler sans restriction ‘pour le bien de tous’.
Ce principe d’ouverture technique est un bienfait en lui-même, que personne n’en doute. Il n’est nul besoin de limitation politique, morale ou religieuse ou quoi que ce soit.
Sinon, autant relancer le Minitel.

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D’ailleurs, tout récemment, nous avons pu nous rendre compte que ce principe d’ouverture technique n’empêchait en rien les Etats de couper les accès grâce au master kill switch et je suis bien certain que si cela a pu se produire en Tunisie, Libye ou Syrie, cela est aussi une possibilité technique en Chine, aux États-Unis ou en France. Les investissements croissants dans les capacités de guerre informatique laissent peu de doute là-dessus.
Ce n’est donc pas seulement une possibilité technique, c’est aussi une possibilité politique.

D’ailleurs encore plus récemment, nous avons aussi appris que l’ouverture technique permettait notamment à la National Security Agency américaine  (NSA) de se brancher sur à peu près n’importe quel câble tel que l’ACE, qui part de notre petit port breton de Penmarc’h pour descendre au fond de l’océan et connecter 23 pays jusqu’en Afrique du Sud 17.000 kilomètres plus loin (photo).  La prédominance d’acteurs américains a permis aussi à la NSA d’invoquer la sécurité nationale pour obliger les fabricants de logiciels majeurs à ajouter des ‘portes dérobées’ dans le but de pomper à peu près n’importe quelle information. Ce n’était pas un secret, mais la nouveauté c’est que nous savons maintenant à quel point l’espionnage et l’enregistrement automatisé sans objectif particulier sont massifs, indiscriminés et sans contrôle. L’internet était devenu une plateforme de surveillance mondiale, ni plus, ni moins.
Pour une large part, c’est du aux protocoles techniques de l’internet qui proposent une sécurité minimale dans la mesure où l’internet lui-même existe comme libre support à la libre circulation de l’information. La philosophie de ces normes techniques vise à favoriser la diffusion rapide de l’information, pas sa protection contre des interceptions généralisées.

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Ces protocoles n’émanent pas du gouvernement américain (comme dit la légende), ils émanent d’un groupe informel de volontaires qui travaillent ensemble pour élaborer les standards de fonctionnement de l’internet mondial; standards qui deviennent ensuite les normes techniques que les fabricants et fournisseurs de services doivent respecter pour que le Machin fonctionne quand on clique dessus.
Cette équipe internationale sans adhésion, sans budget et sans statuts s’appelle l’IETF : Internet Engineering Task Force. Il est possible qu’aucune autre équipe de bénévoles n’ait autant d’influence sur la vie quotidienne d’autant de personnes.

Bref, il n’en reste pas moins que les travaux de l’IETF ont abouti à des standards techniques relativement peu protégés.
Il y avait là une porte ouverte que les services secrets de tout bord ont franchi en rigolant. C’était le premier round   -l’âge de l’innocence.
Vainqueur : NSA.

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Mais fini de rire.
Une infrastructure peut demeurer ouverte et aussi proposer des standards élevés de sécurité. Ce sera tout l’objet des travaux de l’IETF dans les prochaines années, tel que l’a défini l’assemblée annuelle du 7 novembre 2013, qui rassemblait les 100 groupes de travail répartis dans le monde.

Un exemple frappant peut illustrer les tendances à venir : dans les documents publiés par Edward Snowden, on trouve le nombre d’interceptions perpétrées par la NSA sur des carnets d’adresses @Yahoo (444.743) que l’on peut comparer aux interceptions perpétrées sur des carnets d’adresses @Gmail (33.697). La différence entre les deux s’explique par l’utilisation par défaut d’un protocole sécurisé par Gmail, alors que Yahoo se contente de… rien du tout.
…du moins jusqu’à la décision de l’entreprise Yahoo de basculer aussi vers ce standard SSL sécurisé à partir de l’année 2014.
D’autres suivront n’en doutons pas, car le discours généralisé des acteurs de l’internet a toujours été fondé sur la confidentialité, la mise en place d’un haut niveau de sécurité qui favorise la confiance entre les parties et donc le business.
La bonne blague… alors que certains d’entre eux (dont des vendeurs d’antivirus) mettaient en place sans protester des faiblesses volontaires dans leur code informatique, pour permettre aux techniciens de l’espionnage de surveiller tout et n’importe quoi.

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Les actions de l’IETF pour rendre plus robuste le réseau internet permettront de pallier à ce genre de soumission(s). Comme j’en parlais dans un autre article : le critère d’évaluation absolu pour une technologie consiste à poser une question : à quel point un système technique favorise la possibilité d’une dictature ?
Les actions de l’IETF vont corriger ce qui était finalement une vulnérabilité majeure de l’internet dans son ensemble. L’acte de surveiller en masse va devenir plus coûteux et c’est ce qui fera la différence. En effet jusqu’à aujourd’hui c’était simple et pas cher. A partir du moment où ça devient complexe et cher, les ressources vont être déployées vers les ‘cibles’ qui comptent vraiment en termes de sécurité nationale. L’immense majorité de la population qui était espionnée sans raison va cesser de l’être, car ce sera devenu trop cher de percer les murs sans but précis.

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La question qui se pose maintenant réside dans les aspects politiques du sujet.
Quelles limites une société civile peut-elle imposer à des administrations hors de contrôle, qui sont susceptibles de contribuer à la possibilité d’un fascisme ?
Car ce n’est pas une autorité dictatoriale que nous voulons éviter, c’est sa possibilité. Mon discours est favorable au cryptage fort, au respect absolu de la confidentialité des communications et au droit à l’anonymat.
Bien entendu.
Mais bien entendu aussi, nous devons admettre que ce monde porte des vrais méchants que personne n’a intérêt à voir s’épanouir. L’intérêt de la surveillance est donc incontestable lorsqu’un soupçon est suffisamment solide pour les mettre hors d’état de nuire.
Cela ne veut pas dire qu’il faut surveiller tout le monde ‘au cas où’ simplement parce que c’est techniquement possible. Ce monde là  permet la dictature dans toutes ses nuances, du fascisme violent à la 1984 jusqu’à l’arbitraire poussé à l’absurde du Procès de Kafka. Or, c’est effectivement ce qui se passe avec les pratiques arbitraires de surveillance généralisée de la NSA… et aussi très probablement de la DGSE, du MI-6, de l’ISI et tous leurs cousins de par le monde.
A cet égard, il me semble bien que tous les gouvernements de par le monde n’ont pas été réellement scandalisés par les pratiques de la NSA. Ils en étaient jaloux.
Pour parler plus clairement, j’en veux pour preuve la loi française de programmation militaire 2014 – 2019 qui, dans son article 13 autorise précisément ce que la France a reproché aux États-Unis après le scandale PRISM : des interceptions en masse, sans contrôle et sans objectif précis. C’est la possibilité légale de surveiller l’ensemble d’une population.

Comme disait Juvénal : Quis custodiet ipsos custodes ?

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Finances personnelles (2) : les revenus passifs 14 janvier 2014


Ainsi que nous en parlions dans l’article sur les finances personnelles, à partir du moment où vous touchez des revenus votre premier objectif devrait être de constituer un socle équivalent à un an de revenu. Cette somme pourra varier selon vos besoins, mais quelle que soit votre situation votre objectif suivant sera de la reconstituer d’abord et avant toute autre dépense.

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A ce stade vous entrez dans la petite fraction de population qui possède une certaine (mais toujours relative) sécurité financière. Vous pouvez choisir de vous arrêter là et être très satisfait d’un salaire régulier adossé à un an de réserve. Nul ne vous en tiendra rigueur sauf les organismes de crédit à la consommation dont vous n’utiliserez pas les services. Mais après tout, c’est votre argent, n’est-ce pas ?  :)
Vous pouvez aussi poursuivre votre cheminement intellectuel… car si la justification d’avoir un travail est d’avoir une indépendance financière, alors si vous devez travailler pour gagner de l’argent, c’est que vous n’êtes pas indépendant.

Avec votre épargne de précaution sous le coude, vous pouvez cependant prétendre au grade supérieur : acquérir non plus de la sécurité, mais de la liberté.
C’est l’objet de cet article.

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A quoi ressemble la vie lorsque vous n’êtes pas obligé de travailler pour gagner de l’argent ? Comment gère-t’on les dépenses en nourriture, en habillement ou le re-remplissage du socle d’un an de réserve si l’embrayage de la voiture a lâché ?
Et d’abord, comment y parvient-on, à la vraie indépendance financière ?
Vous pourriez me répondre qu’en travaillant toute notre vie, il arrive un moment où l’on atteint cette situation : ça s’appelle la retraite…
Avec cet état d’esprit, vous aller rapidement faire partie de ces gens qui acceptent une vie pas terrible dans l’attente d’une retraite médiocre. D’ici là, vous prendrez vos vacances  »pour oublier les soucis » (à ce stade, sans doute pourriez-vous lire mon post sur la tolérance comme résistance à l’amour…).

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Mais l’indépendance financière ce n’est pas prendre sa retraite.

Il ne s’agit pas de prendre sa retraite, il s’agit de se donner une liberté de choix.

La liberté financière consiste à percevoir des revenus qui ne dépendent pas de votre activité. Des revenus passifs. Que vous soyez officiellement salarié, auto-entrepreneur, au chômage, en vacances, immobilisé sur un lit d’hôpital ou employé bénévole pour la Croix-Rouge, cet argent parviendra à votre compte bancaire quoi qu’il arrive. Vous n’êtes donc plus dépendant d’un employeur qui vous verse de l’argent en échange d’un travail, ce qui n’empêche pas de continuer à avoir un travail -sauf que vous n’exercez plus d’abord pour l’argent.
C’est le pouvoir de dire à voix haute : ceci ou cela ne me plaît pas et j’ai les moyens de vous dire (avec un sourire insolent au coin des lèvres) : Je m’en vais faire quelque chose qui me plaît davantage, allez-vous faire f**tre.   En anglais dans le texte, cette manière de générer de l’argent s’appelle  : Fuck-you money.

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Très probablement, vous ne serez jamais au niveau de Bill Gates qui touche douze millions d’intérêts annuels sur ses placements, pour un mode de vie qui en coûte quatre (donc chaque année, il a huit millions d’excédent). Très probablement, vous aurez besoin de travailler pour avoir un revenu actif toute votre vie. Mais rien n’empêche de vous constituer une portion de revenu passif pour être un peu plus indépendant. Pour avoir un peu plus la liberté de faire les choix de vie qui vous conviennent réellement (et donc la liberté de dire parfois ‘’Fuck you, ceci ne me plaît pas. Je m’en vais’’).

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Mais je n’ai pas encore répondu à la question : comment parvient-on à se constituer des revenus passifs ?

Il s’agit d’investir afin de créer des sources de revenu supplémentaire qui vous apporteront une rémunération sans rapport avec ce que vous faites de vos journées. Ces revenus passifs proviennent d’une certaine somme d’argent investie pour produire des intérêts : ce sont ces intérêts réguliers qui vous servent de ‘salaire’. Et ces revenus vous parviendront en plus du salaire éventuel que vous pourrez gagner avec un emploi rémunéré.

Comme j’en parlais précédemment avec les deux principes du chameau et de la cigale, vous serez mieux loti si vous êtes naturellement capable d’épargner 1000 euros plutôt que de claquer cette somme dans un nouvel écran plat haute définition. Ces mille euros si vous les placez à 5% d’intérêts annuels, vous rapporteront 50 euros par an pour le reste de votre vie. Cinquante euros ce n’est pas assez ? Et bien cumulez… c’est exactement comme cela que ça démarre la constitution d’un revenu passif. Pour toucher par exemple environ 300 euros par mois, toute votre vie, vous devrez placer une somme de 90.000 euros sur deux ou trois supports financiers qui rapportent 5% avant impôt.
L’accroissement de votre richesse a des vertus euphorisantes, vous le constaterez en comprenant que l’ensemble s’auto-alimente :
________________________salaire > épargne > investissements > revenus passifs > salaire(s).
… mais tout cela sera une conséquence de votre comportement frugal, y compris si vous êtes bénéficiaire d’un riche héritage, d’un gain de loterie ou de la revente de diamants dérobés sur une piste d’aéroport.

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Loin de moi maintenant l’idée de vous conseiller sur le choix de ces supports financiers, hormis préciser que la diversification est salvatrice car si l’une des sources se tarit, les autres continueront de vous irriguer. Comme disait ma grand-mère, il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
D’autre part, j’attire votre attention sur le fait que des revenus réguliers c’est une bonne chose, mais vous devez également prendre en compte l’aspect patrimonial. Toucher des revenus grâce à vos placements est une chose… mais toute votre  »surface financière » doit être équilibrée. Votre patrimoine tout entier doit être réparti durablement (comme dirait Warren Buffet) ce qui signifie que si vous étiez contraint de ne plus pouvoir gérer votre argent pendant cinq ans, vous devez être à peu près capable de prédire les résultats la sixième année parceque vous investissez sur des supports fiables, qui reflètent une activité digne de confiance en termes financiers.
Vos investissements doivent être diversifiés, rémunérateurs ET fiables à long terme. L’erreur des petits jeunes est de préférer la rémunération à la fiabilité et ça s’appelle de la spéculation.
Ce n’est ni fiable, ni propice à vous assurer un avenir tranquille…
Du reste, avec un patrimoine correctement diversifié ce n’est pas 5% de rendement avant impôts que vous pouvez attendre, c’est 7 ou 8%… mais par mesure de prudence, vous considérerez que chaque investissement rapportera au maximum 4%. Pas plus. Espérez le meilleur, mais préparez le pire.

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La  »sagesse » populaire actuelle, issue d’une éducation financière médiocre, consiste à reproduire le modèle dominant, à savoir majoritairement devenir propriétaire de sa résidence principale. C’est maintenant à vous de faire vos comptes, au sens propre. De combien d’argent avez-vous besoin réellement par an, pour assurer le minimum vital ? Au lieu d’une stupide maison à 250.000 euros qui vous coûtera de l’argent, combien vous rapportera cette somme si vous l’investissez à 5% par an ?
Et voilà, c’est fait : à partir du moment où vos revenus passifs garantissent que vous ne passerez jamais sous le seuil de pauvreté, vous êtes financièrement indépendant(e). Vous pouvez travailler pour l’argent de poche et dire fuck you quand on vous marche sur les pieds trop longtemps.
… ce qui me ramène à mon propos de départ sur la médiocrité des enseignements économiques fondamentaux, car ce n’est pas à 30 ou 40 ans qu’on doit apprendre cela, c’est avant le baccalauréat.

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Pour le dire autrement (encore !), toute cette histoire de revenus passifs permet une chose : être en position de force. Vous aurez la force de refuser tout autant que vous aurez la force d’assumer vos choix de vie. C’est l’illustration que l’indépendance financière est un outil d’émancipation et de libération au niveau individuel, face aux multiples contraintes sociales et économiques qui s’exercent sur nous au quotidien (à commencer par vous libérer de la dépendance au modèle consumériste). A bien y réfléchir d’ailleurs, toutes les positions de force sont bonnes à acquérir à l’échelle individuelle -car chacune nous libère.
Sujet de thèse de doctorat en vue du prix Nobel d’Économie : combien de temps survivrait la civilisation mondiale actuelle si le principe du revenu passif était enseigné au lycée, avec comme philosophie sous-jacente l’émancipation de l’individu ?

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Nous verrons cependant la semaine prochaine  que quand on n’est pas à cent euros près, il est très facile de donner des conseils stupides aux personnes qui sont à dix euros près…

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Finances personnelles (1) : le socle 7 janvier 2014


L’idée de cet article m’est venue en écoutant la conversation de deux étudiants d’une vingtaine d’années, dans un transport public.

Le discours classique concernant  »le travail » consiste à dire qu’il faut avoir un travail pour gagner de l’argent. Cet impératif social dissimule mal l’idée sous-jacente qu’en réalité l’importance du travail est moindre que le salaire qu’il procure. Il faut avoir un travail pour avoir un salaire, pour pouvoir acheter. Devenir propriétaire de sa résidence principale, rouler en voiture de marque allemande et avoir un chien. Et deux enfants.
Pour résumer, en quatre mots : reproduire le modèle dominant.

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En France en particulier, ‘travailler pour avoir de l’argent’ est le seul enseignement économique directement utile que les enfants reçoivent, quel que soit leur niveau, au moins du collège au baccalauréat.
C’est un enseignement d’une pauvreté intellectuelle monstrueuse.

[ EDIT 2014 : merci à Noémie d’avoir signalé le rapport PISA publié par l’OCDE sur la culture financière des jeunes de 15 ans scolarisés dans 18 pays (cf. les commentaires, au bas de cet article). Pour les curieux qui voudraient évaluer le niveau minimal qu’on attend d’un adolescent de nos jours, cliquez ici pour faire le test PISA en français ]

L’enseignement des Sciences Humaines et Sociales -dont l’économie- peut être mieux fait et doit être rendu plus pertinent pour la construction du citoyen. Savoir quel est le PIB de la France est une chose, savoir comment naviguer sainement d’un point de vue individuel dans une économie capitaliste en est une autre.
Travailler pour toucher un revenu, d’abord, ça ne sert pas à acheter des trucs. Ça sert à n’être pas dépendant de l’obole de quiconque, ce qui permet de faire ses propres choix de vie avec la certitude que notre salaire tombera quoi qu’il arrive.
Ce discours prend une importance particulière quand on s’adresse à des personnes de sexe féminin, car elles doivent apprendre que leur libre activité professionnelle leur permettra de ne pas dépendre d’un crétin de mari. …elles doivent apprendre cette idée, ce qui signifie que la société et en particulier l’environnement familial ne la diffuse pas spontanément. C’est une autre raison raison de s’affliger et une autre raison de donner aux enfants un enseignement économique autrement plus pertinent. C’est là que surgit la notion de gestion des finances personnelles.

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L’argumentaire en faveur de l’indépendance financière est bien sûr louable. Mais par définition si vous êtes contraint de travailler pour gagner de l’argent, c’est que vous êtes dépendant. Vous êtes dépendant des personnes ou des organisations qui vont rémunérer votre travail.

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Et c’est une bonne chose. Vous apprenez ainsi que tout travail mérite salaire et qu’un salaire suppose qu’on ait fourni un travail au préalable.
C’est typiquement le genre de leçon qu’on n’apprend pas sur les bancs de l’école mais plutôt derrière une caisse enregistreuse chez Mc Do : soyez ponctuel, faites de votre mieux et point barre. Après et seulement après, vous aurez votre salaire.
Après et seulement après, vous pouvez exercer votre liberté individuelle en répondant à la question : je fais quoi avec cet argent ?
L’objet de cet article est de vous convaincre que vous avez intérêt à considérer cet argent (A) comme un apport qui permet d’atteindre le premier objectif de gestion en finances personnelles : avoir un an de revenu en réserve, immédiatement disponible. C’est avec le reste (B) que vous assurez les dépenses de la vie quotidienne.
Entre les deux, il y a le socle. La baignoire d’argent liquide. La réserve stratégique qui vous permet de faire face aux vents contraires.

Les gens qui trouvent ça douloureux appellent ça ‘un effort’. L’effort d’épargne, pour se constituer une épargne de précaution.
Mais en réalité ça n’est pas douloureux, c’est même plutôt euphorisant de voir croitre sa propre richesse, comme une couche de gras qui nous protège des chocs… et se rendre compte qu’il n’est nul besoin d’être l’héritier d’une grande fortune pour devenir plus riche, un sou après l’autre. Ce qui est vraiment douloureux, c’est de voir quelqu’un qui se retrouve au chômage et qui est presque immédiatement en détresse financière. Faites en sorte que ça ne vous arrive pas. Jamais.  Voilà quel serait l’enseignement économique de base qu’on apprend à onze ans : utiliser son salaire d’abord pour avoir une épargne de précaution.
Pour atteindre ce premier objectif, quelques principes de comportement vous permettront donc de vous en sortir seul et glorieusement. Ils fonctionnent tout le temps, en tout lieu et à toutes les époques. Quand tout va bien et aussi quand tout va mal   -surtout quand tout va mal. L’épargne de précaution est l’équivalent de la ceinture de sécurité en voiture : mieux vaut l’avoir et ne pas en avoir besoin, plutôt que d’en avoir besoin et ne pas l’avoir.

A ce titre, en termes de lecture de référence je suggère la version française de L’homme le plus riche de Babylone par George Clason.
Voilà à quoi ça ressemble, un enseignement économique directement utile. On peut aisément s’inspirer de cet ouvrage pour éduquer financièrement une population, même à des enfants qui ne sont pas en âge de lire le livre.

(1)   Principe du chameau. La première et fondamentale règle en finances personnelles consiste à dépenser moins que ce que vous gagnez.
Vérifiez donc sur l’année passée si vos dépenses ont été inférieures à vos revenus…

(2)   Principe de la cigale. La deuxième règle est de se payer en premier. Chaque fois que vous gagnez de l’argent, stockez au moins 20% de la somme immédiatement, avant même de penser à ce que vous pouvez acheter. Tentez même d’en stocker 40%…
En réalité, vous venez déjà de vous offrir un bien extrêmement précieux : un peu plus d’argent de côté, donc un peu plus de sécurité.

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La mise en place d’une épargne de précaution devrait donc être votre premier objectif. Mais de la même manière qu’il faut un contenant non détérioré pour recueillir un liquide, il vous faudra avoir un comportement non dispendieux en vertu du premier principe de frugalité (voir ci-dessus, l’allégorie du chameau). Inutile de remplir le bocal si vous le siphonnez sans arrêt, n’est-ce pas ? Pensez bien qu’en termes de niveau de vie, il ne faut pas se laisser faire par le marketing : avoir de l’argent est le contraire de dépenser beaucoup d’argent. Avoir de l’argent c’est le contraire d’en mettre plein la vue aux voisins. Si vous êtes déjà allé en Suisse (au hasard) vous savez que le type qui arrive en Porsche 911 pour boire un verre au bar du Beau-Rivage à Lausanne n’est probablement pas plus riche que celui qui fume son cigare dans le jardin public voisin et qui porte une chemise de bûcheron percée aux coudes… et surtout : il n’est très probablement pas plus heureux.
L’épargne de précaution est une étape qui vous met à l’abri d’un événement grave et imprévu. Vous-vous achetez de la tranquilité d’esprit.
Ce n’est pas une tirelire pour les gros achats. Ce n’est pas non plus parce que vous avez un an de salaire en réserve que vous êtes riche. C’est seulement le premier pas vers l’indépendance financière.

Au-delà d’un certain seuil en effet, vous atteindrez votre objectif : un an de salaire en réserve, quoi qu’il arrive, en plus de vos revenus habituels que vous gagnez grâce à des compétences que vous pouvez monnayer. A ce stade, vous entrez dans la catégorie de population qui a une certaine (mais toujours relative) sécurité financière.

Mais que faire avec le surplus ?   Vous pouvez prétendre au grade supérieur : acquérir non plus de la sécurité, mais de la liberté..

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C’est l’objet du post suivant… qui sera en ligne la semaine prochaine.

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Du RFID pour manger 16 novembre 2013


Ces dernières années, la Chine a vécu de nombreux scandales qui ont littéralement pourri la réputation de son secteur agroalimentaire, notamment dans la transformation du lait, du porc et du riz, trois composants de base de la nourriture locale.

Le scandale du lait contaminé à la mélamine en 1998 par exemple, avait concerné 22 entreprises dont Sanlu (三鹿集团), largement connue dans le pays, qui détenait presque 40% de parts de marché. Cela a particulièrement choqué la population car une large part des 290.000 malades fut des enfants dont 6 ne survécurent pas et il fut impossible de retirer de la vente les produits concernés car personne n’était capable de les identifier avec précision. 9.000 tonnes de lait furent rappelées, moins de 3.000 furent récupérées. Suite à cela, onze pays suspendirent leurs importations d’agroalimentaire chinois… et inutile de dire que l’entreprise n’y survécut pas, ce qui n’est que justice.
Politiquement, cela contribua aussi à amoindrir la confiance de la population envers le gouvernement central -ce qui est bien la dernière chose dont la Chine a besoin.
En conséquence, la sécurité alimentaire est devenue une priorité nationale majeure, parce qu’un pays ne peut tout simplement pas se passer de la confiance en ce que mange sa population.

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L’une des solutions a consisté à construire une usine de production de lait en poudre chez ceux qui font ça très bien : en Bretagne. La société chinoise Sheng Yuan investit 100 millions d’euros (!) pour démarrer l’activité en 2015.

Une autre solution, plus pérenne, consiste à réellement prendre en compte les erreurs du passé et corriger les défauts du système agroalimentaire existant.

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Ainsi depuis 2011, l’université Fudan (复旦大学) de Shanghai et son laboratoire Auto ID coordonne le projet Agriculture internet of Things and Food Safety and Quality, avec 20 autres équipes de recherche, entreprises et instituts spécialisés. L’ensemble est directement suivi par le ministère chinois des Sciences et de l’Industrie.
Le projet consiste à utiliser les technologies de l’internet des objets (IOT – Internet Of Things) pour tracer les produits agricoles depuis la ferme jusqu’à l’étal des magasins en couvrant toute la longueur de la chaîne logistique.
Il s’agit en résumé d’un projet de déploiement qui rassemble trois couches techniques : les capteurs, la communication et l’application : c’est l’infrastructure de base de l’internet des objets et ce projet est rien de moins que l’un des fondements de cette infrastructure mondiale en devenir.

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La  »couche capteurs » surveille les conditions initiales du bétail et des plantes (point de départ : le champ ou l’étable), ces différents ingrédients de base qui feront une brochette de porc sauce soja (par exemple).
Différents outils d’identification sont utilisés selon la valeur ajoutée du produit fini : les puces RFID peuvent être utilisées pour suivre le bétail, du poisson ou des fruits fragiles, tandis que des étiquettes à code-barre ou des QR Codes permettent de suivre des chargements d’oranges. Ce n’est pas une grande perturbation des habitudes des producteurs, puisque l’étiquetage est déjà une pratique courante (et obligatoire). La problématique économique consiste à éviter de peser trop cher dans le prix de vente.
Tout au long du cycle de vie de la matière première, les capteurs complexes reçoivent et stockent des informations transmises par un réseau qui s’étend de l’étable au magasin en passant par les camions frigorifiques et les hangars de transit (voire même éventuellement jusqu’à l’intérieur de votre frigo). L’ensemble est automatisé et se passe très largement de l’intervention humaine, ce qui est une très bonne chose puisque le risque de fraude en est drastiquement réduit.
Des données concernant la température, l’hygrométrie, les composants chimiques dans l’air ambiant, les recongélations abusives ou le temps de transport sont ainsi tracés et aisément lisibles sur internet (cf. ci-dessous : la  »couche application »).

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La  »couche communication » est conçue pour permettre aux objets de se parler (ce qui est le propre de l’internet des objets…) : capteurs en réseau, étiquettes parlantes, scan automatique des codes-barres, liaisons et archivage en ligne, etc.   .

En termes techniques ce projet consiste donc à déployer une architecture IoT, basée sur un protocole ONS (Object Name Service). C’est le China Network Information Center qui a fourni l’ONS racine pour ce projet -une manière commode de tester en même temps tout le réseau internet dans son usage dédié aux objets …à l’échelle d’un tiers de l’humanité vivante, ça n’est pas un petit enjeu.
Dans une première phase de tests, le système trace les objets par lot mais l’objectif réel est de permettre un suivi individuel sur la base d’identifiants uniques de type GIAI -Global Individual Asset Identifier. Autrement dit, il ne s’agit plus de suivre un conteneur de pommes, mais chaque pomme avec son propre numéro de série. Ces identifiants font partie du référentiel GS1, qui est une norme mondiale. Pour des Chinois qui envisageraient d’exporter leurs produits c’est intéressant car les autres pays ont la même normalisation en particulier la FDA –Food and Drug Administration américaine.

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La  »couche application » est le dernier étage de l’édifice qui permet aux fermiers, aux industriels ou aux consommateurs (ou aux services vétérinaires, ou aux douanes) de consulter les données, soit en temps réel soit plusieurs mois après, selon les délais d’archivage qui seront définis.
Ces données sont à ce stade considérées comme de l’open data, c’est à dire mises à disposition du public pour tous les usages que l’on voudra bien en faire.
Et l’ensemble permet aussi à différents intervenants d’accéder à ces informations. Les professionnels ne sont donc pas les seuls à y avoir accès ce qui tombe très bien puisque ce sont les professionnels eux-mêmes qui ont été la cause des scandales récents. Pour des exemples proches, voir le cas Spanghero. 

Un fermier du Yunnan pourra présenter sur son site web le suivi en temps réel de sa cargaison de thé à destination de Pékin, photos à l’appui et ses clients pourront anticiper l’arrivée de leur marchandise, son état et préparer l’évaluation de leur vendeur exactement comme sur Amazon pour des livres.
En passant une bouteille de lait en poudre devant son smartphone, une mère de famille de Hong Kong pourra retrouver l’origine de ce lait quasiment avec le nom de la vache, la date de traite ainsi que le chemin parcouru pour parvenir jusqu’à elle.

Pour la fin de l’année 2013, le système de gestion de la chaîne logistique est prévu de pouvoir tracer dix types différents de produits issus de la province du Shandong et du Shanxi, du champ au magasin.
La prochaine étape dans le courant de l’année 2014 consistera à équiper les cantines scolaires de ces provinces de cet équipement. A quand ce genre d’innovation dans les cantines scolaires de France ? Accessible aux parents d’élèves sur internet ?

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Contrairement au préjugé fréquent sur tout ce qui vient d’ailleurs et en particulier de Chine, il se pourrait bien que nous ayons encore un long chemin à parcourir. La revue de référence La France agricole ne possède aucun (aucun !) article mentionnant l’étiquetage RFID ou qui aborde le thème de la traçabilité intégrale, du champ au magasin.  Ce sujet est laissé aux industriels de la distribution et de la transformation (voir la revue LSA ou l’Usine Nouvelle).  

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A ce titre le projet français qui s’approche le plus du Agriculture internet of Things chinois,  »Breizh RFID », est mené par la société E. Leclerc pour assurer la traçabilité des produits qui entrent dans sa centrale d’achats Scarmor et les magasins qui s’y approvisionnent (donc tout l’amont échappe au contrôle). D’autres sociétés comme Intermarché s’équipent également en RFID pour leurs chariots ou les bacs de transport. Mais il s’agit d’une traçabilité des lots et non des produits individuels comme cela se fait en Chine. Ce qui dénote que les fermiers ou éleveurs français n’ont pas conscience qu’ils ont un rôle majeur à jouer en tant que point de départ de toute la chaîne agroalimentaire. En cela, ils ont une zone de pouvoir (comme dirait Crozier) importante car tous les autres maillons sont dépendants d’eux. Or, puisqu’il s’agit d’une chaîne, c’est bien l’ensemble des maillons,  »du champ au magasin », qui doit générer une dose de confiance et pas seulement certains d’entre eux.

En 2011 par exemple, un audit européen avait conclu à  »la compétence des services officiels français de contrôle pour la maîtrise de la traçabilité et de l’étiquetage de la viande bovine »… Environ 18 mois plus tard éclatait le scandale de la viande de cheval vendue pour du bœuf. Les félicitations accordées aux services officiels français de contrôle ne servaient pas à grand chose vis-à-vis de l’ensemble de la chaîne agroalimentaire, puisque les maillons pourris de cette affaire concernaient des intermédiaires commerciaux. Pour remédier à cette fraude l’Europe a lancé des tests ADN aléatoires qui sont censés être rendus publics en avril 2013.

Ainsi, l’Europe et en particulier la France a choisi la solution qui favorise un retour rapide à la normale au lieu de corriger massivement un système défectueux qui permet de telles fraudes à grande échelle.

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Citation (17) : Cessez le feu 11 novembre 2013


USMC general James N. Mattis : 21st century version of the Monroe doctrine.
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« Je viens en paix.
Je n’ai pas apporté l’artillerie et j’ai renvoyé les chars.
Mais je vous en conjure, avec des larmes dans les yeux : ne tentez pas de me baiser, ou je vous tuerai  tous. »
Général de Corps d’Armée James N. Mattis, 1e Division de Marines (USMC).
Ouverture des négociations avec les responsables irakiens de Fallujah, printemps 2004.

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I come in peace.
I didn’t bring artillery and i sent back the tanks.
But i’m pleading with you, with tears in my eyes : if you fuck with me, i’ll kill you all. »
General James N. Mattis, 1st Marine Division (USMC).
Opening the negociations with iraqi leaders of Fallujah, spring 2004.

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Le vélo 21 octobre 2013


Je suis adepte des déplacements à vélo.
Le mien est un vélo d’occasion, blanc, simple et léger. Je n’en connais pas la marque.
Pour les connaisseurs, précisons que l’engin est un mono vitesse (singlespeed) à rétropédalage, à mi-chemin entre le vélo de type hollandais et le radical fixie . Lorsque la conversation démarre à un feu rouge et qu’on n’a pas le temps d’aborder La distinction de Pierre Bourdieu, c’est une manière tout à fait honorable de montrer à ses congénères dans quelle case sociale on se place :
‘C’est quoi votre vélo ?’
‘Oh, rien de spécial c’est un single.’
‘Cool.’

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J’ai pris le temps de me documenter et de choisir le bestiau en fonction du terrain, car c’est mon moyen de locomotion favori pour les trajets autour de chez moi et en particulier domicile-travail. Avec mes 15 minutes de trajet je ne peux pas me comparer à un bike commuter anglo-saxon, mais c’est suffisant pour porter un regard différent sur la ville.
Cela me permet aussi de sortir du contexte habituel des articles sur ce blog, pour toucher du doigt le domaine de la vie quotidienne dans ce qu’elle a de plus concret.
En effet… :
Le vélo est le seul véhicule dont l’usage augmente l’espérance de vie de son conducteur. Rien d’autre n’est comparable en termes de bienfaits sur la santé.
Le vélo est une pierre supplémentaire apportée à l’édifice d’une société vert brillant.
Le vélo est le transport le plus rapide en ville pour les distances jusqu’à 5 kilomètres (trajet urbain moyen en voiture : 3 kilomètres).
Le vélo est fiable, en particulier un modèle qui n’a pas de dérailleur et en incluant un montage à pneus renforcés.
Le vélo c’est gratuit.
Le vélo c’est amusant.
Les gens à vélo sont beaux.

Et surtout, le vélo vous met en sécurité.
Cette petite phrase mérite explication… d’autant plus qu’en tant que cycliste, je conseille le port de gants avant même le port du casque.

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Depuis le milieu des années 1990, les politiques publiques ont cessé de favoriser la voiture exclusivement. Comme l’avait fait sa copine Margaret Thatcher au Royaume-Uni, Georges Pompidou avait initié la chose en France en 1975 en déclarant qu’il fallait adapter les villes à la voiture… jusqu’à ce qu’on se rende compte vingt ans plus tard que la ville n’est pas qu’un lieu de transit, c’est aussi un lieu de vie.
Or, en favorisant les cyclistes et notamment en séparant les flux, le nombre de pratiquants réguliers augmente ce qui réduit le taux d’accident et leur gravité. Entre 1996 et 2005, les décès de cyclistes en Europe ont ainsi diminué de 32%.
C’est l’effet de masse critique : à partir d’un certain seuil, le groupe protège l’individu du simple fait de sa masse (vis-à-vis des usagers extérieurs) et du fait de son autorégulation interne (dissuasion des comportements à risque).
Adossé à cet effet protection de l’individu par le groupe, on ajoutera (ou pas) des politiques d’aménagement et de design urbain qui conçoivent des infrastructures protectrices (ou pas) avant même qu’un cycliste enfourche sa monture.
Cela nous amènerait à parler par exemple de la ville de Portland dans l’Oregon, où le nombre de décès de cycliste en 1999, 2000, 2002, 2006, 2008 et depuis 2010 est égal à… zéro. Rien. Personne n’est mort.

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.Quels étaient donc les circonstances de ces accidents et en quoi me permettent-elles de conseiller d’abord de porter des gants pour se protéger les mains, plutôt qu’un casque pour se protéger la tête ?

L’immense majorité des chutes est sans conséquence. Le (ou la) cycliste se relève et s’en va. Personne n’en est informé. Ces chutes n’entrent donc pas dans les statistiques.
Dans 80% des accidents assez sérieux pour être signalés, il n’y a pas de tiers impliqué. La victime est tombée toute seule, comme un grande. Le comportement du cycliste est donc en cause, et non celui des autres.
Dans ces situations-là, qui représentent en proportion la seule forme de chute que connaîtra un cycliste dans sa vie, les mains sont la première forme de protection contre le sol, suivent les bras puis les jambes (notamment en cas de dérapage de la roue arrière).
Plus la chute est dure, plus les conséquences nous amènent vers un poignet cassé, voire un coude ou une clavicule… et la tête n’aura même pas touché le sol.
Je conseille donc de porter des gants ou mitaines renforcés au niveau des paumes et des manches longues. Pour aller au bureau, une veste de costume déchirée vaut mieux qu’un bras en sang, n’est-ce pas ?

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Enfin, si votre chute finit directement sur votre sublime tête, le casque sera utile si votre cuir chevelu touche l’obstacle. Le casque ne servira à rien en cas de choc facial (visage) ou latéral (profil et oreille).
Et à supposer qu’il soit correctement attaché et à la bonne taille et que la chute vous amène à tomber là où le casque vous protège, il vous protègera d’abord des lésions cutanées sur le haut du crâne. Votre tête sous la roue d’une Fiat 500 finira grosso modo dans le même état, avec ou sans casque. Le poétique vocabulaire médical appelle cela une  »destruction massive ».
Bien entendu, je ne tente pas ici de vous dissuader de porter un casque à vélo et je ne minimise pas la gravité des chocs à la tête en vélo.
Les atteintes de la tête en vélo sont peu fréquentes, mais ce sont les plus graves et même elles sont toujours graves chez l’enfant et les plus de 60 ans : voir l’étude INRETS  »vélo et casque », rapport UMRESTTE 0908 de mai 2009.
Par contre je vous dissuade de croire qu’un casque de vélo vous protègera en cas d’accident grave. Ça, c’est une croyance, un rituel magique pour éloigner le mauvais œil :  »Mets-ton casque, pour pas avoir d’accident !  »

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1.214 personnes sont mortes à vélo en Europe en 2005, dont 60% environ mortes d’un choc à la tête soit 728 personnes. Pour se représenter une échelle de volume, on peut comparer ce nombre aux 80.000 morts annuels du fait d’accidents domestiques.
A l’échelle européenne, la victime ‘statistique’ à vélo est un homme dans 80% des cas, qui sera tué à un carrefour urbain entre mai et octobre (donc à la belle saison), plutôt un vendredi entre 16 et 20 heures (donc en plein jour) et percuté par une voiture. Les statistiques françaises nous apprennent même que cette voiture le percutera par l’arrière à une vitesse inférieure à 40 km/h.  »Percuté par l’arrière » signifie bien sûr que voiture et vélo circulaient sur la même voie. Ceci est la cause de l’accident : les flux de circulation n’étaient pas séparés.
En France, cela nous ramène à 108 cyclistes morts d’un choc à la tête sur environ 10.000 accidents de vélo signalés. C’est trois fois moins que les piétons tués par accident de la circulation.
cliquez ici pour l’étude européenne 2011 (in english) sur l’accidentologie des cyclistes.

A ce titre, l’idée de rendre obligatoire le port du casque à vélo est un non-sens puisqu’il n’empêche pas l’accident grave (prévention), il n’empêche pas ses conséquences (protection) et il ne traite pas non plus 80% des cas d’accident plus fréquents que le choc à la tête… et bien sûr le port du casque ne traite pas les causes d’accident. Dans une certaine mesure, j’irais même jusqu’à dire qu’il donne un faux sentiment de sécurité, un peu comme le conducteur qui croit que le dispositif ABS de sa voiture lui permet de freiner plus court… ou un peu comme le préfet qui pense que les accidents de voiture dus à l’alcool vont diminuer parce qu’il y a davantage de radars sur le bord des routes…

Bref. C’est une erreur de penser que le casque de vélo protège des conséquences d’un accident grave, notamment du traumatisme crânien.
Lorsqu’on est à vélo, on N’EST PAS protégé en cas d’accident grave. La SEULE protection c’est la prévention : faire ce qu’il faut pour ne pas avoir d’accident.

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Nous aurions mieux à faire que de tergiverser sur le port d’un casque.

Par exemple cesser de considérer le vélo comme un mode de transport  »doux ».
Mon vélo n’est pas en pâte à modeler  -si je tombe ce sera brutal, si je percute ce sera brutal et si je suis percuté ce sera brutal aussi. Mais puisque je suis le mode de transport le plus rapide en ville même dans le respect du code de la route, je suis aussi légitime que n’importe qui d’autre. A ce titre, la place du cycliste est sur une voie de circulation à part entière, dûment signalée et aménagée.

Or, une manière classique de séparer les flux de véhicules consiste à créer une bande de roulement pour les vélos sur le bord extérieur de la chaussée. Ces bandes cyclables latérales ne sont pas une solution car elles me cantonnent entre les voitures stationnées et celles qui roulent. Cela correspond en réalité à une double zone de danger : celle de l’invisibilité au prochain carrefour et celle de la porte de voiture qui s’ouvre à l’improviste.
Je suggère que les bandes cyclables soient placées au centre de la rue et non sur ses côtés… et j’en profite pour rappeler publiquement que si votre porte de voiture cause un accident, vous êtes en tort :

Code de la route applicable en France, article R417-7 : Il est interdit à tout occupant d’un véhicule à l’arrêt ou en stationnement d’ouvrir une portière lorsque cette manoeuvre constitue un danger pour lui-même ou les autres usagers. Le fait de contrevenir aux dispositions du présent article est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la première classe.

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Les aménageurs urbains (et interurbains) doivent permettre au cycliste d’avancer vite et sans interférer avec les autres moyens de locomotion. Parce que le vélo est un véhicule à proprement parler et pas seulement un engin de loisir. Nous n’avons rien à faire sur un bas-côté avec l’argument que si tout le monde est gentil, Dieu reconnaîtra les siens en termes de cédez-le-passage.  Souvenez-vous que 86% des tués à vélo le sont à un carrefour, percutés par une voiture qui ne les avait pas vus .


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S’il n’est pas possible de séparer réellement les flux, alors au moins ne placez pas le vélo en zone de danger : mettez-le au centre pour que tout le monde le voie, afin que chacun prenne ses décisions de conduite en connaissance de cause.
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Si c’est secret, ne l’écrivez pas. Pas du tout. 11 juin 2013


 

Un nouvel exemple de suicide par PowerPoint : les 5 pages rendues publiques de la présentation du dispositif Prism, mis en place depuis 2007 par la National Security Agency américaine. Pour une agence dont le coeur de métier est la confidentialité et le renseignement, l’affaire est cocasse.
D’autant plus que pour un programme de datamining à 20 millions de dollars par an, son efficacité à défendre les intérêts de la nation américaine reste à prouver puisqu’il n’a permis d’éviter ni l’attaque contre l’ambassade américaine de Benghazi, ni l’attaque du marathon de Boston (ni d’ailleurs les fusillades de Virginia Tech, Columbine, Newton ou Sandy Hook entres autres).

Ma question serait donc : à quoi sert Prism ? Serait-ce un rite de soumission du même genre que La blague des contrôles de sûreté aux aéroports ? Voilà un indice pour expliquer les motivations de celui qui a révélé toute l’affaire. Il l’a fait par conviction, par refus de se soumettre.

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Si toutefois quelqu’un peut récupérer les 36 autres pages du document original, je suis preneur…

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