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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Citation (17) : Cessez le feu 11 novembre 2013


USMC general James N. Mattis : 21st century version of the Monroe doctrine.
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« Je viens en paix.
Je n’ai pas apporté l’artillerie et j’ai renvoyé les chars.
Mais je vous en conjure, avec des larmes dans les yeux : ne tentez pas de me baiser, ou je vous tuerai  tous. »
Général de Corps d’Armée James N. Mattis, 1e Division de Marines (USMC).
Ouverture des négociations avec les responsables irakiens de Fallujah, printemps 2004.

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I come in peace.
I didn’t bring artillery and i sent back the tanks.
But i’m pleading with you, with tears in my eyes : if you fuck with me, i’ll kill you all. »
General James N. Mattis, 1st Marine Division (USMC).
Opening the negociations with iraqi leaders of Fallujah, spring 2004.

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Lecture de L’art de la guerre 7 décembre 2011


L’art de la guerre, de Sun Tzu est un joyau.
Rédigé en Chine à l’époque des Royaumes Combattants, c’est le premier ouvrage complet qui traite de la guerre, par opposition à une suite de récits descriptifs de batailles comme par exemple Thucydide et son Histoire de la guerre du Péloponnèse.

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[Cliquez ici pour L’art de la guerre complet et gratuit en .pdf , traduction Amiot 1772]
La datation et la naissance de cet ouvrage sont mal connues, tout comme son auteur. L’ouvrage en mandarin est intitulé 孙子兵法 et l’unicité d’écriture en est incertaine. Etait-ce un auteur unique ou une suite d’auteurs différents comme ceux de L’Iliade et L’Odyssée ? Pour les occidentaux on pourra traduire l’auteur 孫子 en Sun Tzu, Souen Tseu, Sun Zi ou encore Sun Tze…

Peu importe, répétez après moi : L’art de la guerre, de Sun Tzu est un joyau.

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En parcourant ses 13 chapitres, le lecteur ne trouvera pas seulement une nouvelle façon de gérer les conflits, mais de les comprendre. Le meilleur exemple qu’on puisse en donner est la phrase la plus radicale du livre : « Gagner sans combattre est la meilleure voie. »

Une telle chose est littéralement incompréhensible pour une population habituée aux stratégies de combat occidentales classiques (Karl von Clausewitz : De la guerre). Sun Tzu ne cherche pas la bataille rangée de type napoléonien mais plutôt l’absence de bataille.
C’est le meilleur résumé de cette façon radicalement différente de comprendre les conflits : faites ce qu’il faut pour vaincre, mais faites-le de telle sorte que la victoire puisse s’emporter sans désordre, sans bouleversement, d’une manière si habile que l’ennemi est vaincu avant d’avoir pu croître et avant qu’il ait pu vous causer du tort.
Pour ce-faire : « Planifiez les choses difficiles lorsqu’elles sont faciles à réaliser, maniez la grandeur lorsqu’elle est petite. Les choses les plus difficiles au monde doivent être faites lorsqu’elles sont encore faciles. Pour cette raison, le sage ne fait jamais rien de grand et c’est ce qui lui permet d’atteindre la sagesse. »
Comme vous aurez compris, le message est clair : c’est mieux de gagner sans se battre.

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La guerre, les querelles, les conflits et les disputes sont douloureux et sources majeures de désorganisation… que ce soit au niveau individuel ou collectif, pour vous, pour moi, pour le voisin ou pour des pays tout entiers. Mais pour autant il serait extrêmement naïf de croire qu’il est possible d’éviter le conflit. Il y en aura, c’est une certitude. Dans ces situations où le combat est inévitable il n’y a pas à hésiter : engagez toutes vos forces dans le seul but d’anéantir l’opposant (voyez mon article sur l’art terrible du ju jitsu).
Mais cette maîtrise tactique du combat n’a rien de glorieux. L’acte guerrier n’est pas une preuve de sagesse et encore moins de courage. Faire la guerre n’est pas une preuve de courage puisque personne n’a le choix de la refuser lorsqu’elle se présente.
Savoir se battre est donc un mal nécessaire, au niveau individuel ou collectif. C’est le sens de l’adage latin Si vis pacem, para bellum.

Sun Tzu dans son livre nous incite à traiter du sujet bien en amont pour s’assurer de la victoire avant la bataille, dès que l’ombre du désaccord surgit. La guerre chez Sun Tzu ne vise pas à détruire l’ennemi mais à le faire renoncer à combattre.
« Les armes sont des instruments de mauvais augure, ce ne sont pas des outils de sagesse » et les grands guerriers ça n’existe pas, car personne ne devient grand par la guerre.

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Pour le lecteur actuel de 孙子兵法, le style et les exemples pourront sembler bien désuets voire franchement dépassés. Après tout, ce bouquin n’est-il pas vieux de 2.300 ans ?!
Mais le contexte du récit de Sun Tzu est seulement un support de sa pensée, c’est là que réside toute sa profondeur : dans la métaphore.
La théorie à strictement parler traite du conflit sous toutes ses formes. Il est possible d’en ôter la connotation militaire et guerrière pour appliquer cette théorie à n’importe quel sujet où on a besoin de réussir quelque chose où le conflit peut surgir.   Dans un cadre professionnel par exemple, ce serait la règle de trois du management . Dans un cadre légal, ce serait une règle du style « Si les avocats s’en mêlent, il est trop tard ».

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…c’est que l’art de la guerre n’est pas une chose facile. Cela demande effectivement des efforts, dont le premier est de comprendre avec précision quels conflits se déroulent dans notre vie, aujourd’hui.
Avec un peu de chance vous vivez dans un pays en paix et la réponse sera donc essentiellement métaphorique. Or c’est exactement la leçon de Sun Tzu : il faut s’attaquer à l’ennemi lorsque son pouvoir de nuisance est minime et lorsque l’idée de guerre est encore seulement une métaphore, une idée de ce que ça donnerait si on le laissait se renforcer.

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Alors dites-moi : contre quoi et qui devez-vous vous battre au quotidien ?
Si en effet vous-vous battez, c’est probablement que vous saisissez les problèmes trop tard, lorsqu’ils sont forts et mûrs;  alors qu’il faudrait s’en charger lorsqu’ils sont à l’état de graine, métaphoriquement parlant.

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Plier pour vaincre. L’art terrible du ju jitsu 28 octobre 2009

Filed under: Développement personnel — Yannick @ 14:10
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Ju jitsu est une expression japonaise signifiant la Technique de la souplesse.

柔術

Le principe de souplesse est tiré d’une observation de la nature. La branche du chêne, forte et résistante qui casse sous la neige, alors que la branche du saule, fine et souple ploie sous la même neige et ne casse pas.  Ainsi, le saule ne s’oppose pas, il redirige; il fait glisser. Il se soumet pour vaincre.

Le ju jitsu est un ensemble de saisies, de projections et de coups destiné à blesser ou tuer un opposant. Les samouraïs ont développé cette technique (ou cet ensemble de techniques) au moins à partir de l’époque Kamakura dans les années 1300. Cette classe de gentlemen -à peu près l’équivalent local de nos chevaliers- portait habituellement deux épées et un poignard mais il pouvait arriver que ces armes soient hors de portée. On inventa donc des techniques pour permettre à un combattant désarmé de se défendre face à des opposants armés, notamment sur le champ de bataille.  Certains engagements durant plusieurs heures, un autre principe est venu compléter celui de souplesse : le principe d’économie. Minimum d’effort, maximum d’efficacité.

Bien évidemment, ce combattant désarmé n’observait pas de règle particulière de fair play. En gardant à l’esprit qu’il devait soit rendre l’ennemi inopérant, soit être tué, il pouvait (et devait) utiliser toutes les techniques à disposition et même en improviser certaines. Pour cette même raison, les athlètes occidentaux ont tendance à critiquer le manque d’esprit sportif des pratiquants de ju jitsu (les ju jitsuka). Cela explique aussi que le ju jitsu n’a pas de forme sportive. Il n’y a pas de « compétition » de ju jitsu… parce que ce n’est pas un sport. Par contre les aspects sportifs du ju jitsu ont pu être assemblés et synthétisés dans un autre « ju », au XXe siècle, ce qui a donné naissance au judo, la Voie de la souplesse (voie et non plus technique). Le judo est un sport, le ju jitsu est un art martial. C’est le combat dans sa forme désespérée, mené par des gens qui n’ont pas d’autre objectif que de tuer l’opposant. En ce sens, le ju jitsu est la forme mère des arts martiaux.

The mother of all martial arts forms : ju jutsuLa plupart des manœuvres et des techniques sont dangereuses car elles sont destinées à infliger des blessures sévères ou même la mort. Luxations, cassures, étranglements, étourdissements et KO. Certaines combinaisons de mouvements supposent même que le combattant a déjà perdu l’usage d’un bras en se protégeant contre un coup d’épée. Il y a également des artifices simples qui permettent de prendre l’avantage sans blesser sérieusement… mais il y en a très peu. Le combattant est souvent amené à feindre la faiblesse et à donner l’illusion que c’est l’ennemi qui a l’avantage. De fait, toutes les techniques défensives peuvent être employées pour attaquer, comme elles doivent l’être si le seul objectif est bien de mettre l’ennemi hors de combat. On appelle cela le sen no sen : l’attaque dans l’attaque. Une tactique habituelle est de tomber pendant une attaque de l’ennemi et de l’agripper pour qu’ilbascule également, avant d’enchaîner en profitant de sa désorientation. C’est l’agilité dans son sens le plus pur.

Mais pour autant, le point le plus important dans la formation du combattant est la maîtrise de soi. Le maître apprend à ses disciples la tempérance dans toutes les circonstances, y compris celles qui rendraient légitimes l’usage de la violence. A partir de l’époque Edo vers 1600, l’élève était testé pendant une année entière avant qu’on le laisse apprendre les techniques les plus méchantes.  En ce sens, comme tous les vrais arts martiaux, le ju jitsu fortifie d’abord l’esprit. La guerre est une affaire sérieuse et c’est un dernier recours.

« La guerre est le royaume de la vie et de la mort, il est indispensable de la connaitre à fond« , disait Sun Tzu le Chinois. Elle est nous et elle fait partie des possibles.
Car je ne suis pas prêt à abandonner toutes mes valeurs. Certaines choses méritent qu’on se batte pour elles et aussi qu’on meurre. Ainsi au fil des entrainements vous devenez plus dangereux et vous comprenez l’intérêt de la négociation, de la parole et des alternatives. Car le combat direct est la pire des pires choses qui puisse arriver, bien qu’il demeure une possibilité. « Je hais la guerre comme seul un combattant peut la haïr » indique le fronton du mémorial pour la paix de Caen.  
Combattre est bien l’ultime choix, celui qu’on prend lorsqu’on est agressé… et plus vous êtes dangereux, plus vous reculez le moment où autrui pourra vous pousser au combat… mais nous savons bien que cela arrivera. Il y a des situations non négociables. C’est seulement lorsque vous êtes contraint au combat que vous y lancez vos forces, toutes, sans nuance, mais selon les deux principes de souplesse et d’économie.

Votre force est utilisée pour inspirer la paix et dissuader la guerre, pas l’inverse.

J’ai toujours un problème cependant lorsque je prends l’avion. Je ne fais pas sonner les portiques de détection de métal, mais étant moi-même ju jitsuka, dois-je me signaler comme arme et ne pas monter à bord ?

 

 
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