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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Un plan vert brillant 21 février 2019


Ce document est la traduction de la proposition de loi Green New Deal émise au Congrès américain par la députée Alexandria Ocasio-Cortez
L’original est disponible ici   (GreenNewDeal_FAQ.pdf)

Le Green New Deal (Nouveau Contrat Écologique) n’est pas une idée particulièrement neuve. Sa première mention remonte à 2007 sous la plume de l’économiste Thomas Friedman dans le New York Times.
Depuis, nombreux ont été ses soutiens, entres autres Ban Ki-Moon ou Paul Krugman qui ne sont pas des plaisantins idéologiques.
Plus d’information en anglais  ici
On notera avec intérêt (et affliction) qu’une page Wikipédia en français sur ce sujet n’existe même pas.

Certains aménagements ont été faits pour permettre de transposer le texte original au contexte français et européen. Du point de vue de notre vieux continent, ce programme aussi vaste qu’il soit, paraît moins radical et révolutionnaire que du point de vue américain. Notre histoire et notre système social ont déjà posé les bases qui permettent d’envisager une mise en œuvre crédible.

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Le PDF de ce texte est ici : Green New Deal_FR_2019

Le lecteur assidu à ce blog reconnaîtra un thème déjà abordé en 2011 dans cet article sur le Vert Brillant. La proximité des deux articles est frappante et montre une tendance de fond.

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Lancement le jeudi 7 février 2019 à 8h30.

Panorama

Nous commencerons le travail dès maintenant pour préparer le projet de loi du Green New Deal. Il s’agit d’abord de valider l’architecture de base du projet (afin que personne d’autre ne se l’approprie).
Il s’agit d’une transformation massive de notre société avec des objectifs et une chronologie clairs.

Le projet de loi du Nouveau Contrat Écologique est un plan sur 10 ans qui mobilise tous les aspects de la société française à un niveau jamais atteint depuis la seconde guerre mondiale. Il s’agit d’atteindre un niveau zéro d’émissions de gaz à effet de serre et de créer les conditions d’une prospérité économique pour tous. Le Nouveau Contrat permettra de :

• Faire fonctionner la France avec 100% d’énergie propre et renouvelable, incluant le développement de l’autonomie énergétique des bâtiments
• Créer des centaines de milliers d’emploi stables en France et des millions à l’échelle européenne, rémunérés par des salaires dignes
• Permettre une juste transition pour les travailleurs afin d’assurer la sécurité économique des populations qui ont jusqu’à présent dépendu largement des industries fossiles
• S’inspirer de la Seconde Déclaration des Droits de Franklin Delano Roosvelt en 1944, pour garantir :

– Un emploi stable et un salaire digne, une assurance maladie individuelle et familiale, des congés et des droits à une retraite digne.
– Une éducation de grande qualité, universelle et gratuite y compris dans son aspect de formation tout au long de la vie.
– Un air propre, une eau potable et l’accès à la nature
– Une nourriture saine et non contaminée
– Des soins de santé de premier plan
– Un logement sûr, accessible financièrement et résilient face aux futurs aléas météorologiques que l’on peut déjà anticiper
– Un environnement économique libre de monopoles
– Un environnement politique libre de l’influence des intérêts privés capitalistiques.
– Une sécurité économique pour toutes celles et ceux dans l’incapacité ou l’absence de volonté de travailler contre rémunération

Il n’y a pas de temps à perdre
Les plus récentes études du GIEC affirment que les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites de 40 à 60% d’ici 2030.
Nous devons atteindre le 0 en 2030 et nous montrerons ainsi au monde qu’un Nouveau Contrat Écologique est possible, d’une part, et bénéfique socialement d’autre part.

Impossible n’est pas français… et in varietate concordia
Lorsque le président américain John Ford Kennedy affirma en 1962 que l’être humain irait sur la Lune en 10 ans, nombreux furent ceux qui ont pensé que c’était impossible. Aujourd’hui nous avons des robots sur Mars.
Lorsque Franklin Delano Roosvelt demanda la construction de 185.000 avions pour combattre durant la deuxième guerre mondiale, chaque directeur d’entreprise et chaque général se mit à rire. A cette époque, les Etats-Unis produisaient 3.000 avions par an. A la fin de la guerre, ils en avaient produit 300.000.
C’est ce dont nous sommes capables lorsque nous sommes bien dirigés.
L’Europe a su se reconstruire après la deuxième guerre mondiale, pour devenir aujourd’hui une puissante force de stabilité dans le monde.
L’Allemagne de l’Ouest a su intégrer l’ancienne RDA en une année après la chute du Mur de Berlin.
Le produit intérieur brut français est neuf fois plus élevé qu’en 1890.
En termes de niveau d’éducation, de niveau de revenu et de longévité nous sommes parmi les premiers au monde.

Il s’agit d’un investissement massif dans notre économie et dans notre société. Ce n’est pas une dépense
Chaque euro d’investissement public permet une création de richesse estimée à 2,5 euros.
Avec le Nouveau Contrat Écologique, l’investissement public pourra se porter sur des domaines précis. Il ne s’agit pas d’une modernisation mais d’une remise à jour, pour préparer notre avenir à tous. Les secteurs des transports, du logement résidentiel et de la production industrielle seront les premiers concernés en France. L’investissement public permettra l’émergence d’une économie que « le marché » aujourd’hui est incapable ou refuse de mettre en mouvement.
Il s’agit aussi d’un investissement massif dans le capital humain, qui prendra en compte la vie quotidienne des citoyens comme point de départ pour en déduire quels projets mettre en œuvre, à commencer par la résolution de problèmes plutôt que l’ajout de nouvelles contraintes.
La France dispose d’instituts de recherche en sciences sociales de niveau mondial, ils seront sollicités.

Le Nouveau Contrat est déjà en mouvement
Face au changement climatique, nous savons que l’inaction coûtera plus cher et sera plus dévastatrice que l’action.
L’immense majorité des Français et des Européens a conscience du risque et de la nécessité d’agir. Face à l’inertie des acteurs privés et des gouvernements, en ce début d’année 2019 même les enfants font la grève de l’école pour demander de l’action concrète.
Les acteurs publics les plus engagés en faveur du climat sont les villes et les régions.
Il est temps que les États prennent leurs responsabilités à commencer par les Assemblées Nationales en étroite coordination les citoyens et avec le Parlement Européen.
Unis dans la diversité.

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Foire Aux Questions

Pourquoi un élan vers des énergies 100% propres et renouvelables, et pas seulement du 100% renouvelable ? Vous dites qu’on continuera d’utiliser les énergies fossiles ?

Nous appelons à une transition complète pour se libérer des énergies fossiles et ne plus émettre du tout de gaz à effet de serre.
Quiconque a lu le projet de loi a pu voir que cela passera par une mobilisation de chaque secteur de l’économie, chaque entreprise, chaque acteur public et chaque groupe syndical.
Mais bannir immédiatement et abruptement les combustibles fossiles serait une très mauvaise idée puisque nous n’avons rien pour les remplacer à ce jour.
Nous le ferons en créant à partir de presque rien une économie de l’énergie renouvelable aussi vite que possible. C’est la ligne directrice du Nouveau Contrat Écologique.
Ainsi nous fixons un objectif net d’émission à 0 dans 10 ans, car personne ne peut garantir que nous saurons atteindre les zéro émissions dans l’absolu. Ça supposerait de pouvoir éliminer les émissions de gaz à effet de serre provenant du transport aérien ou des pets de l’élevage animal.
Mais nous pensons pouvoir faire grandement monter en puissance l’industrie manufacturière et l’industrie de l’énergie, ainsi que rénover chaque bâtiment en France, construire une smart grid, mettre à jour les transports et l’agro-alimentaire, l’agriculture ainsi que planter des millions d’arbres pour atteindre l’objectif net de zéro émission de gaz à effet de serre.

Le nucléaire en fait partie ?
Le Nouveau Contrat Écologique est un investissement massif dans la production d’énergies propres et renouvelables et n’implique pas de construire de nouvelles centrales nucléaires.
Le nucléaire d’ailleurs n’est ni une énergie renouvelable, ni une énergie propre. Ses déchets sont des polluants radioactifs mortels qui ont une durée de vie qui se mesure en centaines d’années.
Cependant nous n’avons aucune certitude de pouvoir décommissionner toutes les centrales existantes en seulement dix ans.
Mais notre objectif est clair : nous voulons du 100% propre et renouvelable. Le pétrole, le charbon, le gaz et le nucléaire n’en font pas partie.

Est-ce que ça implique une taxe carbone ?
On ne peut pas simplement taxer le carburant ou le gaz et s’attendre à ce que les citoyens trouvent tous seuls un autre moyen d’aller au travail ; sauf quand nous leur proposerons une autre alternative plus saine et aussi pratique au quotidien.
Donc nous n’excluons pas la taxe carbone, mais elle fournirait seulement une petite partie des financements nécessaires. Le projet gigantesque qui consiste à remettre à jour l’économie suppose qu’on ait d’abord des alternatives à proposer, techniquement et socialement, pour s’assurer que ce soit indolore pour les citoyens, les familles et les communautés.

Est-ce que ça implique du cap and trade (bourse d’échange de « droits à polluer ») ?
Le Nouveau Contrat Écologique créera une nouvelle économie de l’énergie par des investissements massifs dans la société et la technologie. Les bourses d’échanges de droits à polluer supposent que le marché tel qu’il existe résoudra les problèmes de lui-même. Ce n’est pas vrai.
Le cap and trade pourrait être à la marge un moyen d’associer les acteurs au Nouveau Contrat, mais il faut reconnaître que la législation actuelle des bourses d’échanges est une forme de subvention qui permet l’existence de zones éparses de pollution intense qui exposent sévèrement les populations locales. On doit d’abord s’assurer que les populations locales, leur santé et leur bien-être, sont la première priorité de tout le monde.

Est-ce que ça implique l’interdiction de toute nouvelle construction liée aux énergies fossiles ou de centrale nucléaire ?
L’une des conséquences du Nouveau Contrat Écologique sera de rendre inutiles les nouvelles constructions liées aux énergies de l’ancien monde, fossile ou nucléaire. Nous voulons ne plus en avoir besoin.
Nos investissements seront donc orientés massivement dans les énergies du nouveau monde, pas dans les autres. Vouloir faire les deux serait une tromperie et une hypocrisie qui maintiendrait le statu quo.

Êtes-vous favorables au stockage du CO2 ?
(CCUS : Carbon Capture, Utilization, and Storage)
La bonne manière de capturer le CO2 est de planter des arbres et restaurer les écosystèmes naturels.
A ce jour les technologies de capture des gaz à effet de serre dans l’atmosphère n’ont pas prouvé leur efficacité.

Comment allons-nous payer pour tout ça ?
De la même manière que les États-Unis ont payé leur New Deal dans les années 1930 ou comme les banques centrales ont résolu la crise bancaire en 2008 avec le quantitative easing (rachat de dettes).
De la même manière que nous avons payé la deuxième guerre mondiale et toutes nos guerres actuelles.
La Banque Centrale Européenne peut étendre ses lignes de crédit pour propulser le Nouveau Contrat Écologique vers les sommets. Il y aussi de la place pour des participations publiques, en vue de futurs dividendes ou retours sur investissement.
Au bout du compte, cet investissement dans l’économie nouvelle fera croître la richesse de la nation. La question n’est pas de savoir comment nous payerons, mais que ferons-nous de notre nouvelle prospérité.

Pourquoi doit-il y avoir un si vaste programme public ? Pourquoi ne pas se contenter de l’incitation par les taxes et des réglementations qui orienteraient les investissements du secteur privé ?
– Le niveau d’investissement doit être massif. Même si les milliardaires et les entreprises se donnaient la main pour déverser leur richesse dans la transition écologique, on ne parviendrait qu’à une modeste fraction de ce qui est nécessaire.
– La vitesse d’investissement devra être massive elle aussi. Même si les milliardaires et les entreprises se donnaient la main pour déverser leur richesse dans la transition écologique ils n’auraient pas la capacité de coordination suffisante pour un agenda si serré.
– Les investisseurs privés sont également hésitants à investir dans des domaines où personne n’a encore gagné d’argent. Les gouvernements par contre peuvent agir dans un temps long et peuvent patiemment investir dans les nouvelles technologies et la recherche, sans avoir en tête une application commerciale précise au moment où se fait la dépense d’argent.
Un exemple majeur d’investissement public à succès s’appelle l’internet.
– Pour résumer, nous ne devons pas seulement cesser de faire comme nous avons toujours fait (comme brûler du carburant pour nos besoins en énergie), nous avons aussi besoin de faire du neuf (comme remanier des secteurs d’activité entiers ou rénover tous nos bâtiments). Commencer à faire de nouvelles choses nécessite des investissements immédiats. Un pays qui essaye de changer le fonctionnement de son économie a besoin de gros investissements immédiats, pour lancer et développer ses premiers projets.
– Fournir des incitations au secteur privé ne fonctionne pas. Les subventions en faveur du solaire ou de l’éolien ont certes produit des résultats positifs, mais bien insuffisants par rapport à un objectif de neutralité carbone comme le promeut le Nouveau Contrat Écologique.
– Il y a bien une place pour le secteur privé mais l’investisseur principal ne peut être que la puissance publique. Il est normal que lui revienne aussi le rôle de coordinateur et pilote de l’ensemble du projet.

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Résumé du projet de loi

Créé en consultation avec de multiples groupes de la société civile, syndicats et défenseurs de l’environnement.

5 objectifs à 10 ans
14 projets pour mobiliser l’économie
15 exigences de justice sociale et de sécurité

5 objectifs à 10 ans :
– Émissions nettes de gaz à effet de serre à zéro, grâce à une transition écologique juste pour toutes les communautés et les travailleurs.
– Création de centaines de milliers d’emplois stables ; assurer la prospérité et la sécurité économique pour tous.
– Investissement dans les méthodes, les infrastructures et l’industrie pour les mettre durablement au niveau des défis du XXIe siècle
– Air propre et eau potable. Résilience climatique au niveau local. Nourriture non contaminée. Accès universel à la nature et à un environnement non dégradé.
– Promotion de la justice et de l’équité en prenant soin des communautés les plus vulnérables.

14 projets majeurs pour mobiliser l’économie :
– Construction d’infrastructures permettant la résilience face aux catastrophes naturelles. Valoriser les bâtiments autonomes en énergie.
– Réparation et rénovation des infrastructures existantes
– Répondre à 100% des besoins énergétiques nationaux en recourant aux énergies propres et renouvelables. Pouvoir se passer du fossile et du nucléaire.
– Construction d’un réseau de distribution de l’énergie économe (smart grid) et garantir un accès universel minimum à l’énergie.
– Rénover tous les bâtiments pour les mettre à niveau d’une société économe en énergie
– Étendre le recours standard à l’industrie propre et non polluante (agro-alimentaire, fabrication, installation et maintenance de panneaux solaires, éoliennes, batteries et stockage énergétique, techniques de dépollution, processus industriels circulaires, « chimie verte », etc.)
– Travailler avec les agriculteurs pour créer des circuits alimentaires durables, permettant l’accès universel à une alimentation de première qualité tout en permettant aux travailleurs de vivre de leur production.
– Remanier le secteur du transport en augmentant massivement la production de véhicules électriques fiables et leur réseau de recharge. Rénover et densifier les transports publics urbains, interurbains et hors zone urbaine. Interconnecter les différents modes de transport à toutes les échelles du pays.
– Atténuer les impacts sanitaires du changement climatique et de la pollution terrestre, aérienne ou marine.
– Reforester massivement pour permettre l’absorption du carbone dans l’atmosphère
– Restaurer les écosystèmes dégradés, notamment en rapport avec la biodiversité du règne animal et végétal.
– Recherche et développement pour des produits de substitution ou des méthodes de remplacement permettant de supprimer les principaux polluants utilisés dans chaque secteur d’activité
– Partage de notre expertise, de nos technologies et méthodes avec nos voisins européens et avec les pays limitrophes de nos territoires d’Outre-Mer.

15 exigences de justice sociale et de sécurité :
– Des investissements massifs et l’assistance aux organisations, associations et entreprises qui s’engagent dans le Nouveau Contrat et s’assurant que la nation y trouve son retour sur investissement.
– Garantir que les coûts sociaux et environnementaux sont intégrés aux études d’impacts, aux estimations de retour sur investissement.
– Fournir une formation professionnelle continue universelle. Protéger les travailleurs plutôt que l’emploi
– Investir dans la Recherche et Développement (R&D) de nouvelles technologies énergétiques
– Mener des investissements directs pour les communautés en première ligne du réchauffement climatique ainsi que pour les communautés directement liées aux industries carbonées qui seraient sinon frappées de plein fouet par la transition en cours. Prioriser les retours sur investissement à leur profit.
– Utiliser comme méthode par défaut la concertation et le processus participatif avec les utilisateurs directs et les communautés locales.
– S’assurer que les emplois créés par le Nouveau Contrat Écologique sont des emplois dignes, stables et inclusifs.
– Protéger le droit des travailleurs à se syndiquer et à être représentés à tous les niveaux de décision.
– Renforcer et élargir la notion de santé et sécurité au travail aux domaines de l’inclusion, et de la non-discrimination, que l’activité soit salariée, indépendante ou bénévole.
– Renforcer les règles commerciales pour mettre un terme au dumping social, à l’export de pollution et accroitre l’industrie nationale.
– Garantir que le domaine public urbain ou naturel est protégé
– Préalablement au démarrage d’un projet sur leur territoire ou pouvant impacter leur territoire, obtenir le consentement éclairé des communautés locales, en métropole ou territoires d’Outre-Mer.
– Garantir un environnement libre de monopoles et de compétition abusive.
– Fournir des soins de santé curatifs de haute qualité, tout en déployant un système de santé orienté vers la prévention, en particulier pour les pathologies considérées comme évitables.
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[Note du traducteur]
SOURCES (février 2019) :

https://www.documentcloud.org/documents/5731869-Green-New-Deal-FAQ.html (GreenNewDeal_FAQ.pdf)

Cliquer pour accéder à ENG4%20REPERES%202010%20ENG-Partie%204.pdf

http://www.globalcarbonatlas.org/en/CO2-emissions

Summary for Policymakers of IPCC Special Report on Global Warming of 1.5°C approved by governments

https://report.ipcc.ch/sr15/index.html

http://www.globalcarbonatlas.org/en/CO2-emissions

https://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/04/l-investissement-public-est-la-cle-de-la-reprise-economique_5025661_3232.html

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/05/28/20002-20160528ARTFIG00115-pour-jean-tirole-il-faut-proteger-le-salarie-plutot-que-l-emploi.php

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Les 15 possessions de James Altucher 31 décembre 2016


[Un article du New York Times a attiré mon attention et depuis plusieurs mois que j’y pense, je ne peux m’empêcher d’être marqué par la description d’un contexte occidental qui nous est à tous extrêmement familier, mais en même temps qui génère un mode de vie vraiment particulier au niveau individuel. Avant-garde ou marginalité, il n’est pas question de porter un jugement sur James Altucher, par contre il est intéressant de travailler sur les facteurs qui ont pu générer sa vision si singulière de l’existence. Car  des millions d’autres personnes dans le même contexte socioculturel ne développent pas du tout ce paysage mental, cet ethnoscape (comme dirait Arjun Appadurai). Une chose est sûre cependant, l’écart de vision du monde entre l’immense majorité de la population et James Altucher nous place presque en situation d’ethnologie du proche… Je reproduis l’article d’août 2016 ici, in french. ]

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« James Altucher est probablement le plus improbable des gourous du succès. Il est environ 10 heures en ce matin ensoleillé et il emballe dans un sac tout ce qu’il possède au monde : 15 objets.

Si je meurs, mes enfants auront ce sac en héritage,” dit monsieur Altucher ironiquement, alors qu’il range son ordinateur portable, un iPad, trois pantalons chino, trois tee-shirts et un sac de james-altuchercongélation contenant 4.000 dollars en billets de deux dollars. “Les gens se souviennent bien de vous quand vous laissez des pourboires de deux dollars” dit-il, en quittant le loft d’un ami situé à East 20th Street.

Il y a quelques mois, le garçon de 48 ans a laissé expirer le bail locatif de son appartement à Cold spring, New York et il a jeté ou donné quasiment toutes ses possessions, plus de 40 sacs poubelle de linge, vaisselle, vêtements, livres, diplômes universitaires et même d’albums photos de son enfance. Depuis lors, il rebondit de locations Air B’n’B en appartements d’amis.

Ce n’est pas qu’il ait manqué de chance. Plusieurs de ses 16 livres se vendent extrêmement bien, y compris son manifeste de développement personnel écrit en 2013 “Choose Yourself”. Ses podcasts hebdomadaires “The James Altucher Show,” proposent des interviews avec des personnalités aussi diverses que Ron Paul ou Luther Campbell du groupe 2 Live Crew. Sa série quotidienne “Question of the Day,” avec Stephen Dubner est téléchargée à peu près deux millions de fois par mois.

M. Altucher est simplement quelqu’un qui met en pratique ce qu’il prêche. Ces cinq dernières années, cet ancien entrepreneur de l’internet, investisseur et conseiller en finance s’est réinventé en gourou du développement personnel et du self-help. Il prêche la survie à une époque où le rêve américain ressemble à une escroquerie qui se résume à un diplôme encadré au mur, un bureau en étage élevé et une maison avec trois chambres. Alors il s’en est séparé, un élément à la fois.

J’ai une ambition,” dit-il, “c’est de ne pas avoir d’ambition.”

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Ces 25 dernières années le revenu moyen a diminué pour les 18-35 ans, l’endettement des étudiants a explosé” commente-t’il. “Nous avons distribué trois milliards de milliards de dollars de sauvetage pour les banques et les inégalités de revenu ont augmenté comme jamais. Les gens sentent qu’ils se sont bien fait avoir.”

Le diagnostic de James Altucher n’est pas une surprise pour la classe moyenne anxieuse, pour les dépossédés, qui ont propulsé très loin les populismes de Bernie Sanders et Donald Trump. Mais alors qu’il n’y a pas pénurie de colère et de confusion sur l’effondrement supposé du Rêve Américain, ce qui fait la particularité de monsieur Altucher est la conclusion qu’il en retire.

L’université dit-il, est une perte d’argent. Bien qu’il soit lui-même diplômé de Cornell, M. Altucher affirme que le diplôme universitaire est devenu un luxe dans un monde où les enfants nés au tournant du XXIe siècle se sentent comme des esclaves de crédits qu’ils ont contracté pour financer leurs études tout en ne pouvant pas trouver de premier emploi ensuite, non pour gagner leur vie mais pour rembourser leurs dettes. Dans un livre en auto-édition publié en 2012, (40 Alternatives to College) il argumente que les jeunes adultes pourraient parcourir le monde, s’éduquer sur internet par eux-mêmes et démarrer un business avec les mêmes 200.000 dollars qui leur servent à payer la fac. (NDT : aux Etats-Unis le college est l’équivalent de notre université. Notre collège français est appelé High school)

Investir cet argent à un taux d’intérêt de 5% offrirait un meilleur bénéfice à l’échelle d’une vie, écrivait-il dans un article en 2010 intitulé N’envoyez pas vos gamins à l’université.

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james-altucherIl argumente similairement que la propriété immobilière est une confiscation au profit d’une industrie du crédit qui pèse 14 milliards de milliards de dollars. C’est une arnaque complète,” dit-il dans une interview. “Personne ne devrait mettre plus de 5 ou 10% de son patrimoine dans un seul investissement. Mais lorsque les gens achètent de l’immobilier ils perdent toute prudence. Ils mettent 50, 60 ou 70% de leur richesse dans un seul objet. C’est du patrimoine illiquide et lorsque les temps deviennent durs, vous ne pouvez pas le vendre.”

Et il pense que l’investissement en bourse est un racket. Cette vision du monde est ancrée dans des expériences personnelles qui font ressembler sa vie à des montagnes russes, des expériences qui ont profondément influencé sa vision du monde. Dans les années 1990 alors qu’il était un magicien dans la Silicon Valley, James altucher gagnait des millions avec son entreprise de design web Reset, Inc. Il avait pour clients Sony ou Miramax. Bientôt, lui et sa femme Anne (dont il divorce en 2010) aquièrent un loft de 460m² à TriBeCa, acheté 1,8 millions et rénové pour 1 million de plus. Il était assez aisé à cette époque pour aller jouer au poker à Atlantic City en hélicoptère.

Ce mode de vie prodigue ne remplissait cependant pas son vide émotionnel. “Personne ne devrait se sentir désolé pour moi. J’étais vraiment stupide, mais je pensais que j’étais pauvre. Je pensais que j’avais besoin de 100 millions pour pouvoir être heureux, alors j’ai commencé à investir dans plein d’autres entreprises qui se sont avérées aussi nulles que moi. Aucun de ces investissements n’a fonctionné.”

Alors que sa bonne fortune s’effondrait, il fut obligé de revendre son appartement avec une perte d’un million, après les attaques du 11 septembre 2001. Pour remplumer son patrimoine, il misa sur le marché boursier. Il lut plus d’une centaine de livres sur l’investissement et finit par décrocher un travail pour écrire sur le site de James Cramer, TheStreet, et plus tard pour le Financial Times. Très vite, son crédo devint sa marque de fabrique et il travailla aussi pour CNBC.

Mais la chance tourna à nouveau quand commença la crise financière de 2008. Le hedge fund qu’il dirigeait fut fermé, des start ups où il avait investi firent faillite, plus personne ne lui demanda d’écrire d’article. Les options n’étaient plus si nombreuses et il choisit alors de raconter ses déboires sur son blog personnel Altucher Confidential. J’ai juste dit ‘J’ai fait toutes les erreurs possibles et imaginables, voici comment ça s’est passé’ ” A ses amis du secteur de la finance, il ressemblait à Howard Beale, l’homme-clé de l’émission Network, celui qui s’est effondré en direct .

Au lieu de recommander les derniers fonds spéculatifs à la mode, il écrivit des articles comme 10 raisons pour ne plus jamais posséder d’actions (la première étant que vous n’êtes pas bon pour les choisir). Il avoua des pensées suicidaires. Pour le monde de la finance, c’était comme regarder un accident de train en direct,” commente M. Altucher. “Des gens à qui je n’avais pas parlé depuis le collège m’appelaient pour demander si j’allais bien. ”

Il découvrit alors que plein de gens avaient vu leurs rêves partir dans le siphon de la crise. Eux aussi cherchaient une sortie de secours. “La recherche n°1 sur Google qui amène les internautes vers mon blog c’est ‘Je veux mourir’ ”.

Mais James Altucher ne semble pas la meilleure personne vers qui chercher du réconfort. Très contrarien, livresque et avec un phrasé saccadé, ce geek maigre du New Jersey est comme un anti-Anthony Robbins, la brillante étoile du self-help et du développement personnel. Son style de gars normal s’est pourtant avéré être un avantage pour créer une communauté de followers importante sur le thème du gagner un peu-perdre un peu et de “piratages d’existence”.

Il y avait le régime de 17 heures, où l’on ne mange plus rien après cette heure ; ou encore le truc de l’alien contre l’anxiété où il prétend être un extraterrestre qui se réveille chaque matin dans un nouveau corps, dans un nouveau monde. “Je n’ai plus de soucis puisque demain j’aurai un nouveau corps. Pas d’envie, pas de souci. Seulement de nouvelles choses à explorer.”

De manière candide, en écrivant sur ses triomphes et ses échecs, M. Altucher montre à ses lecteurs “comment réussir malgré leurs défauts, pas en n’ayant aucun défaut” commente Tim Ferriss, l’auteur du célèbre livre La semaine de 4 heures . “C’est très rafraîchissant, dans un monde où tous les gourous sont positifs et affichent des sourires forcés tout en congratulant des gens qu’ils ne connaissent pas.” Mais le ton positif de M. Altucher a quand même bien aidé, malgré ses points de vue piquants sur des sujets comme l’université. “Je suis un optimiste,” dit il. “Il y a une nouvelle publiée dans les années 1960 par Richard Fariña, intitulée J’ai si souvent été en bas que ça ressemble à être en haut pour moi. Fondamentalement, je suis tombé au sol tellement de fois, maintenant je sais qu’on peut toujours rebondir et chaque fois plus rapidement.”

Cette philosophie est très clairement exposée dans son ouvrage “Choose Yourself,” qu’il a résumé pendant un repas de cette manière : “Si vous ne choisissez pas la vie que vous voulez mener, il y a de grandes chances pour que quelqu’un d’autre choisisse à votre place. Et le résultat en général n’est pas beau à voir.” Certains chapitres s’appellent Comment être moins stupide (“Je perds 20% d’intelligence lorsque j’éprouve du ressentiment”) et Les sept habitudes des gens hautement médiocres (la procrastination, écrit-il, “est votre corps criant que vous devriez vous poser pour réfléchir à ce que vous faites”).

Un élément clé du livre est la Pratique Quotidienne , qui est une suite d’exercices de bien-être appliqués au physique, à l’émotionnel, au mental et au spirituel. Il appelle cela les quatre piliers du bonheur, parce que “une chaise a besoin de quatre pieds pour être stable. ”Et il n’y a jamais eu de meilleur moment pour se choisir soi-même (NDT : Choose yourself, le titre du livre en anglais).

Pas besoin d’être Mark Zuckerberg, dit-il, pour s’affirmer comme entrepreneur. « Vous pouvez apprendre les bases du développement web, vous pouvez rejoindre Codeacademy.com, savoir l’essentiel pour démarrer en trois mois, puis vendre votre savoir-faire sur Freelancer.com, où vous trouverez des millions de jobs. Je connais des gens de 15 ans qui se font quelques milliers de dollars par mois.

Grâce à l’auto-édition vous n’avez pas non plus besoin de vous appeler Deepak Choprah pour vendre vos livres (et encore moins pour les écrire). “Tout le monde peut être expert dans un domaine. Moi par exemple : je n’ai pas été actif dans une cuisine depuis 20 ans. Je déteste le végan. Mais ça ne serait pas difficile de lire 50 livres sur le véganisme, trouver les ingrédients fondamentaux et écrire un livre intitulé Recettes végan pour les non-végan.

Lui il sait. “Choose Yourself,” qu’il a auto-édité sur Amazon s’est vendu à plus de 500.000 exemplaires et est entré dans la liste des best sellers du Wall Street Journal.

Ses fans ne jurent que par lui. L’un d’eux, a récemment écrit un essai sur Medium décrivant à quel point il l’avait inspiré pour quitter son travail frustrant et lancer son propre business NomadFly.me . “Maintenant je danse en sous-vêtements », clame-t’il. « Je n’ai plus jamais eu d’attaque de panique. »

A talk he gave at a London church last year drew about 1,000 people, and fans have organized “Choose Yourself” meetups in cities around the world. On LinkedIn, where he publishes original free essays, Mr. Altucher has more than 485,000 followers and is ranked the No. 4 “influencer,” after Bill Gates, Richard Branson and Mohamed A. El-Erian, the financier and author.

Il est le Oprah Winfrey de l’internet,” dit Kamal Ravikant, un entrepreneur qui a auto-publié son propre best seller : “Love Yourself Like Your Life Depends on It.”

Mais contrairement à la plupart des gourous, “James est dans un voyage très personnel, en permettant à ses lecteurs et auditeurs de le rencontrer et de suivre ses pérégrinations en temps réel,” dit Brian Koppelman. “Il vous raconte un projet le samedi et le dimanche il vous dira comment ça s’est fini en échec. Puis le lundi il annonce qu’il va recommencer d’une autre manière.”

M. Altucher, en fait, réfute totalement l’idée d’être un gourou. Mes conseils sont mon autobiographie. Je dis ce qui a bien fonctionné pour moi, pour que d’autres puissent choisir d’essayer à leur tour ou pas.”

Qui plus est, ce qui fonctionnait hier n’est jamais garanti de fonctionner demain.

C’est comme Mike Tyson dit-il, Tout le monde a un plan, jusqu’à ce qu’il se prenne le premier coup en pleine face.

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« Le voyageur heureux voyage léger » pourrait être la devise de James Altucher, s’il n’avait pas appris à se méfier des fausses promesses de bonheur du Rêve Américain.

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Lectures du soir 2 septembre 2016


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Synthèse sur les wearables : le porté connecté 4 avril 2016


Dans le cadre d’une (petite) recherche je me suis récemment intéressé aux motivations individuelles à utiliser les vêtements connectés; en anglais dans le texte les connected wearables.

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Mais il y a un problème de dénomination.
Comme j’en parlais dans un article récent, le mot anglais digital est synonyme de numérique, les deux peuvent être utilisés pour désigner la même réalité. C’est simplement l’habitude qui nous fait préférer l’un des deux vocables.
Ce n’est pas vrai pour le domaine des vêtements connectés par rapport au terme anglais wearables, du verbe to wear : porter sur soi (et non pas emporter avec soi, comme un téléphone). Les wearables constituent donc la catégorie d’objets que l’on porte sur soi mais pas uniquement les vêtements. Ainsi, l’utilisation du mot français ‘vêtement’ connecté est beaucoup trop restrictive pour désigner la globalité d’une pratique anthropologique universelle. La réalité que l’on veut désigner en effet concerne les vêtements mais aussi les montres, les lunettes, les harnais de sécurité, les gilets de sauvetage, les sacs à dos, les bijoux, les casques de moto, les pagnes, les chapeaux, les gilets pare-balles, les combinaisons de surf, les étiquettes d’identification des nourrissons en maternité, les aides auditives, les piercings, etc.
Si le ‘wearable’ concernait uniquement les ‘vêtements’, jamais par exemple nous n’aurions connu le glorieux concours Wearables for Good lancé par l’UNICEF.
Je propose de traduire désormais connected wearables par l’expression porté connecté, qui représente mieux « ce qu’on porte sur soi » au sens large, ce qui inclue les vêtements, sans désigner uniquement cela.

 

Une première chose qui m’a frappé est l’évidente relation du porté connecté avec le concept plus vaste du Digital.

Le porté connecté est un sous-domaine des objets connectés qui sont tous rattachés à l’infrastructure de l’internet des objets (IoT); le Big Data quant à lui est la solution de stockage et d’analyse… et au final, ce sont tous les éléments qui constituent la technologie numérique qui finissent par entrer en écho les uns avec les autres. Techniquement donc, le périmètre du porté connecté c’est le Digital.

 

 

Une seconde chose frappante est le sentiment diffus qu’il existe beaucoup de solutions techniques qui ne répondent à aucun problème… ce qui se traduit d’abord par un décalage entre l’argumentaire des vendeurs de porté connecté et la motivation à utiliser ces mêmes objets. Pour les premiers généralement, l’intérêt du produit réside dans l’étendue de ses capacités techniques… la plupart du temps extrêmement pauvre car limité à la mesure de certaines fonctions corporelles.

Mais les préoccupations des utilisateurs relèvent d’un autre ordre. Pour les objets connectés par exemple il s’agit avant tout d’économiser de l’argent (le compteur électrique). Pour la sous-catégorie des wearables cependant, les utilisateurs ne cherchent pas à s’équiper d’un système technique, mais à atteindre une série d’objectifs personnels relativement précis qui peuvent se résumer ainsi :

Motivations à l’usage du porté connecté :
Économiser de l’argent (pour uniquement les objets connectés et non le porté connecté)
Avoir l’esprit tranquille
Être à deux (plusieurs) endroits en même temps
Améliorer sa sécurité physique / son bien être

Pour ces quatre motivations d’utilisation on trouvera à chaque fois l’idée sous-jacente d’être prévenu avant l’atteinte d’un certain seuil. Ce seuil sera le plus souvent un nombre… reste à définir ce qu’il quantifie et par rapport à quoi : une somme d’argent, une distance, une probabilité, un temps écoulé, un taux de monoxyde de carbone, une densité, une vitre brisée, un nombre de pulsations cardiaques, un temps d’immobilité, le ping d’un autre objet connecté, etc.

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Mais la possibilité même de définir un seuil suppose d’avoir une base de référence pour savoir quoi mesurer. L’importance de bien définir ce que l’utilisateur attend vraiment s’avère cruciale pour établir un seuil qui déclenchera les actions utiles. Du point de vue de l’utilisateur, c’est bien là que réside l’intérêt d’un vêtement connecté ou l’articulation de plusieurs objets entre eux :

il s’agit de répondre à la question « A quoi ça me sert ? » davantage que « Qu’est-ce que ça fait ? »

En plus de devoir définir une problématique pertinente pour définir le périmètre des données à mesurer, il faut aussi se demander comment on va le faire en termes de système technique, ce qui permet d’évoquer les composants techniques d’un vêtement connecté, en termes de software et de hardware :

Exigences d’architecture :
Collecte de données
Transmission de données
Analyse, traitement de données
Restitution des données après leur traitement

L’exigence technique de restitution de données nous amène quant à elle sur les domaines de la data vizualisation et du design front-end. Il faudra bien sûr prendre en compte le contexte d’usage, car on ne présentera pas de l’information sous forme de texte à une personne en mouvement, ni sous forme sonore à quelqu’un qui évolue dans un environnement bruyant (c’est bien le minimum qu’on vous demande : connaissez vos utilisateurs !). Pour faire court, ici, les 5 sens sont  potentiellement des vecteurs d’information. A noter que dans bien des cas on peut envisager le téléphone mobile de l’utilisateur comme unité de traitement et de restitution des données.
La question se pose aussi de demander ou non à l’utilisateur une interaction pour obtenir l’information qu’il attend. objet-connectes-wearables_bijou-joaillerie_usages_objets enchantésCela crée une bifurcation majeure dans le design : en effet, en ne demandant pas d’action particulière à l’utilisateur on ouvre la voie à une catégorie d’objets bien particulière dont j’ai déjà parlé ailleurs : les objets enchantés… qui constitueront j’en suis persuadé la catégorie premium de l’internet des objets.

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En plus des critères mentionnés ci-dessus, j’ajouterais que le potentiel de développement pour l’ensemble du domaine du porté connecté (et donc de l’internet des objets) tient dans notre capacité à créer des produits qui répondent à une triple exigence :

Tendances technologiques :
Miniaturisation
Bas coût
Faible consommation d’énergie

Ces trois éléments permettront de prendre en compte de mieux en mieux les besoins fonctionnels des utilisateurs. Plus la taille des capteurs, leur coût et leur consommation d’énergie diminueront, plus on pourra envisager une inspiration et des spin-off technologiques issus du monde médical, à commencer par le patch connecté jetable comme le BioStamp de la société MC10.
Mais pour les fabricants, il faudra un effort d’imagination pour sortir des applications restreintes au seul suivi d’activité physique et au quantified self. Pour s’ouvrir à d’autres fonctionnalités et élargir le champ des usages, il faudra s’inspirer de la vie quotidienne réelle des personnes réelles pour trouver une inspiration autrement plus vaste, dont les applications seront transposées dans du porté connecté qui ne s’affiche pas comme tel. Car soyons honnêtes, à part dans un cadre professionnel, personne ne veut ressembler à un pervers équipé de Google Glass… la problématique est la même ici que pour les voitures électriques : elles exploseront leurs ventes lorsque leur spécificité sera fondue dans une apparence normale (pour y parvenir, encore une bonne raison de recruter des ethnologues !).

En se laissant aspirer par les objets habituels de la mode et de la bijouterie-joaillerie, le porté connecté gagnera en acceptabilité sociale car il signifiera quelque chose, en termes collectifs, à commencer par un habillage statutaire. Car c’est une chose de porter un bracelet FitBit, mais en termes sociaux il n’existe aucune référence pour faire ‘résonner’ le sujet ou pour se distinguer grâce à ce type d’objet. Il en ira autrement lorsque les fonctionnalités et le siglage auront du sens pour ceux qui sont autour et qui attribuent une symbolique à l’objet… exactement comme on attribue un statut différent à un pantalon Levi’s, Carhartt ou Azzaro. Tout le monde se fiche bien de connaître la composition du tissu en 90% coton et 10% élasthanne ou avec 3 circuits imprimés dans le col.

 

Enfin, en opposition totale avec l’argumentaire des vendeurs, il faut bien admettre que la propagation de la connectivité au monde des objets (vêtements inclus, donc) représente un risque majeur de sécurité, du fait de la menace d’un piratage ou plus prosaïquement d’une interruption accidentelle de la connexion. Les Américains par exemple développent leurs systèmes en se basant sur l’hypothèse d’une liaison permanente, ce qui me paraît hautement optimiste car de fait, le risque d’une perte de liaison n’est pas pris en compte… il y à là une porte grande ouverte pour faire les frais de la Loi de Murphy quelque soit le niveau de sécurité que vous prétendez avoir.

Les exemples ne manquent pas, déjà aujourd’hui alors même que les applications de masse sont tout juste émergentes. Ce risque s’applique parce qu‘il y a une connexion et tout ce qui est connecté est donc à la même enseigne : tee-shirt, voiture, sac à main Vuitton, téléphone, détecteur d’intérieur, chemise, système d’alarme, pince à cravate, moniteur de rythme cardiaque, tableau de contrôle d’une centrale nucléaire ou d’un Airbus, broche Swarovski, etc.

Je suggèrerais donc au ingénieurs, designers et fabricants d’opter pour des objets connectés utiles même hors connexion et avec la déconnexion manuelle comme fonction à part entière.

Critères fonctionnels :
Intégration
Personnalisation
Adaptatif
Anticipatif
Déconnectable

Car ce sont bien les usages et non les critères techniques qui permettent d’énoncer les fonctions du produit dans le vocabulaire de l’utilisateur et en vue de répondre à la seule question qui le préoccupe : A quoi ça me sert ?

Or comme on vient de le voir, il s’avèrera sans doute nécessaire et utile, à diverses occasions, d’utiliser un objet connecté sans sa connexion. C’est à ce moment là que votre réflexion sur le sujet pourra faire l’ultime différence entre un objet qui reste utile même déconnecté -ne serait-ce qu’en style- et un machin aussi fonctionnel qu’un caillou.

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Les connexions empathiques 2 février 2016


 

Deux des producteurs de la série Sense8 ont aussi fait Matrix et Cloud Atlas : Lana et Andy Wachowski, excusez du peu. Compte tenu de leur maîtrise cinématographique, on pourra d’ailleurs se demander pourquoi les Wachowski sont allés mettre de l’argent dans une série télévisée, qui n’est pas un genre créatif particulièrement estimé. Mais à bien y réfléchir, quand on voit la stérilisation progressive des productions de cinéma, il faut peut-être accepter l’idée qu’aujourd’hui c’est dans le format de la série que l’on peut trouver la liberté de ton, la créativité et la qualité presque littéraire.

D’ailleurs dans ces trois domaines, toutes sortes de choses étranges se produisent au cours de la série Sense8, à commencer par demander un effort au spectateur pour dépasser les trois premiers sense8-characters-_empathie_empathy_wachowskisépisodes, tant ils paraissent confus et lents.
Quelle est la dernière production culturelle qui vous ait demandé de faire un effort ?
Les personnages de la série sont des humains parmi d’autres -ou presque-. Ils ne sont pas auréolés de lumière divine ni dotés d’une technologie toute puissante. Ils sont faibles, vulnérables et sûrement pas supérieurement intelligents… et le démarrage poussif des trois premiers épisodes le montre bien : les personnages eux-mêmes ne comprennent rien à ce qui leur arrive… c’est un pari risqué de mise en scène car ça a dû couter beaucoup de spectateurs potentiels, qui sont partis non pas avant la fin mais avant le début de l’intrigue.

Les spectateurs les plus rigoristes seront aussi exaspérés par le libéralisme moral qui domine l’état d’esprit des protagonistes.
Mais la série Sense8 n’est pas faite pour les esprits fermés.
Le cœur du sujet est même exactement l’inverse : Sense8 nous parle de transhumanisme   –l’idée que dans le futur l’espèce humaine pourrait devenir davantage que ce qu’elle est aujourd’hui sous le nom d’homo sapiens-sapiens. Mais le transhumanisme de Sense8 ne se fait pas à coups de prothèses technologiques ni de modifications du génome par des biopunks en laboratoire plus ou moins stérile. Pour une série classée dans le genre science-fiction, on pourra bien s’en étonner : ça ne parle pas de technologie ou, du moins, la technologie n’est pas l’élément le plus important.

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L’élément le plus important ce sont les gens et les relations qu’ils entretiennent. Leurs émotions, leur empathie et la complémentarité de leurs compétences   -cette même complémentarité qui souligne l’idée du tout, meilleur que l’addition des parties.

Et contrairement aux récits catastrophistes habituels sur l’émergence d’un nouvel être humain amélioré, le transhumanisme ne semble plus si suspect avec Sense8. La force des protagonistes est de pouvoir établir une connexion émotionnelle. C’est leur capacité à ressentir l’émotion d’autrui qui les fait passer au stade ultérieur de l’évolution d’homo sapiens. Bien sûr, nous sommes à la télé… tout n’est donc pas particulièrement subtil… mais les réalisateurs parviennent à faire passer le message : le moyen pour rendre l’être humain meilleur nous l’avons déjà. C’est l’empathie… et c’est en totale opposition avec les préjugés largement répandus sur le comportement humain, qui serait d’abord motivé par l’intérêt personnel, la soif de pouvoir et la maximisation du profit. sense8_empathie_empathy_wachowskis
Les économistes savent de quoi je parle, c’est eux qui ont inventé ce postulat de l’homo economicus.

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Les auteurs de science-fiction ne sont pas censés aborder ce genre de sujets, encore moins s’ils ont réalisé la trilogie Matrix. Où sont donc les vaisseaux spatiaux, les robots et les concepts révolutionnaires ?! Où sont les superpouvoirs des X-men ? Où est HAL de 2001 : l’odyssée de l’espace ? Où est le voyage temporel d’Interstellar ? Où est le robot qui rêve et ressent de émotions de i, robot ? Rien de tout cela n’a d’importance si les êtres humains ne font pas preuve d’empathie les uns envers les autres, nous répondent les Wachowski. Leur point de vue se défend bien et ça semble même sexy, enrichissant et concrètement utile.

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Les récits de science-fiction souffrent généralement de deux faiblesses : le futur est compliqué (pas complexe, mais compliqué), déprimant et ennuyeux ; et son esthétique est théâtrale : soit néofasciste, soit anarcho-biotechnologique. Le message implicite est que l’avenir de l’humanité est inséparable de la souffrance. Les acteurs de Matrix ont l’air très cool dans leurs vestes de cuir et leurs lunettes de soleil, oui –mais ce sont les robots qui ont vaincu ce crétin d’homo sapiens. Le paradoxe ressemble à un sarcasme visuel.

En poursuivant leur analyse dans Sense8, ceux-là mêmes qui ont fait Matrix suivent une bifurcation plus prometteuse. Ils explorent la piste déjà partiellement parcourue par James Cameron dans Avatar : l’être humain devient meilleur s’il peut voir le monde avec les yeux d’autrui. Et les Wachowski jubilent en supprimant même l’intermédiaire technique : Sense8 est plein de joie parce qu’on y voit des individus qui deviennent meilleurs grâce aux autres, sans l’amertume habituelle de la décadence futuriste ou la prédestination du superhéros.

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Sense8 est donc d’abord une question posée aux auteurs de science-fiction en particulier et à tout les autres en général : faisons-nous une erreur en croyant que c’est le développement technologique qui permet l’amélioration de notre monde ? -question que l’on pourrait inscrire chaque année au fronton du Consumer Electronics Show (le CES de Las Vegas)… ou de n’importe quelle Exposition Universelle depuis 1851-   Car s’ils ne servent pas à cela, à quoi servent donc la pointe de flèche en silex, le Big Data, l’industrie logicielle, les énergies propres, les nanotechnologies, la réalité virtuelle,  l’Internet des Objets, les biotechnologies, le digital, la voiture autonome, les drones, et tous les autres ?

A sa manière souriante et humble mais pas moins déterminée, la série suggère une réponse alternative pour améliorer l’être humain : augmenter la compréhension qu’on a des autres, en utilisant l’émotion comme connecteur principal.

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Citation (23) : histoire des pouvoirs 15 janvier 2016


Dans son ouvrage  Conjurer la peur   Editions Seuil, 2013, l’historien Patrick Boucheron raconte la résistance à la tyrannie des habitants de Sienne en 1338. Cette ville à l’époque a des traits bizarrement communs avec l’Europe du début du XXIe siècle : des banques chargées de dettes, une population apeurée qui cherche une solution pour éviter de disparaître avec pertes et fracas.

Pour son entrée au Collège de France le 17 décembre 2015, à la chaire d’Histoire des pouvoirs, il a donné un discours magistral non pas sur une région du monde lointaine, à une époque oubliée… non, Patrick Boucheron a révélé ce que l’histoire peut apporter au présent et aussi à l’avenir.
Un tel propos qui s’affirme un mois après l’attaque à l’arme automatique dans les rues de Paris est un défi lourd de sens, à commencer par la référence à la médaille datée de 1581 qui porte les mots latins Fluctuat Nec Mergitur.
On pourrait aussi citer un autre auteur fameux : « Toute politique qui porte en elle un principe de division finit par favoriser l’essor du racisme, dont la forme ultime est le génocide. » Jean-Loup Amselle : Branchements. Anthropologie de l’universalité des cultures. Ed. Flammarion, 2001.
Car l’histoire des pouvoirs c’est aussi cela : l’histoire des dominations, le renouvellement des « idéologies de la séparation» … et la résistance qu’on peut leur opposer.
Voir sur ce sujet : L’Exercice de la peur. Usages politiques d’une émotion, Presses Universitaires de Lyon, 2015.
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L’avenir est toujours incertain et le pire toujours possible, comme dans l’Italie du XIVe siècle et comme à bien d’autres occasions tout au long de l’Histoire passée et à venir. De ce point de vue la référence au fascisme religieux du 13 novembre 2015 ne doit pas nous abuser : les dominations sont inscrites dans le principe social et dans l’existence même de l’État, quel qu’il soit. Il n’est qu’à lire les statistiques économiques pour comprendre qu’une domination n’est pas nécessairement physiquement violente ni très spectaculaire. Il suffit qu’elle soit.
L’historien invite donc chacun d’entre nous à « se mettre en travers de cette catastrophe lente à venir, qui est de continuation davantage que de soudaine rupture. » 
D’ailleurs ce n’est pas qu’une invitation, c’est une inspiration, comme quelqu’un qui vous pousse en avant en criant Vas-y, monte le son !
Défiant, irrévérencieux, méticuleux.

La rage d’espérer. L’idée fondamentale est de « se prémunir de la violence du dire » . Cesser d’être dominé par ce qui s’impose à nous, à commencer par la voix des autres : bavardage incessant ou silence apeuré.
Prendre le temps de construire sa propre idée. Laisser reposer jusqu’à ce que l’écume de surface ait disparu. Construire sa propre idée pour parvenir à avoir une voix individuelle.
…et lorsque cela se fait, de petites lumières s’allument : des promesses d’avenir.

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Les cours de Patrick Boucheron seront intitulés cette année : Souvenirs, fictions, croyances. Le long Moyen Âge d’Ambroise de Milan, le lundi à 11h00 à partir du 4 janvier 2016. Ses séminaires débuteront le 12 avril sous le titre, Les effets de la modernité : expériences historiographiques.
Comme d’habitude dans la vénérable institution, tout est gratuit et sans inscription, sous réserve de places disponibles.
L’ensemble sera ensuite disponible sur le site du CdF : http://www.college-de-France.fr

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Citation (22) : totalement 16 août 2015


 

 

« L’imperfection c’est la beauté; la folie c’est le génie et mieux vaut être totalement ridicule que totalement ennuyeux. »
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– Norma Jeane Mortenson aka Marylin Monroe (1926 – 1962).
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Citation (20) : polyvalence 23 janvier 2015


robert-anton-Heinlein« Un être humain devrait savoir changer une couche-culotte, planifier une invasion, égorger un cochon, manœuvrer un navire, concevoir un bâtiment, écrire un sonnet, faire un bilan comptable, monter un mur, réduire une fracture, soutenir un mourant, prendre des ordres, donner des ordres, coopérer, agir seul, résoudre des équations, analyser un nouveau problème, répandre de l’engrais, programmer un ordinateur, cuisiner un bon repas, se battre efficacement, et mourir bravement.
La spécialisation, c’est bon pour les insectes. »
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Robert Anton Heinlein (1907 – 1988).

 

Peter Drucker et la gestion de soi 13 janvier 2015


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Nous avons doublé notre espérance de vie depuis 1900 et, avec un peu de chance, nous pouvons espérer avoir une contribution significative au fonctionnement du monde pour environ 40 à 50 ans. C’est un total qui implique deux ou trois « carrières » au sens où nos parents l’entendaient.
Il n’est donc plus possible (ni souhaitable) de laisser l’Entreprise orienter nos vies au fil des politiques de ressources humaines, car il est très probable que l’entreprise mourra avant nous. Et elle nous entraînerait dans sa chute, si on se laissait faire.

Il n’est plus possible de déléguer la gestion de notre personne à une entité supérieure… Pour le meilleur et le pire, pour ce qui est de la gestion de soi, nous devons nous débrouiller seuls.

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C’est un drame pour beaucoup d’entre nous, car c’est contraire à l’enseignement que nous avons reçu de nos parents, de l’école et de nos premiers mentors au travail. …mais c’est aussi l’opportunité de façonner notre existence -un peu- comme il nous plaît et comme ça nous convient.

A ce titre, le développement personnel permet de renforcer la conscience de soi, de construire notre identité (ou de la renforcer) et de développer nos talents. J’en ai déjà brièvement parlé avec l’article sur les limites de la tolérance ou la série sur les finances personnelles. Un autre domaine important serait le développement physique, notamment par le sport, mais ce n’est pas l’objet de ce blog (par contre, ici…).
En deux mots : c’est l’opportunité de devenir meilleur.
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Comme vous aurez compris, nous sommes très largement au-delà du cadre de la vie professionnelle… et ce n’est pas une mince ironie que de reprendre un texte de Peter Drucker « Se gérer soi-même », l’un des pères fondateurs du management et de la théorie des organisations.
Cet article Managing Oneself est disponible en PDF  cliquez ici . C’est le chapitre 6 du livre Management challenges for the 21st century, publié en 1999.
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Le développement personnel en France n’a cependant pas très bonne réputation. On y parle de manipulation mentale, de ‘gourous’ et de pseudo-psychologie… mais c’est ce qu’on appelle voir le verre à moitié vide. C’est pour cette raison qu’en langue française vous trouverez principalement des textes de mise en garde, alors que la même recherche en anglais (personal development) vous ouvrira un monde de possibilités. Ce qui ne doit pas vous faire abandonner tout esprit critique afin de trier le bon du mauvais !
Car le développement personnel, à l’échelle humaine, ce n’est rien d’autre que la version contemporaine du Connais-toi toi-même des anciens grecs. C’était déjà marqué à Delphes, sur le temple d’Apollon au VIe siècle avant notre ère : νῶθι σεαυτόν   et c’est aussi ce qui a inspiré Juvénal pour l’élégante formule du Mens sana in corpore sano : Un esprit sain dans un corps sain.

Existe-t’il un meilleur objectif de vie ?

Puisque ce n’est certainement pas une compétence innée, pour l’acquérir nous avons réellement besoin de l’expérience d’autrui, d’outils pour mieux nous connaître, pour nous améliorer et, en fin de compte, pour se construire une motivation supérieure à vivre : par rapport à soi-même, par rapport à autrui et par rapport à la direction que l’on souhaite donner à notre existence.

Connaître ma performance : Suis-je lecteur ou auditeur ?Solitaire ou équipier ?

Décideur ou conseiller ?

J’apprends en écrivant, en répétant à haute voix, en agissant ?

Connaître mes valeurs :Le test du miroir : puis-je me regarder en face ?Comment puis-je reconnaître un conflit entre mes valeurs et une situation ? Connaître mes points forts :L’analyse de feedback : au moment de prendre une décision, je note ce que j’en attends pour l’avenir. Environ 9 mois après j’évalue ce qui s’est passé réellement.Renforcer mes points forts jusqu’à l’excellence est moins difficile que de faire passer mes points faibles de médiocre à moyen.
Gérer ma contribution :Qu’est-ce que la situation impose de faire, ici et maintenant ? Est-ce que cela correspond à mes valeurs ? A mes points forts ?

  • Que faire
  • Où commencer
  • Quels objectifs viser
  • Quel planning

Suis-je meilleur dans une petite ou une grande organisation ?

Savoir dire Oui ; savoir dire Non.

Gérer mes relations :La politesse : première compétence dans un collectif.Prendre la responsabilité de ses relations.

Être responsable de sa communication, pas de la manière dont autrui l’interprète.

Annoncer : Voici ce que j’essaie de faire, pourquoi, comment, pour quels résultats. Demander aux autres de s’annoncer de la même manière.

Gérer ma seconde partie de vie / carrière parallèle :Utiliser ses points forts dans une autre organisation ou/et autre secteur d’activité.Tenter 10 heures par semaine en plus de l’activité principale (associatif, personnel).

Faire valoir son expérience et en être rémunéré (entrepreneur).

==> Pour se sauver de l’ennui, la mobilité est une condition de la stabilité personnelle.

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Perséverer 26 novembre 2014


P.E.R.S.E.V.E.R.E.R !

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Cliquez l’image pour voir d’autres inspirations visuelles… sur : yannickprimel.tumblr.com

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Les 5 réponses de l’Agile 30 octobre 2014


 

Les responsables d’entreprises et les responsables de services informatiques n’ont que l’embarras du choix sur les méthodes et les outils qu’ils peuvent utiliser pour mener à bien les projets liés aux systèmes d’information.

CMMI, ITIL, ISO, ISTQB sont autant de références incontournables aujourd’hui et font partie du vocabulaire de base des équipes de management. La contrainte de mise en qualité et la volonté de faire de bons produits permet à chacun de jongler avec ces méthodes et il n’est pas rare de retrouver du CMMI, du ITIL et du ISO dans la même organisation.

 

L’expression « méthodes agiles » perce parfois ce consensus avec un succès variable.

Les acteurs de l’industrie logicielle, grands ou petits, abordent les méthodes agiles avec une certaine confusion, ne sachant pas ce qu’elles sont, ce qu’elles ne sont pas et ce qu’elles recouvrent en termes opérationnels. La simplicité du Manifeste Agile n’aide pas vraiment non plus à situer les enjeux…
Pourtant, le développement logiciel agile n’est pas nouveau et il tient la comparaison d’ancienneté avec les autres méthodes citées précédemment.
L’acte de naissance des méthodes agiles remonte officiellement à 1981, lorsque James Martin a breveté la méthode rapide de développement d’application (Rapid Application Development –RAD). Cette méthode RAD consiste en une suite de développements livrés aux utilisateurs tous les 90 jours en moyenne, qui a évolué ensuite avec les méthodes Dynamic Software Development Method (DSDM), Unified Process (UP) ou encore Scrum.
Avec Scrum, le délai de livraison d’une fonctionnalité aux utilisateurs tombe à 30 jours en moyenne. C’est ce qu’on appelle un ‘sprint’.

 

Pourtant, les craintes liées à l’aspect informel des méthodes agiles freinent leur adoption dans les entreprises malgré la publicité faite autour de celles qui les utilisent avec succès.
Les responsables informatiques sont donc face à un dilemme : agile ou pas agile ? Quels risques prenons-nous avec les méthodes agiles ? En quoi les méthodes agiles sont mieux que le modèle de gestion de projet « en cascade » ? Vais-je faire partir mes meilleurs développeurs si ça ne leur plait pas ?

Il semble de toute façon que, avec ou sans les méthodes agiles, il n’existe toujours pas de solution miracle pour faire réussir un développement ou un projet…

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Les méthodes agiles soulèvent régulièrement cinq critiques qui sont autant d’épouvantails et d’idées préconçues. Il s’agit davantage de prédictions auto réalisatrices que de critiques argumentées (« ça va pas marcher, ça va pas marcher, ça va pas marcher ! ») et nous allons les passer en revue pour apporter des éléments de réponse plus concrets.

  • Les méthodes agiles, c’est du travail de hacker

Ce reproche fréquent réduit ces méthodes de développement à une anarchie à peine contrôlée, et qui voudrait travailler dans ces conditions ?
La réalité est plus nuancée et heureusement plus structurée.

Les « agilistes » font des plannings, ils rédigent leurs cahiers de tests en fonction des priorités du client et ils vérifient souvent leurs résultats avec les utilisateurs pour valider les livraisons. Certaines équipes particulièrement bien calibrées embarquent même des ethnologues pour rendre compte des pratiques des utilisateurs, afin de concevoir au mieux le produit en même temps qu’il est fabriqué… Ce que les équipes agiles attendent des responsables et du client, c’est qu’ils fournissent les priorités à suivre et qu’ils participent conjointement pour proposer des ajustements.
En d’autres termes, les méthodes agiles ne transforment pas ce qui est fait, elles modifient seulement comment le travail est fait… comme n’importe quelle autre méthode de qualité.
A ce titre, les méthodes agiles ne sont pas du travail de hacker et surtout, le concept même de hacker est contraire à l’esprit d’équipe.

  • Elles ne peuvent pas s’appliquer aux grands projets

L’origine des méthodes agiles remonte en effet à des projets informatiques de taille modeste et encore aujourd’hui, elles sont parfois préconisées pour les charges estimées à moins de 100.000 lignes de code.
Avec le temps cependant, même les grands projets sont devenus sensibles à l’incertitude et aux changements de spécifications en cours de travail.
Les grandes entreprises et les organisations gouvernementales pouvaient se permettre de fonctionner comme l’industrie ‘lourde’ en adoptant des procédures rigides et un avancement en cascade, chaque livraison étant basée sur des besoins exprimés par le client au tout début du projet, soit parfois des mois ou des années avant.

 

Cela n’est plus vrai aujourd’hui : un projet qui dure plusieurs mois est en grand danger s’il ne réactualise pas les besoins du client régulièrement. Le produit fini risque de ne plus être d’aucune utilité ou d’utiliser une technologie déjà obsolète. Je vous renvoie à mon article sur le système embarqué dans le robot Curiosity, qui se balade en ce moment même sur la planète Mars : deux millions de lignes d’instructions développées en code C, avec un taux d’erreur de un pour mille. Tout cela réalisé par des équipes agiles.
Si les projets en eux-mêmes peuvent conserver une gestion basée sur un modèle classique (management, reporting, planification, etc.), leur aspect ‘’développement’’ et ‘’systèmes d’information’’ doit prendre en compte un niveau d’incertitude qui rend propice l’adoption des méthodes agiles.

C’est le dosage et la cohabitation avec les méthodes habituelles qu’il faut apprendre à gérer.

Pour les besoins des logiciels de Défense, les armées ont régulièrement innové pour parvenir à une grande qualité de leurs produits, des produits qui atteignent assez souvent le million de lignes de code ou plus et des équipes comptant jusqu’à 250 développeurs.


Compte tenu des enjeux opérationnels, on comprend aisément qu’un bug inopiné ou des spécifications inadaptées puisse entraîner directement des pertes irréparables en combattants ou en matériel, ou plus radicalement la perte d’une guerre.

Toutes les équipes de développement militaires et leurs sous-traitants utilisent aujourd’hui les méthodes agiles, à divers degrés, ce qui prouve que ces méthodes s’appliquent bien aux grands projets et qu’on peut les utiliser effectivement à divers degrés.
Voir à ce sujet : Paul E. McMahon : “Lessons Learned Using Agile Methods on Large Defense Contracts” in Cross talk, 2008. Magazine d’ingénierie logicielle de la Défense, US Air Force. http://www.stsc.hill.af.mil/crosstalk

Les adaptations peuvent porter notamment sur l’écart entre les livraisons aux utilisateurs, qui peuvent passer à six ou douze mois au lieu de 30 ou 120 jours. Une étude du Jet Propulsion Laboratory présente un projet de 200 années / homme mené par IBM Federal Systems, dont les livraisons se sont faites en 45 itérations, à chaque fois dans les délais et sous le budget fixé.
Voir : W. H. Spuck : Management of Rapid Development Projects. Editions du Jet Propulsion Laboratory, D-8415, A. 1991.

De plus, on remarquera que le CMMI est lui-même issu des préoccupations de l’armée américaine dans les années 1980, qui s’inquiétait de la multitude de sous-traitants et des difficultés à harmoniser leur niveau de qualité.
En pratique, si l’on parle aujourd’hui de l’utilisation des méthodes agiles dans les projets de Défense aux États-Unis, cela implique que ces méthodes sont obligatoirement employées dans un environnement CMMI. Les deux n’ont donc rien d’incompatible.

  • Elles ne fonctionnent pas si les équipes sont géographiquement distantes

Les équipes géographiquement distantes (ou ‘’distribuées’’) peuvent l’être dans différents bâtiments ou continents. Les pratiques de développement offshore font régulièrement travailler ensemble de personnes basées sur différents fuseaux horaires avec -bien sûr- différentes cultures professionnelles.
L’un des enseignements des projets offshore est que, quelle que soit la méthode utilisée pour gérer l’activité, la documentation écrite ne peut pas résoudre tous les problèmes. Plus exactement : la documentation écrite est une source de problèmes. Problèmes d’interprétation, de références, de vocabulaire, de délai de rédaction et de diffusion, etc.
Les interactions plus fréquentes par téléphone, visioconférence, intranet, écrans d’affichage, e-mail et les outils de travail partagés accroissent l’agilité en dépit de la distance, même si l’objectif n’est pas de mettre en place les méthodes agiles.   Voir : R. L. Daft : Organization Theory and Design. Editions West Publishing, 1992.

L’enjeu est alors de créer des mécanismes qui permettent à chacun d’accéder aux sources d’information dont il a besoin, plutôt que de devoir contrôler le flux d’informations émanant de la direction du projet. La communication elle-même doit être un aspect majeur du management, comme un élément à part entière que l’on doit promouvoir et faciliter, dans et au-delà de la ligne hiérarchique.
Les individus ne doivent pas hésiter en particulier à se parler de site à site, parce que la tendance naturelle pour les équipes est de développer un sentiment d’appartenance géographique, un ‘’esprit de clocher’’ qui favorise la rétention d’information et casse la cohésion de l’ensemble. En termes d’organisation c’est bien une équipe entière qu’il faut parvenir à créer et à maintenir et non pas plusieurs équipes distantes étalées sur différents sites.

  • Elles ne permettent pas de gérer les problèmes complexes d’architecture

Le manque de planification et de choix d’architecture au début d’un projet est sans doute le souci le plus sérieux qui peut aboutir à des développements en aveugle. Des problèmes non prévus surgiront dans les cycles ultérieurs, mettront en évidence un mauvais urbanisme et obligeront à une révision coûteuse de l’existant.
Bien entendu, tenter de résoudre toutes les questions d’urbanisme au départ ne garantit en rien qu’il n’y aura pas de soucis à l’avenir ! jl-LeMOIGNE_modelisation-systemes-complexes

Le point fort des méthodes agiles sur ce sujet consiste à considérer avec attention le rapport entre les avantages et les inconvénients d’une architecture planifiée dès le lancement du projet.
La meilleure décision portera sur le point médian -le juste milieu- entre les extrêmes de ‘pas d’architecture du tout’ et l’illusion d’une architecture complète, comme on a pu le voir dans la catastrophe du projet LOUVOIS.

Certaines questions d’urbanisme peuvent être tellement obscures et critiques que vous aurez besoin de toute façon d’investir dans des prototypes jetables pour clarifier la solution à suivre.
Vous pouvez également hiérarchiser les objectifs de vos premières livraisons pour qu’elles éclairent les questions majeures.
Définir quels aspects du projet sont susceptibles d’être stables ou volatils pourra aussi vous aider… pourvu que vous sachiez rester ouvert aux évolutions.

En règle générale, le développement agile favorise les architectures simples et flexibles, qui sont un gage d’adaptabilité en cas de changements ultérieurs.

 

  • Mes clients / mes développeurs ne travailleront jamais comme ça

L’idée préconçue derrière cette affirmation est que les méthodes agiles seraient culturellement incompatibles avec certains projets ; et je serais bien le dernier à affirmer que l’on peut imposer certaines pratiques à des gens qui n’en veulent pas.

Mais à ceux qui se demandent ce qu’ils pourraient perdre, nous demandons plutôt ce qu’ils pourraient gagner. Bien des équipes découvriront qu’elles fonctionnent mieux en utilisant des méthodes agiles et elles pourraient complètement y adhérer… pourvu qu’elles aient pu s’y frotter.
La réussite comptera pour beaucoup dans cette adhésion. L’impression positive qui naît en parvenant à livrer rapidement du code qui fonctionne est un puissant facteur de motivation, pour les clients comme pour les développeurs.
Ironiquement, les développeurs chevronnés ont l’habitude de se plaindre lorsque les managers les poussent à commencer le travail trop tôt, sachant pertinemment que les exigences changeront dans quelques jours ou semaines.
Avec les méthodes agiles, la différence est que le système n’est pas supposé être parfait dès le premier essai (ce qui est vrai à chaque fois, de toute façon !). L’équipe de projet a de multiples itérations devant elle pour affiner son analyse des difficultés, préciser l’estimation des coûts et du planning ou faire émerger de nouvelles exigences.

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Si on leur en donne la chance, les individus aiment apprendre, en particulier si cet apprentissage leur permet de devenir meilleurs dans leur travail. Après tout, la mise en œuvre de chaque méthode qualité implique ce genre de pari sur l’avenir. Sur ce point non plus, les méthodes agiles ne sont pas différentes des autres.

Ainsi, comme je le disais plus haut, ce préjugé de l’incompatibilité culturelle nous ramène au rôle du management, pour qu’il joue à plein son rôle de pédagogue et de levier pour améliorer les Ressources Humaines. Car dans le domaine informatique comme ailleurs, on remarque une constance des problèmes :

  • Il n’y a pas de solution miracle, il n’y a que des solutions adaptées à un contexte.
  • Le contexte des métiers de l’informatique est propice à l’agilité et le sera de plus en plus.
  • Enfin, le choix d’adopter le développement agile relève d’une décision de management plus que de technique, comme toutes les décisions vraiment importantes.

 

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A quel point êtes-vous agile…?

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Explorer 25 octobre 2014


Explorer.
Explorer pour le plaisir de le faire,
pour le plaisir de l’avoir fait,
pour la découverte,
pour trouver,
pour ne pas trouver,
pour trouver ce qu’on ne cherchait pas,
pour savoir,
pour apprendre qu’on ne peut pas tout savoir.
Et pour savoir que ça ne doit pas nous empêcher de continuer.

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Cliquez l’image pour voir d’autres inspirations visuelles… sur : yannickprimel.tumblr.com

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Athènes – Sparte en 36 heures 26 septembre 2014


 

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Le spartathlon est une course longue distance qui relie Athènes à Sparte en mémoire du soldat Pheidippides (Φειδιππίδης), qui courut 246 kilomètres (246 !) pour demander du renfort aux spartiates alors que l’armée d’Athènes menaçait d’être battue par l’armée perse en 490 avant Jésus-Christ.
Souffrant d’hallucinations, déshydraté, Pheidippides affirma plus tard avoir vu le dieu Pan sur l’Acropole. Les Grecs y érigèrent un monument qui s’y trouve encore.
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…il courut en vain puisque Sparte n’envoya aucune aide. Il courut en vain puisque l’armée grecque gagna quand même la bataille de Marathon.

Après quoi, le soldat Euclès fut envoyé vers Athènes, pour annoncer la victoire. Il délivra le message et mourut d’épuisement. Ce trajet de 42,195 kilomètres est bien connu de tous les coureurs du monde : c’est la distance qui donne son nom à la course de marathon.
En mémoire de l’autre, Pheidippides-le soldat inconnu, chaque année a lieu en Grèce le spartathlon…

 

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Le rire de Démocrite 1 août 2014


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« Le rire de Démocrite » : conférence intégrale de Michel Onfray (1h08).

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Citation (19) : une bonne solution 1 juillet 2014


George-S-Patton

 

« Une bonne solution appliquée vigoureusement tout de suite est meilleure que la solution parfaite appliquée dans dix minutes. »

Général de Corps d’Armée George Patton, cité dans Charles Province : The unknown Patton   1983.

 

 

 

Comment se planter en grand 17 mars 2014


Reconnaissons-le, il nous arrive à tous de faire des erreurs.
Errare humanum est, comme disait l’autre.

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On se plante, on se goure, on foire les choses, on se vautre… et si ça ne vous est jamais arrivé, alors c’est que vous mentez (en plus de foirer les choses sans vouloir l’admettre).
Admettez donc qu’il vous arrive de faire des erreurs et si cela vous donne des sueurs, dites-vous que ça pourrait être pire. Pensez à la bataille de Karansebeş en Roumanie, où, selon la légende, l’armée autrichienne de l’empereur Joseph II à la recherche de l’armée ottomane s’est attaquée elle-même et a perdu 10.000 hommes dans la nuit du 17 au 18 septembre 1788. .

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Dans l’absolu (et votre intégrité physique mise à part), si vous avez peur de faire des erreurs c’est que vous baignez dans un environnement social / professionnel / familial qui assimile l’échec à la faute.
Ce genre d’environnement nous inculque qu’il faut tout savoir, qu’il faut tout réussir, car se tromper c’est mal.
Faire des erreurs c’est être mauvais. Or bien entendu faire des erreurs relève du faire, pas de l’être.
L’école et le système éducatif en général sont les courroies de transmission majeures de ce genre de valeurs très contreproductives.

C’est particulièrement pernicieux car cela pousse non seulement à refuser la prise de risque, mais cela incite également à cacher nos échecs pour éviter la vindicte publique puis en plus à rejeter nos erreurs sur autrui.
Soyez attentif à votre environnement immédiat : quelle est la réaction normale face à l’échec de quelqu’un ? Moquerie ou main tendue ? Les valeurs sociales dominantes font-elles ressortir la cohésion du groupe, ou la mise à l’écart d’un membre  »fautif » ?
Notez bien que si vous recevez de l’aide après avoir fait une bourde, ça n’empêche pas de se faire sévèrement engueuler… ce qui est somme toute normal puisque par définition on ne voulait pas que ça arrive. Seulement voilà, ça arrive. Depuis l’apparition des organismes multicellulaires, la Loi de Murphy  s’applique à tout le monde et il n’y a pas de raison que vous en soyez exempt…

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Je suis fermement persuadé que notre existence est définie par certains moments particulièrement intenses qui modèlent notre personnalité profonde pour le reste de la vie. Ce sont ces moments de totale vulnérabilité qui nous définissent et c’est ce qui les rend aussi effrayants. Mais savoir se tenir fermement dans un moment où l’on est vulnérable est aussi un apprentissage. Se relever d’un échec ça s’apprend.
Et puisque ce n’est pas l’école qui nous l’apprend, bien souvent c’est la vie elle-même. La vraie vie. Celle qui oblige à être modeste. Appelons ça l’expérience du monde râpeux.   …pensez donc à l’empereur Joseph II au matin du 18 septembre 1788. Pour éviter d’avoir la même tête que lui au petit matin, vous pourriez aussi vous entraîner vraiment et vous mettre volontairement en position de faire des erreurs sur des sujets sans grand enjeu. Il ne s’agit pas ici de faire des erreurs exprès, mais d’apprendre à réagir vite et bien quand on en a fait une.
C’est au travers de ces expériences de l’échec que nous pouvons apprendre à tenir bon et à nous comporter de façon aussi honorable et constructive que possible. C’est de là que viendra notre courage de le faire encore et encore. Et encore. Et encore.

Car après tout, le problème n’est pas de tomber sept fois : c’est de se relever huit.

."Pas de risque, pas de récompense"

Bref. Que vous le vouliez ou non de toute manière, vous-vous planterez. C’est ce que vous faites juste après qui définit votre personnalité.

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    1. Reconnaissez votre responsabilité. Même si ce n’est pas réellement et entièrement votre erreur, un caractère bien trempé ne se défausse pas et peut encaisser les conséquences. C’est tout spécialement vrai lorsque vous êtes chef d’équipe, capitaine de navire ou responsable à divers titres de quelques personnes de divers statuts   -comme père ou mère par exemple.
      Votre rôle est de protéger le groupe. Si vous faites ça bien, les victimes de votre erreur finiront elles-mêmes par vous dire que ce n’est la faute de personne.   Simplement parce que vous aurez été honnête face au groupe dont vous avez la responsabilité.
    2. Ne restez pas tétanisé. La peur est un puissant inhibiteur de mouvement. La majorité des gens est paralysée par ses propres erreurs, sans pouvoir y apporter de solution ou appliquer la procédure PBM. Ca peut aussi être un moyen commode de ne rien faire, de gagner du temps pour vérifier si quelqu’un s’en rend compte… Ne soyez pas ce genre de personne. Entraînez-vous à réagir rapidement et sans vous cacher. L’essentiel une fois que la bourde est faite ce n’est pas de se planquer, c’est d’en limiter les conséquences néfastes.
    3. Acceptez qu’il y ait des rumeurs. Tout spécialement si vous avez connu des succès récents, il y aura des gens pour se féliciter de votre chute. Restez modeste et ignorez les ragots. Lorsque vous-vous serez relevé ces gens-là seront les premiers à vous lécher les bottes.
    4. Prenez les noms. Même si vous y êtes aujourd’hui jusqu’au cou, c’est seulement une question de temps avant que vous sortiez de ce bourbier.
      Vous saurez ne pas oublier qui vous a marché dessus lorsque vous étiez à terre. Comme dans les arts martiaux :  lorsqu’on vous a heurté il faut rendre le coup sous peine de perdre des points en crédibilité. Souvenez-vous, c’est la règle numéro 17. Alors, même si vous savez  »passer à autre chose » et même si vous avez assez de grandeur pour ne pas crier vengeance, vous pourrez montrer aussi quel est votre sens de la justice, lorsque vous serez revenu en situation de force. Soyez patient.
      Et pensez aussi bien entendu à noter les noms de ceux qui vous auront tendu la main. Solidarité gratuite, solidarité en attente d’un remboursement différé, service rendu pour être quittes… peu importe. Ces personnes vont ont aidé quand vous en aviez besoin. Si ce n’est pas toujours le signe d’une amitié éternelle, c’est au moins le signe d’une alliance qui mérite d’être entretenue. Remerciez. Tendez la main en retour. Soignez vos alliés.
    5. Associez cet événement à quelque chose de positif. Vous-vous souviendrez de cet échec et ça ne doit pas vous affaiblir chaque fois que vous y penserez. Quelle leçon avez-vous apprise à cette occasion ? Qu’avez-vous fait de grand pour corriger l’erreur ou pour vous relever après la chute ? C’est de cela qu’il faudra vous souvenir, pas du goût de la boue que vous aviez dans la bouche lorsque vous étiez au fond du trou.

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Vous allez survivre (probablement) et d’une manière ou d’une autre ce m*rdier finira un jour.
Respirez profondément, gardez le dos droit et… en avant. Faites face.

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Une fois que vous aurez fini de vous relever, une fois que vous aurez rendu les coups, ce sera le moment de lâcher prise. Victoire ou échec de toute manière c’est terminé. Fi-ni.
Je pense bien que vous ne faites pas autant d’efforts simplement pour perdre, mais si la défaite survient, inutile de s’y attarder. Ce n’est pas parce que c’est une défaite qu’il faut y passer plus de temps qu’une victoire.

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Dans votre modestie, gardez la tête haute. Assumez vos responsabilités de la même manière pour les succès et pour les échecs.
Puis passez à la suite. : la vie vous attend !

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L’exploration de Tell Dibgou 28 février 2014


Dibgou est l’un des sites les plus vastes et les mieux conservés du Nord-est du Delta du Nil. Il se situe sur les marges sud du Lac Menzaleh, à une dizaine de kilomètres au Nord-est du tell Sân el-Hagar, qui abrite les ruines de l’antique Tanis, capitale de l’Egypte au cours des XXIe et XXIIe dynasties. La ville continue de se développer au cours des siècles suivants jusqu’à atteindre son apogée entre le IXe et le XIe siècle de notre ère.

Elle s’insérait alors dans un réseau urbain important dont la production de textiles luxueux était l’activité fondamentale. Ils provenaient des ateliers califaux réputés dans tout le Moyen-Orient pour avoir la finesse de la membrane intérieure de l’œuf.

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La documentation relative à Dibgou est très mince. Seules les sources arabes nous informent sur l’histoire de Dibgou (Dabiq), dans la phase terminale de son développement. Dabiq est notamment citée par des historiens tels que Muqaddasi à la fin du Xe siècle ou Ibn Duqmaq et Maqrizi au XVe siècle.
D’après ces sources manuscrites arabes, les Chrétiens restèrent probablement majoritaires à Dibgou jusqu’à la fin du XIe siècle. Le site possède donc encore probablement les ruines de ces édifices religieux, mosquées et églises, qui devaient être au cœur de la vie de la cité médiévale.

Aucune fouille archéologique n’y a jamais été pratiquée. Cette situation remarquable en Egypte pour un site de grande dimension s’explique par l’isolement du lieu. Elle représente pour notre équipe une opportunité exceptionnelle de pouvoir accéder à un univers totalement inconnu jusqu’à présent.

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La mission recherche des collaborateurs  :

archéologues, topographes, architectes, documentalistes, restaurateurs, céramologues, dessinateurs, anthropologues, photographes.
Les conditions sont les suivantes : prévoir une assurance individuelle avec rapatriement ; voyage Paris – Le Caire A / R à la charge du participant ; travail bénévole mais frais de table et de séjour liés au travail pris en charge ; endurance et grande disponibilité nécessaires.
La mission recherche également des collaborateurs bénévoles pour le travail documentaire post-fouille en France.

Si vous êtes intéressé(e)s, adressez votre candidature à la Mission en cliquant ici .

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Finances personnelles (3) : problèmes de riches 21 janvier 2014


Les articles précédents concernant les finances personnelles  ont permis de montrer quelques aspects fondamentaux qui pourraient être enseignés, ou à tout le moins qui pourraient être diffusés beaucoup plus largement dans la société à commencer par le milieu scolaire : votre épargne soutenue et régulière fera grossir le total de votre patrimoine; mois après mois, après mois.

L’idée de base est de donner au citoyen les outils intellectuels pour gagner en autonomie personnelle vis-à-vis de son propre argent, afin qu’il sache seul se mettre en sécurité financière (d’abord) et qu’il sache vers où aller pour gagner en liberté financière (ensuite).
Bien entendu, il y aura toujours quelqu’un de plus riche que vous et si vous-vous comparez de la sorte à autrui, vous finirez malheureux, en colère et frustré.
Comme d’habitude, si vous devez vous comparez à quelqu’un, comparez vous d’abord à la personne que vous étiez hier. ..

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Bref. Toujours est-il qu’en lisant ces deux articles, si vous-vous êtes dit qu’il s’agit d’un truc de riches… et bien… oui. Vous avez entièrement raison.
La gestion saine de ses finances personnelles est un sujet diablement intéressant, mais seulement au-delà d’un certain niveau de vie.

Si vous pensez que les objectifs d’un an de salaire en épargne de précaution, puis d’investissements qui génèrent des revenus passifs sont à votre portée, c’est parce que vous faites partie des gens déjà relativement aisés qui ont le niveau scolaire, le soutien famillial, l’environnement social et les perspectives professionnelles qui permettent d’envisager ces aspects comme des possibilités raisonnables.

C’est une bonne chose pour vous mais c’est loin d’être le cas pour tout le monde… et je ne suis pas en train de parler de la  »grande pauvreté » mais de la surface financière moyenne dans la population de notre pays, donc celle qu’on devrait considérer comme le niveau de richesse normal.

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Comprenez que vous faites probablement partie des (seulement) 36% de la population française équipée du baccalauréat ou d’un diplôme supérieur. Des (seulement) 50% des Français qui vivent avec plus de 18460 euros par an, soit 1538 euros mensuels.
Remerciez le ciel chaque matin de vivre riche, dans un pays en paix. Vous vivez dans un espace-temps qui a permis l’émergence de conditions propices à l’accroissement de votre richesse personnelle. Votre seul devoir est d’en laisser davantage à vos enfants que vous n’en avez reçu de vos parents et cela est possible parce que vous faites partie des quelques pour-cents de privilégiés dans le monde qui ne sont pas à 100 euros près.
Je ne sais pas vous, mais pour ma part je suis dans l’impossibilité d’envisager comment épargner régulièrement 20% sur 1500 euros mensuels après déduction des frais fixes de la vie courante tels qu’un loyer, la nourriture, l’abonnement à une box internet, l’énergie, les impôts, l’habillement, l’entretien du logement et les transports.
Quand on n’est pas à cent euros près, c’est très facile de donner des conseils stupides aux personnes qui sont à dix euros près. De ce point de vue, le conseil d’avoir un an de salaire en réserve pour un revenu mensuel d’environ 1500 euros, c’est presque une insulte et à coup-sûr ce sera compris comme une forme de mépris.

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Il n’existe pas de méthode pour devenir riche. Par contre une chose est sûre : vous ne pourrez pas vous enrichir en dessous d’un certain seuil de revenu.
Car ce n’est pas l’héritage, les gains de loterie, un cambriolage juteux ou n’importe quel autre phénomène ponctuel qui permet de se créer pour soi-même de la richesse, c’est le niveau de revenus réguliers.
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C’est d’ailleurs un constat qui se retrouve dans les statistiques de l’INSEE  ou de l’OCDE : le niveau de revenu régulier d’une personne est le premier déterminant de sa position sur l’échelle de richesse. Pour le dire autrement : moins vos revenus sont élevés, moins vous aurez la capacité d’épargner et donc de vous construire un patrimoine. Or c’est justement le sujet de mon premier article : l’épargne de précaution comme première étape de constitution d’un patrimoine personnel.
L’inverse est donc vrai aussi : si vous ne gagnez pas assez pour pouvoir épargner, votre position sur l’échelle de richesse ne peut pas s’améliorer.
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Vous pourrez toujours embrayer sur le stéréotype des personnes irresponsables qui s’efforcent de reproduire le modèle consumériste dominant alors qu’ils n’en ont pas les moyens, en enchaînant les prêts à la consommation, les abonnements inutiles au câble, les jeux vidéo… et qui du coup n’ont pas à  se plaindre que leur patrimoine ne grandit pas. La discussion s’orientera ensuite sans doute sur  les arguments simplistes du salaud de pauvre qui vit au crochet de la société en profitant du sytème et en abusant des revenus offerts généreusement par la solidarité nationale, à commencer par le RSA, et d’abord quand on est pauvre c’est qu’on le veut bien parce que vraiment quand on veut travailler c’est toujours possible et patati et patata… et je vous répondrai : essayez donc.
6% de la population française n’a aucune économie. Zéro. Rien.
Essayez donc de vivre avec uniquement un RSA socle de 499,31 euros par mois pour un(e) célibataire ou, si cette somme vous fait déjà peur, essayez avec un SMIC net de 1120 euros comme 13% des salariés français à temps plein.
Ou encore, avec un salaire de 1538 euros, essayez donc de vivre en économisant 300 euros chaque mois.
Essayez et on en reparlera.

Dans l’intervalle, je dirais que vous écoutez trop les discours populistes qui rendent les pauvres haïssables et les riches aimables, alors que bien entendu la qualité d’une personne n’est pas liée à la taille de son compte bancaire. Nous parlons de patrimoine financier, pas de valeur individuelle. Le fait d’avoir de l’argent ne fait pas de vous quelqu’un de spécialement exceptionnel.

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A ce stade, je pourrais vous sortir quelques conseils pour dépenser moins. Mais tout cela ne serait pas d’une grande utilité car on n’atteint pas le coeur du sujet : le niveau de revenu régulier n’augmente pas.

D’autres possibilités plus radicales existent, comme reprendre ses études pour décrocher un diplôme qui permette une rémunération plus élevée. Le Congé Individuel de Formation (CIF) ou la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) existent pour cela précisément. Cela pourrait ressembler à une bonne idée puisqu’on aborde enfin le sujet du niveau de revenu. Mais si vous êtes parent isolé et salarié à temps plein avec 1h30 de trajet par jour c’est encore un conseil qui ressemblera à du mépris puisqu’en réalité c’est parfaitement inapplicable.

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Je n’ai donc pas de solution réaliste.
Malgré les gains en espérance de vie, la réduction du nombre de conflits violents, l’accroissement des richesses et l’élargissement des possiblités d’existence, nous avons mis en place un système mondial dont le noyau est fondamentalement injuste. Cette injustice inhérente au système actuel s’explique par le fait que la richesse permet de saisir toujours plus d’opportuités d’enrichissement, tandis que l’absence de richesse empêche de simplement pouvoir prétendre au droit à ces opportunités.
Je n’ai pas de solution.
__________Je.n’ai.pas.de.solution.

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…et j’en suis extrêmement peiné, croyez-le.

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Mon hypothèse d’un système fondamentalement injuste nous amènerait à chercher une solution au niveau du système lui-même, qui est aujourd’hui un état de fait mondial.
C’est ainsi que 85 des personnes les plus riches sur Terre possèdent un patrimoine équivalent aux 3,5 milliards de personnes les plus pauvres. Voir à ce sujet la convergence entre le discours d’ouverture de Dave Schwab au sommet de Davos en janvier 2014 et le dernier rapport de l’ONG Oxfam –in english.
Deux pistes s’offrent à nous : changer le système ou modifier la gestion de l’existant.
Les tentatives révolutionnaires pour ‘changer le système’ ont bien assez montré leurs limites au siècle dernier pour qu’on n’en retienne aucune et pour qu’on se montre extrêmement méfiant envers toute suggestion de la sorte. Parlons donc de la manière dont le système actuel est géré. Parlons de politique.
Pour vous rassurer j’annonce la couleur de suite : mon propos ne va pas tenter d’influencer votre vote aux prochaines élections, si toutefois vous votez. (je l’ai déjà fait, de toute manière)

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Mais la question revient, encore et toujours, lancinante comme un mal de dent : en tant que civilisation, que voulons-nous devenir ?
Economie d’abondance pour atteindre un modèle plutôt juste en moyenne, ou économie de pénurie pour perpétuer un modèle franchement injuste -quels que soient ses avantages par ailleurs-  ?
Quel gouvernement sera le premier à se donner comme objectif stratégique d’élever son Indice de Développement Humain ? Qu’y a t’il de plus viable et durable que l’amélioration du composite qui rassemble le niveau d’éducation, de richesse et d’espérance de vie ?

Et là encore, dans le système présent, c’est un problème de riches car ça n’améliore en rien la situation immédiate des premiers concernés.

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Finances personnelles (2) : les revenus passifs 14 janvier 2014


Ainsi que nous en parlions dans l’article sur les finances personnelles, à partir du moment où vous touchez des revenus votre premier objectif devrait être de constituer un socle équivalent à un an de revenu. Cette somme pourra varier selon vos besoins, mais quelle que soit votre situation votre objectif suivant sera de la reconstituer d’abord et avant toute autre dépense.

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A ce stade vous entrez dans la petite fraction de population qui possède une certaine (mais toujours relative) sécurité financière. Vous pouvez choisir de vous arrêter là et être très satisfait d’un salaire régulier adossé à un an de réserve. Nul ne vous en tiendra rigueur sauf les organismes de crédit à la consommation dont vous n’utiliserez pas les services. Mais après tout, c’est votre argent, n’est-ce pas ?  :)
Vous pouvez aussi poursuivre votre cheminement intellectuel… car si la justification d’avoir un travail est d’avoir une indépendance financière, alors si vous devez travailler pour gagner de l’argent, c’est que vous n’êtes pas indépendant.

Avec votre épargne de précaution sous le coude, vous pouvez cependant prétendre au grade supérieur : acquérir non plus de la sécurité, mais de la liberté.
C’est l’objet de cet article.

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A quoi ressemble la vie lorsque vous n’êtes pas obligé de travailler pour gagner de l’argent ? Comment gère-t’on les dépenses en nourriture, en habillement ou le re-remplissage du socle d’un an de réserve si l’embrayage de la voiture a lâché ?
Et d’abord, comment y parvient-on, à la vraie indépendance financière ?
Vous pourriez me répondre qu’en travaillant toute notre vie, il arrive un moment où l’on atteint cette situation : ça s’appelle la retraite…
Avec cet état d’esprit, vous aller rapidement faire partie de ces gens qui acceptent une vie pas terrible dans l’attente d’une retraite médiocre. D’ici là, vous prendrez vos vacances  »pour oublier les soucis » (à ce stade, sans doute pourriez-vous lire mon post sur la tolérance comme résistance à l’amour…).

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Mais l’indépendance financière ce n’est pas prendre sa retraite.

Il ne s’agit pas de prendre sa retraite, il s’agit de se donner une liberté de choix.

La liberté financière consiste à percevoir des revenus qui ne dépendent pas de votre activité. Des revenus passifs. Que vous soyez officiellement salarié, auto-entrepreneur, au chômage, en vacances, immobilisé sur un lit d’hôpital ou employé bénévole pour la Croix-Rouge, cet argent parviendra à votre compte bancaire quoi qu’il arrive. Vous n’êtes donc plus dépendant d’un employeur qui vous verse de l’argent en échange d’un travail, ce qui n’empêche pas de continuer à avoir un travail -sauf que vous n’exercez plus d’abord pour l’argent.
C’est le pouvoir de dire à voix haute : ceci ou cela ne me plaît pas et j’ai les moyens de vous dire (avec un sourire insolent au coin des lèvres) : Je m’en vais faire quelque chose qui me plaît davantage, allez-vous faire f**tre.   En anglais dans le texte, cette manière de générer de l’argent s’appelle  : Fuck-you money.

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Très probablement, vous ne serez jamais au niveau de Bill Gates qui touche douze millions d’intérêts annuels sur ses placements, pour un mode de vie qui en coûte quatre (donc chaque année, il a huit millions d’excédent). Très probablement, vous aurez besoin de travailler pour avoir un revenu actif toute votre vie. Mais rien n’empêche de vous constituer une portion de revenu passif pour être un peu plus indépendant. Pour avoir un peu plus la liberté de faire les choix de vie qui vous conviennent réellement (et donc la liberté de dire parfois ‘’Fuck you, ceci ne me plaît pas. Je m’en vais’’).

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Mais je n’ai pas encore répondu à la question : comment parvient-on à se constituer des revenus passifs ?

Il s’agit d’investir afin de créer des sources de revenu supplémentaire qui vous apporteront une rémunération sans rapport avec ce que vous faites de vos journées. Ces revenus passifs proviennent d’une certaine somme d’argent investie pour produire des intérêts : ce sont ces intérêts réguliers qui vous servent de ‘salaire’. Et ces revenus vous parviendront en plus du salaire éventuel que vous pourrez gagner avec un emploi rémunéré.

Comme j’en parlais précédemment avec les deux principes du chameau et de la cigale, vous serez mieux loti si vous êtes naturellement capable d’épargner 1000 euros plutôt que de claquer cette somme dans un nouvel écran plat haute définition. Ces mille euros si vous les placez à 5% d’intérêts annuels, vous rapporteront 50 euros par an pour le reste de votre vie. Cinquante euros ce n’est pas assez ? Et bien cumulez… c’est exactement comme cela que ça démarre la constitution d’un revenu passif. Pour toucher par exemple environ 300 euros par mois, toute votre vie, vous devrez placer une somme de 90.000 euros sur deux ou trois supports financiers qui rapportent 5% avant impôt.
L’accroissement de votre richesse a des vertus euphorisantes, vous le constaterez en comprenant que l’ensemble s’auto-alimente :
________________________salaire > épargne > investissements > revenus passifs > salaire(s).
… mais tout cela sera une conséquence de votre comportement frugal, y compris si vous êtes bénéficiaire d’un riche héritage, d’un gain de loterie ou de la revente de diamants dérobés sur une piste d’aéroport.

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Loin de moi maintenant l’idée de vous conseiller sur le choix de ces supports financiers, hormis préciser que la diversification est salvatrice car si l’une des sources se tarit, les autres continueront de vous irriguer. Comme disait ma grand-mère, il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
D’autre part, j’attire votre attention sur le fait que des revenus réguliers c’est une bonne chose, mais vous devez également prendre en compte l’aspect patrimonial. Toucher des revenus grâce à vos placements est une chose… mais toute votre  »surface financière » doit être équilibrée. Votre patrimoine tout entier doit être réparti durablement (comme dirait Warren Buffet) ce qui signifie que si vous étiez contraint de ne plus pouvoir gérer votre argent pendant cinq ans, vous devez être à peu près capable de prédire les résultats la sixième année parceque vous investissez sur des supports fiables, qui reflètent une activité digne de confiance en termes financiers.
Vos investissements doivent être diversifiés, rémunérateurs ET fiables à long terme. L’erreur des petits jeunes est de préférer la rémunération à la fiabilité et ça s’appelle de la spéculation.
Ce n’est ni fiable, ni propice à vous assurer un avenir tranquille…
Du reste, avec un patrimoine correctement diversifié ce n’est pas 5% de rendement avant impôts que vous pouvez attendre, c’est 7 ou 8%… mais par mesure de prudence, vous considérerez que chaque investissement rapportera au maximum 4%. Pas plus. Espérez le meilleur, mais préparez le pire.

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La  »sagesse » populaire actuelle, issue d’une éducation financière médiocre, consiste à reproduire le modèle dominant, à savoir majoritairement devenir propriétaire de sa résidence principale. C’est maintenant à vous de faire vos comptes, au sens propre. De combien d’argent avez-vous besoin réellement par an, pour assurer le minimum vital ? Au lieu d’une stupide maison à 250.000 euros qui vous coûtera de l’argent, combien vous rapportera cette somme si vous l’investissez à 5% par an ?
Et voilà, c’est fait : à partir du moment où vos revenus passifs garantissent que vous ne passerez jamais sous le seuil de pauvreté, vous êtes financièrement indépendant(e). Vous pouvez travailler pour l’argent de poche et dire fuck you quand on vous marche sur les pieds trop longtemps.
… ce qui me ramène à mon propos de départ sur la médiocrité des enseignements économiques fondamentaux, car ce n’est pas à 30 ou 40 ans qu’on doit apprendre cela, c’est avant le baccalauréat.

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Pour le dire autrement (encore !), toute cette histoire de revenus passifs permet une chose : être en position de force. Vous aurez la force de refuser tout autant que vous aurez la force d’assumer vos choix de vie. C’est l’illustration que l’indépendance financière est un outil d’émancipation et de libération au niveau individuel, face aux multiples contraintes sociales et économiques qui s’exercent sur nous au quotidien (à commencer par vous libérer de la dépendance au modèle consumériste). A bien y réfléchir d’ailleurs, toutes les positions de force sont bonnes à acquérir à l’échelle individuelle -car chacune nous libère.
Sujet de thèse de doctorat en vue du prix Nobel d’Économie : combien de temps survivrait la civilisation mondiale actuelle si le principe du revenu passif était enseigné au lycée, avec comme philosophie sous-jacente l’émancipation de l’individu ?

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Nous verrons cependant la semaine prochaine  que quand on n’est pas à cent euros près, il est très facile de donner des conseils stupides aux personnes qui sont à dix euros près…

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Finances personnelles (1) : le socle 7 janvier 2014


L’idée de cet article m’est venue en écoutant la conversation de deux étudiants d’une vingtaine d’années, dans un transport public.

Le discours classique concernant  »le travail » consiste à dire qu’il faut avoir un travail pour gagner de l’argent. Cet impératif social dissimule mal l’idée sous-jacente qu’en réalité l’importance du travail est moindre que le salaire qu’il procure. Il faut avoir un travail pour avoir un salaire, pour pouvoir acheter. Devenir propriétaire de sa résidence principale, rouler en voiture de marque allemande et avoir un chien. Et deux enfants.
Pour résumer, en quatre mots : reproduire le modèle dominant.

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En France en particulier, ‘travailler pour avoir de l’argent’ est le seul enseignement économique directement utile que les enfants reçoivent, quel que soit leur niveau, au moins du collège au baccalauréat.
C’est un enseignement d’une pauvreté intellectuelle monstrueuse.

[ EDIT 2014 : merci à Noémie d’avoir signalé le rapport PISA publié par l’OCDE sur la culture financière des jeunes de 15 ans scolarisés dans 18 pays (cf. les commentaires, au bas de cet article). Pour les curieux qui voudraient évaluer le niveau minimal qu’on attend d’un adolescent de nos jours, cliquez ici pour faire le test PISA en français ]

L’enseignement des Sciences Humaines et Sociales -dont l’économie- peut être mieux fait et doit être rendu plus pertinent pour la construction du citoyen. Savoir quel est le PIB de la France est une chose, savoir comment naviguer sainement d’un point de vue individuel dans une économie capitaliste en est une autre.
Travailler pour toucher un revenu, d’abord, ça ne sert pas à acheter des trucs. Ça sert à n’être pas dépendant de l’obole de quiconque, ce qui permet de faire ses propres choix de vie avec la certitude que notre salaire tombera quoi qu’il arrive.
Ce discours prend une importance particulière quand on s’adresse à des personnes de sexe féminin, car elles doivent apprendre que leur libre activité professionnelle leur permettra de ne pas dépendre d’un crétin de mari. …elles doivent apprendre cette idée, ce qui signifie que la société et en particulier l’environnement familial ne la diffuse pas spontanément. C’est une autre raison raison de s’affliger et une autre raison de donner aux enfants un enseignement économique autrement plus pertinent. C’est là que surgit la notion de gestion des finances personnelles.

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L’argumentaire en faveur de l’indépendance financière est bien sûr louable. Mais par définition si vous êtes contraint de travailler pour gagner de l’argent, c’est que vous êtes dépendant. Vous êtes dépendant des personnes ou des organisations qui vont rémunérer votre travail.

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Et c’est une bonne chose. Vous apprenez ainsi que tout travail mérite salaire et qu’un salaire suppose qu’on ait fourni un travail au préalable.
C’est typiquement le genre de leçon qu’on n’apprend pas sur les bancs de l’école mais plutôt derrière une caisse enregistreuse chez Mc Do : soyez ponctuel, faites de votre mieux et point barre. Après et seulement après, vous aurez votre salaire.
Après et seulement après, vous pouvez exercer votre liberté individuelle en répondant à la question : je fais quoi avec cet argent ?
L’objet de cet article est de vous convaincre que vous avez intérêt à considérer cet argent (A) comme un apport qui permet d’atteindre le premier objectif de gestion en finances personnelles : avoir un an de revenu en réserve, immédiatement disponible. C’est avec le reste (B) que vous assurez les dépenses de la vie quotidienne.
Entre les deux, il y a le socle. La baignoire d’argent liquide. La réserve stratégique qui vous permet de faire face aux vents contraires.

Les gens qui trouvent ça douloureux appellent ça ‘un effort’. L’effort d’épargne, pour se constituer une épargne de précaution.
Mais en réalité ça n’est pas douloureux, c’est même plutôt euphorisant de voir croitre sa propre richesse, comme une couche de gras qui nous protège des chocs… et se rendre compte qu’il n’est nul besoin d’être l’héritier d’une grande fortune pour devenir plus riche, un sou après l’autre. Ce qui est vraiment douloureux, c’est de voir quelqu’un qui se retrouve au chômage et qui est presque immédiatement en détresse financière. Faites en sorte que ça ne vous arrive pas. Jamais.  Voilà quel serait l’enseignement économique de base qu’on apprend à onze ans : utiliser son salaire d’abord pour avoir une épargne de précaution.
Pour atteindre ce premier objectif, quelques principes de comportement vous permettront donc de vous en sortir seul et glorieusement. Ils fonctionnent tout le temps, en tout lieu et à toutes les époques. Quand tout va bien et aussi quand tout va mal   -surtout quand tout va mal. L’épargne de précaution est l’équivalent de la ceinture de sécurité en voiture : mieux vaut l’avoir et ne pas en avoir besoin, plutôt que d’en avoir besoin et ne pas l’avoir.

A ce titre, en termes de lecture de référence je suggère la version française de L’homme le plus riche de Babylone par George Clason.
Voilà à quoi ça ressemble, un enseignement économique directement utile. On peut aisément s’inspirer de cet ouvrage pour éduquer financièrement une population, même à des enfants qui ne sont pas en âge de lire le livre.

(1)   Principe du chameau. La première et fondamentale règle en finances personnelles consiste à dépenser moins que ce que vous gagnez.
Vérifiez donc sur l’année passée si vos dépenses ont été inférieures à vos revenus…

(2)   Principe de la cigale. La deuxième règle est de se payer en premier. Chaque fois que vous gagnez de l’argent, stockez au moins 20% de la somme immédiatement, avant même de penser à ce que vous pouvez acheter. Tentez même d’en stocker 40%…
En réalité, vous venez déjà de vous offrir un bien extrêmement précieux : un peu plus d’argent de côté, donc un peu plus de sécurité.

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La mise en place d’une épargne de précaution devrait donc être votre premier objectif. Mais de la même manière qu’il faut un contenant non détérioré pour recueillir un liquide, il vous faudra avoir un comportement non dispendieux en vertu du premier principe de frugalité (voir ci-dessus, l’allégorie du chameau). Inutile de remplir le bocal si vous le siphonnez sans arrêt, n’est-ce pas ? Pensez bien qu’en termes de niveau de vie, il ne faut pas se laisser faire par le marketing : avoir de l’argent est le contraire de dépenser beaucoup d’argent. Avoir de l’argent c’est le contraire d’en mettre plein la vue aux voisins. Si vous êtes déjà allé en Suisse (au hasard) vous savez que le type qui arrive en Porsche 911 pour boire un verre au bar du Beau-Rivage à Lausanne n’est probablement pas plus riche que celui qui fume son cigare dans le jardin public voisin et qui porte une chemise de bûcheron percée aux coudes… et surtout : il n’est très probablement pas plus heureux.
L’épargne de précaution est une étape qui vous met à l’abri d’un événement grave et imprévu. Vous-vous achetez de la tranquilité d’esprit.
Ce n’est pas une tirelire pour les gros achats. Ce n’est pas non plus parce que vous avez un an de salaire en réserve que vous êtes riche. C’est seulement le premier pas vers l’indépendance financière.

Au-delà d’un certain seuil en effet, vous atteindrez votre objectif : un an de salaire en réserve, quoi qu’il arrive, en plus de vos revenus habituels que vous gagnez grâce à des compétences que vous pouvez monnayer. A ce stade, vous entrez dans la catégorie de population qui a une certaine (mais toujours relative) sécurité financière.

Mais que faire avec le surplus ?   Vous pouvez prétendre au grade supérieur : acquérir non plus de la sécurité, mais de la liberté..

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C’est l’objet du post suivant… qui sera en ligne la semaine prochaine.

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