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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Uzbin et l’évaluation du risque 18 août 2017


Il y a tout juste 9 ans, le lundi 18 août 2008, l’armée française perdait 10 hommes et 21 autres étaient blessés dans une embuscade tendue dans la vallée d’Uzbin, en Afghanistan.
C’étaient les plus grosses pertes au combat depuis la guerre d’Algérie (et sans compter l’attentat de 1983 au Liban contre le poste Drakkar).

Comme pour l’attaque du pont de Verbanja, combien de Français civils s’en souviennent, hormis lors des rétrospectives télévisées qui ont pour premier mérite de ne pas poser les questions qui fâchent ?
Avec un an avance, on peut déjà se demander comment le sujet sera traité dans la presse française en 2018, dix ans après. S’il l’est.

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Dans l’esclandre le débat national qui s’en est suivi, en 2008, les décideurs politiques ont eu beau jeu de critiquer l’absence de tolérance des familles et du Peuple pour la mort de soldats.
Lorsque votre tenue de travail comporte une arme et ses munitions en effet, une hypothèse crédible est qu’on puisse ne pas revenir sain et sauf le soir. Certes. Mais c’est aller un peu vite en besogne.
Dans l’embuscade d’Uzbin, la critique pourrait aussi être inversée et, s’agissant de vies humaines, on peut même utiliser le présent pour poser une question qui reste d’actualité : l’institution militaire et ses responsables civils peuvent-ils garantir que les moyens sont disponibles pour que, si malheureusement des soldats tombent au combat, au moins ils ont pu en mettre plein dents à l’ennemi avant de tomber ?
En termes moins crus, quels moyens sont mis en œuvre pour retarder et minimiser les pertes, tout en augmentant les dégâts infligés à l’ennemi ?
Ici, pas de reconnaissance aérienne préalable, une dotation minimale en munitions, pas d’appui aérien disponible, pas de plan de secours tactique.
Ces seuls éléments laissent à penser que la patrouille a été programmée par des responsables qui pensaient que la région était calme et que tout irait bien. Du reste, c’était ce que confirmaient les Italiens qui opéraient jusque là à cet endroit et que les Français étaient venus remplacer. Il n’y avait aucune raison de s’alarmer, même pour une patrouille dans un pays en guerre depuis trente ans.

L’évaluation du risque a été faite en fonction des probabilités d’échauffourées et sur la base des comptes-rendus italiens qui indiquaient que tout était paisible.
Or on n’évalue pas un risque en fonction des probabilités mais en fonction des conséquences.
« Prévoir le pire et espérer le meilleur » , comme dit l’adage. Et non pas l’inverse.
En l’occurrence, penser aux conséquences aurait permis une toute autre configuration de la patrouille à commencer par des munitions en plus. Le risque, même peu probable, aurait été pris en compte.
…bien plus tard, il s’est avéré que les Italiens distribuaient de l’argent aux populations locales pour qu’elles se tiennent tranquilles.

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La prochaine fois que vous devrez évaluer un risque, pensez à Uzbin. Pensez aux conséquences et non aux probabilités.
Et pour pouvoir pallier réellement aux conséquences, si vous devez prendre une décision d’investissement, allez-donc étudier les besoins de votre personnel en première ligne en étant avec eux sur le terrain : équipe de vente, guichetiers, équipe projet ou… section d’infanterie.
Tout le reste de l’édifice devrait être orienté vers la réponse à leurs besoins.
C’est l’intérêt d’une organisation centrée utilisateur (user centric) : ce type de management mène à s’équiper d’équipements qui ne sont pas que de la poudre aux yeux.

Ne le faites pas et ne vous plaignez pas alors que vos équipes en soient réduites à appliquer la procédure PBM alors que les balles sifflent autour d’eux.

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Voir aussi :   https://fr.wikipedia.org/wiki/Embuscade_d’Uzbin

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Lectures du soir 3 mai 2017


 

Citation (23) : histoire des pouvoirs 15 janvier 2016


Dans son ouvrage  Conjurer la peur   Editions Seuil, 2013, l’historien Patrick Boucheron raconte la résistance à la tyrannie des habitants de Sienne en 1338. Cette ville à l’époque a des traits bizarrement communs avec l’Europe du début du XXIe siècle : des banques chargées de dettes, une population apeurée qui cherche une solution pour éviter de disparaître avec pertes et fracas.

Pour son entrée au Collège de France le 17 décembre 2015, à la chaire d’Histoire des pouvoirs, il a donné un discours magistral non pas sur une région du monde lointaine, à une époque oubliée… non, Patrick Boucheron a révélé ce que l’histoire peut apporter au présent et aussi à l’avenir.
Un tel propos qui s’affirme un mois après l’attaque à l’arme automatique dans les rues de Paris est un défi lourd de sens, à commencer par la référence à la médaille datée de 1581 qui porte les mots latins Fluctuat Nec Mergitur.
On pourrait aussi citer un autre auteur fameux : « Toute politique qui porte en elle un principe de division finit par favoriser l’essor du racisme, dont la forme ultime est le génocide. » Jean-Loup Amselle : Branchements. Anthropologie de l’universalité des cultures. Ed. Flammarion, 2001.
Car l’histoire des pouvoirs c’est aussi cela : l’histoire des dominations, le renouvellement des « idéologies de la séparation» … et la résistance qu’on peut leur opposer.
Voir sur ce sujet : L’Exercice de la peur. Usages politiques d’une émotion, Presses Universitaires de Lyon, 2015.
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L’avenir est toujours incertain et le pire toujours possible, comme dans l’Italie du XIVe siècle et comme à bien d’autres occasions tout au long de l’Histoire passée et à venir. De ce point de vue la référence au fascisme religieux du 13 novembre 2015 ne doit pas nous abuser : les dominations sont inscrites dans le principe social et dans l’existence même de l’État, quel qu’il soit. Il n’est qu’à lire les statistiques économiques pour comprendre qu’une domination n’est pas nécessairement physiquement violente ni très spectaculaire. Il suffit qu’elle soit.
L’historien invite donc chacun d’entre nous à « se mettre en travers de cette catastrophe lente à venir, qui est de continuation davantage que de soudaine rupture. » 
D’ailleurs ce n’est pas qu’une invitation, c’est une inspiration, comme quelqu’un qui vous pousse en avant en criant Vas-y, monte le son !
Défiant, irrévérencieux, méticuleux.

La rage d’espérer. L’idée fondamentale est de « se prémunir de la violence du dire » . Cesser d’être dominé par ce qui s’impose à nous, à commencer par la voix des autres : bavardage incessant ou silence apeuré.
Prendre le temps de construire sa propre idée. Laisser reposer jusqu’à ce que l’écume de surface ait disparu. Construire sa propre idée pour parvenir à avoir une voix individuelle.
…et lorsque cela se fait, de petites lumières s’allument : des promesses d’avenir.

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Les cours de Patrick Boucheron seront intitulés cette année : Souvenirs, fictions, croyances. Le long Moyen Âge d’Ambroise de Milan, le lundi à 11h00 à partir du 4 janvier 2016. Ses séminaires débuteront le 12 avril sous le titre, Les effets de la modernité : expériences historiographiques.
Comme d’habitude dans la vénérable institution, tout est gratuit et sans inscription, sous réserve de places disponibles.
L’ensemble sera ensuite disponible sur le site du CdF : http://www.college-de-France.fr

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la tortueuse route européenne 18 septembre 2015


D’une manière générale je suis favorable à l’ouverture sur le monde.
Du fait que le monde n’est pas une menace, j’aurais tendance à penser que celles et ceux qui partent de chez eux peuvent bien aller où ils veulent. Dans cette optique et à supposer que personne ne fait de mal à personne, je pense que les obstacles que les voyageurs rencontrent sur leur route sont des obstacles qu’il faut lever. Mais il faut prendre en compte certaines organisations puissantes qui, elles, considèrent le reste du monde comme une menace. C’est pour cette raison qu’il existe des passeports, des frontières et un droit d’asile : parce qu’en dehors de certains cas bien précis, tout le monde considère comme normal qu’un État ait des frontières fermées.
L’État, ce « dragon aux milles écailles » comme disait Nietzsche.

L’exode de civils venus du Moyen-Orient qui viennent chercher refuge en Europe suppose d’ouvrir les frontières de nos États d’Europe par conviction. Parce que nous sommes certains que c’est une bonne chose.
Cette conviction n’est cependant pas moins importante que la conviction qui affirme la liberté de parole… donc de laisser tous les avis s’exprimer sur ce sujet de la crise des migrants-réfugiés-déplacés.
Notre société européenne est fondée sur le droit à s’exprimer sans être inquiété. Refuser le débat ou même ne pas comprendre qu’une situation aussi critique mérite un débat serait considérer la population européenne comme une imbécile dont les souhaits divers et les préoccupations variées peuvent être ignorés.

Parce que ces dernières semaines, le débat a été étouffé par le cri de ceux qui sont persuadés que tout le monde pense et ressent la même chose, à savoir : de la pitié. Ce n’est même plus un impératif moral, c’est un impératif émotionnel : tout le monde doit ressentir la même chose à ce sujet.
Mais ce n’est pas le cas. Nous sommes 500 millions d’Européens dans 28 pays… j’aurais tendance à dire qu’heureusement il y a des divergences de points de vue ! Il est nécessaire d’entendre les arguments contradictoires. Ce n’est pas diaboliser les réfugiés que de suggérer qu’éventuellement, dans tel ou tel domaine, leur présence pourrait poser problème.
Alors allons-y bon sang, débattons !

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Pour commencer, il est bon de rappeler que les pays d’Europe sont signataires depuis 1951 de la Convention de Genève sur l’accueil des réfugiés -et en particulier son article 14 : Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. C’est notre fierté d’Européens d’avoir signé cette Convention… qui n’est pas que déclarative. Elle est légalement contraignante et en tant que membres signataires nous n’avons pas le choix de les accueillir ou non, quoi qu’en dise le président de la Hongrie. C’est une obligation que nous-nous sommes faits à nous-mêmes il y a maintenant 64 ans, par conviction, parce qu’on aurait aimé que d’autres le TqfDnr5tTVxDuDGhzj5Qy9dAawIfassent pour nous. Et si ça doit se reproduire pour nous -si nous étions amenés à chercher refuge ailleurs, on aimerait bien que des portes s’ouvrent.

Nous, Européens, nous connaissons la situation pour l’avoir vécue, notamment en France en 1940 où nous étions 10 millions sur les routes. Nous savons que l’exil ça demande du courage, que ça force le respect. Aucun acteur du débat ne devrait être autorisé à diaboliser les victimes de cette situation. Ne serait-ce qu’en mémoire de l’héroïsme de Khaleed Al-Assad.
Et le fait qu’il y ait parmi eux des musulmans, dont le seul fait qu’ils sont croyants est très intimidant pour beaucoup, devrait pousser l’Europe à renforcer et à réaffirmer la laïcité de l’Union en insistant sur le fait qu’en Europe on s’interdit et on interdit la discrimination religieuse, raciale ou sexuelle. On ne traite pas mieux ou moins bien les chrétiens que les musulmans, les juifs, les chevaliers Jedi ou les animistes. Pas plus qu’on ne fait de différence entre les roux, les blonds, les femmes, les hommes, les Bretons, les Suédois, les Marocains ou les Syriens.
On fait ça par conviction, parce que nous sommes (plus ou moins) 500 millions à penser que ça nous permet de construire une Union viable à long terme. Et nous avons de l’expérience dans ce domaine parce que nous avons essayé d’autres options qui ont très mal tourné, en particulier au siècle dernier.
Plutôt que de les traiter en suspects, nous devrions donc au contraire célébrer leur inflexible volonté de demeurer libres face au chaos, même au prix d’un éclatement de leurs familles ou/et de leur mise en danger de mort. Nous avons été dans leurs chaussures.
[Ciquez sur ce lien pour voir quel trajet elles font, leurs chaussures : une carte Google Maps du Comité International de la Croix rouge]

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Il n’aura échappé à personne que nos gouvernements ont raté quelque chose, car le monde n’a pas connu un tel exode sur une aussi longue distance depuis la seconde Guerre Mondiale et une telle situation de crise ne sort pas du sol du jour au lendemain…  Il y a là un manque de vision stratégique affligeant parce qu’on se rend compte un peu dans la précipitation que personne n’a vu le coup venir. Personne n’est prêt. Et pourtant qui sème le vent récolte la tempête, c’était prévisible.
Depuis l’intervention « humanitaire » en Libye initiée par David Cameron et Nicolas Sarkozy, un tiers (!) de la population de ce pays a fui. L’Irak et l’Afghanistan depuis l’époque de George Bush sont une hémorragie continue, qui déversent leur population sur des voies d’évacuation qui mènent en Syrie, dont 4 millions d’habitants (!) ont également fui ailleurs. Le Liban héberge aujourd’hui un nombre de réfugiés irakiens et syriens qui correspond à 25% de sa population totale (!). La Jordanie et la Turquie sont à saturation elles aussi, non pas sous le fallacieux critère de la « culture » mais simplement de la logistique.

En regardant une carte de la région, on peut se demander pourquoi des pays comme l’Arabie Saoudite, le Koweït, Israël, Bahreïn, l’Égypte ou les Émirats Arabes Unis n’accueillent personne. Plus tard il y aura des comptes à rendre…

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Et en parallèle il n’aura échappé à personne qu’au sein de l’Europe, le comportement des Allemands dépasse le simple mérite, on s’approche de la conduite glorieuse. Mais il n’y a pas que de l’altruisme là-dedans.
Les États ne font pas dans l’altruisme.
L’Allemagne a un surplus budgétaire, un surplus d’immobilier et un taux de fécondité négatif (200.000 décès de plus que de naissances par an, pour être exact) et… voilà 800.000 nouveaux arrivants pour cette année et un demi-million d’autres prévus d’être accueillis les années qui suivront. L’Allemagne prépare sa main d’œuvre pour les trente prochaines années.

Inversement, le Royaume-Uni manque d’argent, d’immobilier et connaît un fort taux de fécondité, trois facteurs qui n’incitent à accroitre les problèmes en se surchargeant d’une population supplémentaire, aussi méritante soit elle. C’est aussi la situation de la France, et chacun de ces pays se propose d’accueillir moins de 30.000 personnes réfugiées de guerre (ou le nom qu’on voudra leur donner).europe-regions_purchase power_2013
Dans le débat dont nous avons besoin, qui connaît les chiffres structurants pour expliquer l’allergie hongroise à laisser passer des réfugiés, alors même qu’ils ne s’arrêtent pas ? Qu’en est-il pour le Danemark qui ne souhaite recevoir personne ?
La réalité socio-économique européenne recèle de grandes différences entre pays membres et même entre régions. C’est ce niveau de détail qu’il faut atteindre pour obtenir des arguments solides. Un premier axe d’analyse serait de comparer les refus avec le niveau de vie local.

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Pour parler crûment, je pense -mais ce n’est que mon avis- que si certains européens rejettent brutalement l’idée d’accueillir ces réfugiés c’est moins à cause de la couleur de leur peau que par crainte de leur pauvreté. Et ce sujet là aussi doit être abordé. La peur de la pauvreté des populations ex-soviétiques est le tabou majeur qu’on a connu à la réunification allemande en 1990 et c’est encore très certainement l’argument caché aujourd’hui.
Pour autant, il existe une bonne douzaine d’études sérieuses qui démontrent que ces réfugiés auront un effet positif, à commencer par le fait qu’ils arrivent chez nous avec déjà un très bon niveau d’éducation qui sont autant de milliards que nous n’aurons pas à dépenser.
L’argument qui en fait des chasseurs d’aides sociales est fantasmatique : ces personnes qui arrivent sont en bonne santé et ont des ambitions de professeur, infirmier, médecin, ingénieur ou architecte. Il faut bien comprendre que la plupart d’entre eux font partie de la classe aisée. Ce sont les plus riches qui peuvent éviter de pourrir en camp en payant 2.000 dollars par tête. Beaucoup sont plus diplômés que la moyenne de notre propre population.
Par fierté l’immense majorité d’entre-eux voudra se reconstruire sans les aides publiques auxquelles ils auraient droit (et en tant que non-nationaux ils n’ont pas le droit à grand chose) et aussi ils payeront au moins la TVA, voire même l’impôt.

Ces personnes veulent tellement parvenir jusqu’ici à tel point qu’ils traversent des déserts, naviguent à vue en pleine mer en se vomissant les uns sur les autres et… comment récompensons-nous ce remarquable intérêt qu’ils nous portent ? C’est toute la question, en effet.

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Parce qu’ils ne sont pas arrivés par un vol régulier à un terminal de Roissy ou d’Athènes devons-nous les dire criminels ? Ou, pour la même raison, devons-nous les tenir par la main en leur expliquant qu’ici, ce n’est pas comme chez eux et que nous allons leur apprendre à vivre ? Je pense qu’ils n’ont pas besoin d’être punis, ni chaperonnés.

Inutile de les prendre en pitié. Ils méritent notre admiration. Ils sont précisément le genre de population dont l’Europe a besoin. Et tout cela n’empêche pas d’établir des contrôles aux frontières, d’enregistrer les empreintes digitales dans la base de données Eurodac et de se permettre de vérifier les récits individuels avant d’accorder officiellement l’asile. Tout cela relève du bon ordre civil et la gestion normale d’une situation complexe.
En effet, compte tenu des routes terrestres utilisées aujourd’hui, ce serait très peu étonnant de trouver un nombre important de citoyens Serbes, Albanais ou Roumains discrètement mêlés au cortège des vrais réfugiés de guerre.
Mais peu importe les aléas, nous avons les moyens de gérer la situation. Rien ne vient contredire le fait que ces réfugiés sont un antidote à notre mesquinerie et à notre travers qui consiste à penser que l’Europe la France est le nombril du monde. Je m’adresse là en particulier aux représentants élus qui utilisent la politique extérieure pour gérer la politique intérieure.
Souvenez-vous : qui sème le vent récolte la tempête. Ouvrez-nous plutôt un collège portant le nom de Khaleed Al-Assad, faites preuve de conviction, pour une fois.

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Ouvrons nos frontières de manière raisonnée pour leur permettre de tenter leur chance totalement et sans réserve, nous sommes riches et ils nous enrichirons encore davantage, à tous les sens du terme.
Si nous faisons ça nous pourrons gérer les flux de population nous-mêmes et le business des trafiquants s’arrêtera, les noyades en masse s’arrêteront et, plus important, nous jouerons le rôle qui est le nôtre pour permettre à ces gens de réaliser leurs vies, à nos côtés et éventuellement jusqu’à ce qu’ils décident de partir.
Et ceci en l’occurrence est notre devise à nous, Européens : In varietate concordia. Unis dans la diversité.

Nous avons besoin de davantage d’Europe, pas moins.
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Debout dans le désert 26 août 2015


Khaleed Al-Asaad (خالد الأسعد) était l’ancien directeur du site archéologiquKhaled-Al-Assad_palmyra-syria_2015e de Palmyre, en Syrie. Il avait tenu de poste de 1963 à 2003 et était expert indépendant  et toujours actif depuis.
C’était aussi un érudit comme il y en a peu et l’un des rares à parler couramment araméen, la langue du Christ (!).
Lorsqu’on s’intéresse à l’histoire ancienne de la région il est impossible de ne pas tomber sur des recherches menées par Al-Asaad. Dans la connaissance de la culture Palmyrienne, il était ce qu’Howard Carter est à l’égyptologie.

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L’existence d’un habitat permanent sur ce site est attestée depuis l’âge de Bronze et la ville devient indépendante 300 ans avant notre ère. Sa zone d’influence s’étend des rives du Nil à la Turquie.
L’importance du lieu réside dans le fait qu’il est au carrefour terrestre des principales voies de commerce de l’époque : Chine, Inde, Perse (Iran) et Europe romaine via la Méditerranée.
C’est aussi une oasis bien irriguée, ce qui n’est pas rien dans un climat désertique.
L’empire romain tente de l’envahir en -41 mais s’y casse les dents… avant de l’avaler (et l’agrandir) en utilisant l’argument du commerce (la « guerre économique » d’aujourd’hui). Au XVe siècle encore, la ville est renommée pour son commerce florissant et sa végétation abondante.
Son déclin s’amorce avec celui des routes commerciales terrestres.
A partir du XVIe siècle en effet, le bateau à voiles devient plus utile et lucratif que les caravanes de chameaux… d’autant plus pour faire du commerce avec l’Amérique récemment découverte.

Un peu plus de 600 ans plus tard, la ville moyenne de Tadmor abrite une population d’environ 90.000 personnes établies à 500 mètres des ruines de l’antique Palmyre. Le lieu est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO -qui n’est pas une organisation membre du Conseil de Sécurité de l’ONU… et c’est bien dommage.

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Depuis la première guerre du Golfe, les initiatives catastrophiques des gouvernements occidentaux ont provoqué la déstabilisation de la région et ont permis à des dizaines de groupes fanatiques -en particulier wahhabites- de se regrouper en Irak et pour l’un d’entre eux, de s’y renforcer et de se répandre dans les pays alentours, dont la Syrie.
C’est bien l’implication des États occidentaux qui a donné naissance à ces groupes extrémistes. Les États-Unis de George Bush père d’abord, en Irak, puis son fils; jusqu’à la pseudo intervention humanitaire en Libye demandée par la France de Nicolas Sarkozy. Après quoi l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Turquie ont eu beau jeu d’instrumentaliser (et de financer) ces groupes au profit de leur propre politique extérieure, sous couvert du véto russe contre une intervention de l’ONU en Syrie.

Dans ce noeud de serpents ont pu croître l’inculture, le fanatisme religieux et le fascisme politique qui ne sont pas particulièrement recommandés pour établir une organisation modeste, modérée et non belliqueuse… ce qui nous donne l’autoproclamé État Islamique (« EI »), une organisation active dans 12 pays financée par la contrebande, le vol et l’extorsion. weaponized-dronesLes campagnes d’EI sont si brutales que même Al-Qaeda, qui a commis le pire acte de terrorisme jusqu’à présent, publie des dépêches pour leur demander de se calmer. Mais malgré les atrocités qu’ils commet, l’État Islamique reste un régime fasciste de faible ampleur. Ses succès militaires incontestables se déroulent dans des pays exsangues et contre des armées affaiblies. Jamais encore l’État Islamique n’a rencontré au sol un adversaire de premier plan comme une coalition occidentale par exemple…

Loin de moi ici l’idée de militer pour une intervention armée terrestre contre ces tarés. C’est le premier avantage que procure l’usage de la terreur : la réputation de sauvagerie fait réfléchir à deux fois des adversaires qui auraient les moyens militaires de faire du dégât.
Les gouvernements concernés ne souhaitent pas exposer leurs troupes à un ennemi qui fait des clips YouTube avec la décapitation de ses prisonniers. Du reste les frappes aériennes engagées depuis quelques mois par avion ou drone coûtent déjà cher à EI. On estime que la moitié des pertes totales de combattants de l’État Islamique sont dues aux missiles occidentaux …même si on ne m’enlèvera pas l’idée qu’on aurait pu penser à la stratégie de Sun Tzu : attaquer le problème avant qu’il soit un problème, lorsque la graine n’a pas encore germé.
…et là, une mauvaise graine, il y en avait une grosse. Nous, nos gouvernements, aurait du agir en effet, mais il est désormais trop tard.

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En prenant le contrôle de la région de Tadmor le 20 mai 2015, l’État Islamique gagne le gros lot face à des opposants syriens lessivés depuis quatre ans par leur propre guerre civile.palmyra-fight
Le lieu en effet est toujours bien irrigué comme depuis 3000 ans, il est toujours un carrefour longue distance en continuité avec la zone d’influence de EI entre Irak et Syrie, il abrite des gisements de gaz et une garnison de l’armée régulière Syrienne qui abrite une très importante quantité d’armes et de munitions. Il y a aussi la cité antique de Palmyre dont la prise de contrôle attire davantage les médias internationaux que les conditions de vie imposées aux civils. Rien de tel qu’une caméra de la BBC ou de CNN pour se faire connaître dans le monde entier.
A partir de fin mai 2015, comme partout ailleurs où il sont installés, les membres de l’EI déchaînent leur inculture et leur violence sur la population locale. A leur arrivée, 250 civils sont exécutés. Pour maintenir l’ordre public on applique les quatre punitions classiques : intimider, torturer, amputer, décapiter. Parfois les quatre successivement et toujours en public.
C’est tout à fait la définition d’un terrorisme d’État, au sens où le terrorisme est une pratique qui vise à atteindre des objectifs politiques en imposant la terreur à ceux qui pourraient s’y opposer.
Face à la sauvagerie du nouveau groupe dominant, la population dans son ensemble n’a pas d’autre choix que de se soumettre : c’est un autre avantage que procure l’usage de la terreur. Et en utilisant cette même sauvagerie, EI peut aussi dominer les alliances avec les autres groupes.
C’est d’ailleurs la stratégie politique officielle de l’État Islamique, telle qu’elle apparaît dans un fascicule publié dès 2004 : Administrer la sauvagerie
(voir cette excellente analyse de Frantz Glasman : https://www.academia.edu/10032604/Vie_locale_et_concurrence_de_projets_politiques_dans_les_territoires_sous_contr%C3%B4le_de_lopposition_des_djihadistes_et_des_Kurdes_en_Syrie)

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Mais fort heureusement, l’arrivée des combattants de l’État Islamique à Palmyre ne s’est pas faite dans un total effet de surprise. Il était illusoire d’espérer protéger quoi que soit durant les combats. Les balles n’évitent pas les œuvres d’art. Le sauvetage devait être fait avant ou pas du tout.
Les semaines qui ont précédé ont donc permis d’évacuer certains trésors de notre histoire (je parle de notre histoire à tous, les humains) et d’autres ont pu être cachés aux environs du site archéologique lui-même.
isil-smash_3233165bS’il est assez facile de déplacer une statuette ou un fragment de mosaïque, c’est beaucoup plus compliqué pour un cimetière ou un temple tout entier… le mieux à faire dans ces cas-là est soit de mettre les trésors hors de vue et/ou de les photographier à haute définition avec un scanner 3D (procédé technique assez identique à la reproduction parfaite de la grotte Chauvet en France), dans l’hypothèse où on doive les reconstruire après leur saccage -une leçon apprise après la destruction en 2001 des bouddhas de Bamyian par la même filière fanatique, en Afghanistan.
Car après les villes de Mosul, Raqqa, Nimrod et même Toubouctou, on sait ce que les fascistes religieux font aux lieux d’histoire : ils les effacent. Et ceux qui tentent de protester sont effacés avec.
C’est pourquoi le personnel de l’UNESCO et les civils qui le pouvaient se sont repliés aussi loin que possible de Palmyre.
Mais Khaleed al-Asaad a refusé de partir.
C’était chez lui, il connaissait l’endroit littéralement par cœur et toute une vie de travail était là, debout, sous la forme d’une ancienne ville de 2300 ans. Il est donc resté lui aussi debout dans le désert.
Il avait 81 ans et il est mort décapité. A l’heure où j’écris ces lignes, son corps est suspendu dans un parc de Tadmor.

On suppose qu’il a tenté la négociation pour protéger les lieux. Mais ce n’est pas simple de négocier avec des crétins et sa manœuvre n’a pas réussi.
Fait prisonnier, il a refusé de dire où étaient cachés les trésors alentours de peur de les voir détruits ou vendus. Il n’y a pas de preuve mais l’hypothèse qu’il a subi la torture est crédible. Il n’a rien dit. Il avait 81 ans.
Un tel dévouement pour protéger l’héritage de la civilisation humaine est un service rendu à chacun d’entre nous : voici ce qui mérite d’être défendu. Le courage de Khaleed al-Asaad transcende toutes les oppositions et tous les désaccords. Pendant que l’hypersensibilité névrotique de l’État Islamique s’exprime le mieux  à coups de masse sur des objets sculptés à la main, voilà un homme qui s’est jeté tout seul dans la gueule des loups pour protéger un trésor collectif.
Il n’était pas escorté par un ou deux régiments d’infanterie. Il n’avait pas d’obus dans son char et il n’avait pas d’hélicoptère d’assaut. Il était assez vieux pour savoir ce qui allait lui arriver, mais il n’a pas cédé.
Et ce n’est pas parce qu’il est mort qu’il a été vaincu, loin de là.
Des écoles et des boulevards devraient porter son nom. Son histoire devrait être racontée aux gens qui se plaignent que l’archéologie et les musées c’est un truc de vieux cons.

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unesco-parisLa contrebande d’œuvres d’art est, entres autres, une source de financement pour l’organisation criminelle de l’État Islamique. C’est un business lucratif, en tout cas à l’exportation, car pour ce qui est de leur achat ultérieur, c’est une autre affaire… Le monde de l’art est une institution patiente et  des organisations comme The Antiquities Coalition savent déployer les réseaux et les influences pour repérer une statuette de Palmyre (ou Mosul, ou Raqqa…) qui resurgira dans une ou deux décennies n’importe où dans le monde. Rien ne dit d’ailleurs que les artefacts récupérés et revendus (ou détruits) par EI soient les vrais… une partie du travail de l’UNESCO consiste à remplacer les vrais trésors par des copies, afin qu’ils soient facilement identifiables sur le marché international ou afin que les incultes croient avoir détruit les originaux. A ce titre, la destruction des pièces de musée par EI ressemble davantage à une action de communication qui cache ce qu’ils font vraiment avec tout ce qu’ils ne détruisent pas : ils le volent.
C’est un crime de guerre en soi : piller des sites de mémoire collective et c’est aussi le signe d’une bêtise sans nom, puisqu’on est tellement abruti de certitudes qu’on est incapable de comprendre que cette collectivité est aussi la nôtre. Pire : on refuse qu’elle soit nôtre. C’est ce qui les a poussés à faire exploser le temple de Baalshamin fin août 2015 (photo ci-dessous).
C’est un acte de nettoyage ethnique au sens le plus concret du terme : on s’attaque à une culture -même pas à des personnes.  Ce ne sera pas le dernier et c’est un trait saillant de tous les fascismes : ils aimeraient être seuls au monde.

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Mais l’Histoire nous apprend qu’ils n’y parviendront pas quelque soit leur capacité de nuisance par ailleurs. Lorsque l’heure de (re)penser à long terme sera venue, on pourra construire des écoles au nom de Khaleed al-Asaad.

 

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Under fire 26 mai 2015


L’assaut du pont de Verbanja : dimanche 27 mai 1995.

Dans la nuit du samedi au dimanche, des combattants serbes (République Serbe de Bosnie) vêtus d’uniformes français volés prennent possession du poste d’observation Sierra Victor géré par l’armée française, sous mandat de l’ONU. Pas un coup de feu n’est tiré et 11 soldats sont faits prisonniers.
Outre l’évidente humiliation militaire pour les Français, la perte de contrôle du pont de Verbanja (Vrbanja) donne aux Serbes la possibilité d’élargir leur contrôle de la ville de Sarajevo. Au petit matin, décision est prise de recourir à la force pour reprendre le contrôle de cet avant-poste…

Le compte rendu de l’assaut est rédigé par le lieutenant Héluin, du 3e régiment d’Infanterie de Marine (3e RIMa) à l’époque.
Bruno Héluin est aujourd’hui chef d’état-major de la 9e Brigade d’Infanterie de Marine (BIMa), à Poitiers.
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Ce document est traduit ici pour la première fois en anglais, à l’occasion des 20 ans de cette bataille.

La version française originale fut publiée pages 7 – 9 dans ce numéro des Cahiers de la Réflexion Doctrinale (Ministère de la Défense).
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20 years after the events, you will find below the firsthand report of the assault led by french troops against the VRS forces (Serbs) in 1995. It was written by the now-commander of the French army 9th Marine infantry Brigade.

Many of you maybe weren’t even born at that time, during the Yugoslavian civil war of 1991 – 2001… many others will have never heard of this battle. But in no case are we allowed to forget.

Until now, it had never been published in english.
(click here to open in .pdf) Under Fire.

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Under fire

« May, 27th 1995, 08:45 am.

I am lieutenant Héluin, leading the first squad of the 3rd RIMa forbans (1) and i’m walking across the streets bordering the jew cemetary towards the bridge of Verbanja.
About an hour ago, i have been assigned a very simple mission : retake the french outpost along the bridge, that the Tchetniks (2) overtook during the night.

My plan is to attack simultaneously the three small bunkers with a group of three pairs of soldiers (3) for each of these targets. Each pair has a precise arriving point.
I left my adjunct behind with the armoured VAB (4), the snipers with a Mac Millan shotgun and the antitank shooters. His task is to provide support fire from the heights. When i gave him that order, he looked at me, desperate : « Lieutenant, you can’t do that ! ».
Captain Lecointre is with us to manage the squads’ environment, especially the support fire of the RICM (5).

Guided by a bosnian soldier we arrive inVrbanja_bridge_span_view sight of the outpost.
I regroup the squad and realize we’ve left in the VAB the two doors we were supposed to use to pass over the barb-wires, poor kit by lack of an appropriate material.
Nevermind. I look at my marsouins(6). They’re calm and silent. Just like them, i feel strangely serene. It’s true that since i woke up, three hours ago, i’ve not had a minute to think about the danger.
I have an absolute trust in my chief and in my men.

On my call, we run downhill bayonet at gunpoint in the trench about fifty meters from the first target, supported by a bosnian cover fire. We’re wearing complete ballistic protections, those designed specificaly for idle guards. Some of my men are in full dress uniform. They didn’t knew, a few hours ago, that today’s high point wouldn’t be the expected military parade but an assault.
First, i throw in Le Couric and his group towards the farthest target, the western guard post. I see them running, then stopping in front of the barb-wires surrounding the post. They’re unable to pass over and the bullets begin to fly from the Prisunic building overhanging them. A 90mm shell strikes it followed by 7,62 and 20mm bursts coming from our RICM squads. We’re now into a bubble of explosions, fireshots, bangings, whistlings and impacts.
Powerless in front of the barb-wires, a marsouin is dazed looking at his perforated thigh. Another has two fingers cut off. A bullet is stopped by his neck protection. They’ll stay on site, without any morphine because it’s been forbidden in the emergency medical kits by fear of addiction.
Two other guys are literally emptied of their energy because of the violence surrounding them, they’re like ragdolls. The group is out of action.
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My plan has been put to the test and it has lasted two minutes thirty seconds. I have to react immediately. Instead of catching the three targets simultaneously, we’ll clean them up one after the other beginning with the eastern guard post. We’re all going to pass the barb-wires in front of us, 90 degrees from those that stopped the first group but beyond a no man’s land of fifty meters in the Serbs’ line of fire.
I rush towards the Miljaca river followed by the second group, while the other marsouins return fire against the ennemy snipers in the nearest building.
On my left side, Dannat, the paramedic, falls down with a perforated lung. He raises up and walks to the rear, crossing the looks of the others walking to the frontline, hypnotized by the blood flowing on his arm.
On my right, Djaouti falls down. I am now facing the barb-wires and despite the twelve kilos of my bulletproof vest, my weaponry and my useless PP39 radio, i manage to pass over the wires followed by my men. We find ourselves in the middle of antitank hedgehogs and turn left towards the target.
Bullet rounds begin to fall on us like in Gravelotte (7).
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My brain is like the focal of a huge camera. At the moment, i am in panoramic mode. I turn around and see my minimi shooters firing on all doors and windows of the Prisunic building. One of them, Coat, runs to a wounded guy and takes his ammo. The guy carries a FAMAS gun (8), which ammo doesn’t fit into the minimi : he has to unload each round and reload each again in his own magazine. Suddenly his head has a strange movement and he falls on his side.

I continue my way toward the earth barricade that protects the target’s entryway. I feel the need to open fire but my gun refuses to work. I think i should stop to check it, but i have no time.
At no moment do i think i may have forgotten to arm the weapon.
To my side, Dupuch stops : « i’m wounded ». He checks himself for a second « No, it’s all good ! » and resumes his run. Indeed, he’s really been shot at, but the bullet has pierced his gourd and got stuck in his flashlight. We stockpile ourselves on the barricade in front of the entryway.

A few seconds ago i was working in panoramic mode, now nothing exists except the barb-wires through which i throw the grenade that Dupuch gave me.
Explosion.
I run bayonet forward, firmly decided to skewer the first Serb that will cross the corridor. The men are glued at my side, two by two. We’re hardly ten fighters, one-third of the initial number. The squads quickly refitted in one assault element, lead by me with buddies progressively added during the action and a second element designed to protect our backs and « clean up ».
One move and Dupuch runs into the eastern guard post, while Llorente throws a grenade in the toilets’ corridor. Humblot and Jego follow up, i send them on the roof to support us from above.
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We resume toward the second target : a container we used to live in before the Serbs took possession of the area. Delcourt comes forward in the corridor when a burst forces him to back off. I get a grenade from captain Lecointre and throws it beyond the curtain that separates the container in two.
When i surge into what had been our dining room, i see a wall of fire raising and sliding above me on the ceiling. I shout : « the gas cylinder ! »
Dupuch and Delcourt back off hastily. Half a second later i hear a terrible blast and i see very clearly a small object rushing at me in a background of flames.
I feel like i’m in a slow motion movie. My left eye is violently hurt and i’m pulled backwards while a spit of blood is thrown the other way. The men look at me and hesitate.
I mumble what i think are clear orders to have them moving forward. I have some more time left to tell the captain i don’t feel very good, then i collapse on the floor.
I get conscious again a moment later, awakened by the impacts of bullets in the earth bags i’m sitting on. I’m covered by blood. I raise up, leave the building towards the Miljaca river. An explosion sends me back inside. I am like a little mouse in a labyrinth, banging on the walls.
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My brain is working intermittently. I see a marsouin aiming at the last building kept by the Serbs.
« What you doing there ? »
« This is where i was supposed to be, at the end. »
In the complete chaos of battle, this man held to the orders i gave him before the assault.

Then i understand the captain is leading the fight since i collapsed. He is determined to eliminate the Serbs in the remaining room and save the French hostages. With the bunch of guys remaining, he shoots down two Tchetniks.
One of them smiles and says « French, good fighters ! » but the others manage to escape with the last prisoner. On the radio, i call Cheick and orders to send a sniper and an antitank shooter. I want to put them in front of the building.
I walk in the devastated outpost. In the living area, there are three Serb prisoners and a corpse, also Serb, lying in the middle.
Lance-corporal Jego comes at me. I notice his gourd and one of his magazine are perforated. He took a burst in the belly and the bullets were stopped by his kit. His voice is broken : « Humblot is still on the roof. He’s wounded and don’t answer my calls. »
I put myself in support fire, facing the building that overlooks us, while Mandart and captain Labuze go and get Humblot to safety. They’re lying him near the ladder right when the doctor arrives. He checks the pulse and looks at me. « Sorry. Finished for him. »
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The fight is over. I hear that Amaru has been shot by a sniper while he was firing at the buildings from the unprotected turret of his VAB. Seventeen other marsouins are wounded, three of them critically. We killed four Serbs in the outpost and four more are our prisoners. I don’t know the ennemy casualties in the surrounding buildings.
Erring in the corridors, waiting to be relieved, i come across a lance-corporal who tells me to go see a doctor. I walk towards the medical VAB, riddled with impacts, that stopped right before the entryway and i become outraged : « It’s not a lance-copropral who’s gonna give me orders ! » and walk back where i came from. The guy sees me and insists « Lieutenant, you must see a doc ! »
I answer « Oh, okay » and leave again.

Outside, the ground is covered by pieces of kit ripped from the wounded to give them emergency care.
There are many magazines, most of them half-full.
Many guys used the moments of calm to throw away their magazines and replenish with new, full ones. We have used 4.000 rounds in less than ten minutes on the surface of one hectare (about 2,47 acres).

By 10:30am, the platoon of lieutenant Provendier comes to take over the guard from us.
A few minutes earlier, they didn’t even knew an assault had been led. Guys are mute and open great eyes when they see me. I think : « none of them salutes. What’s that mess ! »
I bring Provendier inside to brief him. I get a table, a pen and begin to draw. I don’t even notice the Serb corpse at my feet. My blood is dripping on the paper and it’s when i wipe it with my sleeve that i understand the situation might not be so normal.

My orders given i get with the survivors in a VAB heading to our base, in the Skanderja ice-rink (9). We’re haggards.
Once in Skanderja, we get medical attention then at around 01:00pm i leave with the wounded guys to the military hospital. As soon i lay in my bed, i collapse, exhausted. »
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— NOTES :
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(1) : 3rd Marine Infantry Regiment (french army). Forbans is the nickname of its soldiers, meaning Pirates. About 30 of them were involved in the direct assault.
(2) : irregular soldier, either Serb, Bosnian or else.
(3) : a pair of soldiers is called binôme : the association of two fighters complementary to one another. During this assault, one knew the inside settings of the target, not the other one.
(4) : the VAB is an amphibious four-wheeled armoured personnel carrier seating 10 + 2, mounted with an open turret and 7,62 machine gun in its combat version. Also exists as a medical vanguard vehicle, without mounted armament.
(5) : Marine Armoured Cavalry Regiment. About 70 of them were involved in the support fire.
(6) : Marsouin is the usual nickname for soldiers serving in the french marine infantry. Meaning Porpoise.
(7) : The small village of Gravelotte, well known for a famously violent battle between France and Germany on 18 august 1870.
(8) : the service assault rifle of all french soldiers.
(9) : at the time of the Yougoslavian war, the french army headquarters were located in the compound of Sarajevo ice rink.
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[EN :] Check the video below for an account of the events by those who lead the action.
[FR :] Vous trouverez d’autres détails de l’histoire sur ce lien Youtube :

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Athènes – Sparte en 36 heures 26 septembre 2014


 

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Le spartathlon est une course longue distance qui relie Athènes à Sparte en mémoire du soldat Pheidippides (Φειδιππίδης), qui courut 246 kilomètres (246 !) pour demander du renfort aux spartiates alors que l’armée d’Athènes menaçait d’être battue par l’armée perse en 490 avant Jésus-Christ.
Souffrant d’hallucinations, déshydraté, Pheidippides affirma plus tard avoir vu le dieu Pan sur l’Acropole. Les Grecs y érigèrent un monument qui s’y trouve encore.
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…il courut en vain puisque Sparte n’envoya aucune aide. Il courut en vain puisque l’armée grecque gagna quand même la bataille de Marathon.

Après quoi, le soldat Euclès fut envoyé vers Athènes, pour annoncer la victoire. Il délivra le message et mourut d’épuisement. Ce trajet de 42,195 kilomètres est bien connu de tous les coureurs du monde : c’est la distance qui donne son nom à la course de marathon.
En mémoire de l’autre, Pheidippides-le soldat inconnu, chaque année a lieu en Grèce le spartathlon…

 

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