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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

par-delà MOE et MOA 15 septembre 2016


Ainsi que je l’écrivais dans mes articles précédents sur la nécessité de revoir ce qui constitue une équipe projet performante, il y a un fort besoin de renouvellement du cadre intellectuel, pour permettre de modifier les façons de faire, sans perdre en qualité ni en fiabilité du processus de fabrication tout entier.

La vie quotidienne dans les organisations soulève des difficultés qui sont le plus souvent identifiées par la dichotomie SI traditionnel /vs Digital et méthodes habituelles vs/ méthodes innovantes. Les solutions sont donc à la fois définies par ce cadre de pensée, mais aussi limitées par lui.
Car si cet objectif semble louable, il y a une étape à laquelle votre organisation n’échappera pas si la réflexion est poussée jusqu’au bout : reconnaître que la distinction traditionnelle entre Maîtrise d’Ouvrage (MOA) et Maîtrise d’Oeuvre (MOE) est devenue un frein.

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Si, depuis longtemps, la MOA représente les utilisateurs et donne les ordres à la MOE qui représente les équipes de fabrication, il a fallu un peu de temps pour se rendre compte que ces grands domaines de compétences engendrent un système peu coopératif où les équipes MOA ont des objectifs MOA et les équipes MOE ont des objectifs MOE.
Ces objectifs clairement distincts sont la norme et même lorsque les projets ne se passent pas trop mal, l’existence de cette divergence est une démonstration que le collectif social travaille finalement rarement avec l’objectif commun de servir l’utilisateur.
Vous pourrez me répondre que c’est un moindre mal puisque quand même, en moyenne, ça fonctionne quand même pas si mal… et je suis un peu d’accord, sauf à dire que cette concurrence (hostilité ?) larvée ne facilite pas l’adaptation à un environnement en rapide évolution, techniquement et en termes d’usages.

Il y a de plus deux nuances à apporter :
Si votre qualité est moyenne en général, cela signifie que vous avez souvent des productions mauvaises.
Si votre qualité est excellente en général, cela signifie que vous avez souvent des productions moyennes mais rarement mauvaises.
…voilà qui remet les choses en perspective, pour toutes les fois où votre Direction Marketing affirme servir au mieux vos clients. Si votre objectif est donc de fournir des produits (ou des services) de qualité moyenne, vous pouvez cesser de me lire. Ne faites rien, ne touchez pas aux frontières.

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Mais le fait est que la bataille de frontières entre MOA et MOE est l’élément déclencheur de bien des soucis.
Les premiers ont une fâcheuse tendance à se considérer comme les donneurs d’ordres, nobles représentants des ‘métiers’ tandis que les seconds tentent de défendre la légitimité de leur propre métier tout en faisant (parfois) l’impossible pour sortir un produit qui ne connaît pas trop de défaillances. Et si la MOE en particulier (mais pas uniquement) est un entreprise sous-traitante, il faut ajouter dans l’équation l’existence d’un contrat commercial qui exclue les arrangements informels, alors que c’est précisément la coopération informelle, les petits coups de main et les arrangements inter personnels qui permettent de régler un problème imprévu.

 

En moyenne, quand un territoire est dirigé par deux rois dans leurs châteaux forts, il y a rarement la guerre si l’équilibre des forces est bien réparti (et dans ce cas les problèmes sont tus, mais pas résolus).
Mais l’histoire nous apprend que si les châteaux forts sont ‘forts’, c’est précisément parce qu’il y avait souvent la guerre… et parfois, un seuil est franchi lorsque l’un des deux protagonistes choisit de miser sur l’asymétrie d’information au détriment de l’autre.
On ne parlera plus alors de problèmes techniques de fabrication mais de problème d’organisation et cette élévation du niveau de risque est le signe quasi infaillible que la situation va très sévèrement dégénérer…
Si vous voulez vous faire peur, vous pouvez lire l’histoire lamentable du projet LOUVOIS, le procès entre l’assureur MACIF et son prestataire IGA, ou la question posée à la chambre haute du Parlement français sur les dysfonctionnement du RSI.

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Peut-être serait-il temps de renouveler le cadre intellectuel en appliquant l’idée de méthodes innovantes à la structure d’organisation ?
Mmmmh, attendez… et pourquoi pas construire un point de vue commun aux différents intervenants et au bénéfice des utilisateurs ?
C’est dans ce cadre que les équipes pourront penser des configurations techniques non seulement qui fonctionnent, mais aussi qui sont réellement utiles.
Voilà… vous êtes sur la voie pour rassembler vos anciennes MOE et MOA en une unique structure.

Et tant que vous y êtes, pourquoi ne pas renforcer sa compétence et l’appeler « Direction de l’UX » ?…

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Nous avons là le début d’un réel chantier d’organisation, dont l’objectif clair est l’amélioration de la performance collective avec, en bout de chaîne, une amélioration de la qualité du produit ou service.

Change management : what brings "resistance" to change ?Ce n’est pas en trois phrases cependant qu’on peut résumer la marche à suivre. Un ‘vrai’ chantier d’organisation est aussi un vrai risque d’échec. C’est là où l’implication du top management doit faire ses preuves, justement parce qu’il y a un risque. Contrairement aux réorganisations habituelles dont les améliorations restent finalement peu évidentes et encore moins mesurables (sauf en termes de désorganisation pour les employés de première ligne), une remise à plat de la distinction MOA-MOE est le genre de projet majeur qui va remuer profondément les valeurs du collectif de travail, les habitudes de travail, les procédures et -surtout ?- la répartition des pouvoirs dans l’organisation.

Ce ne serait pas la première fois qu’une Direction refuse un projet extrêmement prometteur parce que l’une des conséquences est de remettre en cause l’ordre établi (ce que ne font pas les réorganisations habituelles dont je parlais plus haut). Ce type de refus est donc d’abord motivé par la peur, à commencer par la peur de l’échec. Une idée intéressante à ce niveau est d’adosser ce genre de « réorg » à quelques projets pilotes qui démontrent par améliorations successives que l’objectif visé est pertinent en termes de fonctionnement opérationnel et aussi qu’on peut l’atteindre en termes de modification structurelle.

Une fois de plus, on en revient à la question : quel est votre modèle de management ?

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L’équipe projet, version 2 9 septembre 2016


La manière habituelle de fabriquer des produits s’avère de plus en plus un facteur limitant. Mais bien sûr en contrepoint, il n’y a pas de nouvelle manière bien établie et faisant l’objet d’un consensus… ce qui explique que le problème est rarement évoqué en public puisque personne n’a la réponse.
Souvent le sujet est effleuré lors de projets, par une interrogation sur la nature des compétences à rassembler pour mettre en place une configuration qui fonctionne, dans le contexte des usages actuels.   (sur ce sujet plus vaste, cf. l’article sur le SI Digital).
En guise de préambule, je voudrais développer ci-dessous cinq points qui me semblent pertinents.

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Source Best Reviews :        bestreviews.com/electronics#evolution-of-the-desk.

1. Les équipes sont transverses

Pour toutes les fois où une maîtrise d’ouvrage (MOA) et une maîtrise d’oeuvre (MOE) sont impliquées dans un projet (et pas uniquement en informatique), il faut aller voir sur le terrain pour constater que les échanges d’information sont multiples, intensifs et transverses (ha !).
La transversalité se situe à la croisée de trois domaines : Conception, Réalisation et Production.

Ces trois domaines concentrent toutes les compétences pour élucider les questions de design (conception), de faisabilité (réalisation) et de viabilité (production). Le point de blocage vient du fait que dans le processus habituel, ces éléments interviennent l’un après l’autre chronologiquement, et qu’une bonne part du temps passé sur un projet consiste à comprendre ce que les précédents intervenants ont voulu dire dans leur spécifications, pourquoi ils ont adopté tel choix technique et pourquoi ils n’ont pas anticipé telle ou telle procédure. Comme dit l’anecdote du cuisinier sur le Titanic : « Moi, ma vaisselle était propre… »

Composez une équipe projet afin que ces domaines Conception, Réalisation et Production soient abordés en même temps; et n’ayez pas peur d’y ajouter d’autres fonctions si nécessaire. Dans le domaine de la cyberdéfense par exemple, on compte pas moins de sept domaines de compétences minimum.

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2. Les équipes sont à 100%

Une affectation sur un sujet, sur 100% du temps de travail. Il y a une littérature pléthorique qui prouve l’inefficacité du travail multitâches. Pour une organisation, affecter ses employés à des projets parallèles différents est aussi dangereux que conduire et envoyer un texto en même temps.

Vous devez cesser de croire qu’un ingénieur de tests pourra résoudre cinq anomalies PHP dans la journée et proposer des idées innovantes la même journée. Vous devez cesser de croire qu’un chef de projet peut gérer 5 projets simultanément. Vous devez cesser de croire qu’un designer peut se montrer créatif sur des solutions d’écrans web alors qu’il est affecté à quatre projets différents sur 25% de son temps.

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Maintenir en bon fonctionnement un système d’information est difficile, mais réussir un projet qui implique des technologies de moins de 10 ans, pour des usages de moins de 5 ans tout en restant compatible avec le SI qui a parfois 30 ans est un tour de force lorsqu’on y est à plein temps.
N’espérez pas y parvenir avec les méthodes qui fonctionnaient bien (en moyenne) il y a quinze ans. Lorsque vos collaborateurs sont affectés à moins de 100% de leur temps à un projet… c’est presque comme si vous vouliez ne pas y arriver.

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3. Les équipes mangent des données au petit-déj

Personne n’a besoin d’être un expert en données (sauf le data scientist :) ). Mais tout le monde a besoin de prendre en compte les nouvelles données qui donnent des informations sur le travail accompli en vue d’améliorer le travail à faire.  Les équipes (de MOE) n’en peuvent plus de brûler des calories en respectant une liste de fonctionnalités requises (par la MOA), alors que si tout le monde avait travaillé ensemble dès la phase d’études, on aurait pu gagner du temps… C’est la responsabilité du management de constituer des équipes qui rassemblent toutes les compétences dont le projet a besoin et nous commençons bien à comprendre que les procédures habituelles empêchent cette mise à disposition en sacralisant la frontière entre MOA et MOE.

Voilà un autre élément qui légitime le recours à la méthode UX et l’observation directe en itérations successives :

  • votre produit minimum viable (MVP) doit générer des données, sinon ça s’appelle un prototype
  • vous devrez arbitrer entre les aspects quantitatifs (le quoi) et les aspects qualitatifs (le pourquoi)
  • vous devez mesurer des résultats, pas des fichiers de logs de sortie

Vos équipes devraient pouvoir exprimer fortement leurs différents avis, l’encadrement hiérarchique devrait être modéré et chaque décision devrait être argumentée par des faits et des données.
Une équipe de projet aujourd’hui n’est plus responsable de fournir une liste de fonctionnalités mais de justifier comment elle améliore sa contribution aux résultats de l’organisation.

4. Les équipes servent l’utilisateur

La principale amélioration stratégique pour une organisation consiste à mieux connaître ses utilisateurs / clients / usagers et à se rassembler autour d’eux. C’est l’usage qui doit décider de l’organisation interne et non l’inverse. De cette manière, les équipes connaîtront le pourquoi et seront à même de proposer des solutions techniques pertinentes.

Vous devez arrêter de questionner les utilisateurs après leur avoir livré un produit : si vous devez le faire une seule fois, faites-le avant. Une organisation centrée utilisateur observe, questionne et mesure les usages tout le temps.

Les équipes projet dignes de ce nom sont branchées en direct aux (futurs) utilisateurs et sans se limiter aux œillères imposées par un projet particulier. Et je dis bien en direct : sans intermédiaire qui parle « au nom de ». Ce sont des membres de l’équipe qui vont au contact des utilisateurs et qui remontent ces informations de première main. Si vous avez une Direction de l’UX ou un équivalent, elle devrait être capable de fournir de l’intelligence qui mettra en perspective et réutilisera cette collecte directe. La connaissance client / utilisateur / usager ne cesse jamais elle mérite donc d’être portée par une direction autonome et permanente au sein de votre organisation.

C’est ainsi que pourra s’estomper l’épaisseur des forteresses MOA et MOE : à force de partage, de travail en commun et de construction d’une compréhension partagée (et argumentée) des utilisateurs.

5. Les équipes sont diverses et parfois rouges

Quelle est la représentativité de vos équipes en comparaison de la population totale ? La culture de vos employés se reflète et influence le produit final jusqu’à avoir un impact sur la manière dont il sera perçu, une fois livré sur le marché.

Pas besoin d’aller chercher très loin pour trouver des exemples réels dans le monde d’aujourd’hui, dans vos produits, vos services et ceux de tous les autres.

La seule bonne volonté ne suffit pas ici, car il y a par exemple des législation qui empêchent de recruter sur une base de choix culturelle, d’origine géographique ou même religieuse. C’est une excellente chose dans l’absolu bien sûr, mais cela produit un cercle vicieux qui empêche aussi de corriger un manque de représentativité et qui ne fait finalement que protéger un état de fait largement insatisfaisant. C’est un sérieux problème que les directions des Ressources Humaines devraient traiter sérieusement… mais en termes de management, l’absence de réponse RH immédiate n’empêche pas de mettre en place certaines règles claires :red-team_contrarian-anticipation_equipe-rouge_anticipation-contrarienne

  • Permettre un environnement protecteur qui permette l’expression des points vue, y compris (et surtout) divergents. Acceptez aussi une remise en cause par… l’avis des utilisateurs et la réalité de leur contexte tel que les designers UX auront pu le constater.
  • Sur les sujets les plus importants, mandatez trois personnes pour établir précisément (et à 100% du temps alloué !) comment le plan pourrait échouer. On appelle ça une « Équipe Rouge » dont je suis un ardent défenseur. En termes militaires une équipe rouge prend le point de vue de l’ennemi pour trouver les points faibles d’un plan -et c’est nettement mieux d’avoir fait ce travail avant l’exécution du plan…
  • Montrez l’exemple. Acceptez la critique mais n’acceptez que des critiques constructives puisque bien construire est l’objectif. Pas de critique ad hominem, bien entendu.

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Il y a encore beaucoup à dire… mais en forme de conclusion, j’ajouterai que si tout cela vise bien à améliorer la qualité de ce que vous proposez -produit ou service-, c’est aussi un moyen pour parvenir à une autre fin : renforcer l’organisation elle-même en diminuant l’entropie, la dispersion dans des luttes intestines et l’éloignement progressif de ce qui devrait être la priorité de chacun : le service rendu à l’utilisateur.

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L’émergence du SI Digital 8 août 2016


Les équipes qui travaillent sur le domaine digital peuvent-elles fusionner avec l’informatique ‘classique’ qui reste -jusqu’à présent- le noble défenseur de tout l’édifice technologique.
Ou plutôt : cette fusion devrait-elle avoir lieu ?
Mieux encore : quand ces équipes finiront-elles par travailler ensemble sous la même bannière ?

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Les entreprises qui cherchent à simplifier leur organisation sont inévitablement confrontées à ces questions mais ne cherchent pas toujours une réponse, faute de savoir réellement quoi faire du domaine ‘digital’ et faute de connaître son degré de compatibilité avec le domaine ‘systèmes d’information’ (SI).
Erreur par ignorance -ou excès de prudence-… ce type d’entreprise aura durant des années son équipe d’expérimentation digitale (ou son Lab) qui restera pendouiller à côté de la Direction Informatique, sans lien ni esquisse d’une discussion commune.

Le digital relève bien sûr techniquement du domaine informatique, tout comme le domaine SI, les équipes de direction pressées pourraient avoir tendance à fusionner SI et Digital.
Autre erreur par ignorance -ou excès de confiance-… car s’il y a bien une parenté technique, elle n’est pas toujours convergente et surtout, on est loin d’avoir un esprit de confrérie ou a minima une bonne volonté partagée.
20160218_NZDF_Q1032139_047.jpg.hashed.c7bd329a.desktop.story.inlineSI et Digital sont des cultures métier différentes et c’est ce qui mène la plupart du temps à l’échec des tentatives de fusion de ces équipes.
Et comprenez moi bien : lorsque je parle de ‘culture métier’ je ne parle pas de la couleur habituelle de leurs chemises mais de leurs manières de faire et d’envisager la technologie, au plus profond des compétences qu’ils mettent en œuvre dans leur travail.
Par exemple le SI est concentré sur la stabilité des systèmes et l’absence d’anomalie significative tandis que le Digital est orienté vers la variabilité des usages et l’amélioration progressive.
Mélangez ces différences culturelles, secouez un peu trop fort… et ça vous explosera au visage car vous aurez transformé des différences en incompatibilités.
Et croyez moi, vous ne voulez pas de tirs fratricides en plein milieu d’un projet.

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Fort heureusement, la réalité est plus nuancée que cette grossière synthèse et laisse donc des possibilités d’avancer doucement vers un rapprochement du SI et du Digital.
Il y a fort à parier cependant que la convergence ne viendra d’aucun des deux, mais d’un élément extérieur, à commencer par la tendance à la conjonction inédite d’usages et de technologies qui élargissent nos possibilités d’interaction avec le monde. Cette tendance est puissante… bon gré mal gré, il faudra que SI et Digital entament des pourparlers diplomatiques car leurs deux domaines de compétences se révèlent avoir finalement une complémentarité précieuse.

Ce premier élément qui pousse au rapprochement peut servir de repoussoir jusqu’à la fin des temps (ou la faillite), ou bien, il peut servir de levier pour lancer un premier projet (et un chef de projet) qui offre assez de souplesse pour que chacun fasse un pas vers l’autre, par petites touches, pour se retrouver à faire preuve d’esprit d’équipe sans s’en être rendu compte. Pour ce projet en particulier, votre objectif sera d’abord de créer de la cohésion (et j’ai tendance à dire que c’est un objectif prioritaire tout le temps, d’ailleurs).

Comme l’écrivait Michel Cozier en 1979, « on ne change pas la société par décret »… et pas davantage vous ne parviendrez à rapprocher les équipes SI et digital par magie (ou en décrétant le rassemblement de tout le monde sous les ordres du même directeur à la prochaine réorganisation).
Les équipes du domaine digital ont assez de compétences pour se tourner vers les projets internes au fonctionnement de l’entreprise et non pas uniquement aux projets orientés vers les clients de l’extérieur. En parallèle, les équipes de l’informatique traditionnelle (le système ‘legacy’) savent très bien que le futur des réseaux réside dans les méthodes autres que le cycle en V, la rigidité du Coût-Délai-Qualité et le cloud, le big data et le design sexy.

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Personne n’est dupe. Il y a des convergences… toute la question est de savoir de quelle manière l’entreprise va s’y frotter…

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Le début de quelque chose de nouveau 5 janvier 2016


1_Gwyhr-HRQsnzhmUbXfopFQA la suite de mon article sur le digital, plusieurs pistes de réflexion se sont ouvertes qui ne sont pas sans lien avec l’organisation et l’innovation, à la fois en termes de méthodes et de compétences.
En voici une synthèse que je livre à votre sagacité… tous vos commentaires, retours d’expérience et ajouts sont les bienvenus !

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    1. Soyez amis avec de bons designers et graphistes. Je parle ici d’UI et non pas d’UX : les personnes qui conçoivent les interfaces et rendent les données visibles, conviviales et compréhensibles. Il y a un gouffre de compétences entre un designer UI et un développeur informatique. Associez-vous à des profils de designers front end qui connaissent la data visualization et capables de dessiner un prototype d’écran sur un coin de nappe de restaurant, en écoutant l’utilisateur qui parle de son activité quotidienne. Les compétences en logiciel de graphisme sont importantes, mais pas moins que l’intuition et la capacité à corriger ses créations en fonction des remarques que renvoient les premiers concernés. Inversement, laissez-le graphiste et les développeurs parler ensemble, afin que le produit fini intègre la machinerie back end et l’interface front end de façon la plus intelligente possible.
    2. Pensez à ce que vous aller faire des données. Avez-vous un réel besoin de toutes ces données que vous collectez ? La tendance du Big Data peut laisser croire que la collecte est nécessaire et que le stockage a des coûts exorbitants l’est aussi… mais en avez vous besoin ? Quel usage pouvez-vous faire des données ? Devriez-vous utiliser du big data moissonné sur le web, ou récolté en interne comme par exemple vos données financières, comptables, ou de production ? Là est la vraie question. Ce n’est pas parce que tout le monde parle du Big Data que tout le monde doit faire comme Facebook.
    3. Trouvez un équilibre pour que les options que vous proposez n’entravent pas l’expérience des utilisateurs. Pensez à observer vos clients en direct (et non pas seulement leur poser des questions)… ce qui implique de vous aventurer sur la voie d’une UX bien faite. Là où on se rend compte qu’il y a de grosses différences entre les actes et les discours.
    4. Ce que les développeurs adorent, c’est l’open source. La plateforme Github permet de se familiariser avec les techniques, de collaborer avec une douzaine de millions d’autres professionnels, de trouver des API’s et de faire tester les vôtres. Vous êtes dans le métier du code, alors bon sang, faites-en du bon ! Vous devriez même offrir publiquement des récompenses à ceux qui vous signalent des failles de sécurité -et rien de tel que la communauté open source pour cela.
    5. L’internet n’existerait pas sans une infrastructure matérielle. Le logiciel est un bonus, mais il est à peine nécessaire pour que l’internet fonctionne. Faites-vous une bonne idée de la manière dont fonctionne le réseau physique, la manière dont les outils sont connectés en termes de câblage, fréquences, déperdition de données, composants d’interconnexion. Avec l’internet des objets, ce sera une compétence précieuse dans très peu de temps, vers un avenir fait d’objets interconnectés ou d’objets ayant leur propre fonction ‘stand alone‘ : le objets enchantés (voir mon post précédent sur le digital).
    6. En corrélation directe avec le point ci-dessus, plus le temps passe et plus il y aura de plateformes techniques. Potentiellement, 1 objet connecté = 1 plateforme. L’échantillon des systèmes d’exploitation aujourd’hui existants ne va faire que s’agrandir : Windows, Windows Mobile, Android, Android Wear, Mac OS, iOS, Apple Watch, Tizen, etc. pour faire fonctionner des PC, Mac, mobile, tablette, tableau de bord de voiture, montre, écran fixe, drone, imprimante 3D, tondeuse à gazon automatique, etc.  Ne vous privez pas d’essayer de nombreux outils de développement multi plateformes pour pouvoir écrire du code une fois et le réutiliser sur n’importe quelle plateforme. Essayez-en plein et conservez ceux qui vous sont vraiment utiles.
    7. Les développeurs mobiles d’aujourd’hui seront les développeurs Internet des Objets de demain. L’expérience de l’utilisateur, un usage minimal de la bande passante, la personnalisation sont (et seront) des qualités critiques pour le code informatique, pour l’ergonomie et pour le design global de l’expérience de bout en bout. Il y aura de plus en plus d’objets comme le bouton rouge de Darty (« appuyez et on vous rappelle ! ») et sur ce principe, tout ce sur quoi on peut installer une API devient de facto une plateforme de développement : voiture, aspirateur automatique, ordinateur portable, tee-shirt, etc.
    8. L’avenir est une question qui attend d’être posée. Il y aura davantage de plateformes et tout sera interconnecté. Pour les professionnels du code, attendez-vous à des innovations dans le domaine de l’écriture de code, par interface vocale par exemple et d’une façon générale par autre chose qu’un clavier, un écran et des connaissances en langage objet ou machine. Avec l’essor du code en langage naturel, c’est la machine qui traduira vos instructions. Il n’est pas impossible que dans un temps pas trop éloigné, les développeurs informatiques connaissent la même obsolescence que les développeurs photo argentique à la fin du XXe siècle. Laissez donc vos développeurs explorer, essayer, parler… et demandez-leur des notes de synthèse sur les sujets porteurs. Rémunérez-les pour poser les questions d’avenir.
    9. Les applis destinées à un usage international doivent prendre en compte la bande passante. Les applis qui fonctionnent bien en Corée du Sud, ne fonctionneront plus si bien aux Etats-Unis ou à Singapour. Comme je disais en 7), prenez en compte un usage minimal de bande passante, dès les premières ébauches en phase de conception. L’élégance du code, c’est aussi de consommer peu.

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Mobile developpers will become internet of things developpers, merging software with hardware skills, up to the reign of ‘enchanted objects’. Interface designers will be the first recruited at the launch of a new project.
Code will be tested simultaneously and run on multiple platforms… and code will be « written » in new ways (Vocal Coder, Siri ?).   That’s the beginning of something new.

 

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Qu’est-ce que le ‘digital’, au fait ? 28 décembre 2015


Que vous soyez un sceptique des technologies, un enthousiaste du marketing ou un spectateur amusé, vous n’avez pas pu échapper à l’envolée du « Digital ».
Précisons d’abord qu’en parlant de digital, on parle du terme anglais dont l’étymologie renvoie aux digits : les nombres.
Les 0 et les 1 de l’information numérisée. En langue française correcte, nous devrions parler de numérique et non de digital, mais les choses sont ainsi faites : la fracture digitale aujourd’hui ne concerne pas une fracture des doigts, pas plus que la créativité digitale ne concerne l’habileté à faire de la poterie.

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digital-society_screen-UXTout le monde doit avoir fait sa transformation digitale, définir sa stratégie digitale en suivant un agenda digital pour pouvoir s’adresser aux digital natives et aux digital passives.
Et les pauvres anciens spécialistes du domaine SI regardent par-dessus leur épaule l’ombre grandissante du Directeur Digital dans sa mission pour effacer le souvenir de tous les Directeurs de Système d’Information qui l’ont précédé.

La plus grande entreprise de taxi dans le monde s’appelle Uber et ne possède aucun véhicule pour assurer sa mission mais des applications pour smartphone. Les commentateurs se sont empressés de souligner l’émergence de telles entreprises en hurlant très fort qu’elles allaient siphonner la clientèle des entreprises « traditionnelles » qui n’ont pas développé de stratégie digitale. Même chose pour les opérateurs télécoms, les banques (ah ! les FinTech !) et… la totalité de tous les secteurs de toute l’économie et des services publics et la vie personnelle de tous les gens. La « disruption » qu’ils appellent ça, que l’on pourrait traduire par Le Grand Chambardement Qui Fait Peur.
 Et donc, -brûlez-vous d’ajouter- quelle différence ça fait dans mon business et pour mon métier à moi ?
Pour comprendre en quoi (et à quel point) vous allez être concerné il est nécessaire de percer la couche de gras marketing pour entrer dans le vif du sujet… ce qui est bien l’objet de ce post.

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L’expansion croissante de l’internet et l’unification des protocoles de communication font que notre interface avec le monde passe -et passera de plus en plus- par les technologies de l’information. Si vous n’êtes pas en position de socialisation directe pour parler à quelqu’un, vous allez vous tourner d’une manière ou d’une autre vers de l’information au format numérique, aussi bien sous la forme d’un écran, d’un son ou d’une aide apportée par un dispositif du monde réel relié au Réseau des réseaux. Pour des usages toujours plus nombreux, nous utiliserons des technologies qui ont aujourd’hui une marge de progression incalculable -pour le meilleur et aussi le pire.
Mais sans attendre le pire, nous passerons à cette ère de l’internet omniprésent, parce que les possibilités utiles seront disponibles et pertinentes pour la vie que nous voulons mener.

Voilà, nous avons un début de définition. Le ‘digital’ est la conjonction inédite d’usages et de technologies qui élargissent nos possibilités d’interaction avec le monde.

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Le premier élément clé du digital est donc qu’il recouvre effectivement les aspects habituels du travail sur les systèmes d’information (SI) mais en plus, il faut y ajouter la composante matérielle des technologies de l’information (IT).
FPGA-mobile-iotLa notion de digital renvoie chacun à son cœur de métier : dans mon métier de maintenance industrielle, quels usages d’information me seraient utiles ? Et dans mon métier de comptable ? Et dans mon métier de consultant ? Et dans mon métier de nourrice; chauffeur de bus; installateur d’éoliennes; plombier, etc. Le digital renvoie chacun à son cœur de métier car il s’agit de se poser la question des usages de l’information dans ce métier. Et le client là-dedans est un aspect important du digital, mais pas le plus important. Les employés et leurs outils ont longtemps été le parent pauvre en termes de qualité et il est temps que ça cesse, car c’est la qualité des outils qui permet en grande partie d’innover… et au final d’améliorer le service rendu au client -qui n’est que l’un des bouts de la chaîne de valeur.

Si le monde est en effet plein de digital, il est cependant superflu d’avoir une stratégie digitale, tout comme il est superflu d’avoir un Directeur Digital. Ce dont une entreprise a besoin -comme toujours- c’est d’une stratégie cohérente qui embrasse aussi le domaine du digital.  De ce point de vue, l’invention du grade de Directeur Digital fut sans doute une mauvaise idée car s’il y a bien une chose que l’on sait aujourd’hui, c’est que le digital est transverse par nature. Il ne s’agit pas d’imposer cette notion à tous les corps de métier via la ligne hiérarchique, au contraire, il s’agit de faire émerger des projets d’innovation digitale en provenance des métiers. Si le Directeur Digital peut exister, ce serait au mieux comme coordinateur et fédérateur d’initiatives et de besoins opérationnels.

On aurait pu croire à un déclin des machines face au discours commercial qui nous promettait que tout finirait bientôt dématérialisé et « dans les nuages » : Cloud computing, SaaS et autres SOA. Mais contrairement à la légende du tout-logiciel, les outils reviennent dans le débat sous la forme d’écrans de diverses tailles (l’affichage web ‘liquide’), de connecteurs de machine à machine (l’Internet des Objets), de composants FPGA (l’électronique reprogrammable), de réseaux de machines en architecture HDFS (le Big Data), les imprimantes 3D, la Réalité Augmentée, etc.
Toutefois, il ne s’agit pas de s’intéresser aux moindres caractéristiques techniques des machines, mais d’identifier les possibilités de faire transiter de l’information de l’une à l’autre. De SI à IT : ce changement d’un simple mot élargit d’un coup le champ d’application des traditionnels SI et c’est cela qui est nouveau. En poursuivant cette réflexion, on peut imaginer se passer même des écrans dans la mesure où l’information sera insérée dans l’objet. Cela aboutit nécessairement à la notion développée par David L. Rose : les objets enchantés (enchanted objects). Le champ des possibles nous fait alors sortir du monde des écrans et sur des possibilités tellement inédites que je suis curieux de voir dans combien de temps « digital » sera remplacé par l’expression « web 3.0 ».
Oh no, it's not !C’est cela qui permettra bientôt à votre tee-shirt d’alerter le SAMU s’il détecte un infarctus; c’est cela qui permet de gérer la température de votre chambre à coucher depuis votre téléphone mobile alors que vous êtes dans le train; c’est cela qui permet d’avoir en transparence sur ses lunettes le circuit électrique de l’Airbus dont vous assurez la maintenance et… c’est aussi cela qui permettra de vous identifier nominativement parce que votre visage aura été filmé dans la rue et reconnu par le logiciel de reconnaissance faciale du système TAJ.
(si Facebook est capable de le faire pour vous afficher de la pub, pourquoi le Ministère de l’Intérieur s’en priverait-il, hein ?)
Comme j’en parlais il y a quelques temps, une technologie peut être évaluée en dernier ressort sur sa capacité à engendrer ou soutenir le règne d’une dictature… et malgré tout les arguments rassurants qu’on voudra employer, le digital aura besoin de hackers, de contre-pouvoirs civils, de recherches percutantes comme les travaux sur le digital labor et de luddites réfractaires et déterminés.

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Le second élément clé du digital permet d’insister à nouveau sur l’importance de se préoccuper en premier lieu des usages qui vont présider à l’emploi d’un outil.
Ce sont bien les usages réels des technologies, dans le vrai monde, qui sont le centre de gravité du processus de conception (il l’ont toujours été du reste, c’est juste que bien souvent jusque-là ils étaient ignorés). Ce premier constat fait surgir tout le domaine de l’UX et l’expérience utilisateur.

Le digital est un domaine qui nous parle de l’utilisabilité des technologies.
Car en plus du fait que les services proposés sont utiles (efficaces), ils sont aussi utilisables :
simples et
satisfaisants.
Ces trois critères résument l’idée de conception centrée utilisateur, par opposition à la manière « précédente » qui était centrée technologie  -quelque soit le truc que vous concevez : appli web, tableau de bord de voiture, poignée de porte, habitacle d’un véhicule de secours et j’en passe.

Il n’est donc pas étonnant que les équipes qui font du digital comportent des nouveaux venus qui étaient jusque là cantonnés aux Directions de la Communication ou au secteur de l’édition : des graphistes, designers, ergonomes IHM, dans la mesure où ce sont leurs compétences qui apportent les deux derniers éléments de l’utilisabilité en tant que point de contact avec l’utilisateur. Il ne s’agit pas de faire du ‘joli’ mais de fournir une expérience utilisateur satisfaisante.

…et restez-bien concentrés car c’est ici que se joue l’articulation entre technologies et usages dont s’enorgueillit le digital.
Il s’agit en effet de s’équiper de technologies performantes (voir ci-dessus) et aussi de méthodes aptes à fournir des outils utilisables (voir ci-dessous).

Ce domaine de l’UX invite à propager une manière de faire inhabituelle -ou sacrilège, selon les méthodes classiques- qui est de commencer par la création de l’interface que l’utilisateur aura à sa disposition, pour, ensuite, en déduire comment organiser l’infrastructure idoine.virtuel-maintenance-industry-augmente
A grand renfort de documentation abondante et quasi religieuse, tout le secteur informatique depuis les premiers ordinateurs a toujours fonctionné en concevant d’abord le système technique pour finir par se demander comment l’utilisateur pourrait bien se dépêtrer avec une interface confuse, ésotérique et souvent parfois juste inutilisable (les cockpits d’avion, un formulaire d’impôt, un Windows 8, la procédure d’inscription à Pôle Emploi).

L’intérêt du digital -pour ceux qui le font vraiment- est précisément de ne pas s’embarrasser de documentation a priori, mais de déduire a posteriori ce qu’il est nécessaire de faire pour que l’usage soit simple et efficace du point de vue de celui qui agit.
C’est limpide, on croirait entendre André Leroi-Gouhan : Milieu et techniques Ed. Albin Michel, 1945 qui écrit « La technologie doit d’abord être vécue, ensuite pensée si le besoin s’en fait sentir  »
A la suite des méthodes de développement informatique Agile, le besoin des entreprise de réduire les délais de livraison a donné naissance au DevOps qui permet aujourd’hui vraiment de créer du résultat plus vite que jamais, tandis que la diffusion des supports mobiles permet de déployer ces résultats partout et à n’importe quel moment.

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Ces méthodes qui réunissent en une seule équipe les compétences de l’amont (développement du code) et de l’aval (la maintenance du code), ont également bien démontré leur valeur économique tout autant que leur valeur sociale pour ceux œuvrent dans ce genre d’équipes. Il n’est pas inutile de rappeler que la qualité fonctionnelle des logiciels livrés vient en grande partie du fait que le souci de l’utilisateur est constant, puisque la source et la finalité du travail c’est lui. Bref, contrairement à d’habitude, l’utilisateur est satisfait.
Avec ce rapprochement d’équipes qui avaient jusque-là des cultures professionnelles différentes, la qualité du code informatique est devenue un élément à part entière de la qualité d’une marque et pour une large part c’est le domaine de l’UX qui fera évoluer les deux dans la même direction. C’était déjà vrai de la qualité du code dans votre smartphone et votre ordinateur, mais ça l’est aussi désormais pour les cafetières, les voitures ou les trains. C’est ça le digital : il y en a partout.

Il est l’heure de changer d’ère.

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Un lieu pour innover (et autres foutaises) 9 octobre 2015


L’un des défis les plus difficiles et les plus motivants dans notre métier concerne les modifications qu’on peut apporter à la culture d’une organisation.
L’ethnologue doit se retenir de répondre instinctivement que c’est impossible et qu’il vaut mieux s’attaquer au préjugé qu’un collectif de travail ne peut pas faire telle ou telle chose, ni atteindre tel ou tel résultat
Car on ne peut pas changer de culture, on peut seulement s’appuyer sur elle, quelle qu’elle soit. Ce serait sinon comme le navigateur qui cherche à traverser l’Atlantique mais, avant, il souhaiterait qu’on lui change l’océan.
Il faut donc reformuler la demande pour comprendre dans 95% des cas qu’il s’agit d’une demande pour modifier les comportements et non pas la culture.

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Un angle d’attaque pertinent consiste à proposer de changer les manières de faire et les comportements professionnels. squareWheels
Le discours ambiant déplore que telle grande entreprise ou telle PME manque d’atouts face à la concurrence, ou que tel service public manque d’efficacité… et chacun d’avancer des exemples d’organisations comparables qui font mieux, plus vite et en dépensant moins d’argent (parfois). Si vous constatez vous aussi que votre chariot a des roues carrées, c’est sans doute que vous ne fréquentez pas assez de concepteurs de chariots, ou de transporteurs qui pourraient vous prouver que des roues carrées ce n’est pas le sommet de votre art. Cette notion d’aller se frotter à son propre contexte socio-économique n’est pas nouvelle. Henry Mintzberg déjà en 1982 en parle en filigrane de son ouvrage Structure et dynamique des organisations (que vous finirez par connaître par cœur si vous me subissez en cours de fac). L’idée maîtresse est qu’il n’y a pas un unique modèle d’organisation parfait. Il y a par contre des modèles d’organisation qui correspondent à des contextes. Donc plus vous avez d’échanges avec votre milieu professionnel (votre écosystème), plus vous en retirerez de bonnes idées pour être meilleur dans votre activité.

Dans cet élan qui vise à augmenter les échanges entre une organisation et son secteur économique, une option qui a fleuri ces dernières années prend la forme d’ateliers d’innovation ouverte (open innovation); des lieux dédiés à la conception de prototypes et à l’expérimentation (les FabLab); ou la mise à disposition de ‘hangars’ câblés en très haut débit pour abriter des événements de type hackathon ou guerilla commerciale.

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Cette volonté de libérer les énergies et les initiatives est une bonne chose –si elle est soutenue au quotidien par des procédures opérationnelles non seulement qui les acceptent, mais qui les valorisent dans la durée, de façon tellement habituelle que ça devient normal pour tout le monde. Alors, et alors seulement, l’utilisation d’un lieu spécifique pourra se révéler utile pour condenser des comportements déjà présents par ailleurs.

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000149582Mais croire que l’usage d’un lieu aura une influence sur des comportements relève quasiment de la pensée magique (surtout dès que tout le monde aura regagné son site de travail habituel).
Car le hangar du hackathon, le FabLab en plein centre-ville ou l’atelier semi-artisanal d’Open Innovation ne sont pas de l’innovation, ce sont des endroits !
Le problème du « lieu pour innover » vient du fait que beaucoup d’entreprises imaginent qu’il leur faut leur Fab Lab pour pouvoir revenir sur un pied d’égalité avec la concurrence.
L’influence d’un lieu et de son aménagement ne sont pas sans effet sur les pratiques de socialisation, bien entendu, mais les pratiques de socialisation ne seront pas modifiées durablement par un événement ponctuel, en dehors du temps où l’événement se déroule et pour la seule équipe qui y prend part…
Cette tendance  à créer des lieux qui favorisent l’innovation est stérile car elle n’atteint pas les comportements métier qui permettent :
-la coordination directe,
-les processus rapides de décision,
-et les réalisations au sens large. Or ce sont ces trois éléments que cherchent à renforcer toutes les politiques de compétitivité par l’innovation.

On trouve ces éléments dans les organisations où l’innovation est gérée comme une routine, comme chez Facebook, Deloitte, Kréon ou le ministère français des Finances (si, si).
C’est de cette manière que l’organisation permet l’innovation ordinaire, plutôt que de considérer chaque nouvelle idée avec hébétude, sans savoir qu’en faire… ou en imaginant que si elle est incapable de les générer elle-même elle pourra les trouver dans un lieu spécifique comme si c’était les Objets Trouvés.
Car ce n’est pas l’événement ponctuel qui va insuffler comme par miracle une culture de l’innovation dans votre entreprise ou dans votre administration. De ce point de vue, la mise en œuvre de méthodes comme l’Agile et le Lean permettent de tailler dans le gras et recentrer les procédures et les méthodes sur le cœur de métier en supprimant le superflu.
C’est là-dedans que se loge votre capacité à être compétitifs et à innover, c’est donc là que devraient porter vos efforts. Il s’ensuivra un écoulement plus libre des initiatives dans la chaîne de décision.
Une chaîne de décision reste nécessaire, bien sûr. Ce n’est pas parce qu’une idée est nouvelle qu’elle est bonne ou immédiatement exploitable. Il faut bien parvenir à la valider d’une manière ou d’une autre. Bien souvent, une nouveauté doit être envisagée sous plusieurs angles de faisabilité technique, de pertinence financière et d’utilité réelle pour le client-utilisateur-usager. Et éventuellement, c’est à la fin de cet examen de validation que certaines idées pourront se retrouver livrées en pâture à des informaticiens au cours d’un hackathon. Mais le hackhathon n’est pas obligatoire pour innover.Hackathon 2

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Les micro-événements quotidiens et les différentes façons d’y réagir définissent la réalité d’un collectif de travail avec plus de fermeté que les discours officiels qui abordent le sujet de la culture d’entreprise, sous le contrôle du département Marketing.
J’ai souvent appris plus de choses sur les valeurs et les normes tacites de comportement en observant les pauses-café, la déco personnelle dans les bureaux et les discussions d’après réunion qu’en lisant les infos officielles publiées dans l’intranet et les « Mot du Directeur ». Ce genre d’observation permet de comprendre à quel point les valeurs officielles sont en cohérence avec les comportements quotidiens (ou pas).
Or cette cohérence n’est pas le fait des membres individuels mais des politiques internes comme celle des Ressources Humaines (qui est promu, qui ne l’est pas ?), de management (comment est valorisé le travail collectif ?) et d’attribution des budgets (en combien une ‘bonne idée’ se voit attribuer un budget crédible ?).

Ensuite s’il vous faut un lieu pour innover… vous pouvez aussi bien emmener vos équipes dans le parking au sous-sol parce que de toute façon, répétez après moi : pour innover, la culture importe plus que le lieu.
En effet, une culture est tacite dans sa plus grande partie car non matérielle. La culture c’est du symbole.
Cet ensemble de non-dits et d’évidences a été façonné patiemment, jour après jour après jour, grâce à (ou à cause de) la succession des générations de personnes qui se sont permis ou interdit des comportements en phase avec les symboles dominants.
Et le lieu n’avait pas grand chose à y voir parce que, dans la fabrique quotidienne des symboles, on trouve une imbrication très serrée de fils qui produisent les comportements habituels dans une organisation, à un moment donné de son histoire, des comportements typiques qui rendent cette organisation unique.
Et s’il vous faut un levier pour favoriser la nouveauté, le renouvellement et l’agilité collective, c’est sur les comportements que vous devez agir, sur les gestes métier du quotidien qui permettent (ou pas) :
-la coordination directe,
-les processus rapides de décision,
-et les réalisations au sens large.

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C’est ici que commence le vrai changement culturel pour permettre à votre organisation / entreprise / administration d’être en adéquation avec son contexte d’action. Car on peut bien se moquer des roues carrées et des mammouths… mais qu’est ce qui rend une organisation mammouth-esque ? Qui produit les fils du tissu social ? Ce ne sont pas ses membres individuels avec leur maigre marge de négociation ; ce sont sont les stratégies votées en Conseil d’Administration.
Si le fonctionnement quotidien ne semble pas adapté à l’écosystème, c’est probablement parce que jusque-là, la stratégie en a décidé autrement.
Mais quels efforts sont faits aujourd’hui pour préparer demain ? Quels comportements professionnels les politiques internes de l’entreprise favorisent elles ?
La réponse se décline moins en initiatives individuelles qu’en éléments qui vont les orienter et  les soutenir : budgets de Recherche et Développement, exemplarité du management, renouvellement des outils de production, programmes de formation et j’en passe.
Toutes choses qui servent à préparer l’avenir et faire en sorte que votre organisation existera encore après-demain, forte et prête à imiter des figures symboliques qui lui ressemblent.

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Pour d’autres exemples de foutaises managériales, je vous invite à lire ces articles sur la théorie des besoins de Maslow ou la théorie des deux cerveaux ou la loi des tocards.  C’est une série. Il y en aura d’autres, je le crains…
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Debout dans le désert 26 août 2015


Khaleed Al-Asaad (خالد الأسعد) était l’ancien directeur du site archéologiquKhaled-Al-Assad_palmyra-syria_2015e de Palmyre, en Syrie. Il avait tenu de poste de 1963 à 2003 et était expert indépendant  et toujours actif depuis.
C’était aussi un érudit comme il y en a peu et l’un des rares à parler couramment araméen, la langue du Christ (!).
Lorsqu’on s’intéresse à l’histoire ancienne de la région il est impossible de ne pas tomber sur des recherches menées par Al-Asaad. Dans la connaissance de la culture Palmyrienne, il était ce qu’Howard Carter est à l’égyptologie.

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L’existence d’un habitat permanent sur ce site est attestée depuis l’âge de Bronze et la ville devient indépendante 300 ans avant notre ère. Sa zone d’influence s’étend des rives du Nil à la Turquie.
L’importance du lieu réside dans le fait qu’il est au carrefour terrestre des principales voies de commerce de l’époque : Chine, Inde, Perse (Iran) et Europe romaine via la Méditerranée.
C’est aussi une oasis bien irriguée, ce qui n’est pas rien dans un climat désertique.
L’empire romain tente de l’envahir en -41 mais s’y casse les dents… avant de l’avaler (et l’agrandir) en utilisant l’argument du commerce (la « guerre économique » d’aujourd’hui). Au XVe siècle encore, la ville est renommée pour son commerce florissant et sa végétation abondante.
Son déclin s’amorce avec celui des routes commerciales terrestres.
A partir du XVIe siècle en effet, le bateau à voiles devient plus utile et lucratif que les caravanes de chameaux… d’autant plus pour faire du commerce avec l’Amérique récemment découverte.

Un peu plus de 600 ans plus tard, la ville moyenne de Tadmor abrite une population d’environ 90.000 personnes établies à 500 mètres des ruines de l’antique Palmyre. Le lieu est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO -qui n’est pas une organisation membre du Conseil de Sécurité de l’ONU… et c’est bien dommage.

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Depuis la première guerre du Golfe, les initiatives catastrophiques des gouvernements occidentaux ont provoqué la déstabilisation de la région et ont permis à des dizaines de groupes fanatiques -en particulier wahhabites- de se regrouper en Irak et pour l’un d’entre eux, de s’y renforcer et de se répandre dans les pays alentours, dont la Syrie.
C’est bien l’implication des États occidentaux qui a donné naissance à ces groupes extrémistes. Les États-Unis de George Bush père d’abord, en Irak, puis son fils; jusqu’à la pseudo intervention humanitaire en Libye demandée par la France de Nicolas Sarkozy. Après quoi l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Turquie ont eu beau jeu d’instrumentaliser (et de financer) ces groupes au profit de leur propre politique extérieure, sous couvert du véto russe contre une intervention de l’ONU en Syrie.

Dans ce noeud de serpents ont pu croître l’inculture, le fanatisme religieux et le fascisme politique qui ne sont pas particulièrement recommandés pour établir une organisation modeste, modérée et non belliqueuse… ce qui nous donne l’autoproclamé État Islamique (« EI »), une organisation active dans 12 pays financée par la contrebande, le vol et l’extorsion. weaponized-dronesLes campagnes d’EI sont si brutales que même Al-Qaeda, qui a commis le pire acte de terrorisme jusqu’à présent, publie des dépêches pour leur demander de se calmer. Mais malgré les atrocités qu’ils commet, l’État Islamique reste un régime fasciste de faible ampleur. Ses succès militaires incontestables se déroulent dans des pays exsangues et contre des armées affaiblies. Jamais encore l’État Islamique n’a rencontré au sol un adversaire de premier plan comme une coalition occidentale par exemple…

Loin de moi ici l’idée de militer pour une intervention armée terrestre contre ces tarés. C’est le premier avantage que procure l’usage de la terreur : la réputation de sauvagerie fait réfléchir à deux fois des adversaires qui auraient les moyens militaires de faire du dégât.
Les gouvernements concernés ne souhaitent pas exposer leurs troupes à un ennemi qui fait des clips YouTube avec la décapitation de ses prisonniers. Du reste les frappes aériennes engagées depuis quelques mois par avion ou drone coûtent déjà cher à EI. On estime que la moitié des pertes totales de combattants de l’État Islamique sont dues aux missiles occidentaux …même si on ne m’enlèvera pas l’idée qu’on aurait pu penser à la stratégie de Sun Tzu : attaquer le problème avant qu’il soit un problème, lorsque la graine n’a pas encore germé.
…et là, une mauvaise graine, il y en avait une grosse. Nous, nos gouvernements, aurait du agir en effet, mais il est désormais trop tard.

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En prenant le contrôle de la région de Tadmor le 20 mai 2015, l’État Islamique gagne le gros lot face à des opposants syriens lessivés depuis quatre ans par leur propre guerre civile.palmyra-fight
Le lieu en effet est toujours bien irrigué comme depuis 3000 ans, il est toujours un carrefour longue distance en continuité avec la zone d’influence de EI entre Irak et Syrie, il abrite des gisements de gaz et une garnison de l’armée régulière Syrienne qui abrite une très importante quantité d’armes et de munitions. Il y a aussi la cité antique de Palmyre dont la prise de contrôle attire davantage les médias internationaux que les conditions de vie imposées aux civils. Rien de tel qu’une caméra de la BBC ou de CNN pour se faire connaître dans le monde entier.
A partir de fin mai 2015, comme partout ailleurs où il sont installés, les membres de l’EI déchaînent leur inculture et leur violence sur la population locale. A leur arrivée, 250 civils sont exécutés. Pour maintenir l’ordre public on applique les quatre punitions classiques : intimider, torturer, amputer, décapiter. Parfois les quatre successivement et toujours en public.
C’est tout à fait la définition d’un terrorisme d’État, au sens où le terrorisme est une pratique qui vise à atteindre des objectifs politiques en imposant la terreur à ceux qui pourraient s’y opposer.
Face à la sauvagerie du nouveau groupe dominant, la population dans son ensemble n’a pas d’autre choix que de se soumettre : c’est un autre avantage que procure l’usage de la terreur. Et en utilisant cette même sauvagerie, EI peut aussi dominer les alliances avec les autres groupes.
C’est d’ailleurs la stratégie politique officielle de l’État Islamique, telle qu’elle apparaît dans un fascicule publié dès 2004 : Administrer la sauvagerie
(voir cette excellente analyse de Frantz Glasman : https://www.academia.edu/10032604/Vie_locale_et_concurrence_de_projets_politiques_dans_les_territoires_sous_contr%C3%B4le_de_lopposition_des_djihadistes_et_des_Kurdes_en_Syrie)

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Mais fort heureusement, l’arrivée des combattants de l’État Islamique à Palmyre ne s’est pas faite dans un total effet de surprise. Il était illusoire d’espérer protéger quoi que soit durant les combats. Les balles n’évitent pas les œuvres d’art. Le sauvetage devait être fait avant ou pas du tout.
Les semaines qui ont précédé ont donc permis d’évacuer certains trésors de notre histoire (je parle de notre histoire à tous, les humains) et d’autres ont pu être cachés aux environs du site archéologique lui-même.
isil-smash_3233165bS’il est assez facile de déplacer une statuette ou un fragment de mosaïque, c’est beaucoup plus compliqué pour un cimetière ou un temple tout entier… le mieux à faire dans ces cas-là est soit de mettre les trésors hors de vue et/ou de les photographier à haute définition avec un scanner 3D (procédé technique assez identique à la reproduction parfaite de la grotte Chauvet en France), dans l’hypothèse où on doive les reconstruire après leur saccage -une leçon apprise après la destruction en 2001 des bouddhas de Bamyian par la même filière fanatique, en Afghanistan.
Car après les villes de Mosul, Raqqa, Nimrod et même Toubouctou, on sait ce que les fascistes religieux font aux lieux d’histoire : ils les effacent. Et ceux qui tentent de protester sont effacés avec.
C’est pourquoi le personnel de l’UNESCO et les civils qui le pouvaient se sont repliés aussi loin que possible de Palmyre.
Mais Khaleed al-Asaad a refusé de partir.
C’était chez lui, il connaissait l’endroit littéralement par cœur et toute une vie de travail était là, debout, sous la forme d’une ancienne ville de 2300 ans. Il est donc resté lui aussi debout dans le désert.
Il avait 81 ans et il est mort décapité. A l’heure où j’écris ces lignes, son corps est suspendu dans un parc de Tadmor.

On suppose qu’il a tenté la négociation pour protéger les lieux. Mais ce n’est pas simple de négocier avec des crétins et sa manœuvre n’a pas réussi.
Fait prisonnier, il a refusé de dire où étaient cachés les trésors alentours de peur de les voir détruits ou vendus. Il n’y a pas de preuve mais l’hypothèse qu’il a subi la torture est crédible. Il n’a rien dit. Il avait 81 ans.
Un tel dévouement pour protéger l’héritage de la civilisation humaine est un service rendu à chacun d’entre nous : voici ce qui mérite d’être défendu. Le courage de Khaleed al-Asaad transcende toutes les oppositions et tous les désaccords. Pendant que l’hypersensibilité névrotique de l’État Islamique s’exprime le mieux  à coups de masse sur des objets sculptés à la main, voilà un homme qui s’est jeté tout seul dans la gueule des loups pour protéger un trésor collectif.
Il n’était pas escorté par un ou deux régiments d’infanterie. Il n’avait pas d’obus dans son char et il n’avait pas d’hélicoptère d’assaut. Il était assez vieux pour savoir ce qui allait lui arriver, mais il n’a pas cédé.
Et ce n’est pas parce qu’il est mort qu’il a été vaincu, loin de là.
Des écoles et des boulevards devraient porter son nom. Son histoire devrait être racontée aux gens qui se plaignent que l’archéologie et les musées c’est un truc de vieux cons.

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unesco-parisLa contrebande d’œuvres d’art est, entres autres, une source de financement pour l’organisation criminelle de l’État Islamique. C’est un business lucratif, en tout cas à l’exportation, car pour ce qui est de leur achat ultérieur, c’est une autre affaire… Le monde de l’art est une institution patiente et  des organisations comme The Antiquities Coalition savent déployer les réseaux et les influences pour repérer une statuette de Palmyre (ou Mosul, ou Raqqa…) qui resurgira dans une ou deux décennies n’importe où dans le monde. Rien ne dit d’ailleurs que les artefacts récupérés et revendus (ou détruits) par EI soient les vrais… une partie du travail de l’UNESCO consiste à remplacer les vrais trésors par des copies, afin qu’ils soient facilement identifiables sur le marché international ou afin que les incultes croient avoir détruit les originaux. A ce titre, la destruction des pièces de musée par EI ressemble davantage à une action de communication qui cache ce qu’ils font vraiment avec tout ce qu’ils ne détruisent pas : ils le volent.
C’est un crime de guerre en soi : piller des sites de mémoire collective et c’est aussi le signe d’une bêtise sans nom, puisqu’on est tellement abruti de certitudes qu’on est incapable de comprendre que cette collectivité est aussi la nôtre. Pire : on refuse qu’elle soit nôtre. C’est ce qui les a poussés à faire exploser le temple de Baalshamin fin août 2015 (photo ci-dessous).
C’est un acte de nettoyage ethnique au sens le plus concret du terme : on s’attaque à une culture -même pas à des personnes.  Ce ne sera pas le dernier et c’est un trait saillant de tous les fascismes : ils aimeraient être seuls au monde.

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Mais l’Histoire nous apprend qu’ils n’y parviendront pas quelque soit leur capacité de nuisance par ailleurs. Lorsque l’heure de (re)penser à long terme sera venue, on pourra construire des écoles au nom de Khaleed al-Asaad.

 

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