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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

L’âge du drone 1 avril 2014


Il se passera encore du temps avant qu’on ait recours aux livraisons automatisées par drones.
La société Amazon possède son propre programme sur le sujet des livraisons par drones. Vous en avez sans doute déjà entendu parler, il s’appelle Prime Air  (il y a aussi celui de Domino’s Pizza).
Remote pilot of drones is an emerging job for civilian applications. By 2020, 30.000 unmanned vehicles will in the US sky at any moment. But how about non-flying unmanned vehicles ?Le mot drone d’ailleurs ne convient pas vraiment. Un drone, à l’origine c’est une cible (sans pilote) sur laquelle les (vrais) pilotes s’entraînent au tir. On préférera donc parler de véhicule sans pilote, que l que soit le milieu où il évolue.
L’objet peut donc être totalement autonome dans son déplacement et sa mission, ou bien piloté à distance par un opérateur… ou un mix des deux, selon la subtilité des actions requises et qui de l’humain ou du processeur est capable d’y répondre au mieux.

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Dans le secteur civil aujourd’hui, nous ne sommes plus dans la phase de R&D. Les grands enjeux, les standards techniques et informatiques sont largement connus, à commencer par la télédétection LIDAR et une bonne dose d’internet des objets.  La phase suivante peut donc démarrer et c’est là que se place par exemple Amazon : la phase des études techniques.
Certains éléments laissent cependant penser que si Amazon est bel et bien en train d’investir du temps et de l’argent sur le sujet, ce n’est pas un système logistique qui corresponde à leur modèle de distribution. Toute la stratégie d’Amazon en effet est d’assurer les livraisons depuis d’énormes entrepôts qui couvrent un continent. Mes livres commandés sur internet pour une livraison en France peuvent très bien être expédiés par l’entrepôt situé en France, Allemagne ou au Royaume-Uni.
A cette échelle de distances, je vois très mal comment gérer une distribution porte-à-porte par des machines qui ont une autonomie de 30 minutes aller/retour…

De plus, pour le modèle d’Amazon Prime la difficulté réside dans le fait qu’ils seront déployés dans des environnements complexes et très denses.
Il est techniquement assez simple de planifier le vol d’un véhicule sans pilote du point A au point B avec, accroché dessous, une pizza ou quelques kilos de livres. C’est simple dans un désert ou au-dessus d’un troupeau de vaches. amazon_drone
Là où les choses se gâtent, c’est que sur le trajet d’un colis Amazon il peut y avoir des câbles électriques, une grue de travaux publics qui n’était pas là hier, un essaim de moineaux, un hélicoptère du SAMU, d’autres véhicules également en pleine livraison… ou du vent à 120 km/h en rafales.  Une fois en approche de la destination, il faut encore se poser, livrer la marchandise (et de quelle manière ?), puis repartir. Tout cela sans tomber en panne, sans décapiter le client et sans être intercepté en vol par des indélicats qui se feront des cadeaux à peu de frais -version 2.0 du braquage de camion de livraison.
Et à supposer que le client n’habite pas un immeuble sans balcon…

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Mais l’obstacle vraiment majeur à un  »ciel ouvert » concerne les autorisations de vol délivrées par l’autorité officielle qui gère le trafic aérien.  Et sans tarder, cet obstacle sera levé aux États-Unis : en effet dès octobre 2015, le Congrès américain publiera ses premiers principes de régulation d’un espace aérien ouvert, où l’autorisation de vol est la règle et non plus l’exception.

30.000 véhicules aériens sans pilote (UAV) sont ainsi prévus d’être en vol à tout instant dans le ciel américain d’ici à l’année 2020.
La question n’est pas tranchée de savoir si ce sera d’abord pour livrer des pizzas, pour constater vos excès de vitesse en temps réel ou pour vous filmer en nu intégral sur votre balcon. Quand on connaît les espiègleries dont sont capables les agences comme la NSA ou le FBI, je pense que les pizzas ne seront pas prioritaires.

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L’arrivée des véhicules sans pilote est donc effectivement pour demain… d’autant plus que cette ouverture de l’espace aérien américain s’inscrit dans une tendance plus vaste  : l’élargissement des usages dévolus aux appareils autonomes et/ou pilotés à distance.Development of unmanned ground vehicles is supported by strong military projects. Easy spin-offs can be seen on public roads in the US, like Toyota cars running (almost) alone on Google systems.
Pour preuve, aux USA depuis 2010, 10% des forces aériennes militaires de première ligne (celles qui jettent les bombes) sont sans pilote.
D’ici à 2015 ce sera au tour des véhicules terrestres de première ligne, dont les technologies seront issues en grande partie des résultats 2007 du glorieux DARPA Urban challenge.
Ne soyez pas surpris de l’ancienneté du sujet, tout cela figurait au chapitre 220 du budget 2001 (2001 !) de la Défense américaine (Defense Authorization Act, H.R. 4205/P.L. 106-398 ).
A quand remonte le dernier concours public de recherche appliquée organisé par l’armée française ?

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Ce n’est pas un hasard non plus si quelques voitures marquées Google circulent actuellement en Californie ou au Névada avec un humain assis seulement sur le siège passager. Ces voitures sans pilote fonctionnent. Je veux dire par-là qu’elles ne roulent pas sur circuit : elles doublent sur autoroute et s’arrêtent aux passages piétons en ville. Et elles font preuve d’un taux d’accident largement inférieur aux véhicules circulant sur des routes comparables avec un humain derrière le volant. L’objectif stratégique de Google ici n’est pas de fabriquer des voitures, mais de fabriquer le logiciel qui sera embarqué dans les futures véhicules terrestres sans pilote.

N’essayez pas de trouver un équivalent en Europe, la convention de Vienne de 1968 sur la circulation routière exige la présence active d’un conducteur à chaque instant.  Or ni les États-Unis ni le Japon n’ont signé cette Convention, ce qui en fait les deux pays de pointe pour développer la technologie entièrement sans pilote… et c’est donc presque naturellement qu’un système d’exploitation Google fait rouler des Toyota.
Unmanned Ground Vehicles are not far from the wide adoption curb, with the little help of the Internet Of Things.Plusieurs projets européens sont néanmoins en cours dans le cadre du groupe de travail iMobility, avec la particularité de fournir une assistance au pilote humain mais jamais à le remplacer complètement conformément à la Convention de Vienne. Toutes les fonctions d’assistance à la conduite déjà disponibles aujourd’hui en sont un avant-goût, comme le Park Assist ou la fonction d’appel d’urgence automatique  »eCall » obligatoire sur tout véhicule neuf dès 2015.
C’est aussi le projet SARTRE, qui vise à permettre la circulation de convois de véhicules autonomes, ce qui a été réussi pour la première sur une autoroute (fermée au public) à Barcelone. On peut alors imaginer un système automatique qui se met en fonction sur certains tronçons de route uniquement.  C’est là-dessus que travaille le constructeur Volvo.
Dans un esprit similaire, le projet CityMobil a permis de tester la circulation d’un véhicule automatique (et horriblement laid) sur une rue (fermée au public) à La Rochelle.

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C’est dans ces parenthèses que réside la différence entre les projets européens et américains : les projets de véhicule automatisé en Europe ne peuvent pas légalement dépasser le stade de l’expérience ponctuelle en milieu fermé. Nous avons besoin de passer au stade industriel, ce qui nécessite de se mêler aux conditions de circulation réelles.
Poussez vos projets jusqu’à être capables de faire rouler une voiture sans pilote sur une autoroute Allemande non limitée en vitesse, ou à traverser le carrefour de la place de l’Étoile à Paris et vous pourrez gérer à peu près n’importe quelle problématique d’interface Homme-Machine sans rougir.

Il ne s’agira plus alors de livrer des commandes internet par drone, mais de déposer les courses de madame Martin dans sa voiture qui arrive toute seule au supermarché drive.
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.If the US / Japanese projects tend to deliver a fully self-driving car, European projects will deliver automatic functions to assist the driver. Instead of drone deliveries by Amazon, we should prepare for self-driving cars at the local grocery drive-in.

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One Response to “L’âge du drone”

  1. Philippe Says:

    La société DHL en Allemagne lance programme de livraison par drone entre le continent et l’île « nordique » de Juist : médicaments ou autres acheminements d’urgence -en cas d’interruption des liaisons maritimes normales.
    http://fortune.com/2014/09/24/dhl-testing-drone-delivery/?xid=nl_fortune
    C’est la première fois qu’on ne parle plus de test, mais de programme d’acheminement à part entière.


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