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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Finances personnelles (3) : problèmes de riches 21 janvier 2014


Les articles précédents concernant les finances personnelles  ont permis de montrer quelques aspects fondamentaux qui pourraient être enseignés, ou à tout le moins qui pourraient être diffusés beaucoup plus largement dans la société à commencer par le milieu scolaire : votre épargne soutenue et régulière fera grossir le total de votre patrimoine; mois après mois, après mois.

L’idée de base est de donner au citoyen les outils intellectuels pour gagner en autonomie personnelle vis-à-vis de son propre argent, afin qu’il sache seul se mettre en sécurité financière (d’abord) et qu’il sache vers où aller pour gagner en liberté financière (ensuite).
Bien entendu, il y aura toujours quelqu’un de plus riche que vous et si vous-vous comparez de la sorte à autrui, vous finirez malheureux, en colère et frustré.
Comme d’habitude, si vous devez vous comparez à quelqu’un, comparez vous d’abord à la personne que vous étiez hier. ..

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Bref. Toujours est-il qu’en lisant ces deux articles, si vous-vous êtes dit qu’il s’agit d’un truc de riches… et bien… oui. Vous avez entièrement raison.
La gestion saine de ses finances personnelles est un sujet diablement intéressant, mais seulement au-delà d’un certain niveau de vie.

Si vous pensez que les objectifs d’un an de salaire en épargne de précaution, puis d’investissements qui génèrent des revenus passifs sont à votre portée, c’est parce que vous faites partie des gens déjà relativement aisés qui ont le niveau scolaire, le soutien famillial, l’environnement social et les perspectives professionnelles qui permettent d’envisager ces aspects comme des possibilités raisonnables.

C’est une bonne chose pour vous mais c’est loin d’être le cas pour tout le monde… et je ne suis pas en train de parler de la  »grande pauvreté » mais de la surface financière moyenne dans la population de notre pays, donc celle qu’on devrait considérer comme le niveau de richesse normal.

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Comprenez que vous faites probablement partie des (seulement) 36% de la population française équipée du baccalauréat ou d’un diplôme supérieur. Des (seulement) 50% des Français qui vivent avec plus de 18460 euros par an, soit 1538 euros mensuels.
Remerciez le ciel chaque matin de vivre riche, dans un pays en paix. Vous vivez dans un espace-temps qui a permis l’émergence de conditions propices à l’accroissement de votre richesse personnelle. Votre seul devoir est d’en laisser davantage à vos enfants que vous n’en avez reçu de vos parents et cela est possible parce que vous faites partie des quelques pour-cents de privilégiés dans le monde qui ne sont pas à 100 euros près.
Je ne sais pas vous, mais pour ma part je suis dans l’impossibilité d’envisager comment épargner régulièrement 20% sur 1500 euros mensuels après déduction des frais fixes de la vie courante tels qu’un loyer, la nourriture, l’abonnement à une box internet, l’énergie, les impôts, l’habillement, l’entretien du logement et les transports.
Quand on n’est pas à cent euros près, c’est très facile de donner des conseils stupides aux personnes qui sont à dix euros près. De ce point de vue, le conseil d’avoir un an de salaire en réserve pour un revenu mensuel d’environ 1500 euros, c’est presque une insulte et à coup-sûr ce sera compris comme une forme de mépris.

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Il n’existe pas de méthode pour devenir riche. Par contre une chose est sûre : vous ne pourrez pas vous enrichir en dessous d’un certain seuil de revenu.
Car ce n’est pas l’héritage, les gains de loterie, un cambriolage juteux ou n’importe quel autre phénomène ponctuel qui permet de se créer pour soi-même de la richesse, c’est le niveau de revenus réguliers.
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C’est d’ailleurs un constat qui se retrouve dans les statistiques de l’INSEE  ou de l’OCDE : le niveau de revenu régulier d’une personne est le premier déterminant de sa position sur l’échelle de richesse. Pour le dire autrement : moins vos revenus sont élevés, moins vous aurez la capacité d’épargner et donc de vous construire un patrimoine. Or c’est justement le sujet de mon premier article : l’épargne de précaution comme première étape de constitution d’un patrimoine personnel.
L’inverse est donc vrai aussi : si vous ne gagnez pas assez pour pouvoir épargner, votre position sur l’échelle de richesse ne peut pas s’améliorer.
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Vous pourrez toujours embrayer sur le stéréotype des personnes irresponsables qui s’efforcent de reproduire le modèle consumériste dominant alors qu’ils n’en ont pas les moyens, en enchaînant les prêts à la consommation, les abonnements inutiles au câble, les jeux vidéo… et qui du coup n’ont pas à  se plaindre que leur patrimoine ne grandit pas. La discussion s’orientera ensuite sans doute sur  les arguments simplistes du salaud de pauvre qui vit au crochet de la société en profitant du sytème et en abusant des revenus offerts généreusement par la solidarité nationale, à commencer par le RSA, et d’abord quand on est pauvre c’est qu’on le veut bien parce que vraiment quand on veut travailler c’est toujours possible et patati et patata… et je vous répondrai : essayez donc.
6% de la population française n’a aucune économie. Zéro. Rien.
Essayez donc de vivre avec uniquement un RSA socle de 499,31 euros par mois pour un(e) célibataire ou, si cette somme vous fait déjà peur, essayez avec un SMIC net de 1120 euros comme 13% des salariés français à temps plein.
Ou encore, avec un salaire de 1538 euros, essayez donc de vivre en économisant 300 euros chaque mois.
Essayez et on en reparlera.

Dans l’intervalle, je dirais que vous écoutez trop les discours populistes qui rendent les pauvres haïssables et les riches aimables, alors que bien entendu la qualité d’une personne n’est pas liée à la taille de son compte bancaire. Nous parlons de patrimoine financier, pas de valeur individuelle. Le fait d’avoir de l’argent ne fait pas de vous quelqu’un de spécialement exceptionnel.

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A ce stade, je pourrais vous sortir quelques conseils pour dépenser moins. Mais tout cela ne serait pas d’une grande utilité car on n’atteint pas le coeur du sujet : le niveau de revenu régulier n’augmente pas.

D’autres possibilités plus radicales existent, comme reprendre ses études pour décrocher un diplôme qui permette une rémunération plus élevée. Le Congé Individuel de Formation (CIF) ou la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) existent pour cela précisément. Cela pourrait ressembler à une bonne idée puisqu’on aborde enfin le sujet du niveau de revenu. Mais si vous êtes parent isolé et salarié à temps plein avec 1h30 de trajet par jour c’est encore un conseil qui ressemblera à du mépris puisqu’en réalité c’est parfaitement inapplicable.

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Je n’ai donc pas de solution réaliste.
Malgré les gains en espérance de vie, la réduction du nombre de conflits violents, l’accroissement des richesses et l’élargissement des possiblités d’existence, nous avons mis en place un système mondial dont le noyau est fondamentalement injuste. Cette injustice inhérente au système actuel s’explique par le fait que la richesse permet de saisir toujours plus d’opportuités d’enrichissement, tandis que l’absence de richesse empêche de simplement pouvoir prétendre au droit à ces opportunités.
Je n’ai pas de solution.
__________Je.n’ai.pas.de.solution.

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…et j’en suis extrêmement peiné, croyez-le.

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Mon hypothèse d’un système fondamentalement injuste nous amènerait à chercher une solution au niveau du système lui-même, qui est aujourd’hui un état de fait mondial.
C’est ainsi que 85 des personnes les plus riches sur Terre possèdent un patrimoine équivalent aux 3,5 milliards de personnes les plus pauvres. Voir à ce sujet la convergence entre le discours d’ouverture de Dave Schwab au sommet de Davos en janvier 2014 et le dernier rapport de l’ONG Oxfam –in english.
Deux pistes s’offrent à nous : changer le système ou modifier la gestion de l’existant.
Les tentatives révolutionnaires pour ‘changer le système’ ont bien assez montré leurs limites au siècle dernier pour qu’on n’en retienne aucune et pour qu’on se montre extrêmement méfiant envers toute suggestion de la sorte. Parlons donc de la manière dont le système actuel est géré. Parlons de politique.
Pour vous rassurer j’annonce la couleur de suite : mon propos ne va pas tenter d’influencer votre vote aux prochaines élections, si toutefois vous votez. (je l’ai déjà fait, de toute manière)

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Mais la question revient, encore et toujours, lancinante comme un mal de dent : en tant que civilisation, que voulons-nous devenir ?
Economie d’abondance pour atteindre un modèle plutôt juste en moyenne, ou économie de pénurie pour perpétuer un modèle franchement injuste -quels que soient ses avantages par ailleurs-  ?
Quel gouvernement sera le premier à se donner comme objectif stratégique d’élever son Indice de Développement Humain ? Qu’y a t’il de plus viable et durable que l’amélioration du composite qui rassemble le niveau d’éducation, de richesse et d’espérance de vie ?

Et là encore, dans le système présent, c’est un problème de riches car ça n’améliore en rien la situation immédiate des premiers concernés.

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2 Responses to “Finances personnelles (3) : problèmes de riches”

  1. Anick-Marie Says:

    Comme toujours, merci.


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