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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Finances personnelles (1) : le socle 7 janvier 2014


L’idée de cet article m’est venue en écoutant la conversation de deux étudiants d’une vingtaine d’années, dans un transport public.

Le discours classique concernant  »le travail » consiste à dire qu’il faut avoir un travail pour gagner de l’argent. Cet impératif social dissimule mal l’idée sous-jacente qu’en réalité l’importance du travail est moindre que le salaire qu’il procure. Il faut avoir un travail pour avoir un salaire, pour pouvoir acheter. Devenir propriétaire de sa résidence principale, rouler en voiture de marque allemande et avoir un chien. Et deux enfants.
Pour résumer, en quatre mots : reproduire le modèle dominant.

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En France en particulier, ‘travailler pour avoir de l’argent’ est le seul enseignement économique directement utile que les enfants reçoivent, quel que soit leur niveau, au moins du collège au baccalauréat.
C’est un enseignement d’une pauvreté intellectuelle monstrueuse.

[ EDIT 2014 : merci à Noémie d’avoir signalé le rapport PISA publié par l’OCDE sur la culture financière des jeunes de 15 ans scolarisés dans 18 pays (cf. les commentaires, au bas de cet article). Pour les curieux qui voudraient évaluer le niveau minimal qu’on attend d’un adolescent de nos jours, cliquez ici pour faire le test PISA en français ]

L’enseignement des Sciences Humaines et Sociales -dont l’économie- peut être mieux fait et doit être rendu plus pertinent pour la construction du citoyen. Savoir quel est le PIB de la France est une chose, savoir comment naviguer sainement d’un point de vue individuel dans une économie capitaliste en est une autre.
Travailler pour toucher un revenu, d’abord, ça ne sert pas à acheter des trucs. Ça sert à n’être pas dépendant de l’obole de quiconque, ce qui permet de faire ses propres choix de vie avec la certitude que notre salaire tombera quoi qu’il arrive.
Ce discours prend une importance particulière quand on s’adresse à des personnes de sexe féminin, car elles doivent apprendre que leur libre activité professionnelle leur permettra de ne pas dépendre d’un crétin de mari. …elles doivent apprendre cette idée, ce qui signifie que la société et en particulier l’environnement familial ne la diffuse pas spontanément. C’est une autre raison raison de s’affliger et une autre raison de donner aux enfants un enseignement économique autrement plus pertinent. C’est là que surgit la notion de gestion des finances personnelles.

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L’argumentaire en faveur de l’indépendance financière est bien sûr louable. Mais par définition si vous êtes contraint de travailler pour gagner de l’argent, c’est que vous êtes dépendant. Vous êtes dépendant des personnes ou des organisations qui vont rémunérer votre travail.

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Et c’est une bonne chose. Vous apprenez ainsi que tout travail mérite salaire et qu’un salaire suppose qu’on ait fourni un travail au préalable.
C’est typiquement le genre de leçon qu’on n’apprend pas sur les bancs de l’école mais plutôt derrière une caisse enregistreuse chez Mc Do : soyez ponctuel, faites de votre mieux et point barre. Après et seulement après, vous aurez votre salaire.
Après et seulement après, vous pouvez exercer votre liberté individuelle en répondant à la question : je fais quoi avec cet argent ?
L’objet de cet article est de vous convaincre que vous avez intérêt à considérer cet argent (A) comme un apport qui permet d’atteindre le premier objectif de gestion en finances personnelles : avoir un an de revenu en réserve, immédiatement disponible. C’est avec le reste (B) que vous assurez les dépenses de la vie quotidienne.
Entre les deux, il y a le socle. La baignoire d’argent liquide. La réserve stratégique qui vous permet de faire face aux vents contraires.

Les gens qui trouvent ça douloureux appellent ça ‘un effort’. L’effort d’épargne, pour se constituer une épargne de précaution.
Mais en réalité ça n’est pas douloureux, c’est même plutôt euphorisant de voir croitre sa propre richesse, comme une couche de gras qui nous protège des chocs… et se rendre compte qu’il n’est nul besoin d’être l’héritier d’une grande fortune pour devenir plus riche, un sou après l’autre. Ce qui est vraiment douloureux, c’est de voir quelqu’un qui se retrouve au chômage et qui est presque immédiatement en détresse financière. Faites en sorte que ça ne vous arrive pas. Jamais.  Voilà quel serait l’enseignement économique de base qu’on apprend à onze ans : utiliser son salaire d’abord pour avoir une épargne de précaution.
Pour atteindre ce premier objectif, quelques principes de comportement vous permettront donc de vous en sortir seul et glorieusement. Ils fonctionnent tout le temps, en tout lieu et à toutes les époques. Quand tout va bien et aussi quand tout va mal   -surtout quand tout va mal. L’épargne de précaution est l’équivalent de la ceinture de sécurité en voiture : mieux vaut l’avoir et ne pas en avoir besoin, plutôt que d’en avoir besoin et ne pas l’avoir.

A ce titre, en termes de lecture de référence je suggère la version française de L’homme le plus riche de Babylone par George Clason.
Voilà à quoi ça ressemble, un enseignement économique directement utile. On peut aisément s’inspirer de cet ouvrage pour éduquer financièrement une population, même à des enfants qui ne sont pas en âge de lire le livre.

(1)   Principe du chameau. La première et fondamentale règle en finances personnelles consiste à dépenser moins que ce que vous gagnez.
Vérifiez donc sur l’année passée si vos dépenses ont été inférieures à vos revenus…

(2)   Principe de la cigale. La deuxième règle est de se payer en premier. Chaque fois que vous gagnez de l’argent, stockez au moins 20% de la somme immédiatement, avant même de penser à ce que vous pouvez acheter. Tentez même d’en stocker 40%…
En réalité, vous venez déjà de vous offrir un bien extrêmement précieux : un peu plus d’argent de côté, donc un peu plus de sécurité.

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La mise en place d’une épargne de précaution devrait donc être votre premier objectif. Mais de la même manière qu’il faut un contenant non détérioré pour recueillir un liquide, il vous faudra avoir un comportement non dispendieux en vertu du premier principe de frugalité (voir ci-dessus, l’allégorie du chameau). Inutile de remplir le bocal si vous le siphonnez sans arrêt, n’est-ce pas ? Pensez bien qu’en termes de niveau de vie, il ne faut pas se laisser faire par le marketing : avoir de l’argent est le contraire de dépenser beaucoup d’argent. Avoir de l’argent c’est le contraire d’en mettre plein la vue aux voisins. Si vous êtes déjà allé en Suisse (au hasard) vous savez que le type qui arrive en Porsche 911 pour boire un verre au bar du Beau-Rivage à Lausanne n’est probablement pas plus riche que celui qui fume son cigare dans le jardin public voisin et qui porte une chemise de bûcheron percée aux coudes… et surtout : il n’est très probablement pas plus heureux.
L’épargne de précaution est une étape qui vous met à l’abri d’un événement grave et imprévu. Vous-vous achetez de la tranquilité d’esprit.
Ce n’est pas une tirelire pour les gros achats. Ce n’est pas non plus parce que vous avez un an de salaire en réserve que vous êtes riche. C’est seulement le premier pas vers l’indépendance financière.

Au-delà d’un certain seuil en effet, vous atteindrez votre objectif : un an de salaire en réserve, quoi qu’il arrive, en plus de vos revenus habituels que vous gagnez grâce à des compétences que vous pouvez monnayer. A ce stade, vous entrez dans la catégorie de population qui a une certaine (mais toujours relative) sécurité financière.

Mais que faire avec le surplus ?   Vous pouvez prétendre au grade supérieur : acquérir non plus de la sécurité, mais de la liberté..

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C’est l’objet du post suivant… qui sera en ligne la semaine prochaine.

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4 Responses to “Finances personnelles (1) : le socle”

  1. lire Says:

    Excellent article, je suis très sensible à ce genre d’infos
    lire http://www.loreneagency.com/

  2. […] brièvement parlé avec l’article sur les limites de la tolérance ou la série sur les finances personnelles. En deux mots : c’est l’opportunité de devenir meilleur. . Comme vous aurez compris, […]


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