The blog of blog of blogs

Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Les crétins de chez Yahoo 16 septembre 2011


.
.
Le mardi 6 septembre 2011 en fin de journée, Carol Bartz appela son collègue Roy Bostock au téléphone pour parler boulot et à cette occasion il lui signifia son renvoi de l’entreprise Yahoo!. Moins de trois heures après, elle n’apparaissait plus dans l’organigramme de l’entreprise et le communiqué de presse officiel était diffusé.
C’est ce qu’on appelle une mauvaise journée.

Le mercredi 7, Carol appelait sa copine Patricia Sellers, éditorialiste au magazine Fortune pour lui raconter ce qui s’était passé. Carol était à son domicile de Silicon Valley en Californie et elle précisa qu’il y avait du monde devant chez elle. Des journalistes. Plein.
Car Carol Bartz n’est pas une anonyme. Dans sa liste des femmes les plus puissantes du monde en 2010, le même magazine l’a classée numéro 10, excusez du peu.

A la demande des actionnaires siégeant au Conseil d’Administration de Yahoo, Roy Bostock, président du même Conseil d’Administration (CA) venait de virer purement et simplement la Directrice Générale de l’entreprise. Par téléphone.
Il n’y avait pas de raison à ce que cela se fasse à distance puisque Bostock et Bartz étaient tous deux à New York en même temps ce jour là. Vous pouvez mener une réunion de travail par téléphone, même si vos interlocuteurs sont à quelques kilomètres, parce que c’est pratique. Mais annoncer ce genre de chose aurait mérité une rencontre en face à face, surtout à ce niveau de responsabilités. Pourquoi donc le président de l’entreprise a-t’il fait cela ?
Parce que cela lui permettait non pas d’avoir une discussion mais de lire une déclaration écrite, lue, relue et validée par les avocats de l’entreprise. Carol n’a pas mis longtemps à s’en rendre compte.
‘Roy, dit-elle, je pense que tu es en train de me lire une déclaration. Tu n’as pas eu les couilles de me dire ça toi-même ? J’ai compris ce que tu viens de dire. J’ai compris, mais je pensais que tu avais plus de classe.’
Il est très probable que la conversation ait été enregistrée par quelqu’un près de Roy, pour pouvoir être utilisée ensuite en justice comme preuve du déroulé de la scène.

Carol avait deux heures pour faire savoir si elle démissionait ou si elle laissait le CA la licencier.
Elle appela sa famille à l’autre bout du pays, pour parler à son mari et pour entendre la voix de ses enfants. Puis son assistante lui apprit que des avocats de Yahoo étaient en chemin vers son hôtel de New York pour lui remettre des papiers à signer. ‘Je ne suis pas aussi conne, lâcha-t’elle.’ Elle changea d’hôtel avant qu’ils n’arrivent, signifiant par là qu’elle entendait rester maîtresse de ce qui lui arrivait, même au fond du trou.

Tard dans la soirée du 6 septembre, elle alluma son ordinateur portable et rédigea un e-mail :

Chers tous,
Je suis très triste de vous dire que je viens d’être virée au téléphone par le Président du Conseil d’Administration. J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec vous et je vous souhaite plein de succès pour la suite.
Carol.

Destinataires : les 13.600 employés de Yahoo.

Carol raconta à Patricia (l’éditorialiste de Fortune) qu’elle voulait ainsi mettre les choses au clair. Que personne ne pense qu’elle les avait abandonnés et que ce n’était pas sa décision de partir. Patricia lui demanda ce qu’elle pensait faire de sa vie désormais, étant donné qu’elle a quand même 63 ans. ‘Ouais, répondit-elle, vas te faire foutre.’
De fait, Carol ne va pas devenir chômeuse (ni sans ressources) car elle reste présente au CA de Cisco. Mais il y a peu de chances qu’elle reste chez Yahoo, même avec un titre honorifique comme cela arrive parfois.
Car pour expliquer son renvoi, Carol explique que le CA voulait ainsi redorer son blason après avoir été qualifié de plus crétin du monde, après avoir refusé l’offre de rachat par Microsoft en 2007. Elle n’était même pas encore dans l’entreprise. C’est en 2009 qu’elle fut recrutée pour améliorer les profits et elle engagea des projets dont les résultats commenceraient à se faire sentir en 2012. Ce délai était connu, largement relayé dans la presse, mais visiblement ce n’était pas assez rapide. La décision de se séparer de la Directrice Générale était comme un acte d’impatience du CA.
Il n’y a d’ailleurs pas de plan meilleur que ce qu’elle avait commencé à faire, il n’y a pas de successeur désigné et Roy Bostock annonce comme nouvelle stratégie une ‘étude approfondie des opportunités’ par le remplaçant immédiat de Bartz et une équipe de cadres dirigeants. C’est Timothy Morse le Directeur Financier qui assure l’intérim et la direction de cette équipe.

Lorsque Carol envisage qui pourrait la remplacer sur le long terme et ce que l’entreprise pourrait faire à l’avenir, elle a une réponse simple : ‘Qu’ils me reprennent. Je sais quoi faire, j’étais en train de le faire.’
‘Je me suis faite baiser par Yahoo. Ils ont voulu montrer qu’ils étaient moins crétins qu’ils en ont l’air. Ce n’est pas le cas.’

Avec cette petite phrase exprimée publiquement, Carol enfreignait clairement l’une des clauses de son contrat de Directrice Générale, la clause de non dénigrement. Cela pourrait lui coûter la somme prévue en cas de départ de l’entreprise : 10 millions de dollars.
Certains appellent ça un parachute doré. Pour beaucoup, ça aurait pu être le prix de leur silence.

Pour Carol Bartz, ce n’était pas un prix assez élevé pour vendre son honneur.

 

En 2011, elle n’était plus sur la liste du magazine Fortune.n
..

Publicités
 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s