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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

L’Ecole du futur, si on veut 5 septembre 2011


Les connaissances acquises à l’école ne sont plus, aujourd’hui, l’apanage de l’instituteur(trice). A la naissance de l’école obligatoire c’était bien l’instituteur qui était seul dépositaire du savoir à transmettre.
Il était seul à savoir. L’élève ne pouvait acquérir ces connaissances nulle part ailleurs.

Avec l’essor de la production de masse, le système éducatif a collé au plus près du système productif ce qui a donné un apprentissage de masse. Il  s’agissait plus d’apprendre à compter, lire, écrire et donner une instruction minimale au peuple. Il s’agissait de socialiser en conformité avec l’avenir des élèves : le salariat de masse, en usine.
…si votre arrière grand-père ne parvient pas à imaginer une vie « de bureau », c’est qu’il a gardé en tête les valeurs que l’école lui avait transmises dans sa jeunesse. Et cette époque là était celle des OS chez Renault, des mineurs en Alsace ou des chantiers navals à Nantes.
En poursuivant sur cet élan entamé après la première guerre mondiale, l’Institution a mis en place un puissant système d’instruction de masse qui se perpétue aujourd’hui, alors que le système productif a dramatiquement changé. Pour faire court, on pourrait dire que l’Éducation Nationale est en retard de 50 ans sur ses façons de diffuser la connaissance.

Comprenez-moi bien : ce n’est pas le contenu des enseignements qui fait débat. A peu de choses près il y a un consensus assez large sur le type de connaissance à faire infuser dans les cerveaux de la jeunesse. Pour plus de détails voir par exemple l’étude PISA réalisée par l’OCDE. Bien sûr il n’est pas possible de satisfaire tout le monde dans le contenu des enseignements car nous savons qu’ils servent en partie à reproduire le type social dominant. Relisez Bourdieu.
Mais il faut quand même aller plus avant et parler de manuels européens, comme il faudrait parler de manuels scolaires communs à l’Asie du Sud Est et en particulier entre le Japon, la Chine et Taiwan.
Car quels que soient ces apprentissages ils sont d’abord un prétexte à l’acquisition des capacités à s’insérer dans un collectif. L’enjeu de l’école est la transmission de valeurs qui permettent la socialisation.
Notez bien que ce n’est pas le rôle que je préconise, c’est juste celui que je constate.
J’ai même renoncé à voir de mon vivant un débat au niveau de l’État digne de De l’avenir de nos établissements d’enseignement de Nietzsche.

Paradoxalement pour une « société de la connaissance », le rôle de socialisation de l’école est devenu primordial et le savoir pur a perdu de son importance. Car justement la connaissance c’est pouvoir s’orienter seul dans le Savoir.
Les connaissances transmises ne sont plus l’exclusivité des instituteurs. Google me permettrait d’établir des modules d’enseignement d’un excellent niveau, meilleurs que la plupart beaucoup d’agrégés, dans toutes les matières du CP à la Terminale. Ce n’est pas du savoir que transmet l’École, c’est l’aptitude à vivre en société tout en restant soi-même.

Les plus excellents enseignants sont les meilleurs animateurs de groupe. Cela demande un sens aigu du contact, du sang-froid, la capacité à dire « je ne sais pas », des mises en situation, du respect et une insatiable envie d’échanger avec plaisir et avec autorité lorsque c’est nécessaire.
Cela aussi fait partie de la socialisation.
Mettre la socialisation en pratique c’est multiplier les opportunités d’échange paisible, avec des interlocuteurs différents, de différentes langues et cultures. C’est aussi un besoin de locaux bien insonorisés et lumineux, des aménagements sportifs, des PC portables ou des tablettes (oubliez le PC fixe, il est mort !), des espaces disponibles pour les travaux en petit groupe et d’autres encore.
Tout cela est plus important que le débat fumeux sur les rythmes scolaires qui sert surtout à rémunérer les membres du « comité de pilotage de la conférence nationale sur les rythmes scolaires » et leurs rapports aussi discutables que sévèrement ethnocentriques et/ou purement arbitraires. C’est plus important aussi que l’organisation pharaonique des académies, rectorats, vice-rectorats et inspections. C’est plus important enfin que la gestion lamentable par les budgets.
Or, il se trouve que l’Education Nationale se focalise sur les problèmes secondaires au lieu de cibler finement les sujets où elle a une vraie valeur ajoutée sociale.
En théorie des organisation on appelle cela la Loi des systèmes foireux : il est bien plus fréquent de trouver des structures mal calibrées que des individus mal ajustés à la structure. Lorsque vous-vous concentrez sur la fabrication d’une organisation performante, vous permettez à des compétences moyennes de bien fonctionner. L’inverse en revanche est beaucoup moins vrai. Il est inutile donc de recruter à des niveaux d’études toujours plus élevés, en espérant que cela compensera la faiblesse du système !
Plutôt que d’essayer de changer les employés/fonctionnaires, tentez donc de changer l’organisation interne du système où ils évoluent. A commencer par la stratégie budgétaire. L’allocation des ressources financières n’est pas une stratégie ! Quel est donc l’objectif d’une organisation d’éducation qui colle un professeur face à 40 élèves ? Quelle est la valeur ajoutée sociale de cela ? 
Pour contribuer au sempiternel débat sur les frais de fonctionnement de l’École, je dirais donc que c’est dans la structure de l’organisation qu’il est possible de trouver des sources d’économies financières, pas dans le nombre d’acteurs que l’on met en première ligne, sur le terrain.
En ce sens, il est possible de raisonner par l’absurde sur la question des frais de fonctionnement de l’institution. Pourquoi ne pas instaurer des cours magistraux à partir de, disons, la classe de CE1 ? Avec un enseignant face à 100 élèves on en ferait des économies. Le salaire pourrait même être augmenté !
Allons… soyons sérieux…
Dans tous les domaines, ce sont les acteurs de première ligne qui doivent être les plus nombreux et les mieux équipés. Les autres, tous les autres, ne sont là que pour les aider à remplir leur mission.
Le maintien de capacités d’enseignement de la socialisation est le plus fondamental des enjeux
, et nous n’y arriverons pas en diminuant le nombre d’enseignants.

Et puis, comme disait ma grand mère : lorsqu’on doit balayer un escalier, il faut commencer par le haut.

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One Response to “L’Ecole du futur, si on veut”

  1. […] j’en parlais dans l’article sur l’école du futur, les institutions scolaires devraient se concentrer là où elle peuvent avoir une réelle valeur […]


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