The blog of blog of blogs

Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Bio quoi ? 2 septembre 2010


Le mouvement open source nous est familier.
Dans le monde de l’informatique, ce mouvement trouve son origine dans un postulat de départ : plus il y a de cerveaux qui travaillent sans entrave sur un sujet, meilleur sera le résultat. Que les produits finis puissent être protégés à des fins de commercialisation est une chose (Linux), mais les éléments de base ne devraient pas avoir de caractère confidentiel, même si c’est vous qui les avez créés (Windows).

Le code source est considéré comme un bien public. Précieux, certes, mais propriété exclusive de personne.
Au cœur du cœur de l’open source on trouve la frange hardcore qui s’oppose directement aux grandes « entités » et à leurs pratiques monopolistiques visant à se garantir une pérennité dans le temps, entreprises privées (brevets) ou États (secrets). La tonalité ici est franchement libertaire. Ce ne sont pas des informaticiens, ce sont des hors-la-loi au sens de « ni pour ni contre, mais en dehors de la loi ». Traduit en anglais par un seul mot : punk.
Des punks de l’information… des cyberpunks.
Gentils ou méchants peu nous importe, l’idée majeure est qu’ils militent pour le libre accès à l’information, sa libre diffusion et si besoin le déverrouillage forcé. Leurs pratiques s’assimilent à l’artisanat et au bricolage ingénieux : ce sont des hackers.

On atteint là le fondement de la « société de l’information ». Tout ce qui s’exprime par des lettres ou des chiffres peut être transmis et altéré retravaillé. Il est désormais possible de jouer avec les éléments fondamentaux de l’information c’est-à-dire les 0 et 1, ce qui inclue la monnaie de grands pays, le patrimoine oral des légendes du Finistère et les schémas techniques d’un missile sol-air.
Bien.
Vous connaissez tout cela, quel est donc mon propos ?

.

Mon propos est de faire le lien entre ce mouvement cyberpunk et le 25 avril 1953.
A cette date en effet, Francis Krick et James Watson publient un article fondateur dans la revue Nature, qui  a lancé un mouvement de convergence entre la biologie et l’information, avec la confirmation que l’acide désoxyribonucléique est une structure en double hélice porteuse de seulement 4 données de base : A, C, T et G.
Selon la façon dont elles sont combinées, ces quatre lettres sont à l’origine de toutes les formes du vivant.
En code binaire informatique cela donne :
A = 01000001
C = 01000011
T = 01010100
G = 01000111

Toute la biologie peut donc être traduite en informations, transmise et altérée retravaillée. Je ne vous parle pas d’un texte ou d’une vidéo qui parle de biologie, je vous parle d’un microbe, d’un eucalyptus ou d’un lion. A peine un an plus tard d’ailleurs, en 1954, Heinz Wolff parlait déjà de « bio ingénierie ».
Pour autant, n’allez pas imaginer que l’on pourrait brancher un cactus sur un ordinateur pour lui donner l’ordre de se couvrir d’écailles de poisson.
L’ordinateur ici est un outil de simulation, de modélisation et de traduction de l’information biologique de base -l’ADN- en code informatique -les 0 et 1- et inversement. La bio ingénierie en tant que telle requerra toujours des microscopes, thermocycleurs, tubes à essai et boîtes de Pétri. Car avant toute chose, il faut identifier ce que fait un gène. Je vous fais grâce des détails techniques que je maîtrise aussi mal que vous…

.

Mais les mêmes causes produisant les mêmes effets, la biologie a désormais aussi ses militants durs qui favorisent le libre accès à l’information, sa libre diffusion et si besoin le déverrouillage forcé.
Ils sont en dehors de la loi, ce sont des punks de la biologie… des biopunks.
Comme pour leurs frères de clavier, les biopunks revendiquent que ce n’est pas la possession de l’ADN qui doit vous rendre milliardaire, c’est l’usage que vous trouverez à en faire, même si c’est vous qui l’avez créé.
Le code source de la vie est considéré comme un bien public. Précieux, certes, mais propriété exclusive de personne.
A l’instar des cyberpunks qui ont Windows comme ennemi naturel, les biopunks ont Monsanto et consorts. Et à l’instar des infohackers qui ont le Chaos Computer Club ou 2600.org, les biohackers ont BIOS ou Science Commons.

Mais le premier intérêt de la culture biopunk est de rendre publique l’information acquise en bidouillant. Ce lent travail de diffusion favorise l’émergence de notions qui sont reprises et testées par d’autres… dans le droit fil de l’innovation technique depuis au moins l’invention de la pointe de flèche en silex taillé. Souvenez-vous comment a commencé la diffusion à grande échelle du micro-ordinateur : des types bidouillant dans leur garage. Le travail d’innovation sur les outils (hardware) est indissociable des découvertes logicielles (software) qui ont abouti à des produits numériques utilisables par un enfant.
Les grandes entreprises bio-agro-géno-cosméto-pharmaceutiques sont trop concentrées sur la commercialisation de produits rentables pour laisser leurs équipes de recherche baguenauder dans l’expérimentation gratuite. Monsanto travaille en vase clos, Danone préfère injecter du bifidus dans ses yaourts et L’Oréal de la kératine dans ses shampoings. Dommage, c’est pourtant une condition de l’agilité. Ce secteur d’activité fera des découvertes bien entendu, mais pas toutes et sans doute pas les majeures. Ce sont d’ailleurs peut-être les mêmes chercheurs qui feront ces découvertes, mais pour leur compte. En marge. En faisant du hacking biologique. Et probablement grâce au CRISP-Cas9 (voir vidéo en fin d’article).
J’attends celui qui inventera un détecteur moléculaire en porte-clés (?) qui me siffle en présence de monoxyde de carbone, du virus de la grippe H5N1 ou du bacille de Yersin.
Car ce n’est déjà plus le traitement du langage biologique qui pose problème, c’est l’identification de sa grammaire. Mes (et vos) 30.000 gènes pèsent environ 850 Méga-octets d’information. Je pourrais en stocker plusieurs chez moi, sur mon ordinateur portable. Sachez que le virus H5N1 tient à l’aise sur une clé USB puisqu’il pèse 0,4 kilo-octets d’information alors que le virus informatique MyDoom en pèse 22. De plus, les détecteurs portables de CO existent déjà (mais pas en porte-clés) et la détection de cellules cancéreuses dans l’haleine est proche. Intéressez-vous donc aux travaux de Peng et Kuten et à leur article dans le British Journal of Cancer d’août 2010.

.

Pensez aussi aux microbes.
En ce début de XXIe siècle notre conception du propre est synonyme de stérilité. Une salle de chirurgie est propre si elle est stérile.
Mon carrelage est propre quand j’ai passé la serpillère de Javel, ce qui revient à  bombarder une ville au Napalm pour pouvoir affirmer qu’elle est sécurisée.

« La stérilité est ce dont on besoin les gens qui ne savent pas ce qui se passe au niveau microbien. Dans un monde biotech, la stérilité est un aveu d’ignorance. » (Bruce Sterling, 2002) Aujourd’hui nous aimons le stérile car nous sommes des ignares dans la taxinomie infravisible. Nous sommes incapables d’aller à ce niveau de détail pour y déployer une quelconque maîtrise. Or, le creux de ma main contient plus de 100 espèces différentes de microbes.
Des espèces. Comme le chien est une espèce différente de la girafe.
Quand je me coupe la main, je désinfecte en tuant 100 espèces d’animaux microscopiques et autant de génomes, alors que je pourrais en utiliser  à des fins anti-infectieuses, cicatrisantes ou analgésiques.

Les biotechnologies seront l’équivalent au XXIe siècle de la révolution des technologies de l’information au XXe. Nous avons besoin des mêmes bricoleurs de génie qui font avancer la théorie en même temps qu’ils construisent les outils. Si vous avez de l’argent à investir, restez en veille active de ce côté là et cherchez le prochain Steve Jobs biologiste dans son garage… celui qui parviendra à injecter le gène de régénération d’une salamandre, qui peut réparer ses membres coupés, dans le génome humain.
Nous avons besoin de biopunks hackant dans leurs biogarages, en complément des biochercheurs d’université et en marge des bioprofessionnels dans leurs laboratoires d’entreprise !

Nous devons en apprendre davantage sur les Choses Vivantes du niveau microscopique, des microbes à l’ADN, parce qu’elles sont une promesse d’avenir.

.

.

.

.

.

Publicités
 

One Response to “Bio quoi ?”

  1. Karen Says:

    Pour le(s) porte-clé(s) DNAµchip(s) (qui, déjà en vente libre, certes ne sifflent pas mais virent au Jellyfish-green sous UV ou autres indicateurs colorimétriques enzymo-dépendants, ce qui est d’un avantage certains pour les mal-entendants), on peut s’arranger moyennant un peu de bidouillage (scotch double-face, un trombone déplié et hop, te voilà un colifichet en mousqueton à ton bleu de gênes fétiche / MacGyver ou Manny le bricolo n’aurait pas fait mieux…) : dans la série « do it yourself », y’a tjs moyen de moyenner, garage sophistiqué ou pas.
    Quant au partage de la grande bibliothèque du vivant, oui, l’habit (costar 3 pièces, blouse blanche ou slim lacéré) ne fait pas le moine ni l’éthique, mais la mixité des approches parfois en suggèrerait une meilleure probabilité, de l’éthique (tiens, hier encore ils séquençaient le génome de la truffe, http://mycor.nancy.inra.fr/IMGC/TuberGenome/index.html
    ; éh ben un embout nasal – pour la cohérence fonctionnelle – avec sensor organoleptique qui me ferait concurrencer le meilleur des cochons truffiers du Périgord, ça m’intéresserait, sûr, de m’en fabriquer un pour pimenter mes ballades sur la lande argilo-calcaire cimetière de la Der des Der – d’où un substrat exceptionnel pour la mycorhization, merci les poilus de vous y être si bravement décomposés…).
    Par contre, spéciale dédicace à Procter & Gamble GmBH & consorts: pour les 233.10e6 litres (estimation personnelle) de gel hydroalcoolique encore en stock dépourvus de H1N1 à exterminer à l’aube de l’hiver presque « aseptisé » qui s’annonce, on repassera / les bouddhistes du respect (finaliste investigationnel) du vivant dans ton genre (et les punks cradouilles) vont pas aider à écouler quoi que ce soit /au moins lavez-vous les mains au savon (rassurez-vous, il restera tjs au moins 50 à 100 colonies en puissance de toutes les espèces commensales de vos favorables boîtes de Pétri ambulantes, on est donc loin du génobiocide, juste en phase avec la sélection naturelle…).


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s