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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Massive attaque 17 mai 2010


Comment prévenir les attaques terroristes dans les zones très fréquentées ?

Après l’attentat manqué à Times Square chacun a pu mesurer que, vraiment ce n’était pas passé loin… Times Square est un symbole encore plus fort que le World Trade Center car c’est le peuple qui est visé, non pas la Finance, l’Occident ou la Mondialisation. Ces cibles où la foule se presse régulièrement sont un morceau de choix pour les actes terroristes, ils offrent en effet un excellent retour sur investissement en termes de terreur infligée à la population. Inutile de s’attarder sur les motivations qui poussent à faire exploser des civils, le débat risquerait d’être long et tortueux (Nelson Mandela lui-même a commencé sa carrière en faisant exploser des bombes dans les bars de Durban).

Bien. Mais comment empêcher que ça se produise ? La réponse ne devrait pas vous surprendre mais je suppose qu’elle va vous surprendre quand même, car elle est à l’opposé des conclusions de nos experts (qui parlait de  »pensée latérale » déjà ?).  La réponse, donc, est de ne pas se concentrer sur les détails des tentatives passées et de voir la menace en termes génériques.

Quelles sont donc les mesures de sécurité les plus fréquentes ? Télésurveillance, points de contrôle et vigilance publique.

Télésurveillance :

Aucun intérêt. Une caméra n’arrête personne et sa valeur ajoutée ensuite est minime, sinon carrément superflue.  L’image d’un visage dans la foule est un outil de communication pour les médias, ce n’est pas un élément majeur d’enquête (voir ci-dessous). Il faudra se concentrer davantage sur une plaque d’immatriculation, un modèle de véhicule aperçu à telle heure à tel endroit, la nature des explosifs/armes et leur origine, etc.
Le fait que les portes-parole nous assomment avec le travail de visionnage des bandes de vidéo surveillance est un trompe-l’œil. Ce ne sont pas des indices et d’ailleurs tout le monde est filmé tous les jours. Pensez aux agents du Mossad filmés pendant leur séjour à Dubaï pour assassiner un commandant du Hamas. Les images diffusées sur toutes les chaînes de télévision ont montré des gens normaux dans des halls d’hôtel ou devant un ascenseur. En quoi cela les a empêché de passer à l’acte ? En quoi des caméras auraient empêché les attentats de Paris en 1995 ?
Sur le même sujet, il n’est pas impossible que je fasse un prochain post sur le projet Bojinka, éventé aux Philippines la même année.

Points de contrôle :

Peu d’intérêt (sauf politique, pour rassurer les civils. Voir ci-dessus). Vous voulez contrôler quoi d’ailleurs ?
Les piétons, les voitures, les taxis, les bus, les gens dans les bus, les arrêts de bus, les métros, les couloirs du métro, les égouts, les cinémas, les commerces, les camions de livraison, chaque colis des camions de livraison, les toits, les vélos, les femmes avec poussette, les vieux, les enfants, les chiens en laisse, les sacs, les poches, les semelles de chaussures, les sanisettes, le contenu de ce qui passe dans chaque canalisation ? Chaque jour de l’année, chaque heure du jour et de la nuit ?… allons, un peu de sérieux.
Et rappelez-moi d’ailleurs combien de terroristes ont été interceptés à l’entrée d’un grand magasin ou par une patrouille Vigipirate ? La même problématique s’applique aux chiens-renifleurs et aux capteurs électroniques de matières suspectes.

Appel à la vigilance publique :

Si les points de contrôle ne fonctionnent pas, pourquoi alors ne pas faire de chaque citoyen un contrôleur ?
Les messages diffusés dans les lieux publics et dans les transports en commun nous rappellent qu’il y a une menace terroriste. Il y a des méchants, des vrais, des vicieux et ils nous en veulent à nous personnellement.
Ce sont nos ennemis au sens militaire du terme. Il n’y a pas de négociation ni de pitié. En ce sens, les appels à la vigilance de chacun sont un moyen de démultiplier les vigiles. Le problème bien sûr c’est que lorsque vous faites appel aux amateurs vous obtenez une sécurité d’amateurs. Je n’ai pas besoin qu’on me rappelle de jeter un œil sous les sièges, ou d’appeler le 17 en cas de doute.
Mais qu’on ne compte pas sur moi pour dénoncer quelqu’un qui a l’air suspect.
D’ailleurs, bon, vous avez tous l’air un peu suspect !

Pour résumer, en règle générale se concentrer sur une menace précise est un non sens (et une faute, en termes de responsabilité). Cette méthode du contre-scénario sera efficace seulement si vous avez deviné le bon scénario et meurtrière dans l’autre cas. Au mieux, tous vos efforts permettront aux méchants de monter des contre- contre-scénario pour parvenir à leurs fins, en changeant leurs procédures ou leurs cibles. Et ils y parviendront certainement, si vous restez persuadé que votre stratégie est bonne alors qu’elle est juste stupide.
Voyez à ce sujet la série de posts intitulée La blague des contrôles de sûreté.

Il serait beaucoup plus malin de déployer nos efforts sur la menace au sens large, la menace générique. Comment arrêtez-vous les criminels d’habitude ? En les attendant à l’entrée d’une banque choisie au hasard, ou en utilisant les compétences d’enquêteurs expérimentés travaillant sur des renseignements fiables fournis par des contacts qui connaissent le terrain ? Cette façon de faire est à la fois agile et intelligente car elle permet de se construire encore plus d’expérience tout en étant capable d’embrasser tous les scenarii d’attaque.

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