The blog of blog of blogs

Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Citation (2) : pensée latérale 27 avril 2010


Certains de mes posts récents vous auront sans doute fait comprendre l’intérêt de positions (ou d’emplois) assez mobiles. « Mobiles » c’est-à-dire permettant à une personne de choisir assez librement sa voie, quelle que soit la marche de l’organisation qui l’emploie.
C’est l’électron libre, la case folle de l’organigramme, l’équipe qui part à gauche quand tous les autres sont à droite…

Les militaires appellent cela un franc tireur ou un partisan (ou un sous-officier adjoint proche de la retraite -nan, je rigole). La différence de vocabulaire importe peu puisque dans tous les cas il s’agit d’une capacité d’action autonome élargie, en dehors et en complément des consignes qui s’appliquent à la majorité. Les consignes générales permettent de faire avancer une multitude de façon coordonnée, mais il y a toujours de l’imprévu et un besoin immédiat d’agir parallèlement aux routines, vers l’avant, l’arrière ou sur les flancs. C’est là que le franc tireur se révèle… et toutes les armées du monde (?) ont bien compris l’intérêt de la chose, tant et si bien qu’il y a des équipes de combat entières consacrées à cette fonction. Taille réduite, capacité de manœuvre rapide et cohésion des membres.

Dans le monde civil et dans les entreprises en particulier, la difficulté est d’entretenir des équipes de ce genre  »pour le cas où »… alors que le cas où pourrait bien ne jamais se produire.

Dans un autre contexte, des gens très bien ont cru avoir l’idée du siècle en appelant ça l’agile… et en pensant que toute une organisation pouvait le devenir, ce qui est illusoire bien entendu. Ce sont les personnes qui sont agiles… si le management leur est favorable. L’organisation, elle, est là pour gérer les routines de son activité.

Comme nous l’apprend Jeney dans la citation ci-dessous, les possibilités de former quelqu’un pour en faire un franc tireur agile (pléonasme, donc) sont toutefois limitées. Il s’agit plus de traits de caractère que de compétences apprises en école et le premier d’entre eux s’appelle la pensée latérale.  Des personnages comme Linus Torvalds, Steve Jobs, Tim Berners-Lee ou Francis-Fabien Muguet devraient vous venir à l’esprit. Pour les organisations du monde civil, mon propos prend tout son intérêt car cela signifie qu’on n’a pas besoin de payer des équipes entières à ne rien faire (je parle d’équipes de francs tireurs, pas des Conseils d’Administration). Par contre ce qu’on peut faire c’est favoriser les valeurs de cohésion, de prise d’initiative et  d’audace des points de vue.

Penser latéralement là où tout le monde pense tout droit. Le problème avec ces compétences atypiques aujourd’hui, en entreprise et en temps de paix, c’est de les faire cohabiter avec les structures bien établies -celles qui donnent l’illusion de pouvoir englober tous les cas de figure. Il faut généralement une crise pour révéler ces comportements, dont les auteurs se singularisent et sont capables de sauver une situation.
Il y en a toujours, ils sont déjà là, mais bien sûr il faut qu’ils ou elles se sentent autorisé(e)s à prendre les choses en mains. A bon entendeur…

Louis Michel de Jeney : Le Partisan ou l’art de faire la petite guerre (1759). L’ouvrage intégral de Jeney est en ligne ici.
Chapitre II : Des qualités requises à un partisan

« De tous les emplois militaires, il n’en est point qui requière essentiellement plus de qualités extraordinaires que celui d’un partisan. Sans entrer dans un détail trop étendu, je ne rapporterai que les plus indispensables : tant du côté des faveurs, qu’il doit avoir reçues de la nature, que du côté des habitudes, qu’il doit avoir acquises par ses soins.
Un bon partisan doit avoir :
1°. L’imagination féconde en projets, en ruses et en ressources.
2°. L’esprit pénétrant, capable de combiner sur le champ toutes les circonstances d’une action.
3°. Le cœur intrépide contre toute apparence de danger.
4°. La contenance ferme, toujours assurée, et qu’aucun signe d’inquiétude n’altère jamais.
5°. La mémoire heureuse, pour appeler tout par son nom.
6°. Le tempérament alerte, robuste et infatigable, pour se porter par tout, et donner l’âme à tout.
7°. Le coup d’œil juste et rapide ; qu’il saisisse sur le champ les défauts et les convenances, les obstacles et les dangers des terreins et de tous les objets, qu’il parcourt.
8°. Les sentiments tels qu’ils fixent le respect, la confiance, et l’attachement de tout le corps.

Sans ces dispositions, il est impossible de réussir dans cet art : on a beau se prévaloir de tout autre talent, et se flater que, par le travail ou le bonheur, on pourra atteindre à s’y rendre fameux, l’expérience, la raison et les devoirs s’opposent à cette présomption : malgré la valeur et l’excellence des autres vertus, l’honneur échoue.

Il faut, outre cela, qu’un partisan sache le latin, l’allemand et le françois ; pour s’expliquer avec toutes les nations qu’il rencontre. Il doit de plus avoir une parfaite connoissance du service, et sur tout, de celui des troupes légères ; sans ignorer celui des ennemis. Avoir la carte la plus exacte du théatre de la guerre, la bien examiner, et la posseder à fond. Il lui sera très avantageux de tenir à ses ordres quelques bons géographes, capables de dessiner proprement sur des plans, les routes des armées, leur camp et tous les endroits que l’on doit reconnoître.

Il ne doit non plus rien épargner pour s’assurer par de bons espions, de la marche des ennemis, de leurs forces, de leurs desseins et de leur position. Toutes ces découvertes le mettront à même de servir tres avantageusement son général : elles contribueront infiniment à la sûreté de l’armée, au soutien, au bonheur et à la gloire de son propre corps.

Son propre intérêt et son honneur exigent encore qu’il tienne un secrétaire, pour former le journal de sa campagne. Il y fera écrire tous les ordres qu’il recevra et qu’il donnera, comme généralement toutes les actions et les marches de sa troupe ; afin d’être toujours à même de rendre raison de sa conduite et de se justifier contre les attaques de la critique, qui ne ménage jamais les partisans.

Comme chef, il doit à sa troupe l’exemple d’une conduite sans reproches, toute mesurée sur les soins et l’affection d’un père pour ses enfans. Par-là, il inspirera à tous, le respect, l’amour, le zèle, la vigilance, et gagnera tous les cœurs à son service.

Il seroit tres dangereux qu’un tel Officier conçût le moindre attachement aux femmes, au vin et aux richesses. Le premier fait négliger les devoirs, et occasionne souvent des trahisons ruineuses. La seconde porte à des indiscrétions dangereuses, et attire toujours le mépris. Le troisième conduit au crime, et anéantit l’honneur.

Je pourrois m’étendre sur beaucoup d’autres qualités, relative à chaque partie de son corps ; mais elles se feront assé remarquer, dans la suite de cet ouvrage. »

Publicités
 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s