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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Thèmes émergents dans le monde du travail 6 janvier 2010


Quelques années passées dans le monde de l’entreprise (et dans différentes entreprises) vous permettent assez vite de comprendre qu’il y a des constantes, quelque soit le secteur d’activité.

Si vous parvenez à relier les pièces du puzzle vous parvenez à vous faire une idée de ces constantes mais aussi à discerner des tendances dans les évolutions. Car les organisations ne sont pas des « points » comme les économistes classiques le disent. Réduire un système humain aussi complexe qu’une organisation à l’image d’un point est une insulte sérieuse… et sûrement aussi la cause de bien des échecs et gaspillages impardonnables. Car (1) c’est la qualité de l’organisation qui fait l’entreprise performante. Votre avantage face à vos concurrents c’est votre capacité à trouver des façons de produire innovantes, économiques et fiables. Cela demande une vraie politique de management qui soutienne la collaboration, la prise de parole et l’écoute des acteurs de terrain. Donc d’avoir compris que les services de production ne sont pas juste là pour produire.

La vie quotidienne des services de production (en particulier) est une zone d’observation privilégiée pour définir (2) des indicateurs d’aide à la décision. Nous avons désormais des outils pour nous aider à décider. Il a fallu des décennies d’investissement en base de données et systèmes décisionnels. La « recherche opérationnelle » n’est plus réservée aux projets militaires ou aux méga projets de génie civil, désormais les ingénieurs et techniciens peuvent avoir leur mot à dire lors des réunions du marketing. Ayez une oreille attentive, ils ont déjà plein de choses à vous dire.

De là découle presque naturellement que (3) la valeur de l’action est un résultat, pas un objectif. L’idée qu’une rémunération attractive pour les actionnaires doit servir de stratégie économique est le signe d’un manque de stratégie économique. Les meilleurs actifs d’une entreprise sont ses employés, ses clients et ses produits (ou services).
A ce titre, certains employés seront détectés lors du recrutement comme des ressources stratégiques qui méritent un investissement poussé. (4) Les hauts potentiels sont rarement une promesse directe de profit financier, mais surtout une promesse de futur cadre supérieur aux compétences de manager reconnues. Bref, une personne exemplaire.

Mais une organisation n’est pas qu’un système social. Dans de nombreux cas la technique se présente comme un acteur à part entière, réel ou virtuel mais avec ses contraintes et ses possibilités propres.
(5) Le système d’information est une ressource de l’entreprise, et une belle.
La mode actuelle qui pousse tout le monde vers l’adoption du « cloud computing » est le fruit d’une tendance à sous-traiter la gestion de l’infrastructure technique : payer un service pour ne pas avoir à payer des salaires, des formations, des cotisations, des mises à jours logicielles et matérielles, etc. Mais bien sûr en procédant de la sorte, l’entreprise n’est plus maîtresse de son SI, ni des compétences nécessaires pour le gérer et -pire- pour innover et l’améliorer.

En payant un « nuage computationnel » (je ne fais que traduire !), les responsables passent en particulier à côté de (6) l’open source. Combien paie votre organisation par mois pour utiliser Microsoft Word ou Internet Explorer ? Pas besoin d’en dire davantage, si ?

Cette non-maîtrise d’un instrument vital devrait faire partie des alertes que (7) le management des risques doit être capable d’identifier, quantifier et remonter à une Direction attentive. Il y a toujours des risques, petits ou grands, et c’est une bonne idée de centraliser leur supervision car cela permet de définir des procédures de gestion cohérentes et des mesures d’urgence testées.
Demandez aux anciens locataires du World Trade Center… La Direction des Risques peut ainsi avoir un œil sur le risque tempête comme sur le risque de piraterie ou de blackout électrique. Ou de plantage de la base de données de production (oh mon dieu, non !)

Grâce à l’internet et au bouche-à-oreille, (8) le chœur des clients devient plus fort et chaque voix individuelle peut désormais entrer en résonance avec les autres pour former une chorale. Et ce que chante cette chorale dépend entièrement de la façon dont l’entreprise traite ses clients. Appelons cela de la justice distributive. Une façon d’anticiper et d’influencer ce que chanteront les clients à votre sujet, c’est d’accepter que (9) la finance comportementale est meilleure conseillère que l’hypothèse d’efficience du marché.
Les comportements réels des vrais gens montrent des habitudes mentales, des réactions aux émotions et des tendances intellectuelles qui font entrer les financiers dans la vraie vie, 31 ans après le prix Nobel d’Économie d’Herbert Simon sur le même sujet.

D’ailleurs, depuis 31 ans la notion de mondialisation a mûri. Il ne s’agit plus seulement d’exploiter sans gêne les salariés au Mexique ou en Chine mais de faire de (10) l’innovation par l’offshore. Toutes les grandes entreprises internationales sont ainsi implantées en Chine, où chacun y va de son centre de R&D, bureau de design ou bureau d’études.
Parce que, croyez-le ou non mais les Chinois ce n’est pas (seulement) 1 milliard de pauvres édentés qui travaillent dans des usines qui auraient fait se suicider Zola. Au sein d’une civilisation âgée de 3.000 ans (nous avions à peine fini d’ériger les mégalithes) nous devrions écouter effectivement les bonnes idées qui peuvent y naître… comme l’écriture, la poudre à feu et l’inimitable style vestimentaire féminin, qui propose des agencements aussi improbables qu’innovants (photo). Bref que ce soit en Asie ou ailleurs, peu importe. Chacun a quelque chose à apporter à l’organisation pour peu que celle-ci leur donne les moyens de s’exprimer. Dans les vraies organisations de dimension mondiale, l’ethnocentrisme lié au pays de la maison-mère est révolu.

Et bien sûr… (11) le durable. Pas de cynisme ici, même après le Sommet de Copenhague en décembre 2009. Les organisations publiques ou privées font de vrais efforts pour réduire leur pollution, pour la bonne raison que c’est une source d’économies substantielles dont personne ne s’était rendu compte depuis le début de l’ère industrielle il y a deux siècles.
Cf. aussi le post précédent ci-dessous.

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2 Responses to “Thèmes émergents dans le monde du travail”

  1. Louise CARRE Says:

    J’aime beaucoup ce post, je visiterai ce blog a nouveau !


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