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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Cultiver pour produire quoi ? 18 décembre 2009

Filed under: Développement personnel — Yannick @ 21:58
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Les artistes, lorsqu’ils valent quelque chose, sont forts. Ils sont débordants, des animaux d’esprit vigoureux, sensuels et incarnés. Cela se remarque rien que par leur manière de se mouvoir et d’occuper physiquement l’espace.
Sans une certaine surchauffe sexuelle à force de retenue, Botticelli est inimaginable.

La qualité de leur production artistique vient de ce qu’ils savent se maîtriser, canaliser leur énergie et s’exprimer avec subtilité. Mieux vaut ne rien produire si ce n’est pas finement ciselé, bien tourné ou ingénieusement réfléchi. C’est le fruit de cultures très avancées.
Les œuvres en sont des dithyrambes : une reconnaissance, un remerciement pour le bonheur d’être en vie.

Face au monde dur et à l’inéluctabilité de la mort, le pessimisme  est pourtant bien normal, dès qu’on mesure la distance entre ce  à quoi on aspire et ce que l’on obtient de fait.
Mais oui ! Le but à atteindre est difficile et sans doute même impossible. La conquête du bonheur exige un dur effort. Mais c’est justement ce que cet effort démontre : la noblesse qu’il y a à se battre pour ce que l’on veut, y compris si le malheur nous frappe en chemin. Cette part funeste qui abat parfois l’être noble s’appelle la tragédie : se battre si on l’estime nécessaire, y compris contre plus fort que soi -et perdre.

Le pessimisme n’est jamais aussi exemplaire que lorsqu’il conduit au courage et à la ténacité dans la lutte, même désespérée.

Ce n’est pas la suprématie mais le dépassement de soi qui fait la force. Gloire aux cultures qui incarnent, chérissent et transmettent ces valeurs d’inventivité dans les façons de se maîtriser.

Tout a l’opposé, le romantisme traduit l’écrasement de l’artiste et son insatisfaction face à la réalité du monde.

On en arrive à préférer des productions anesthésiantes par leur effet narcotique ou au contraire frénétique.
L’exaltation des sentiments
indique une incapacité à se maî
triser. Il faut se vider, immédiatement. C’est le fruit de cultures grossières, incapables de se retenir jusqu’à être parvenues à une expression subtile et nuancée.

« Faire n’importe quoi plutôt que rien » devient une règle de vie pour s’étourdir et dissiper ses forces.  Travailler ou se distraire c’est égal : il faut faire quelque chose. De cette façon on n’a pas à se retenir. On n’a pas à faire d’effort pour se contrôler ni à rester maître de soi face à la difficulté. Surtout pas de souci !

Et si un sujet demande de l’effort on en change. Mieux vaut lire un journal qu’un livre. On zappe.  A ce petit jeu le sport et la politique fournissent des prétextes majeurs. Ils fournissent aussi, de surcroit, le sentiment rassurant d’appartenance à une communauté. Les candidats potentiels, incapables d’évaluer la réalité par eux mêmes et de s’y mouvoir seuls (car il en faut de l’effort et du courage pour se retrouver seul face au monde), s’en tiennent aux avis du plus grand nombre, rejoignent les bannières les plus criardes, les voix les plus fortes et attrapent à pleines mains les ficelles les plus grosses pour ne pas se perdre. Pour les plus inadapté(e)s qui ont besoin d’anesthésiants encore plus forts et de ficelles encore plus grosses,  il y a la grossièreté dans son expression la plus pure : le fanatisme, qui permet de se vider totalement à chaque fois pour mieux recommencer ensuite.

L’effort intense et prolongé qui permet d’atteindre la finesse est hors de question. Pas de maîtrise, pas de retenue, seulement se vider.

 

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