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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Séparation des flux 21 novembre 2009


Sur la presqu’ile de Manhattan, à New York, Times square est fait de lumière, de bruit, de vice, de glamour, de souvenirs gadgets et de nourritures hors de prix. Pour la langue française ce square américain n’en est d’ailleurs pas un, c’est à la fois un carrefour, une place, une rue et un centre ville. .Mais pour l’essentiel, c’est la vie urbaine au sens le plus pur : de l’échange.  Échange symbolique, commercial, artistique, social et géographique. Times square est un carrefour et un nœud d’échanges. La plupart de ce que les autres grands sites urbains dans le monde introduisent comme des nouveautés viennent d’ici.

Depuis 1904, c’est l’un des carrefours les plus connus du monde. Le square Long Acre est devenu le square Times lorsque que le journal New York Times y installa ses bureaux au numéro un.  Aujourd’hui, des 500.000 passagers quotidiens de la station de métro souterraine, 250.000 passent par le square pour entrer ou sortir, volume qui s’ajoute aux 110.000 piétons résidents du voisinage.

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Dans une ville organisée en grille, le tracé en diagonale des rues du square en fait une zone remarquable d’encombrement routier quasi permanent à la vitesse moyenne de 8km/h. Pour les piétons c’est un bon endroit pour se faire écraser entre deux pare-chocs. Il s’agissait donc de revoir les possibilités de circuler dans un environnement où le déplacement individuel est rarement plus rapide qu’un piéton et jamais plus qu’un vélo.

Ainsi, depuis juillet 2009 , le visage du square a été changé de façon (probablement) irréversible : Times square est devenu zone piétonne.
Le flux de véhicules est détourné sur les rues adjacentes et ne coupe plus les axes principaux, dont le temps de feu vert a été passé a 66%.

Les craintes de voir le business diminuer se sont dissipées lorsque les commerçants se sont rendus compte qu’un piéton n’a aucun problème de stationnement et que deux bras peuvent porter un nombre impressionnant de paquets en une fois.
La nouvelle configuration du square permet aussi d’y venir pour rien faire, humer l’air, se distraire du spectacle humain et profiter des chaises longues à disposition. 
C’est un détail important, car une rue n’est pas faite que pour passer. La rue perd sa fonction unique de transit et retrouve celle de place publique et d’agora.

Cela nous permet de penser l’avenir de nos villes à nous, dans la mesure ou Times square a toujours été une zone d’expérimentation qui profite à l’ensemble des mégalopoles mondiales. Dans cette convergence mondiale des politiques d’urbanisme, le pari est de repositionner les piétons, les vélos et les voitures dans la ville, dans cet ordre. L’idée pour une fois vient d’ailleurs, notamment Copenhague en précurseur.
Nantes est en train d’accéder au statut de centre-ville paisible au travers de réaménagements très volontaristes. La petite ville provinciale de Paris y viendra aussi… un jour.

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Cette modification de l’urbanisme new-yorkais vise à séparer les flux par nature, adapter les aménagements à chaque flux et ne pas reporter sur l’un les problèmes générés par les autres. Voitures, camionnettes, camions, bus… se voient ainsi accorder une place précise dans les plans de transport, et non plus toute la place. Dans une ville qui accueillera 1 million d’habitants supplémentaire en 2030, il est donc nécessaire maintenant de penser 20 ans en avance en intégrant les problèmes majeurs que l’on peut entrevoir (je ne suis pas en train de parler du méchant CO2, je suis en train de parler de la fin du pétrole).

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Ces projets de renouvellement seront retenus en fonction de critères macro, dans la perspective d’une conurbation de la côte Est des États-Unis, mais aussi de critères micro, comme la capacité à maintenir une vie publique en extérieur toute l’année.

  

A ce titre, pour avoir vécu 19 ans à Brest, je me souviens très bien de l’effet que ça fait de ne pas pouvoir « aller en ville » à cause du mauvais temps (je ne sais plus combien de fois je suis rentré chez moi trempé comme si j’étais tombé dans l’eau, par contre). A l’inverse, j’étais aussi à Paris durant la grande canicule de 2003 et rien que d’y penser je ressens encore la chaleur qui sortait littéralement des murs.
Je me demande combien de temps il faudra pour que les architectes proposent enfin des rues couvertes, protégeant à la fois de la pluie et du rayonnement solaire direct.

 

Elle commencera là, la ville vivable du futur.

 

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One Response to “Séparation des flux”

  1. […] qu’un lieu de transit, c’est aussi un lieu de vie. Or, en favorisant les cyclistes et notamment en séparant les flux, le nombre de pratiquants réguliers augmente ce qui réduit le taux d’accident et leur […]


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