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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

Culture, industrie, mondes 3 novembre 2009

Filed under: Ethnologie,management,organisation — Yannick @ 20:36
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La « mondialisation des cultures » est soluble dans l’analyse. Elle se désagrège lorsqu’on la regarde fixement trop longtemps.

Il y a des modèles de création des œuvres qui ont une capacité de diffusion élargie et intensive dans le temps et l’espace. Certes. Et l’économie capitaliste a donné aux industries de la culture une capacité hors du commun. La culture ne se réduit pourtant pas à l’industrie de la culture et d’ailleurs, en soi, la culture n’existe pas au singulier.

So many people, so many cultures.Car même avec ses œuvres culturellement codifiées, l’industrie ne peut pas empêcher le foisonnement des cultures. Ça n’est d’ailleurs pas son objectif, son objectif est de vendre. Ensuite, la réception des œuvres par les citoyens du monde est diverse, fractionnée, elle mène à des interprétations en fonction de références propres qui renforcent les délimitations entre cultures qui alimentent elles-mêmes les échanges, les oppositions et les emprunts.
Les cultures se modifient, se mélangent, changent et deviennent autres. Et se modifient, se mélangent, changent…

Il en est ainsi depuis que nous avons peint nos premières parois de grotte. Une leçon de l’anthropologie au XXe siècle est que « la culture » n’existe pas. Il y en a dans le dedans et le dehors, en marge et en émergence, il y en a partout avec autant de façons différentes de comprendre le réel. Tout projet fasciste est voué à l’échec dans la durée car on ne peut immobiliser la vie. Mais je m’égare.

Plutôt que de se perdre en conjectures, mieux vaut donc retourner le problème : ce ne sont pas les cultures qui se mondialisent, c’est l’industrie de la culture. Cela est en particulier vrai du point de vue de l’infrastructure technique. Les procédés de création et de diffusion sont effectivement en cours d’homogénéisation et d’un point de vue technique, tant mieux (voir plus bas).

D’ailleurs, peut-on sérieusement envisager que les directions des entreprises concernées ne voient pas clairement que la mondialisation des cultures est un débat tronqué ? Certaines de ces entreprises utilisent et laissent utiliser tous les arguments disponibles pour renforcer leur position contre leurs concurrentes. C’est ainsi qu’apparaît l’argument de l’exception culturelle. Il est particulièrement important car il touche à des convictions profondes qui permettent, par ricochet, de mobiliser des alliés politiques. Et les acteurs politiques ne font pas preuve d’une excellente capacité d’analyse sur le sujet, car ils semblent (semblent) ne pas voir que défendre l’exception culturelle n’a rien à voir avec la culture. En légiférant « pour la culture » ils favorisent au final des intérêts économiques particuliers.  L’illégalité du téléchargement d’œuvres est un autre de ces arguments à double fond (voir plus haut) qui invite dans le débat des arguments politiquement non viables. L’exception culturelle est en effet une notion connotée qui cache des convictions discutables, comme la mission civilisatrice, le rayonnement culturel, le discours de Dakar du 26 juillet 2007… je ne vous fait pas un dessin.

Par contre, je peux souligner le fait que pendant que l’on parle de sujets préfabriqués, on ne parle pas des choses importantes. Si nous avons parlé jusque là de produire des biens, produire des citoyens affleure bien moins souvent dans l’échange d’idées. C’est tout l’objectif de l’anthropologie : identifier les invariants culturels à l’échelle humaine, ces valeurs communes autour desquelles nous avons construit ce kaléidoscope de cultures partout à la surface de la planète. La culture étant essentiellement affaire de symboles, il y a effectivement des invariants communs à l’humanité… qui ne garantissent en rien la bonne entente ou la coopération pacifique. C’est ici que doit intervenir la pensée politique et, en fin de compte, la décision politique.

Peut-on maintenant parler vraiment de culture mondiale : quelles valeurs voulons-nous favoriser ou dissuader à l’échelle de l’espèce humaine ? Comment produit-on des têtes bien faites sur Terre ? Nous attendons avec impatience une réponse qui rende planétaire le principe d’Unité dans la diversité. Peut-on donner la parole à l’UNESCO, aux pays membres de l’ONU et aux autres instances internationales légitimes ? Que pourraient en dire Peter Sloterdijk et Arjun Appadurai ? Ou en sommes-nous d’un gouvernement planétaire ?

Serons-nous jamais dignes de peupler d’autres mondes si nous ne nous demandons jamais qui nous sommes sur celui-ci ? Souvenez-vous du temple d’Apollon : Γνωθι σεαυτόν !


How to make smart humans on Earth ?

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