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Les aventures d'un ethnologue dans le grand monde

La malédiction IE 6 6 octobre 2009


Au cours du mois d’octobre 2001, la société Microsoft livra la sixième version de son logiciel Internet Explorer, celui qu’on utilise pour « surfer sur le web » comme disent les vendeurs.

La livraison de ce navigateur (comme disent les fabricants) entrait en convergence avec l’essor de l’utilisation de l’internet dans les entreprises.
Il y avait des ordinateurs dans les entreprises avant 2001 bien sûr, mais 2001 correspond aussi à la période où le monde des affaires a compris qu’il fallait intégrer rapidement le Réseau dans les habitudes de travail, les processus et l’utiliser comme un support aux outils internes.
C’était l’époque où « intranet », « transfert de données » et « business to business » étaient des notions nouvelles mais pleines de promesses et surtout de promesses en retours sur investissement.

Pour sauter dans le train de l’innovation, chacun utilisa les outils qui étaient disponibles sur le marché, dont le navigateur Internet Explorer version 6. IE6 pour les intimes, qui était disponible sur chaque ordinateur vendu avec un système d’exploitation Microsoft Windows, soit 95% du total.

Les entreprises développèrent donc des applications métier et des pages web conformément aux standards techniques d’IE6.
Mais le piège se referma bientôt, alors que tout le monde se mettait à jour et s’équipait d’ordinateurs équipés du système d’exploitation Windows XP et Internet Explorer 6. Car Microsoft à l’époque voulait accentuer la dépendance des utilisateurs à ses propres formats techniques, pour les imposer ensuite au reste de l’industrie internet. L’équipe technique chargée de développer IE6 avait ainsi placé ça et là des spécificités qui ne respectaient pas les normes standard.
L’idée était que puisque Internet Explorer représentait 95% des navigateurs en usage dans le monde, les spécificités d’IE6 avaient de bonnes chances d’être adoptées de facto comme normes et standards techniques au détriment des concurrents de Microsoft. Des formats propriétaires furent ainsi inclus, comme les ActiveX au détriment des plugins.
A la décharge de l’équipe de conception, il faut préciser que les entorses aux standards techniques ne visaient pas seulement à améliorer la position stratégique de Microsoft. Il s’agissait aussi de paris techniques visant à améliorer l’expérience des clients avant que les comités de standardisation internationaux n’aient pris le temps de réunir leurs multiples bureaux, commissions et sous-commissions.
L’utilisation des tableaux HTML ou la balise marquee furent ainsi favorisés tandis que les CSS et le XHTML étaient livrés sans grand enthousiasme et sans beaucoup de capacités d’utilisation.

Du point de vue des « fournisseurs de contenu » en général, cette réalité technique d’IE6 était un incontournable, un pré requis à l’élaboration de leurs propres produits. Ce sont des centaines de milliers de sites et d’applications web qui furent développés dans le seul but d’être agréables et performants pour l’utilisateur final : celui qui utilisait IE6. De fait, cette position de monopole fit qu’Internet Explorer ne fut plus mis à jour. Plus du tout jusqu’en 2003 avec la livraison du service pack 1 pour Windows XP puis en 2004 avec le service pack 2.

Par la suite, Microsoft annonça le remplacement d’IE6 par son nouvel Internet Explorer 7 en 2006, livré avec le système d’exploitation Windows 7.
Cela faisait cinq années que le matériel de base pour accéder au web n’avait pas changé et de fait, IE6 n’était plus supporté par Windows 7.  Tout ce qui avait été créé pour IE6 devenait obsolète (ce qui est un moindre mal) mais surtout partiellement ou totalement inutilisable.
En effet, avec IE7 les standards techniques Microsoft revinrent à la norme CSS, aux plugins et à la désactivation par défaut des ActiveX, ceux-là même qui étaient devenus techniquement incontournables avec IE6 !

Quasiment du jour au lendemain, les webmasters et autres Directeurs Techniques se retrouvèrent avec des outils indispensables à la vie de leur entreprise… mais qui portaient un risque sévère d’incompatibilité, donc de faire planter des flux de données financières ou des commandes client.
Il fallut donc (et il faut encore, aujourd’hui) accueillir tout nouveau logiciel et toute évolution interne avec le plus haut niveau de suspicion parce qu’on est incapable d’évaluer les conséquences lorsque ce sera branché en parallèle avec IE6. Ce constat fonctionne aussi dans l’autre sens : bon gré mal gré, il faut encore travailler sur IE6 et tous ses formats techniques obsolètes afin qu’ils ne pénalisent pas (pas trop) la navigation sur des sites web qui ont, eux adopté les standards d’aujourd’hui (demandez donc à vos développeurs de vous parler des sites conçus en Javascript et vus avec IE6 !). Dans bien des cas, une entreprise doit entretenir au moins deux équipes de concepteurs web : une qui s’éclate sur les dernières innovations Firefox ou Safari et une qui se morfond à maintenir un IE6 obsolète pour qu’il permette quand même d’accéder à des sites importants (ou qu’il ne fasse pas planter le PC de l’utilisateur).

Tout cela coûte des centaines de milliers d’euros par an aux grandes entreprises, simplement pour éviter le plantage majeur. Et bien sûr, comme IE6 est compatible seulement avec Windows XP vous comprenez aussi pourquoi ces mêmes entreprises ne peuvent plus mettre à jour les systèmes d’exploitation de leurs PC. Elle est là, la malédiction IE6 : non seulement vous êtes prisonnier d’un navigateur web obsolète, mais plus le temps passe et plus vous devenez prisonnier du seul système d’exploitation qui le porte, Windows XP. Car les mêmes contraintes s’appliquent désormais. Ce que vous devez faire pour empêcher IE6 de pourrir votre système d’information, vous devrez le faire dans quelques mois ou années avec XP.

J’en étais là de ma discussion avec un ingénieur système lorsqu’il reposa son thé au citron sur la table. « Quelle solution, alors ? » me demanda-t’il.
– Ben… c’est toi l’expert !
– Oh, ça va hein ! Toi t’es ethnologue, c’est un peu ingénieur système pour les humains, c’est quoi ton avis ?
– Je peux te donner un avis mais si ça se sait je nierai te l’avoir dit. C’est un problème qui me semble similaire aux HLM et aux cités qui génèrent des problèmes de vie quotidienne sans solution. En informatique vous utilisez aussi les notions d’urbanisme et d’architecture… mais pourquoi vous-vous refusez à envisager la dé-construction des quartiers sensibles ? L’un dans l’autre ça coutera moins cher et ça permettra de revenir au principe d’ouverture technique qu’on n’aurait jamais du laisser tomber.
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